The Project Gutenberg EBook of Les poilus canadiens, by J. A. Holland

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Title: Les poilus canadiens
       Le roman du vingt-deuxime bataillon canadien-franais

Author: J. A. Holland

Release Date: March 8, 2017 [EBook #54308]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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  LES POILUS
  CANADIENS

  LE ROMAN DU
  VINGT-DEUXIME
  BATAILLON
  CANADIEN-FRANAIS

  PAR

  J. A. H.




[Illustration: Groupe de quelques-uns des officiers du 22me bataillon]

AVANT-PROPOS


LE 15 septembre dernier, 1918, l'on clbrait  Qubec l'anniversaire
de la victoire de Courcelette, remporte le 15 septembre 1916 par le
22e bataillon canadien-franais. Sur les terrains de l'Exposition,
devant un auditoire de quatre mille personnes groupes dans le grand
amphithtre, plusieurs orateurs ont tour  tour rappel et clbr
le souvenir de Courcelette. M. l'abb Camille Roy, entre autres,
a prononc les paroles suivantes, qui nous paraissent les plus
appropries que nous puissions inscrire en tte de ce modeste travail,
humble monument que nous avons voulu lever  la gloire imprissable du
22e bataillon canadien-franais:

  "Le 22e bataillon canadien-franais a pris pour devise, au moment
  de sa formation, la devise mme de notre province de Qubec: "Je me
  souviens." Le 22e est donc le bataillon du souvenir. Et c'est ce qui
  a fait  ses officiers et  ses soldats cette me de bravoure, cette
  vertu conqurante qui fit paratre l-bas, en terre de France, les
  nergies traditionnelles et tous les beaux lans de notre race.

  "Oui, messieurs, c'est parce que les soldats du 22e se sont souvenus
  qu'ils ont toujours t aussi grands que tous leurs sublimes devoirs.
  Se souvenir est vraiment une force, quand,  se souvenir au moment
  du sacrifice, on revoit en des visions lointaines, mais encore si
  douces, le pays natal, la terre sacre qui porta nos temples et nos
  berceaux, qui offrit  nos regards la parure immense de ses paysages,
  de ses montagnes, de ses plaines, de ses forts, de son fleuve royal,
  et cette parure plus prcieuse qui est le champ paternel et le foyer
  modeste mais trs cher, dont on emporte partout la bienfaisante image.

  "Mais, laissez-moi l'ajouter: se souvenir est une force encore plus
  grande, se souvenir est une force irrsistible, quand on est fils
  d'une race comme la ntre, et que les souvenirs du sol et de la
  famille s'augmentent de toutes les gloires du pass; quand on porte
  dans ses veines un sang qui est si riche de noblesse sculaire, et
  que l'on est soi-mme la minute vivante d'une si grande histoire.

  "Notre race se soude, par ses origines,  celle qui rpandit sous le
  ciel de l'Europe la lumire de son verbe, la puissance de son gnie
  et l'clair de ses pes. Issus et dtachs de la France, qui fut,
  entre toutes les nations, capable d'hrosme, nous avons continu,
  sous le ciel nouveau de l'Amrique, l'apostolat de sa pense et les
  batailles de sa chevalerie. Lutter pour la justice, lutter pour
  le droit des gens et pour le droit de Dieu, ce fut notre tche
  historique, et c'est notre gloire, qui fut parfois douloureuse.

  "Nulle part un Canadien franais ne peut donc oublier ni son auguste
  lignage, ni ce patrimoine de vertus. Mais il s'en souvient, il doit
  s'en souvenir, semble-t-il, avec une ferveur plus mue, quand un
  jour, obissant aux inspirations de sa pit, et conduit par tous
  les instincts profonds de sa vie, il se trouve l-bas, en terre de
  France, face aux barbares qui l'on souille, et qu'aux champs o
  bataillrent ses aeux, il fait lui-mme les batailles de la justice
  et de l'humanit. Devenu tout  coup semblable  ces chevaliers
  errants qui s'en allaient hors frontires redresser des torts et
  occire les mcrants, il se jette dans la mle ardente avec cette
  fureur joyeuse qui est le redoutable sourire de l'me franaise.

  "Voyez plutt, le 15 septembre 1916,  5 heures et demie, par
  un soir lumineux et doux, s'lancer vers Courcelette les 800 du
  22e bataillon. Ordre leur avait t donn d'aller y dloger les
  Allemands. Ils s'en vont en pleine campagne,  travers champs
  d'abord, sous les canons de l'ennemi qui les voit s'avancer et ouvre
  sur eux le feu de ses batteries. Une pluie d'obus s'abat sur les
  assaillants. Mais ces 800 auront  vaincre prs de 2000 Bavarois et
  Prussiens; et ils les vaincront. Pied  pied ils reconquirent le
  terrain perdu. Le chemin sanglant se jonche de morts et de blesss;
  de nouveaux hros surgissent l o d'autres sont tombs, et ils
  continuent de monter en une pousse irrsistible vers le village
  convoit. Ils pntrent dans la place juge imprenable par les
  officiers allemands; ils en chassent l'ennemi; ils en nettoient tous
  les quartiers, et ils les dfendent des contre-attaques furieuses
  des vaincus. Pendant quatre jours ils se battent comme des lions,
  ou plutt comme des Franais! N'ayant plus de munitions  eux, ils
  prennent  l'ennemi ses engins de guerre, et les font servir  leur
  victoire. Et les 118 hommes et 7 officiers valides qui restent font
  1200 prisonniers. Deux cent cinquante des ntres furent tus et
  des centaines blesss; mais tous, morts, blesss et survivants ont
  accompli l'une des plus belles actions dont fut tmoin, en ce mois de
  septembre, le front de la Somme. Et le gnral commandant la seconde
  division canadienne pouvait crire au lendemain de ces journes
  fameuses que "dans toute l'arme britannique, aucun bataillon ne
  surpassait le 22e canadien-franais."

Aprs ces loquentes paroles, qui illustrent mieux que tout ce que nous
aurions pu dire nous-mmes de la bravoure et de la noblesse d'idal
du 22e bataillon, il ne nous reste plus qu' essayer de raconter,
bien imparfaitement mais avec un grand dsir de lui rendre justice,
quelques-uns des pisodes les plus glorieux ou les plus intressants
de la belle carrire qu'a parcourue le 22e bataillon canadien-franais
pendant le cours de la grande guerre.

[Illustration: LE COLONEL F.-M GAUDET, C.M.G.

Qui a lev le 22e Bataillon et l'a conduit en France.]




L'APPEL A LA PROVINCE DE QUEBEC


LES Canadiens franais s'taient dj enrls en bon nombre dans les
rangs de la Premire Division, mais on allait maintenant leur demander
un plus grand effort encore. Au cours de l'automne de 1914 et avant le
dpart de la 1re division pour la France, le colonel Gaudet se mit 
faire du recrutement pour le 22me bataillon, que l'on se proposait
de verser dans la 23me division de la 5me brigade et qui devait
se composer exclusivement de Canadiens franais. L'appel aux armes
retentit par toute la province de Qubec, et des milliers de jeunes
gens anims des plus chevaleresques instincts de la race accoururent
aux bureaux de recrutement, prts  tous les sacrifices pour dfendre
la patrie, la France et l'Empire.

Les cadres furent bientt remplis et le bataillon, presque au complet,
fut envoy au camp de Saint-Jean pour y commencer son entranement. De
nouvelles recrues y arrivaient chaque jour, et ces jeunes gens robustes
et  l'intelligence veille ne furent pas lents  se transformer en
soldats alertes et disciplins qui faisaient dj la fiert de leurs
officiers. L'entranement se poursuivit durant tout l'hiver, les hommes
prenant got de plus en plus  la vie en commun,  la nourriture
substantielle et apptissante,  la rgularit d'habitudes et aux
exercices militaires qui dveloppaient les forces et la rsistance de
chacun. C'tait le cas de dire que dj "le moral des troupes" tait
excellent.

Vers le milieu de mars, quelques jours avant le dpart pour le camp
d'Amherst, Nouvelle-Ecosse, une imposante crmonie religieuse
rassembla le bataillon tout entier dans l'glise du Saint-Sacrement,
 Saint-Jean, qui avait t richement dcore pour la circonstance.
Avant la bndiction du Trs-Saint-Sacrement, le chapelain du bataillon
pronona au nom de tous la formule solennelle de conscration qui
vouait le 22me bataillon au Sacr-Coeur de Celui qui s'appelle aussi
le Dieu des combats, puis il confia aux jeunes soldats leur drapeau,
symbole mouvant de la patrie, du devoir et du sacrifice. Bien des yeux
se mouillrent en cette inoubliable crmonie, des prires ardentes
montrent vers le ciel, et il n'tait pas un de ces jeunes braves qui
ne ft le voeu devant Dieu de remplir courageusement son devoir et de
faire honneur  sa race et  son pays. On sait aujourd'hui que ces
voeux n'taient pas formuls en vain et avec quel noble courage ils ont
t accomplis.


EN AVANT!

La premire priode d'entranement se termina  Amherst, N.-E. vers le
milieu de mai 1915, et le matin du 20, le 22me dfila firement par
les rues de la petite ville, au milieu des manifestations sympathiques
de la population, pour monter dans le convoi de chemin de fer qui
devait l'emmener vers Halifax--et vers l'Angleterre. Le trajet
d'Amherst  Halifax n'est pas long, et il n'tait pas six heures du
soir que le bataillon tait dj install confortablement  bord du
"Saxonia", qui se mit en marche aussitt et sortit lentement du port
d'Halifax aux accents du "O Canada" et salu par les acclamations de la
foule masse sur les quais et sur la rive. Le coeur un peu serr, les
jeunes soldats regardaient s'effacer les rives de ce Canada que tous ne
reverraient pas, et peut-on les blmer de quelques instants de profonde
et grave motion? Mais ce n'tait qu'un nouvel aspect du sacrifice, ils
en renouvelrent l'acceptation en une fervente prire et retrouvrent
bientt leur entrain, qui ne devait plus les quitter de toute la
traverse. Celle-ci fut dpourvue d'incidents srieux et s'acheva le 30
mai, date  laquelle on atteignit la cte anglaise,  Westenhangar. Le
mme soir, le bataillon se dirigeait  pied, par les routes anglaises
bordes de haies parfumes de fleurs printanires, vers le camp de East
Sandling o ils devaient terminer leur entranement.

Le camp de Sandling est situ sur un plateau lev entour de
jardins fleuris et de bosquets verdoyants. Dans ce dcor minemment
pacifique les hommes se mirent pourtant sans retard  apprendre
les dernires roueries du mtier de la guerre: signaux, creusage
de tranches, exercice  la baonnette, lancement de bombes et de
grenades, simulacres d'assauts auxquels prenaient galement part
d'autres dtachements de la 5me brigade, rien ne manquait pour donner
l'illusion de la "vraie guerre" et y accoutumer ceux qui devaient
prochainement y prendre une part si glorieuse. Les hommes gotaient
pleinement cette vie d'activit et ne se tenaient plus de hte de
traverser la France; aussi donnaient-ils toute leur attention  leurs
tudes et firent-ils des progrs rapides et soutenus, sous la direction
d'instructeurs comptents ayant fait du service actif  la ligne de feu.

A plusieurs reprises pendant sa priode d'entranement, la 2me
division fut passe en revue par quelques-uns des chefs militaires et
des hommes publics les plus distingus de l'Angleterre, y compris Sa
Majest le Roi. Ces personnages ne pouvaient manquer d'accorder une
attention spciale au bataillon Canadien franais, et leur inspection
se faisait encore plus prcise en arrivant dans les rangs des ntres;
mais ceux-ci n'avaient rien  craindre et la fiert de leur race et
les glorieux souvenirs de leurs anctres se faisaient sentir dans la
correction de leur tenue et la prcision martiale avec laquelle ils
excutrent les diffrents mouvements de la parade. Les critiques les
plus exigeants se dclarrent enchants d'eux, et l'on eut de plus en
plus l'impression que l'on pouvait s'attendre  de grandes choses de la
part des fils du vieux Qubec.

Au mois de septembre la 5me brigade atteignit la fin de son
entranement. Chacune de ses parties, rgiments et bataillons,
avait reu depuis prs d'une anne toute la science et acquis toute
l'endurance que l'on pouvait dsirer et les hommes taient maintenant
familiers avec les armes les plus tranges de la guerre moderne:
bombes, grenades  fusils, mitrailleuses, projecteurs de gaz, etc.,
etc., et l'on pouvait sans crainte les aligner  ct de leurs
prdcesseurs en France. C'est  ce moment qu'on leur distribua
l'quipement Webb, adopt par toute l'arme impriale. C'tait un signe
de dpart prochain dont les hommes furent enchants. En effet, le soir
du 15 septembre, le 22me et quelques autres bataillons de la 5me
brigade s'embarquaient pour Boulogne, o ils arrivrent sans incident;
et aprs un bref repos, un convoi de chemin de fer franais les emmena
vers Saint-Omer.


ENFIN EN FRANCE

Ce convoi se composait de wagons  marchandises servant avant la guerre
au transport du fret et des animaux; ils avaient de plus tellement
servi depuis quelques mois que plusieurs taient dpourvus de portes,
tandis que les autres manquaient de toiture; le voyage s'annonait
comme devant manquer de confort, d'autant plus que l'espace manquait
aussi et qu'un grand nombre de soldats durent rester debout durant tout
le voyage entre les piles d'quipement qui recouvraient le plancher. On
commenait  goter  la guerre pour de bon.

Il y eut cependant des intermdes agrables, le long du trajet, surtout
pour le 22me. Lorsque le train s'arrtait  quelque hameau dont les
femmes et les enfants leur souhaitaient la bienvenue timidement, quelle
joie de retrouver la langue franaise, de comparer son nom avec ceux
des villageois, de proclamer celui de son propre village et surtout
de rappeler le souvenir des anctres communs! Quelle bienvenue aprs
s'tre habitu en peu d'instants aux petites nuances diffrentes
du langage, et quels cadeaux de bon vin, de longues miches de pain
croustillant et de boulettes de beurre rappelant le pays canadien! Les
hommes exprimaient bruyamment leur bonheur et dclaraient que c'tait
"comme aller en visite dans une autre partie de la province de Qubec."

On finit par arriver  Saint-Omer, ville aux nombreux souvenirs
historiques, et aprs un peu de repos, la 5me brigade se mit en marche
vers Hazebrouck, autre ville assez considrable et situe non loin de
la frontire belge. On dormit  l'aise selon le systme des billets de
logement, et les soldats du 22me dcouvrirent avec satisfaction que
la langue franaise est partout comprise dans les Flandres, bien que
le flamand y soit la langue maternelle. On se remit en marche de bonne
heure le lendemain matin, et le soir la 5me campa dans la rgion de
Locre-Scherpenberg,  peu de distance de la ligne de feu du mont Kemmel.

Et l'on tait arrivs  la guerre! Le grondement sourd et persistant
du canon, le crpitement des mitrailleuses et de la mousqueterie,
arrivaient un peu adoucis par la distance, et quand vint l'obscurit on
vit clater silencieusement les fuses clairantes de l'ennemi, jetant
une lueur rapide sur la fort ravage et sur les contours du terrain
o se trouvaient les tranches. C'tait vraiment la guerre et la ligne
de feu, et les hommes commencrent  sentir leur sang bouillir et  ne
plus penser qu' se mesurer au plus tt avec l'ennemi.


LE CLIMAT DES FLANDRES

Il rgnait dans ce secteur une tranquillit relative qui permit 
nos dbutants de s'accoutumer peu  peu  la vie des tranches et au
systme de relve alterne entre bataillons, qui leur assurait des
priodes rgulires de repos et de dtente, et lorsque la saison des
pluies s'tendit comme une couverture ruisselante sur toute la rgion
des Flandres, nos soldats se trouvaient dj acclimats et en mesure de
tirer le meilleur parti possible de la situation.

En dpit de la mauvaise temprature et des tranches inondes qui les
obligeaient souvent  s'exposer sans abri aux coups des francs-tireurs
et de l'artillerie ennemis, les Canadiens franais ne perdirent pas
leur entrain et ne se laissrent mme pas entraner  une inactivit
qui et t d'ailleurs fort excusable dans les circonstances. Comme les
sapeurs de l'ennemi creusaient secrtement des mines pour faire sauter
nos tranches, ils les contre-saprent avec succs, et repoussrent
l'Allemand lorsqu'il tenta d'occuper les cratres causs par ses
explosions. Dans les patrouilles, ils livraient frquemment bataille
aux avant-postes ennemis et remportaient presque toujours les honneurs
de la bataille, faisant preuve d'un courage et d'une habilet rares
chez des troupes nouvelles. Il leur restait  montrer leur endurance
sous la canonnade, preuve la plus rude de la guerre de tranches:
rester impassible dans d'troits fosss pendant que les obus pleuvent
et sment la mort et la destruction tout autour. C'est l qu'on verrait
s'ils taient vraiment dignes de combattre  ct des hommes d'Ypres,
de Festubert et de Givenchy. On va voir que ce jour ne devait pas
tarder, et que la rputation des ntres devait en sortir encore grandie.

Les Allemands taient serrs de prs par les Anglais,  Loos, un peu
au sud, et s'attendaient  une attaque imminente, qu'ils voulurent
prvenir  tout prix. Ils tournrent tous leurs canons disponibles
ainsi que leurs mortiers vers les tranches canadiennes et leur firent
vomir la mort sans interruption. Les officiers prirent des mesures
d'urgence pour perdre le moins de monde possible, mais comment les
hommes allaient-ils se comporter? C'est ici que se place un incident
hroque dont le rcit a souvent t fait  l'honneur des ntres: le
major A. Roy tait  un moment donn au plus fort du danger, circulant
parmi les hommes et leur donnant l'exemple du calme et de la bravoure.
Il tait  examiner tranquillement la carabine d'une sentinelle lorsque
tomba du ciel une norme bombe lance par un gros mortier ennemi; le
projectile meurtrier tait l, dans la tranche pleine de monde et
sur le point de faire explosion en semant la mort dans nos rangs. Le
major Roy n'hsita pas un instant; prompt comme l'clair et sans tenir
compte de l'effroyable danger auquel il s'exposait, il se prcipita
vers le monstre afin de le saisir et de le rejeter hors de la tranche,
avant que l'explosion se produisit. Mais comme il allait atteindre
la torpille, le pied lui glissa dans la boue. . . et l'engin fit
explosion...

Le major Roy tait mort de la mort des braves et en mme temps il
scellait de son sang la rputation de courage des officiers et des
soldats du 22me canadien franais. Dsormais personne ne s'inquita
plus de la faon dont ils se comporteraient sous les pires assauts de
l'ennemi.

[Illustration: LE LIEUT-COLONEL T.-L. TREMBLAY, C.M.G., D.S.O.

Officier de la Lgion d'Honneur.]

Le temps passait, cependant, et la fte de Nol arriva comme par
surprise tellement l'on tait occups par les luttes et les vnements
de chaque jour. Le 22me eut la chance d'tre relev le soir du 24
dcembre et de passer la journe du lendemain dans de confortables
logements de l'arrire. Officiers et soldats firent de leur mieux pour
que la fte ft joyeuse, mais comment pouvait-on viter de songer
aux absents de l-bas, aux douceurs du foyer lointain,  la neige
tincelante et aux grands horizons clairs du pays canadien, pendant
que la brume et les pluies incessantes des Flandres se mlaient au
bruit du canon pour faire sentir tout le poids de l'loignement? Jamais
peut-tre plus ferventes prires ne montrent aux pieds de l'Enfant
Dieu, pour qu'il nous accordt la victoire et rament bientt les
dfenseurs  leurs foyers.

La 5me brigade avait cependant travaill sans relche  rparer les
ravages causs par l'ennemi et par la pluie, et  rendre les tranches
plus habitables, on peut mme dire plus confortables. Il devint alors
possible de se livrer  une plus grande activit d'offensive au moyen
d'incursions et de patrouilles frquentes, et le 22me ne resta pas en
arrire dans cette nouvelle phase, qui allait si bien au temprament
franais. C'est au lieutenant Vanier et  ses quatre compagnons que
semble revenir la palme du plus brillant fait d'armes de ce genre pour
le commencement de l'anne. Dans la nuit du deux janvier, en effet, ces
cinq braves se glissrent dans l'obscurit au travers des dfenses en
fil barbel de l'ennemi, et firent sauter au fulmi-coton tout un nid de
mitrailleuses, aprs quoi ils s'en revinrent sains et saufs dans leur
tranche. L'entreprise avait t plus que dangereuse et dmontra une
fois de plus l'aptitude des Canadiens franais  battre les Allemands 
leur propre jeu. On ne pouvait manquer de le remarquer en haut lieu, et
bientt une priode nouvelle s'ouvrit pour le 22me.

Le gnie inventif des Anglais s'tait attach  amliorer les armes
anciennes et  en inventer de nouvelles et de plus puissantes, et il
devint bientt ncessaire de crer des coles o les soldats pussent se
familiariser avec ces nouveaux engins de guerre. La 2me arme, dont
faisait partie la 5me brigade, avait tabli un certain nombre de ces
coles dans des villages tranquilles, situs  bonne distance de la
ligne de feu et des experts y donnaient  des groupes tirs de chaque
bataillon, des leons sur le maniement compliqu des mitrailleuses,
l'organisation des attaques avec bombes et grenades, l'emploi des
gaz et les moyens de se dfendre de ceux de l'ennemi, les tactiques
de la guerre de tranches, etc., etc. Les hommes assistaient  ces
cours jusqu' ce qu'ils y fussent devenus experts, et un bon nombre de
Canadiens franais en purent profiter, de sorte que lorsque l'arrive
de la 3me division ncessita un changement de position, le 22me avait
dans ses rangs tous les spcialistes voulus pour lui permettre de se
porter  l'offensive selon toutes les dernires inventions de la guerre
moderne.


LE COMBAT DES CRATRES DE SAINT-ELOI

Au commencement d'avril, mois pendant lequel la pluie ne cessa
pas de tomber, la 2me division reut l'ordre de relever la 3me
division impriale qui avait russi  pntrer jusqu' Saint-Eloi, en
faisant exploser sept mines sous les tranches ennemies. Celles-ci
occupaient la crte d'un monticule dominant le pays environnant,
et faisant face au village de Saint-Eloi. De cette minence, les
Allemands pouvaient observer  loisir les positions anglaises sur une
tendue de plusieurs milles, et il tait devenu important de les en
dloger. L'avance anglaise avait presque compltement renvers la
situation; les tranches allemandes avaient disparu et les cratres
forms par l'explosion des mines souterraines s'avanaient jusque
dans les tranches de support de l'ennemi. Le terrain, cependant,
tait compltement boulevers, et les sept cratres se remplissaient
rapidement de l'eau environnante, tandis que la pluie incessante crait
chaque jour des lacs nouveaux, runis entre eux par des marais gluants;
la terre pulvrise prenait sous la pluie la consistance d'une colle
infecte, tandis qu'au milieu de ces flaques putrides apparaissait a et
l le cadavre d'un Allemand immobilis par la mort dans d'effrayantes
postures. Tel tait l'tat des choses lorsque la 2me division
canadienne reut dans la nuit du 4 avril, l'ordre de relever la 3me
division impriale, puise de fatigue, et affaiblie par ses pertes.

Les tranches prises d'assaut taient encore pleines de morts et de
blesss, et l'on constata qu'il n'existait rellement plus de ligne de
front, celle-ci ayant t dchire de toutes parts par les explosions;
il fallait se contenter de tenir comme on pourrait au moyen de
patrouilles et de postes de bombardiers placs partout o l'on pourrait
trouver ou improviser un abri quelconque.

La 6me brigade canadienne, supporte par les mitrailleuses, y compris
celles du 22me que commandait le lieutenant P. S. L. Browne, russit 
faire vacuer les blesss et  tablir une sorte de systme de dfense,
en dpit d'un vrai dluge de projectiles ennemis, les canons allemands
tirant de tous les angles possibles dans le but de dtruire entirement
cette position. Il fallait se hter de s'y retrancher tant bien que
mal. Des escouades prises dans le 22me et d'autres units de la
brigade se risqurent  travers la mitraille et pataugrent pniblement
dans la boue paisse jusqu'aux avant-postes o, l'obscurit aidant,
ils s'efforcrent fivreusement de construire des tranches sans
lesquelles la situation n'et pas t tenable. Il convient de dire que
ces pionniers ne dpassaient pas en bravoure leurs camarades de la 6me
brigade, qui, couchs dans la boue, tremps par la pluie, bombards,
canonns et mitraills par l'ennemi, n'en continuaient pas moins  le
contenir par une indomptable rsistance.

En dpit de ces terribles dsavantages, le terrain conquis fut
conserv, et ces quelques groupes de Canadiens privs de tout support
tinrent en respect les hordes allemandes jusqu'au matin du 6 avril.
A l'arrire, on tait empch, le jour, par les barrages ennemis et
le feu intense de ses mitrailleuses de leur envoyer des renforts; la
nuit, l'obscurit tait si grande que les partis de secours perdaient
le sens de la direction et s'garaient compltement dans la mer de
boue. Tour  tour les quartiers-gnraux de bataillons, de la division
et de la brigade se virent couper leurs communications. Il y eut des
avant-postes anantis et dont on n'entendit plus jamais parler. Des
courriers hroques s'aventurrent  tour de rle dans les marais
gluants pour porter des messages importants aux courageux dfenseurs,
mais tous succombrent aux coups des francs-tireurs allemands. Mme les
pigeons-voyageurs, notre suprme ressource en pareil cas, ne purent
tre utiliss, car l'clatement des explosifs leur donnait la mort au
moment o ils volaient en cercles avant de trouver leur direction.
Les cartes n'avaient plus d'utilit, tellement les projectiles et la
pluie avaient modifi le terrain;  la place de monticules familiers
on trouvait un cratre rempli d'eau ajoutant encore  la dsolation
d'une vaste mer boueuse. On ne pouvait mme plus reconnatre les quatre
grands cratres, dont le principal avait 175 verges de longueur sur
80 de largeur. Les rafales du vent, la pluie et le brouillard pais
empchaient les aviateurs de prendre l'air et de reconnatre les
positions de l'ennemi, et il n'tait mme pas possible de supporter au
moyen de l'artillerie les tenaces dfenseurs accrochs l-bas aux bords
de leurs cratres remplis d'eau et tenant tte hroquement  l'ennemi.

L'aube du 6 avril claira faiblement le paysage dvast sur lequel
flottait comme un suaire l'pais brouillard particulier  ces contres.
Quelque part dans cette dsolation, les Canadiens, couverts de boue,
affams, altrs, les yeux hagards  force d'insomnie et des fatigues
indescriptibles supportes pendant trois jours conscutifs, attendaient
avec une sombre nergie l'attaque de l'ennemi.

Elle se produisit le long du chemin allant de Wytschaete  Saint-Eloi,
o l'on vit dboucher tout--coup des masses d'infanterie allemande.
Pour comble de malheur, la plupart des fusils des Canadiens ne
fonctionnaient plus, rendus hors d'usage par la boue, et les
mitrailleurs du 22e n'obtenaient plus qu'une dtonation de temps en
temps de leurs armes dtraques. Jurant et pleurant de rage, nos hommes
voyaient chapper l'occasion de se venger de l'ennemi; les Allemands
trouvrent une brche prs du centre gauche, s'y rpandirent comme une
mare et balayrent les quelques groupes obstins qui s'opposaient 
leur avance.

Le reste des postes avancs, menacs de destruction ou d'encerclement
tentrent de battre en retraite sous la protection de la 5e brigade de
mitrailleuses, mais celle-ci se trouva bientt repousse et enveloppe.
Se servant de leurs armes comme de massues, les mitrailleurs
s'ouvrirent un chemin dans les rangs ennemis, et c'est ainsi que le
lieutenant Brown et cinq de ses hommes purent rejoindre ce qui restait
de la 6e brigade et retraiter avec elle, sous une pression furieuse des
Allemands, jusqu'aux lignes anglaises qu'ils avaient quittes quelques
jours auparavant.


LA ROUTINE DE LA GUERRE

La bataille se continua autour des cratres de Saint-Eloi pendant
trois semaines encore, mais le 22e occupait dornavant un secteur
tranquille  la droite du conflit et comme nous n'avons mission ici
que de le suivre dans les diverses tapes de sa carrire, il nous faut
laisser de ct les combats subsquents au 6 avril. Qu'il suffise de
dire que la 2e division canadienne qui venait ainsi de dbuter par la
terrible "bataille des cratres" en sortit tout  son honneur, de hauts
personnages militaires ayant mme dclar qu'elle y avait fait preuve
d'une endurance et d'une tnacit que n'avaient dpasses aucune troupe
depuis le commencement de la guerre; nos Canadiens franais pouvaient
prendre une part flatteuse de ce bel loge.

Le mois suivant fut tranquille et la belle temprature rcompensa les
hommes de leurs souffrances des semaines prcdentes; le secteur
tait calme, et les bataillons se remplaaient  tour de rle dans les
tranches avec une rgularit voisine de la monotonie. Les plus beaux
moments taient ceux que le bataillon passait  l'arrire, dans les
curieux petits villages flamands tous pareils, avec leurs maisonnettes
de pierre  toits de tuile rouge, toutes serres autour de l'glise
ancienne et navement orne,  l'intrieur, avec des tableaux et des
statues vieilles de plusieurs sicles. On trouvait toujours aussi
des magasins dans le village et les soldats s'y procuraient  peu de
frais tout ce dont ils pouvaient avoir besoin: du vin et des vivres,
de petits souvenirs et de belles dentelles faites  la main pour
envoyer en cadeau  la maison. Le peuple parlait en majorit la langue
franaise et les gens se montraient particulirement empresss pour les
soldats du 22e, s'tonnant de ce qu'ils parlassent une langue inconnue
des autres soldats de l'arme canadienne. Il se cra ainsi des amitis
solides entre ces familles et les jeunes soldats, on changea des
souvenirs, des photographies, et l'on peut dire que longtemps aprs la
fin de la guerre on parlera encore avec affection, dans les chaumires
flamandes, des bons petits soldats Canadiens franais venus de si loin
pour aider les Allis  rendre la Belgique  son peuple ravag et
dispers.

Le 13 juin, la 1re division canadienne se livra  une vigoureuse
contre-attaque dirige sur le mont Sorrel et russit  en dloger
les Allemands, ce qui eut pour consquence incidente de rappeler de
Saint-Eloi la 5e brigade et le 22e bataillon dont il faisait partie
comme on sait, pour occuper une partie des tranches nouvellement
conquises. La besogne qui les y attendait n'avait rien d'clatant ni
de glorieux, mais n'en tait pas moins utile au bien gnral: rparer
les ouvrages de dfense bouleverss, vacuer les blesss, enterrer les
morts, et cela sous le feu incessant du Boche vex de son rcent chec.
A la guerre, il est souvent aussi important de se fortifier que de
conqurir de nouvelles positions, et le commandant apprciait vivement
l'excellence du travail accompli en ce sens par le 22e et les autres
bataillons de la 5e; il faut du reste autant de courage pour creuser la
terre en s'exposant aux projectiles meurtriers de l'ennemi, que pour se
lancer  l'assaut aux moments plus excitants du choc et de la bataille.
Les ntres surent ainsi dmontrer qu'il ne leur manquait aucune des
qualits du bon soldat.

Le souvenir du pays fut encore raviv si possible lorsqu'arriva la fte
de Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin. Le lieutenant-colonel Tremblay, qui
commandait le bataillon depuis la permutation du lieutenant-colonel
Gaudet au Ministre des Munitions, donna cong au 22e pour cette
journe, qui fut employe au repos et  des amusements varis, qui
se terminrent  la soire par un concert improvis o les chants
nationaux, voire les cantiques familiers, retentirent jusqu' la nuit
et rchauffrent s'il en tait besoin les coeurs et les courages. La
patrie canadienne tait loin, mais on ne l'oubliait pas. Comme dans
la jolie romance qui fut, du reste, chante  mainte reprise en cette
journe, les vaillants soldats du 22e pouvaient dire au Canada:

  "Il y a longtemps que je t'aime,
  Jamais je ne t'oublierai."

[Illustration: LE MAJOR A.-E. DUBUC, D.S.O.

Chevalier de la Lgion d'Honneur.]


PRIODE TRANQUILLE. LES PATROUILLES

Vers la fin de ce mois le 22e fut ramen dans les vieilles tranches
de Saint-Eloi. La main magique du printemps avait jet sur les lacs
boueux de nagure un tapis de verdure et de fleurs ondoyant  la brise,
et les contours dchirs des cratres taient maintenant adoucis par
l'abondante vgtation de la mi-t; seuls quelques sacs de sable
ventrs et un reste de fil de fer barbel et rouill rappelaient le
souvenir de la tragdie qu'avait t le combat, le carnage plutt,
des Cratres. Les occupants des tranches allemandes taient devenus
curieusement apathiques, comme il arrive  la suite d'un chec et que
la facult d'offensive est momentanment amortie. Seule l'artillerie
et les mortiers boches continuaient les hostilits, et nos patrouilles
ne russissaient que rarement  engager la bataille avec les partis
ennemis, qui se drobaient aux provocations des ntres. Plusieurs
engagements se produisirent cependant, gnralement de nuit, et les
Canadiens franais s'en tirrent chaque fois avec les honneurs du
combat, faisant preuve de qualits guerrires qu'on s'est toujours plu
 reconnatre au sang franais: l'lan et la bravoure, allies  la
tnacit proverbiale des Anglo-saxons dont ils avaient l'exemple sous
les yeux. Le sergent Pouliot et quelques-uns de ses hommes allrent
jusqu' faire prisonniers les deux chefs d'une forte patrouille
allemande,  la suite d'un vif engagement corps--corps, et reurent
pour ce fait d'armes les vives flicitations de leurs chefs et de leurs
camarades.

Au milieu d'aot, la 4e division canadienne arriva  son tour dans
la zone des batailles, et le 22e fut charg d'initier l'un de ces
nouveaux bataillons aux mystres de la guerre de tranches. Leur
arrive concidait du reste avec des rumeurs persistantes de prochain
changement de secteur pour la 2e: on parlait constamment de la
Somme, o s'taient droules pendant tout le mois de juillet et la
premire partie d'aot des batailles formidables dans lesquelles les
troupes impriales, australiennes, sud-africaines et terreneuviennes
s'taient couvertes de gloire, mettant fin  jamais  la rputation
d'invincibilit des troupes allemandes. Les soldats de la 2e division
ne parlaient plus d'autre chose et frmissaient d'envie d'aller prendre
leur part de ces grands vnements. Ils en eurent bientt l'assurance,
lorsqu'on se mit  les remettre  l'entranement intense qu'il faut
donner aux hommes un peu engourdis par la vie tranquille de certains
secteurs, lorsque vient le moment de retourner au contact avec un
ennemi actif et entreprenant.


VERS LA SOMME

L'aube du 26 aot vit les premires colonnes de la 2e division se
mettre en marche vers la Somme. Toutes les routes furent bientt
bourdonnantes du bruit des transports et des chansons de marche, et
partout les habitants de la rgion se pressaient sur le passage des
braves qui les avaient si bien dfendus jusque l, et leur souhaitaient
en passant bonne chance et bon succs. Le voyage n'avait cependant rien
d'une promenade: chargs au maximum d'armes et de munitions et des
nombreux objets ncessaires au soldat en campagne, les hommes avaient
encore  marcher par longues tapes quotidiennes sous un soleil ardent
et sur des routes tour  tour formes de rudes cailloux, de boue, de
sable ou de macadam. Ceux du 22e en avait cependant vu bien d'autres,
et firent preuve de toute l'endurance  laquelle on s'attendait de leur
part, et le fait est qu'ils accomplirent la dernire demi-journe de
marche, en arrivant au camp d'entranement final d'Eperlecques, avec un
entrain et une vigueur plus grandes encore si possible qu'au moment du
dpart de Saint-Eloi.

Un monde nouveau se droula ici devant les yeux merveills des
Canadiens. Au lieu de campagnes plates et un peu monotones des Flandres
ils se trouvaient maintenant entours de coteaux et de bosquets
verdoyants, et des champs couverts de moissons mrissantes, fruit de
l'industrie courageuse des vieillards, des jeunes garons et des femmes
de la noble France, qui avaient fait les semailles, quelques semaines
auparavant, les yeux mouills de larmes mais le bras ferme, tandis que
leurs fils, leurs frres, leurs fiancs, dfendaient hroquement le
sol sacr de la patrie dans les tranches immortelles de Verdun, de
l'Artois et de la Champagne. Ces vaillants de l'arrire reurent les
soldats Canadiens franais comme des enfants de la famille pour ainsi
dire, saluant en eux une preuve clatante de la vitalit de la race
et un souvenir des gloires d'autrefois. Leur fiert de Franais et
leur inbranlable confiance dans la victoire finale en furent encore
fortifis, en mme temps que l'exemple de tant de sacrifices et de tant
de courage enflammait d'une nouvelle ardeur le coeur des dfenseurs
venus des bords lointains du Canada. Aussi, la semaine d'entranement
intense que subirent les ntres dans ce milieu sympathique suffit-elle
 les rendre prts  tout et presss de se jeter entre la menace du
Boche et les braves gens auxquels le 22e se sentait si attach dj,
par les liens troits de la communaut de langue, de religion, de
sentiments et de traditions familiales. Le moral du 22e tait  ce
moment belliqueux jusqu' l'enthousiasme, et l'ennemi n'avait qu' se
bien tenir; on sait du reste qu' ce moment, celui-ci avait besoin de
tous ses efforts pour rsister tant bien que mal  l'avance anglaise,
trs active  ce moment-l.

Au commencement de septembre, le 22e fut envoy aux Briqueteries, non
loin de la ville d'Albert, dont la "Vierge penche" fit si longtemps
le sujet de la curiosit universelle; on se souvient que le clocher
d'une glise de cette ville tait surmont d'une statue de la sainte
Vierge tenant dans ses bras l'Enfant divin, et qu'un obus allemand
atteignit la base de la statue, qui pencha en avant jusqu' la position
horizontale, et resta ainsi suspendue pendant plus de deux ans, jusqu'
ce qu'un autre projectile vint la jeter sur le pav. C'est dans la
campagne situe auprs de cette ville que l'arme britannique avait
tabli un grand camp de concentration o l'on pouvait voir runis des
rgiments venus de presque toutes les parties du monde pour dfendre
l'Empire et la libert. La ville servait de centre  une incroyable
activit guerrire, et les hommes du 22e prirent l une ide encore
agrandie de la puissance de l'Empire, qui multipliait  ce moment les
attaques et les succs contre le puissant ennemi des Allis, en dpit
des fortes dfenses naturelles et artificielles que celui-ci opposait,
en attendant de prendre lui-mme l'offensive.

La 2e division devait prendre part  l'action sans plus de retards, et
le 22e ne se tenait plus de joie  la pense qu'il allait prendre une
part de premier rang  la prochaine attaque, qui devait se dclencher
contre la crte allant depuis l'arrire de Courcelette jusqu' Fiers et
 Martinpuich.


LE FLAU DE LA GUERRE

Par les champs de bataille dvasts et ravags de Mametz, de La
Boisselle, de Contalmaison et de Pozires, noms dsormais illustres
dans l'histoire des armes britanniques en France, les Canadiens
franais se rendirent  l'endroit marqu pour le ralliement avant
d'entreprendre l'attaque de Courcelette. La route  suivre les
conduisit  travers les ruines lamentables de coquets villages
aujourd'hui disparus, sur l'emplacement de forts imposantes dont
on ne voyait plus que quelques troncs d'arbres tordus et desschs
ici et l; et ils traversaient parfois des terrains occups par
d'anciennes tranches allemandes enleves  l'ennemi et gardant encore
l'aspect de destruction laiss par les explosifs. Au-dessus d'eux,
retentissait sans cesse le bourdonnement des escadrons ariens qui
allaient et venaient sans cesse et dans toutes les directions, tandis
que dans chaque valle et derrire chaque accident de terrain, canons
et howitzers dialoguaient, chacun avec la voix, clatante ou sourde,
que lui donne son calibre particulier, et renvoyaient  l'ennemi au
moins autant de projectiles destructeurs qu'il n'en clatait de sa
part dans les tranches et quelquefois au milieu des hommes. Les
champs de bataille de la Somme offraient aux nouveaux arrivs un
spectacle de dsolation et de vastes espaces ravags comme ils n'en
avaient pas rencontr encore. On et dit que ces plaines n'avaient
jamais t habites, et que le sol, jadis fertilis et cultiv avec
amour par les paisibles paysans franais, ne pourrait plus jamais
donner la vie et se couvrir de beaut. Au lieu des fermes fcondes
et des bosquets verdoyants des temps passs, plus rien que la morne
tristesse des ruines, des amas de pierraille et des cratres  demi
remplis d'une eau saumtre. La nature entire semblait crier vengeance
contre l'envahisseur teuton. L'ennemi se ressentirait le lendemain de
la signification de la devise du 22e bataillon, les trois mots "Je me
souviens" emprunts comme l'on sait aux armes de la vieille cit de
Champlain et de la province de Qubec.

La voix rauque d'un millier de canons salua l'aube du 15 septembre;
c'tait le commencement du bombardement prliminaire  l'attaque de
Courcelette, et le moment solennel de l'entre des Canadiens dans les
gigantesques batailles de la Somme, moment prometteur de la victoire.
Mais jetons un coup d'oeil sur les positions dont ils allaient faire
l'assaut.


LES DFENSES DE COURCELETTE

En dpit de l'avance historique du mois de juillet, dans laquelle les
troupes britanniques avaient pntr sur un front de vingt milles
dans les ouvrages avancs de l'ennemi, les positions n'taient pas
suffisamment avantageuses pour qu'on s'en contentt, surtout aux
approches de l'hiver. Les Allemands avaient retrait, mais non sans
s'tablir sur des positions nouvelles fort avantageuses pour eux, sur
les hauteurs allant de Courcelette  Flers. Ils avaient converti les
villages en autant de petites forteresses munies de tous les moyens de
dfense modernes: lacets de fil barbel exposs aux feux d'enfilade
des mitrailleuses et des fusils automatiques, caves recelant des nids
de mitrailleuses presque inexpugnables, rien n'avait t nglig
pour rendre la position imprenable. L'ennemi comptait moins sur ses
soldats vtus de gris que sur des engins et des piges destins 
rendre l'assaut excessivement meurtrier mme pour les assaillants
ayant chapp aux barrages de l'artillerie boche, car ayant franchi
cette premire zone, les ntres devaient tre exposs ensuite aux
coups des mitrailleuses et des francs-tireurs cachs dans tous les
trous du voisinage. Mais le Hun ne pense pas  tout et oubliait que
le soldat anglais ou colonial ne s'avoue jamais vaincu et possde des
qualits d'initiative personnelle que les traits d'art militaire
boches n'avaient pas prvues. Il devait lui tre donn une fois de
plus de constater l'insuffisance des dfenses les plus perfides. Quant
aux Canadiens franais, songeant sans doute  leur fire devise "Je
me souviens," ils attendaient rsolument le moment de l'attaque en
suivant de l'oeil les ravages accomplis sur le terrain ennemi par le
bombardement prliminaire. Les obus clataient sur toute la crte
o se terrait l'ennemi, et celui-ci ripostait de son mieux, mais
plus faiblement, et l'on sentait que notre artillerie, aide par les
aroplanes, avait facilement le dessus.

Les premires ombres du soir s'allongeaient sur les champs de bataille,
et le colonel venait de faire en aroplane une revue hardie des
positions ennemies; tout tait maintenant prt pour l'attaque. Les
hommes reurent les dernires explications du plan de l'attaque, et
attendirent le signal qui devait les lancer  ciel ouvert au-devant
de l'ennemi. Le 22e et le 25e avaient mission d'enlever Courcelette
et les dfenses situes  l'arrire de ce village, tandis que le 26e
les appuierait au besoin et se chargerait surtout du balayage des
mitrailleuses ennemies restes en action derrire ou  ct de leur
marche, et de consolider les gains accomplis.

Le 24e constituait la rserve et avait mission de ravitailler les
troupes avances. Il tait rumeur que les chars d'assaut, ces "tanks"
mystrieux et lourds d'aspect que venait d'adopter l'arme britannique,
allaient faire leurs dbuts et appuyer les premires vagues d'attaque.
Les hommes prouvaient plus de curiosit que de confiance  l'endroit
de cette invention nouvelle, et ceux qui en avaient vu dclaraient
qu'elles ne pourraient jamais traverser un terrain ravag, plein
de trous et de cratres comme celui qui allait tre le thtre de
l'attaque; et l'on prdisait les plus compltes culbutes  ces grosses
btes de mtal, dont les canons, disait-on, resteraient points en
l'air pour le reste de l'ternit.

C'tait se montrer trop sceptiques, et calomnier les bonnes btes
de combat qui devaient s'illustrer dans cette bataille, et jeter la
terreur dans les rangs de l'ennemi lorsqu'ils les virent dboucher,
gauchement mais irrsistiblement, et semant la mort par toutes les
bouches de leurs mitrailleuses ambulantes.

[Illustration: Courcelette: le village et le champ de bataille]


LA BATAILLE

La canonnade devenait maintenant assourdissante; le barrage final
commenait et devait durer pendant dix minutes d'une distribution
gnreuse de hauts explosifs et de shrapnels dont l'ennemi a d
garder le souvenir: l'artillerie britannique de ce secteur mettait
toutes ses forces en action. A l'heure zro, 6 heures quinze du soir,
un dernier ouragan de fer et de flamme s'abattit sur les dfenses
ennemies, qui sautaient par morceaux, tandis que les shrapnels
lanaient en explosant des milliers de balles meurtrires dans les
rangs des Boches,  cent verges en avant du barrage proprement dit.
Derrire celui-ci s'avanaient maintenant le 22e, le 25e et le 26e, en
vagues d'attaque successives qui traversaient avec une calme bravoure
le terrain plein de fondrires et de cratres profonds. En vain le
contre-barrage allemand creusait-il des brches dans leurs rangs et
jetait  terre  mesure de l'avance de nombreux jeunes "khakis" qui
y restaient tendus dans une terrible immobilit; en vain les balles
des mitrailleuses fouillaient-elles la fume et mordaient-elles
comme des vipres enflammes dans nos rangs hroques: les Canadiens
avanaient toujours. Une des compagnies du 22e s'gara un instant dans
la confusion cause par les divers barrages, la fume opaque et la
disparition des accidents de terrain de aux explosions d'obus, et ces
hommes coururent un moment le risque de s'carter de l'objectif qui
leur avait t assign; mais le lieut-colonel Tremblay qui surveillait
attentivement les oprations, s'en aperut et rectifia la direction
en prenant lui-mme le commandement de cette compagnie. De ce moment
l'avance procda comme sur un terrain de parade, bien que le colonel
ft renvers  plusieurs reprises par des explosions d'obus, et que les
officiers commandant les compagnies et les pelotons fussent en grand
nombre tus ou blesss; d'autres les remplaaient  mesure et grce 
l'esprit d'initiative et  la comptence dploye par les officiers et
les sous-officiers, rien ne put entraver la marche des oprations telle
que voulue par le plan d'attaque.

Les Canadiens franais furent les premiers  apercevoir les chars
d'assaut, les "tanks" qui faisaient leur dbut; on apercevait vaguement
ces formes monstrueuses avanant par soubresauts, tantt rampant,
tantt  demi-dresses pour franchir un obstacle ou remonter d'un
cratre, mais toujours allant et vomissant des flammes par la bouche
de toutes leurs mitrailleuses. Des acclamations joyeuses et hilares
s'chapprent des poitrines qubcoises et de nombreux enthousiastes
se rapprochrent des monstres pour les mieux voir  l'oeuvre; c'est
en cette occasion que les deux varits de Tanks furent baptises
d'un commun accord et par un badinage de soldat, "Crme de menthe" et
"Cordon rouge," sobriquets qui leur sont rests dans le langage imag
de la tranche.

Pendant ce temps, le barrage anglais continuait son oeuvre de
protection, mais il retardait de quelques instants l'avance des
ntres, obligs comme on sait de le suivre  mesure qu'il dmolissait
les ouvrages ennemis et facilitait ainsi l'assaut de l'infanterie;
ces quelques minutes de rpit impatientaient nos hommes, qui les
employrent  s'amuser avec les Tanks, qui avaient maintenant toute
leur confiance et leur amiti; sans s'occuper de la pluie de balles qui
tombait au milieu d'eux, ils changeaient des plaisanteries sur la
marche peu lgante des btes d'acier, et l'esprit canadien-franais
faisait des siennes en toute libert: bon sang ne peut mentir.

On atteignit les abords du village, lequel n'tait plus qu'un amas de
pierraille parsem de trous et de caves dans lesquels se dissimulait
le Boche aux abois, tratreusement arm de mitrailleuses caches qu'il
dmasquait au bon moment. Tels de bons chiens ratiers faisant la chasse
aux rongeurs, les Canadiens parcoururent, baonnette et grenades
en mains, les rues de ce qui avait t le village, et dnichrent
les ennemis en quelque lieu qu'ils fussent terrs. Les mitrailleurs
tombaient sous nos baonnettes ou sous les explosions de grenades,
dans les caves pleines de Bavarois de la Garde, qui se rendirent
par centaines aux mains des terribles Canadiens qui leur criaient
en franais de se rendre ou de mourir. On expdia promptement ces
prisonniers  l'arrire, aux soins du 26e, qui balayait soigneusement
ce qui tait rest sur les flancs de nids de mitrailleuses, et rien
ne put arrter les conqurants Canadiens franais dans leur lan 
travers Courcelette, quoi que fissent les mitrailleurs de l'ennemi,
dbords et atterrs d'une pareille furie, la vraie _furia francese_
des soldats de la vieille France. Le passage de la trombe du 22e resta
marqu par des amas d'ennemis abattus par groupes, et des flaques
de sang tmoignaient de leur habilet  se servir de la terrible
baonnette. Parmi les prisonniers du 22e se trouvrent un baron et deux
colonels allemands, ce qui tmoigne bien  quel point leur victoire fut
complte et soudaine. Le baron, sorte de gant grossier et arrogant,
voulut le prendre de haut lorsqu'il comparut devant le commandant du
bataillon, mais le colonel Tremblay ne s'en laissa pas imposer, et
rendant arrogance pour arrogance, il chargea schement quatre de ses
plus vigoureux Canadiens de conduire l'orgueilleux prisonnier dans la
cage ordinaire avec les 250 autres, au lieu des gards exceptionnels
que celui-ci rclamait avec hauteur. Son premier contact avec le Canada
allait lui donner une petite leon d'humilit.

On n'en avait cependant pas tout--fait fini avec cet oiseau boche,
comme on va le voir par l'incident suivant. Pour protger la colonne
de prisonniers contre le barrage allemand, on donna un drapeau de la
Croix-rouge  l'un de nos sous-officiers chargs de les conduire 
l'arrire, et l'on se mit en marche en agitant ce drapeau; mais les
Allemands n'en tinrent aucun compte, selon leur habitude, et plusieurs
prisonniers furent atteints par des obus venus de leurs propres canons;
au milieu du dsordre momentan que produisit l'une de ces explosions
dans les rangs de la petite colonne, le baron crut pouvoir s'chapper,
et donnant un ordre guttural  ses hommes, il s'lana  leur tte
vers les tranches ennemies; mais il comptait sans ses htes, et les
Canadiens franais ne mirent pas de temps  rattraper les fuyards comme
une bande de moutons indociles. Satisfait de son triomphe, le colonel
Tremblay se contenta d'un avertissement svre donn  son homme, et
le renvoya  sa cage, fort vex et ne ressemblant plus que de loin 
l'arrogant personnage qu'il tait au moment de son arrive involontaire
dans nos lignes.

A sept heures trente le 22e bataillon tait solidement tabli dans les
carrires situes en arrire du village, et le travail de consolidation
du terrain conquis avanait assez rapidement pour qu'on pt faire
face avec succs aux contre-attaques dsespres que l'ennemi ne
manquerait pas de livrer aussitt qu'il aurait rorganis ses forces
branles. Ces contre-attaques s'annoncrent bientt par une grande
concentration d'artillerie, et bientt l'on vit paratre  travers la
fume les "grisons" comme on appelait parfois les Allemands  cause
de la couleur terreuse de leurs uniformes; ils suivaient de prs leur
barrage et s'apprtaient  nous rendre la politesse s'ils le pouvaient;
mais nos fusils Lewis et nos carabines partaient comme tous seuls dans
les mains exprimentes des Canadiens franais, aussi fermes dans la
dfense que pleins d'lan  l'attaque; et les groupes assaillants
hsitrent, reculrent et retraitrent dans la demi-obscurit, laissant
derrire eux des amas de morts et de blesss comme preuve de leur
dconfiture. Cinq fois pendant cette nuit ils tentrent de dloger les
Canadiens franais, au moyen de masses paisses flanques de partis
de bombardiers et de mitrailleuses. Ils s'en venaient comme une vague
envahissante, sous la blafarde clart de la lune, mais carabines
et fusils Lewis recommenaient leur dialogue meurtrier jusqu'
en brler les mains des soldats qui les maniaient avec une telle
dextrit, que le carnage accompli dans les rangs ennemis n'tait rien
moins qu'effrayant. Les morts retardaient les pas des vivants. Les
assaillants perdaient contenance, obliquaient leur marche, cependant
que de nouvelles rafales de balles dcimaient leurs rangs; ils
s'arrtrent un instant, hsitrent puis rompirent les rangs et prirent
leur course chacun pour soi vers leurs tranches, laissant le terrain
et les cratres encombrs de leurs morts. Il leur en cotait plus d'une
centaine d'hommes pour avoir appris que les Canadiens franais taient
l pour tout de bon, et que la victoire canadienne tait complte et
dfinitive.

La nuit suivante, celle du 15 septembre, la 5e brigade largit son
front afin de relever la 4e qui avait beaucoup souffert pendant les
rcentes oprations. Ce nouveau front tait assez prcaire et difficile
 dfendre. Des redoutes allemandes de mitrailleuses le dominaient
et il tait expos  un feu d'artillerie considrable. Il importait
donc de se rendre matres des tranches d'en face, tablies par
les Allemands sur une crte dominant toute la position canadienne.
L'attaque commena  5 heures du soir, le 17 septembre et fut confi
au 22e, au 24e et au 25e bataillons; le 22e fut le seul  atteindre
l'objectif qu'on lui avait assign, ne rencontrant de la part de
l'ennemi qu'une rsistance lgre. Le mme soir, la 5e brigade recevait
l'autorisation de se reposer, et bien que les hommes fussent presque
compltement puiss de fatigue, ils marchrent jusqu' Hrissart,
village distant de 5 milles et demie, pour s'y reposer et s'y reformer.
Ainsi se terminait glorieusement la clbre bataille de Courcelette.

Celle-ci avait pleinement dmontr, qu'on pouvait avoir toute confiance
dans la 2e division et que ses soldats possdaient  un haut degr les
plus belles qualits militaires. L'histoire dira que ce fut une attaque
savamment prpare, excute avec tout l'lan et l'assurance qu'on
pouvait dsirer, et dont le succs assura d'importants et dcisifs
rsultats. On dira aussi avec raison qu'une bonne partie du succs de
ces journes fut d  l'lan imptueux des Canadiens franais, qui
balayrent tout devant eux et brisrent comme un ftu la rsistance
d'un ennemi numriquement suprieur et retranch derrire de fortes
positions dfensives. Le colonel des Bavarois de la Garde que l'on
fit prisonnier poussa des jurons vritablement volcaniques lorsqu'il
se rendit compte du petit nombre des soldats qui avaient mis ses
kaiserlicks en droute, mais pas plus que le baron son ami il ne put
longtemps affecter l'arrogance et la grossiret; il y avait de la
poigne au commandement canadien-franais, et un Bavarois ne fait pas
peur  un soldat du Canada, encore moins  ses chefs.

On ne saurait trop dire que les brillants succs de tactique obtenus
ainsi par le 22e bataillon furent ds dans une large mesure 
l'infatigable nergie et au calme jugement du lieutenant-colonel T.
L. Tremblay, D.S.O. (Ordre des Services distingus) qui ne se laissa
jamais troubler dans les moments difficiles et sut toujours prendre
les dcisions les plus sages en mme temps que les plus promptes; les
braves du 22e taient bien commands, et l'on se plat  proclamer
que leur conduite pendant la bataille, et lorsqu'ils eurent ensuite
 repousser de terribles contre-attaques, fut vraiment admirable
et digne des plus grands loges. On n'en finirait pas de citer les
faits individuels de bravoure qui s'y produisirent en grand nombre;
malheureusement l'espace nous manque dans cette brochure, qui n'a pour
mission que de rappeler les grandes lignes de l'histoire glorieuse du
22e bataillon.


LA 5e BRIGADE ESSUIE DES REVERS

Il y avait dans le systme de dfense de Courcelette deux groupes de
tranches que l'on dsignait sous les noms de Regina et de Kenora,
et les combats les plus violents se livrrent pendant plus d'un mois
pour la possession finale de ces tranches; au plus fort de la lutte,
dans la nuit du 27 novembre, la 5e brigade fut appele  entrer dans
la danse et elle devait y prouver des revers srieux et rpts,
dont nous ne donnons pas le dtail pour continuer de nous confiner
 l'historique des faits d'armes auxquels le 22e prit part; deux de
ses compagnies furent appeles le 1er octobre  renforcer le 24e et
le 25e bataillons, qui avaient reu ordre d'occuper si possible les
deux systmes Kenora et Regina. Ces deux bataillons devaient souffrir
beaucoup de cette attaque contre des positions qui se rvlrent
plus fortes encore qu'on ne l'avait cru. Les patrouilles avaient
dcouvert que l'ennemi y tait en nombre et qu'il y avait accumul les
mitrailleuses et les dfenses en fil barbel. Aussi tait-il ncessaire
que la prparation d'artillerie ft intense, afin de dtruire tous les
piges ainsi tendus  nos hommes lorsqu'ils se lanceraient  l'assaut.
Malheureusement, il appert que notre bombardement fut insuffisant, car
lorsque les ntres eurent atteint et dpass les tranches Kenora,
ils se trouvrent en face d'une vritable fort de fil barbel dans
lequel ils s'emptrrent tandis que l'ennemi dirigeait sur eux le feu
concentr d'innombrables mitrailleuses. De ce moment le coup tait
manqu; les Canadiens tombaient comme des mouches, et le combat se
transforma en une srie de luttes entre groupes et individus, l'ennemi
ayant toutes les chances de son ct. Cependant, un petit nombre de
Canadiens purent s'tablir au commencement des tranches Regina, mais
ne purent en repousser les Boches et se firent tuer jusqu'au dernier.
Les survivants, en petit nombre, se retirrent dans les tranches
Kenora, o ils se dfendirent dsesprment contre de nombreuses
contre-attaques et un arrosage meurtrier de l'artillerie, jusqu' ce
qu'on pt leur envoyer des relves, le soir du 2 octobre. Il ne leur
restait plus qu' retourner  l'arrire se reposer et reformer leurs
rangs tristement claircis.

[Illustration: LE MAJOR HENRI CHASS, M.C.]

Ceux qui virent passer les restes de la 5e brigade s'en allant
 Bouzincourt n'oublieront jamais le spectacle qu'offraient ses
bataillons puiss et dcims, et ses hommes boueux, hagards, barbus,
mais le coeur ferme et jurant bien de prendre leur revanche  la
premire occasion favorable; la devise "Je me souviens" prenait de ce
moment une signification plus prcise encore et comme plus personnelle,
chaque soldat se promettant de faire payer cher aux Boches les mauvais
jours qui venaient de s'couler.


LE SECTEUR DE SOUCHEZ

Aprs une semaine de repos pendant laquelle la brigade reut les
renforts dont elle avait besoin, les hommes se retrouvrent prts 
recommencer, et furent dirigs vers le secteur de Vimy, en s'arrtant 
Souchez.

Le 22e bataillon, pour sa part, se mit en marche le 9 octobre au matin.
La saison des pluies tait arrive, la verdure avait disparu des champs
et la campagne avait revtu l'aspect dnud de l'hiver en ces rgions.
Les routes que suivait le bataillon passaient le plus souvent sur des
crtes et des lvations dpouills de toute vgtation forestire par
les explosions et les incendies, mais lorsqu'ils descendaient vers
la plaine, o s'chelonnaient les curieux petits villages entours
de vergers assez bien conservs, ils trouvaient chez les paysans bon
gte pour la nuit et le meilleur accueil, car leurs htes rustiques,
enchants de les entendre parler franais, ne savaient comment leur
rendre le sjour agrable. Quel plaisir de se sentir reus comme les
enfants de la maison, par ces bonnes gens de la vieille France, mre de
tout ce que la civilisation offre de plus lev et de plus dlicat! Les
jeunes Canadiens admiraient le courage avec lequel le peuple franais
subissait les preuves de la guerre, les yeux toujours tourns du ct
de la frontire et ne doutant jamais de la victoire finale, pourtant si
lente  venir. Ils s'tonnaient aussi de ce que les jeunes Canadiens
franais fussent venus de si loin pour les dfendre en combattant sous
les couleurs de l'Angleterre. Leur joie se mlangeait de tristesse 
la pense des preuves que traversait la France, mais l'exemple des
Canadiens franais toujours courageux et optimistes les remontait
aussi, et l'on changeait de part et d'autre des souhaits chaleureux et
des tmoignages d'amiti: la vieille France et la Nouvelle des bords du
Saint-Laurent se retrouvaient avec une joyeuse motion.

Arriv au secteur de Souchez aprs cinq journes de marche, le 22e
passa  la rserve et fut charg du second tour de relve dans les
tranches d'Angres, de concert avec le 25e. Il s'y rendit le 21
octobre, et nos braves employrent quelque temps  se mettre au fait du
temprament du Boche d'en face et de sa plus ou moins grande activit.
Ils virent bientt qu'ils avaient affaire  un ennemi apathique et
paresseux, qui se contentait de faire jouer sans cesse ses mortiers
de tranches, dont les projectiles arrivaient en succession presque
continue et non sans nous causer souvent des dsagrments srieux. Les
canonniers canadiens ne l'entendirent pas longtemps de cette oreille,
et mirent dans leurs rponses une telle loquence que les batteries
ennemies furent bientt forces de se taire. La nuit, des patrouilles
de langue franaise exploraient hardiment la zone neutre, et l'on
provoquait tous les partis de l'ennemi qui se pouvaient apercevoir 
distance. Mais ceux-ci se refusrent toujours au combat, restant 
l'abri de leurs paisses cltures de fil de fer. La seule chose qui
put faire sortir les Allemands de cette attitude placide fut lorsque
nos francs-tireurs abattirent sans se gner quelques-uns des officiers
suprieurs de l'ennemi qui s'taient permis d'inspecter nos positions
trop ouvertement et en plein jour. Ceux-l n'inspecteront plus rien
en ce monde, mais l'artillerie ennemie montra de la colre pendant
plusieurs jours aprs leur msaventure.

Les derniers mois de l'anne 1916 furent employs  une tactique
de coups de main et de surprises dans lesquelles l'ennemi perdait
toujours quelques hommes et beaucoup de sa bonne humeur. Que ce ft la
nuit ou le jour, et au moyen d'attaques d'infanterie, ou d'arrosage
d'artillerie, de mortiers ou de mitrailleuses, on faisait tout le
temps quelque chose  l'ennemi, qui ruait en tous sens mais ne faisait
gure de mal. Il en devint un jour si excd que plusieurs soldats
d'un rgiment bavarois de rserve dcidrent d'en finir et de se
constituer prisonniers entre les mains des Canadiens franais. Ils
sortirent de leur tranche et s'en vinrent carrment vers les ntres,
o malheureusement pour les ttes carres leurs intentions furent mal
comprises de prime abord, et le malentendu s'exprima par une vole
de balles qui les couchrent tous, sauf un seul, pour leur dernier
sommeil. Le survivant ne cachait pas qu'il en avait assez de risquer
sa peau tous les jours pour le Kaiser, et qu'il tait content de
s'loigner de la ligne de feu pour travailler  l'arrire. Il n'tait
probablement pas le seul de cette opinion dans l'arme allemande.


LES RIGUEURS DE L'HIVER

Le 22e se trouva dans les tranches le jour de Nol 1916 et fut par
consquent moins chanceux que l'anne prcdente  la mme date;
cependant l'artillerie anglaise russit ce jour-l  rduire au silence
les batteries ennemies, et c'est avec une joie qu'on pourrait appeler
professionnelle que les hommes coutrent les tonnerres triomphants
des canons qui les protgeaient. Le temps tait beau, et l'on put
goter dans une paix relative le contenu des colis postaux remplis
de petites douceurs que la poste avait apports du Canada pour cette
grande journe. Est-il besoin de dire que la tranche retentit toute
la journe de chansons et de cantiques de circonstance, auxquels se
mlait de temps en temps l'clatement d'un obus ennemi, mais on ne s'en
occupait pas, les corps taient ici au devoir, mais la pense ailleurs.

Le mois de janvier, toujours rude dans le nord de la France, ne devait
pas se dmentir cette anne-l. Il commena par un dluge de pluie
qui obligea la brigade  des rparations constantes aux tranches qui
s'boulaient. Puis le temps changea du tout au tout et n'en devint que
pire. Du jour au lendemain le froid s'tablit, avec accompagnement
de temptes de neige, et la vie dans les tranches devint presque
intenable. Le vent glac sifflait le long des tranches et ne laissait
pas un coin sans y jeter son frisson et la neige qu'il charriait avec
lui. Elle teignait  moiti les brasiers improviss et pour lesquels
on n'avait pas une provision suffisante de combustible; et les hommes
grelottaient sans aucun moyen de se rchauffer. On se souviendra
longtemps de ce secteur et de cette saison. Le moral des troupes, comme
on dit, n'en fut cependant pas affect, et la 5e brigade resta digne
de sa rputation de courage agressif; les gars du 22e prouvrent plus
d'une fois  l'ennemi qu'ils n'taient pas pour se laisser engourdir
par un peu de poudrerie.

Le froid dura jusqu'au milieu de fvrier, et c'est alors que le 22e
et quelques autres units de la 2e division furent transfrs dans la
rgion de Vimy, au Bois des Arleux, o ils relevrent des troupes de la
3e division dans le secteur La Folie-Thlus.

Pendant quelque temps, les oprations prirent ici la forme de duels
frquents entre les francs-tireurs du 22e et de l'ennemi, qui se
connaissaient mutuellement de longue date. Le temprament agressif des
Canadiens franais sembla stimuler encore le Boche, qui s'efforait de
rendre coup pour coup et d'imiter de son mieux les ruses de guerre de
nos hommes. Mais ceux-ci finirent toujours par avoir le dessus  la
longue, ce qui finit par dgoter l'Allemand au point qu'il n'y avait
plus moyen de le faire sortir. C'est vers cette poque qu'eut lieu
l'acte de bravoure remarquable du soldat DeBlois du 22e bataillon. Les
soldats de la 4e division ayant lanc une attaque assez considrable
contre une partie du front ennemi, ils laissrent en retraitant un bon
nombre de leurs blesss dans les trous d'obus du champ de bataille.
DeBlois s'offrit volontairement pour aller les chercher et russit 
en ramener treize en dpit d'une pluie de balles que lui lanaient les
mitrailleuses ennemies. La mort l'effleura de prs, car une balle pera
son casque de part en part, mais l'hroque Canadien franais persista
dans son sauvetage jusqu' ce qu'il ft srieusement bless au bras.


VIMY. LE PLAN DE BATAILLE

La crte de Vimy dfiait depuis longtemps les efforts de l'arme
britannique et ses occupants nous incommodaient tellement du feu de
leur artillerie que cette situation ne pouvait toujours durer; le
haut commandement dcida de s'en emparer cote que cote. A cette fin
on prpara un plan de bataille soign et en vertu duquel l'lan de
chaque bataillon serait concert en vue du succs de l'ensemble. On
se mit tout d'abord  harceler l'ennemi de patrouilles et d'attaques
successives, afin de vrifier sa force de rsistance et d'nerver
ses troupes en crant une atmosphre de tension et d'expectative
inquite; puis notre artillerie se mit  bombarder sans relche
l'arrire des positions ennemies, logements, lignes de ravitaillement
et de communications etc., tandis que nos howitzers et nos mortiers
faisaient sauter ses premires tranches morceau par morceau. En mme
temps nos aroplanes survolaient nuit et jour le territoire occup par
l'Allemand, prenant des photographies, observant tous les mouvements
et les prparatifs et se procurant de prcieux renseignements pour le
moment de l'attaque, sans oublier de laisser tomber des bombes aux bons
endroits: sur les villages o logeaient les soldats, sur les dpts de
munitions, les quartiers-gnraux et les batteries de gros canons.

Pendant ce temps, la 5e brigade effectuait des reconnaissances hardies
dans les travaux d'approche et chassait ses patrouilles du terrain
neutre. Aprs quoi, ayant dbarrass la place, ils prirent une semaine
pour s'entraner soigneusement par des "rptitions," comme au thtre,
de la grande attaque qui s'approchait.

Le plateau de Vimy domine le terrain comparativement plat de la rgion
de l'Artois comprise entre Thlus et Avion, soit une distance d'environ
huit mille verges. C'est une position dfensive excellente, que les
Allemands n'avaient pas manqu de fortifier encore par tous les moyens,
et dont ils avaient fait l'un des bastions les plus imprenables de tout
leur systme dfensif depuis la frontire suisse jusqu' la mer. Ses
pentes taient hrisses de labyrinthes de fil barbel sur lesquels
taient diriges d'innombrables mitrailleuses solidement tablies
elles-mmes dans des rduits de ciment arm  l'preuve des balles. Par
de profonds tunnels, les dfenseurs communiquaient avec leurs dpts de
rserves, situs  l'arrire dans la campagne, et dont ils pouvaient
aussi se servir pour se rpandre dans un village souterrain qu'ils
avaient prpar pour s'y mettre  l'abri  chaque fois que l'artillerie
britannique devenait par trop incommodante. Les Allemands pouvaient
aussi surveiller de cette lvation jusqu'aux moindres mouvements
des Allis dans ce secteur, et il paraissait impossible de prparer
une attaque sans qu'ils en eussent connaissance; leur artillerie
tait de force  repousser tout essai de coup de main qui ne les prt
pas par surprise. On ne le savait que trop bien par l'insuccs des
tentatives prcdemment faites par les Franais et par les Anglais, et
dont chacune n'avait servi qu' ajouter aux piles d'os blanchis qui
schaient sur les pentes sinistres de ce champ de bataille. Cependant,
la guerre est une cole de persvrance et nos soldats devaient prouver
que la leon n'avait pas t perdue pour eux et qu'avec l'aide de
chefs au courant des dernires subtilits de l'art militaire, ils
dmontreraient qu'il n'existe pas de dfenses boches qui puissent
rsister  la valeur canadienne.

Chaque bataillon reut donc des instructions prcises sur la part qu'il
aurait  jouer dans le grand drame ainsi que sur le terrain qu'il avait
charge de conqurir, et les moindres dtails furent prvus et expliqus
d'avance afin que nul ne pt s'y tromper. Les barrages de l'artillerie
devaient prcder chaque avance avec une exactitude mathmatique,
tandis que les mortiers devaient faire pleuvoir sur les premires
tranches boches un dluge d'explosifs de toutes les catgories. Ainsi
le succs semblait-il enfin assur aprs tant d'checs successifs, dont
le souvenir allait enfin tre veng, avec l'aide du Dieu des armes.

Comme nous devons nous confiner ici au rcit de la part prise  cette
bataille par le 22e bataillon, il nous faut laisser de ct tout ce qui
se rapporte aux mouvements des autres bataillons; mais les aventures
glorieuses du 22e en cette journe mmorable valent bien qu'on s'en
occupe exclusivement pendant quelques instants.

[Illustration: LE MAJOR J.-P.-U. ARCHAMBAULT, D.S.O.]

Voici quel tait le programme gnral trac  la 5e brigade, qui
occupait dj un front de 800 verges vis--vis Neuville Saint-Vaast;
elle devait pntrer sur une tendue de 1800 verges dans les
dfenses ennemies bien au-del de la Crte, jusqu' une ligne allant
approximativement de Farbus au village de Vimy. Cette avance devait
tre effectue en ligne droite et par cinq vagues successives se
droulant en deux heures et quinze minutes; chacune de ces avances
serait prcde d'un barrage d'artillerie avanant  l'heure et 
l'endroit fixs  l'avance.

Il tait entendu que le 24e et le 26e bataillons prendraient la tte
de l'attaque, tandis que le 25e resterait en rserve et que le 22e
s'occuperait du "balayage" des mitrailleuses ennemies restes sur les
flancs ou en arrire, besogne ncessaire  chacune de ces oprations
et non moins dangereuse que les autres; le 22e tait aussi charg de
faire suivre les provisions et les munitions. Tel tait le plan, et il
fut excut  la lettre, en dpit du temps dsagrable qu'il fit durant
cette journe historique du 9 avril 1917.

En effet, lorsque les premires lueurs de l'aube percrent pniblement
les nuages bas qui couraient sur la plaine le moment ne paraissait
certainement pas propice pour dclencher une attaque. Un vent glac
hurlait dans les arbres dchiquets, et l'on sentait que la neige
n'tait pas loin. Le silence momentan des canons laissait entendre la
voix plaintive de la bise, et sous les pieds des soldats frissonnants,
le sol tremp par des pluies rcentes devenait de plus en plus boueux
et malsain. Les nuages devenaient plus lourds et plus menaants 
mesure que le jour se levait, et l'on eut dit que le ciel s'opposait
au carnage qui se prparait. Seuls les clatements d'obus lancs par
l'ennemi jetaient une lueur passagre et fugitive dans l'obscurit
jauntre qui recouvrait la terre. Les hommes devenaient nerveux et
impatients; puisqu'il fallait foncer dans cet enfer, autant y aller
tout de suite et en finir. Le Boche s'apercevrait que ce jour-l, les
Canadiens n'taient pas de bonne humeur.


LA BATAILLE

A cinq heures trente du matin, l'artillerie anglaise fit feu de ses
mille canons contre les tranches ennemies, et de ce moment la terre
ne cessa plus de trembler sous les dcharges incessantes des monstres
d'acier vomissant la mort et la destruction matrielle contre les
positions ennemies, qui disparaissaient sous une avalanche de fer
et de feu. Le 24e et le 25e s'lancrent promptement  l'assaut et
atteignirent le premier stage de leur programme en moins de quatre
minutes. Douze minutes aprs, ils avaient rejoint leur deuxime
objectif, pris quarante prisonniers et chapp au contre-barrage
allemand, qui arriva trop tard. Grce  la matrise de l'air que
dtenaient facilement nos avions, l'artillerie allemande tait comme
prive de ses yeux, et ses salves lances au hasard n'atteignirent pas
les lignes khaki en marche vers la victoire; seules les mitrailleuses
nous causaient quelque gne.

A six heures et trois minutes,  l'instant prcis marqu au programme,
le 24e et le 26e surgirent  leur troisime objectif, appel par les
Allemands le _Zwischen Stellung_; ils en passrent la forte garnison
au fil de la baonnette et s'y tablirent solidement, pendant que le
22e et le 25e se rassemblaient pour l'tape finale, vers laquelle
ils se lancrent  6 heures 45. La rsistance de l'ennemi devenait
plus grande, et comme ses rserves arrivaient d'instant en instant,
le volume de son feu de mousqueterie et de mitrailleuses prenait
des proportions de plus en plus incommodantes, pour ne pas dire
dangereuses; de plus, le terrain allait en s'levant, sans parler des
explosions qui l'avaient rendu boulevers et glissant; l'avance en
fut invitablement ralentie. En mme temps, un nid de mitrailleuses
ennemies solidement tablies et servies par un nombreux personnel, nous
faisait beaucoup de mal et fut sur le point d'arrter compltement
notre marche en avant; la situation devenait prcaire, lorsque le 22e,
prenant la position ennemie par le flanc sous un dluge de balles,
se lana  l'assaut  l'arme blanche et aprs un combat sanglant et
longtemps incertain russit  se rendre matre de la place, capturant
plusieurs mitrailleuses et 125 prisonniers. L'avance des ntres put
ainsi continuer, jusqu'au prochain obstacle srieux, ce qui ne devait
pas tarder. En effet, juste comme on allait atteindre le dernier
objectif, on se heurta  une position fortifie connue depuis sous le
nom du Talus (Dump); c'tait un enchevtrement de tranches brises et
de cratres d'obus relis ensemble et puissamment fortifis, o les
Allemands avaient entass pour ainsi dire des masses de mitrailleuses
et plus de 300 hommes de leurs meilleures troupes. Ce nid de gupes
avait chapp comme par miracle au barrage prliminaire, et sa garnison
tait frache et combative  l'excs. On essaya une ou deux attaques
de front, qui ne servirent qu' laisser le sol couvert de nos morts
et de nos blesss, et il fallut abandonner ce systme, en dpit de
la rage des Canadiens franais, qui furent en ce moment difficiles
 contenir. On les libra bientt, de concert avec le 25e, en une
attaque concerte sur les deux flancs de la position et dont le succs
ne se fit pas longtemps attendre. Se jetant sur chaque ct sans
s'occuper des balles qui pleuvaient, et fonant sur l'obstacle avec
une furie indescriptible, les deux bataillons envahirent les dfenses
ennemies comme une nue de sauterelles dans un champ de bl, et mirent
en peu de temps la garnison hors de combat. Trois mitrailleuses et
271 prisonniers rcompensrent cet effort, et l'avance put tre
reprise vers le dernier objectif, o l'on s'tablit solidement  7
heures quatorze minutes, soit une minute en avance du temps prvu au
programme. Le 22e s'tait appropri en passant un butin additionnel
de trois mitrailleuses, deux mortiers et plusieurs groupes assez
considrables de prisonniers. Dcidment, l'Allemand n'tait pas
chanceux avec les Canadiens parlant franais, bien qu'il n'et pas  se
fliciter non plus de ses relations avec ceux de l'autre langue.

On se mit  l'oeuvre avec nergie pour consolider les nouvelles
positions si brillamment conquises, dans lesquelles on trouva de
grandes quantits d'armement, de munitions, de provisions et plusieurs
documents secrets, ce qui n'tait pas de nature  diminuer la
satisfaction et l'enthousiasme des hommes, en dpit du chagrin que
leur causait la perte de plusieurs de leurs camarades tombs dans la
bataille mais dont un petit nombre seulement ne devaient pas se relever.

[Illustration: LE MAJOR GEO.-P. VANIER M.C.

Chevalier de la Lgion d'Honneur.]

Une tempte de neige qui s'leva dans la journe couvrit la terre
de son blanc manteau, et le froid devint intense, ce qui n'ajoutait
rien au confort des hommes dj fatigus et obligs de se livrer 
des travaux de terrassement et de fortification. Ils ne furent pas
moins braves, cependant, devant cette preuve que devant l'ennemi,
et la pense du grand succs qu'ils venaient d'obtenir aux dpens de
celui-ci, ajoute  la scurit relative dans laquelle les laissait
l'absence de toute contre-attaque et la faiblesse du bombardement de
l'ennemi dconcert, leur aida  tout supporter avec leur bonne humeur
naturelle, et les vainqueurs ne pensrent plus qu' se mettre tout
 fait chez eux dans les nouveaux quartiers qu'ils avaient si bien
gagns. Le 22e en particulier devait y rester jusqu'au 16 avril, date 
laquelle il fut relev et envoy se remettre de ses fatigues au village
de Rietz.

Il nous faut les quitter ici, se reposant et se prparant  leurs
futurs combats glorieux et triomphants des Arleux, de la cote 70 et de
Passchendaele, dont les exigences militaires ne nous permettent pas
de parler maintenant. Nous ne saurions cependant prendre cong de la
5e brigade sans rendre un hommage final  la bravoure et aux autres
qualits militaires du 22e Canadien franais, qui pendant ces vingt
mois de guerre a agi de faon  justifier toutes les esprances que le
Canada franais reposait en lui. Ses braves ont contribu largement au
renom glorieux de la 2e division, qui a ajout un joyau de plus  la
couronne des sacrifices du Canada dans la grande preuve, couronne non
moins brillante que celle conquise aussi par notre premire glorieuse
lgion (la 1re division).

Les fils du Vieux Qubec ont lgu  leurs compatriotes un magnifique
hritage  ajouter au patrimoine des gloires ancestrales et ils ont
ajout un nouveau lustre  la devise rgimentale "Je me souviens," qui
voque le souvenir de la vieille France et de tout ce qu'il y a de bon,
de noble et de courageux dans l'me canadienne franaise.

La France saigne encore pour la cause de l'humanit. Elle a besoin de
secours, et il ne faut pas qu'il soit dit qu'elle a fait appel en vain
aux descendants de ceux qui apportrent il y a trois cents ans son nom,
sa langue et sa religion sur les rives de la Nouvelle France.

[Illustration: LE MAJOR GUSTAVE-A. ROUTIER, M.C.]




HONNEURS ET RCOMPENSES

Accords au 22e bataillon canadien-franais jusqu'au 31 mars 1918


OFFICIERS

Chevaliers de Saint-Michel et de Saint-Georges (C.M.G.)

  Colonel F. M. Gaudet
  Lieut-colonel T. L. Tremblay.

Distinguished Service Order.--Ordre des Services distingus (D.S.O.)

  Lieut-Colonel T. L. Tremblay
  "        "    L. J. O. Daly-Gingras
  Major A. E. Dubuc
  Major L. R. Laflche
  Major J. P. U. Archambault.

Croix militaire avec barre

  Major pro tem J. H. Roy.

Croix militaire (M.C.)

  Capitaine H. Chass, major pro tem
  Capitaine G. P. Vanier, major pro tem
  Capitaine A. G. Routier, major pro tem
  Capitaine quartier-matre--hon. L. Patenaude
  Lieutenant P. E. Ct, capitaine pro tem
       "     P. L. S. Brown
       "     L. W. Baillarg
       "     E. J. Bourgeault
       "     L. A. Coulin
       "     G. A. Cloutier
       "     Jean Brillant
       "     G. E. A. Dupuis
       "     G. Fontaine
       "     C. Greffard
       "     P. E. Guay
       "     G. E. LaMothe
       "     L. G. Morissette
       "     W. E. Morgan
       "     H. E. Lgar
       "     H. J. Chaballe


DCORATIONS TRANGRES

  Lgion d'honneur

  Croix d'officier

  Lieut-colonel T. L. Tremblay

  Croix de chevalier

  Major A. E. Dubuc
  Major L. R. Laflche
  Capitaine G. P. Vanier, major pro tem


  AUTRES RCOMPENSES

  Mdaille de Conduite distingue.      14
  Mdaille militaire.                   76
  Mdaille militaire avec barre.         1
  Dcorations trangres.                7
  Mention  l'ordre du jour.            27


  OFFICIERS MORTS AU CHAMP D'HONNEUR

  Le major Renaud
  Le major A. Roy
  Le capitaine L. A. Beaubien
  Le rv. capitaine Crochetire, ptre. aumnier
  Le capitaine J. D. La violette, M.C.
  Le capitaine Joseph Sylvestre
  Le capitaine P. Ct, M.C.
  Les lieutenants Maurice Bauset
         "        Jacques Brosseau
         "        Belzil
         "        Binet
         "        H. de Varennes
         "        Gatien
         "        Deschnes
         "        Ren Lefebvre
         "        Pierre-Eugne Guay, M.C.
         "        Hudon
         "        Moreau
         "        Abel Beaudry


                   *       *       *       *       *


  Liste des modifications:

  Page  6:  faut remplac par fait (il fait lui-mme les batailles)
         :  ajout de (nous aurions pu dire nous-mmes de la bravoure
              et de la noblesse d'idal)
  Page  7: Battaillon par Bataillon (le 22e Bataillon)
  Page 10: en remplac par la (de traverser la France)
         : rsussissaient par russissaient (nos patrouilles ne
             russissaient)
  Page 21: avaient par avait (Le voyage n'avait cependant)
  Page 27: cannonade par canonnade (La canonnade devenait maintenant
             assourdissante)
  Page 28: baonette par baonnette (baonnette et grenades)
  Page 29: n'taient par  n'tait ( carnage accompli dans les rangs
             ennemis n'tait rien)
  Page 31: favoable par favorable (la premire occasion favorable)
  Page 35: britanique par britannique (arme britannique)
  Page 36: dbarass par dbarrass (ayant dbarrass la place)





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*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
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against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
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Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
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works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


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