Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3259, 12 Aot 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3259, 12 Aot 1905

Author: Various

Release Date: April 11, 2011 [EBook #35827]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'ILLUSTRATION, NO. 3259 12 AOT 1905 ***




Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque










AVEC CE NUMRO:
_SUPPLMENT MUSICAL._


[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]


SUPPLMENT MUSICAL: Fragments de _Maa_, par MM. Gallois
et Samuel-Rousseau, prix de Rome.

[Illustration: L'ILLUSTRATION
_Prix du Numro: 75 Centimes._
SAMEDI 12 AOUT 1905
_63e Anne--N 3259_]


[Illustration. L'amiral Wilson. L'amiral Wilson, commandant de la flotte
anglaise du Dtroit, prcde le roi.]

[Illustration: L'amiral Gaillard. S. M. le roi. Le roi douard VII,
suivi de l'amiral Caillard, quitte le _Massna_.]

[Illustration: Les ambassadeurs d'Angleterre et de France et
l'tat-major royal montent  bord. LA VISITE DU ROI DOUARD VII A BORD
DU "MASSNA" Comment le correspondant anglais de "L'Illustration", M.
Stephen Cribb, install dans la superstructure du "Massna", a pu
photographier les visites officielles.--_Voir l'article, page 109._]



_L'ILLUSTRATION_ du 19 aot sera accompagne d'un numro de
_L'ILLUSTRATION THTRALE_ contenant une oeuvre--indite sous sa forme
dramatique--d'un des plus grands crivains contemporains:

CRAINQUEBILLE, par ANATOLE FRANCE.

On n'a pas oubli le succs de ces trois tableaux au thtre de la
Renaissance o le rle de Crainquebille tait tenu par M. Lucien Guitry.

Le mme numro de _L'ILLUSTRATION_ contiendra de beaux dessins de M.
Georges Scott sur la FTE DES VIGNERONS DE VEVEY.



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Dimanche soir, en wagon. Dix heures. Je suis alle dner, comme tout le
monde,  la campagne et, dans la cohue, parmi les cris et les
bousculades du retour, je me suis laiss pousser, hisser vers le premier
wagon venu. Troisime classe. Des gens sont debout sur le marchepied;
d'autres, assis sur l'escalier qui mne  l'impriale de la voiture. On
s'entasse, on s'crase joyeusement. Quatorze personnes se sont empiles
dans le compartiment de dix places o je suis assise. Les jeunes gens,
un peu allums, s'excusent, en propos comiques, de tenir tant de
place; les femmes rient; une petite fille pleure: on lui donne une
claque; elle se tait. La chaleur est intenable; on a entass sur les
planches suprieures du compartiment des brasses de fleurs, une
brouette d'enfant, des paniers o sonnent la vaisselle et les bouteilles
vides du djeuner, des filets mouills o il y a du poisson frais, des
engins de pche. On roule... A ct de moi, est installe toute une
famille: le pre, la mre, la grand'mre, deux petits garons, un bb.
Types d'ouvriers aiss. La mre secoue sur ses genoux, pour l'endormir,
le dernier-n dont les petites mains se crispent sur un biberon; la
grand'mre s'est assoupie tout doucement, contre mon paule; le lumignon
jaune de la voiture claire de reflets tragiques ses joues en sueur, ses
mches grises dnoues que coiffe un chapeau trop fleuri, pos de
travers. D'une voix pteuse--la voix d'un homme qui a eu soif depuis ce
matin et ne semble pas encore dsaltr--le pre raconte aux voisins sa
journe: lever  cinq heures; quatre heures de course au soleil,  la
recherche d'une bonne place; djeuner sur l'herbe, trop de mouches;
pche et promenade jusqu'au dner; orage; retour  la gare sous
l'averse... Il bille en contant cela. Tout le monde s'est endormi; la
grand'mre est maintenant affale sur moi de tout son poids, et ronfle.
On la rveille. C'est Paris.

Je les regarde descendre de wagon, chargs de paquets, titubants, les
yeux brouills de sommeil, extnus. On a pos le petit enfant dans la
brouette et la famille, lentement, se met en marche, parmi les groupes
braillards qui la bousculent.

Et j'admire au prix de quels reintements le peuple s'amuse, et ce que
reprsente, pour lui, de fatigue une journe de repos. On mettrait en
interdit le patron qui oserait,  quelque prix que ce ft, imposer  des
ouvriers de pareilles tches...

Tous, il est vrai, n'ont pas les mmes gots; et, par exemple, un grand
nombre de Parisiens avaient, dimanche dernier, prfr au plaisir de la
balade champtre celui de demeurer  Paris pour y acclamer tienne
Dolet. Justement,  l'heure de prendre mon train, j'ai vu passer, sous
ma fentre, un de ces groupes. Une jeune femme, coiffe d'un chapeau
rouge, le prcdait; derrire elle, un drapeau rouge tait dploy, que
portaient des jeunes gens. Je les ai suivis jusqu' l'Htel de Ville.
Ils criaient, sur un rythme de marche: _Hou! Hou! la calotte!_ Un de mes
amis, professeur  l'cole des Langues orientales, m'accompagnait; je le
priai de me renseigner sur l'tymologie de ce cri, que j'entendais pour
la premire fois.

--J'ignore, me dit-il, l'origine de _Hou! Hou!_ Je sais seulement que
cette sorte de beuglement est trs usite dans les runions hostiles au
clerg. C'est galement le clerg que dsigne cette expression: _la
calotte_, et je ne saurais non plus vous dire  qui revient le mrite de
l'avoir lance.

--Y a-t-il longtemps, demandai-je, qu'existe cette coutume parisienne de
commmorer tienne Dolet?

--Non, dit mon ami. Cela est tout rcent. C'est venu comme une mode. Les
libres penseurs cherchaient un anctre; ils ont dcouvert celui-l.

--Ce sont des prtres qui ont brl Dolet?

--Du tout. Ce sont des juges ordinaires.

--Avait-il commis quelque crime de lse-majest?

--Non. Dolet respectait et aimait passionnment son roi; et jusqu' la
fin de sa vie--jusqu'au bcher exclusivement--Franois Ier le protgea.

--C'tait un ennemi de la religion, sans doute?

--Nullement. Dolet fut un parfait catholique, ennemi de toutes les
hrsies, et qui ne dut l'ennui d'tre brl vif qu' des haines
personnelles,  des jalousies,  des cabales d'cole o la religion
n'tait pour rien. En sorte que ce martyr serait fort tonn s'il
pouvait apprendre aujourd'hui quelles sortes de gens l'acclament. Il est
vrai que ceux qui l'acclament seraient bien plus surpris encore si on
leur apprenait au juste ce que c'tait qu'Etienne Dolet. La plupart
n'prouvent pas, d'ailleurs, le besoin de le savoir. La statue de Dolet,
c'est quelque chose au sujet de quoi l'on manifeste contre quelqu'un;
c'est, une fois par an, l'occasion de pousser des cris dans la rue,
d'embter Lpine, et de remplir d'un peu d'agitation les loisirs d'un
dimanche d't.

Il ne m'a pas paru cependant que cette manifestation, ces dfils de
couronnes, de bouquets d'immortelles et de drapeaux causassent  M. le
prfet de police beaucoup d'motion. Il allait et venait, presque
souriant, et l'on et dit que lui aussi tait heureux de cette occasion
d'occuper sa journe... Car il est devenu, depuis quinze jours,
terriblement vide d'vnements, notre Paris. C'est effrayant  avouer:
on s'y ennuie. Il semble que les vacances aient emport loin de lui tous
les sujets de curiosit, de plaisir ou d'motion que la vie
ordinairement y multiplie; et nous sommes de pauvres abandonns qui
n'avons plus d'autre ressource, pour nous distraire, que de braquer nos
lunettes au loin, sur l'horizon de la province et de l'tranger.

Le prince Kadolin et M. Bouvier se reposent, et c'est aux tats-Unis que
sont engags,  cette heure, les grands colloques diplomatiques.
Witte... Komura... que nous voil loin du quai d'Orsay! Les ftes de
l'Entente cordiale s'taient commences  Brest et continues  Paris;
elles s'achvent au-del du dtroit, et c'est de Portsmouth que nous
vient, cette semaine, le bruit des canonnades fraternelles et des
clameurs de fte. Nos champs de courses sont dserts; c'est en Normandie
qu'il faut aller pour perdre avec lgance son argent. Les amateurs de
thtre courent  Orange acclamer Berlioz, Eschyle et Boto, ou clbrer
 Vevey la Fte des Vignerons; et, pour ceux qui ne veulent pas, quand
mme, s'loigner trop du boulevard, il y a le thtre de la Nature, 
Champigny... Les reporters suivent M. Deibler  Dunkerque; un congrs de
_Bleus_ s'ouvre en Bretagne et c'est  Boulogne-sur-Mer que M. le
docteur Zamenhof inaugurait, tout  l'heure, un autre congrs: celui des
esprantistes.

SONIA.



QU'EST-CE QUE L'ESPRANTO?

Les esprantistes viennent de tenir,  Boulogne-sur-Mer, leur premier
congrs international. _L'espranto_, la premire langue universelle
qui ait la chance d'tre patronne par de nombreux savants, compte
aujourd'hui en France 30.000 adhrents; mais la plupart des personnes
qu'il laisse sceptiques ou indiffrentes en ignorent totalement le
principe. Essayons de le prciser en quelques lignes.

Pour chaque mot, ou plutt pour chaque ide, on a choisi la racine
correspondant  cette ide dans le plus grand nombre de langues
aryennes. Ainsi, on a pris les racines _doktor, honest, pur_, qui se
retrouvent dans cinq ou six langues; _dom_ (maison), _via_ (voir), qui
existent dans deux ou trois. Les mots spciaux  une langue, comme
_sport_, ont t conservs; enfin, entre deux racines diffrentes
reprsentant chacune la mme ide dans un nombre de langues gal ou
sensiblement gal, on a gnralement donn la prfrence  la racine la
plus latine.

Fait  noter, d'ailleurs, cette langue internationale n'est pas
construite comme l'exigerait une langue universelle dans l'acception
scientifique du mot; elle se proccupe surtout d'tre accessible au
monde amrico-europen. Or, si l'on songe que l'anglais peut tre
considr comme une langue franco-allemande, on ne s'tonnera point
de rencontrer les racines latines en majorit dans le vocabulaire
espranto.

[Illustration: Le docteur Zamenhof, inventeur de l'espranto. Phot.
Meys.]

Ce vocabulaire comprend actuellement un millier de racines, chiffre trs
suffisant pour rpondre aux besoins normaux de la conversation et de la
correspondance. Toute la connaissance de la langue se rduit  la
possession de ces racines, en gnral faciles  retenir pour les Latins,
surtout s'ils possdent quelques notions d'allemand.

Avec ces racines qui expriment des ides, nous formons les mots et les
phrases,  l'aide d'une trentaine de prfixes et de suffixes et de seize
rgles extrmement simples ne comportant aucune exception.

L'article dfini _la_ est invariable comme le _the_ anglais. Le genre
grammatical n'existe pas: il n'y a que le genre de sexe.

Tous les modes d'un mot s'expriment par un changement de finale:
_patro_, pre; _patra_, paternel; _ptre_, paternellement; _patrino_,
mre; _patrina_, maternel.

Le verbe ne change pas pour les personnes, celles-ci sont dsignes par
le seul pronom. Tous les temps sont dtermins par douze finales: _mi
jaras_, je fais; _mi jaris_, je faisais ou j'ai fait; _mifaros_, nous
ferons; _mi farus_, nous ferions, etc.

L'emploi des prfixes et des suffixes vite encore un nombre
considrable de mots nouveaux. _Mal_ indique le contraire: _ami_, aimer;
_malami_, har. _Ist_ indique la profession: _boto_, botte; _botisto_,
bottier, etc.

Ces quelques exemples nous paraissent rsumer de faon trs claire les
principes de l'espranto.

Ajoutons que chaque mot se prononce absolument comme il est crit, les
lettres gardant le son alphabtique qui se trouve presque toujours
conforme  celui de l'alphabet franais. L'accent tonique se place sur
l'avant-dernire syllabe. On supprime ainsi toute difficult srieuse
pour l'intelligence de la langue entre personnes de nationalits
diffrentes.

[Illustration: UN DOCUMENT QUI A CHAPP A LA POLICE RUSSE.--Le matre
de la police de Moscou venant interrompre la premire sance du Congrs
des zemstvos.]

Le volapk, qui occupait le monde vers 1885, tait plus compliqu et
empruntait presque tous ses lments aux langues saxonnes. Cette phrase:
La vie de l'homme est courte, s'exprimait en volapk: Lif mena binom
blefik. En espranto, elle se traduit: La vivo de l'homo estas
mallonga.

L'espranto est justement considr comme un chef-d'oeuvre et il est 
prvoir que, d'ici quelques annes, il sera parl et compris sur tous
les points du globe par les personnes possdant une certaine culture
intellectuelle. Il fut cr de toutes pices par un Russe, le docteur
Zamenhof, n en 1859,  Bilostok, dans le gouvernement de Grodno
(Pologne). Ce savant, dont le nom encore ignor du grand public deviendra
bientt mondial, a ainsi rsolu un problme qui, depuis deux sicles,
hantait les esprits les plus remarquables et auquel on n'avait apport
que des solutions lamentables. Il conut son projet de langue
universelle vers 1878, alors qu'il tait lve au gymnase de Varsovie;
c'est seulement en 1887 qu'il publia son premier ouvrage sous le
pseudonyme de Doktoro Espranto (qui espre).

Dtail amusant et loquent: c'est la librairie Hachette, la maison
classique par excellence, qui dite tous les ouvrages concernant
l'espranto, approuvs par le docteur Zamenhof.



LA POLICE AU CONGRS DES ZEMSTVOS

Nous avons publi la semaine dernire deux photographies du Congrs des
zemstvos  Moscou. Celle que nous donnons aujourd'hui prsente un
intrt tout particulier et l'on peut dire qu'elle tait attendue de
tous nos lecteurs depuis que _le Temps_ du 21 juillet avait publi le
rcit suivant:

Au moment o le comte Heyden va occuper le fauteuil prsidentiel, le
prince Paul Dolgoroukof entre, annonant l'arrive de la police et
demandant au Congrs la permission d'introduire les agents.

Le matre de la police, accompagn de plusieurs sous-officiers, pntre
et dclare qu'il a l'ordre de la prfecture d'interdire la runion et de
saisir les documents. Il lit les articles du code et la circulaire du
ministre de l'Intrieur en vertu desquels il se prpare  instrumenter.
Le prsident proteste; le matre de la police voulant dresser la liste
des membres du Congrs, une voix s'lve: Inscrivez toute la Russie!
Les membres des zemstvos prsents comme tmoins, non comme dlgus,
sont les premiers  lui donner leurs noms. Le matre de la police prend
alors le parti de sortir pour rdiger un procs-verbal et la sance
continue.

_Un photographe, qui a enregistr l'incident, se hte de mettre ses
instantans en sret..._

Le matre de la police rentre  ce moment et lit son procs-verbal...

La sance est leve aprs une dclaration de M. Golovine. _Le
photographe, qui a seul instrument, pendant que le commissaire s'en
allait bredouille, est arrt; la perquisition faite dans ses appareils
reste sans rsultat._

Nous n'ajouterons  ce compte rendu que quelques lignes. L'oprateur
incorrigible qui, en dpit du matre de la police et au pril de sa
libert, photographia ce grave incident, n'tait autre--on l'a
devin--que le correspondant de _L'Illustration_ en personne.

Malgr toutes les vicissitudes qui en ont retard l'envoi, la
photographie sditieuse nous est enfin parvenue. Le matre de la police
de Moscou a fait arrter notre photographe et perquisitionner dans ses
appareils. Nous prenons aujourd'hui notre revanche malicieuse en ddiant
 ce fonctionnaire sa propre image dans un document historique que les
circonstances ont rendu inestimable.



L'IMPRATRICE EUGNIE A STOCKHOLM

Parfois, au hasard de ses croisires sur le yacht _Thistle_,
l'impratrice Eugnie passe en vue d'une capitale trangre. Il y a l,
tout auprs, le palais d'une famille dont jadis, au temps des ftes
impriales, les membres furent reus, en pompe, aux Tuileries.
L'impratrice errante, qui se souvient, interrompt son voyage pendant
quelques heures. Elle fait une courte visite  ces princes et ces reines
qui sont demeurs ses amis. A la souveraine dtrne, on rend les
honneurs dus aux souverains rgnants qui voyagent incognito; on lui
prodigue, en plus, les marques de vnration que commandent son grand
ge et le souvenir de ses infortunes.

Notre photographie reprsente l'ex-impratrice au moment o, aprs avoir
djeun, le 25 juillet, avec le roi Oscar,  Stockholm, elle se dispose
 regagner son yacht.

[Illustration: L'EX-IMPRATRICE EUGNIE A STOCKHOLM regagnant son yacht
aprs avoir djeun au palais du roi.--Phot. Blomberg.]

[Illustration: L'htel, de ville de Portsmouth et son souhait de
bienvenue.]



[Illustration: Le _Massna_ dans la fume de ses canons, aprs le salut
au roi.]

[Illustration: La foule anglaise masse sur la plage, attendant
l'arrive de l'escadre franaise.]

[Illustration: Les escadres anglaise et franaise en rade de Cowes. LA
VISITE DE L'ESCADRE FRANAISE A COWES ET A PORTSMOUTH _Photographies
copyright S. Cribb, Gale and Polden et Topical Press Agency._]

[Illustration: LE CUIRASS MASSNA, BATTANT PAVILLON DE L'AMIRAL
CAILLARD, EN RADE DE COWES.]

La visite de la flotte franaise en Angleterre a t l'occasion de
grandes ftes maritimes qui ont dur toute cette semaine. Suivant le
programme arrt par l'Amiraut britannique, notre escadre du Nord
venait mouiller en rade de Cowes, ayant en tte le _Massna_, battant
pavillon de l'amiral Gaillard, commandant en chef. Celui-ci, aussitt
aprs le mouillage, se faisait conduire  bord du yacht
_Victoria-and-Albert_, pour saluer le roi; puis douard VII lui rendait
sa visite  bord du _Massna_. Cette premire journe tait, d'ailleurs,
plus particulirement consacre aux rceptions officielles; dans le
bruit des canons tonnant en salves d'allgresse, ce fut, sur le pont du
vaisseau-amiral franais, un va-et-vient de brillants uniformes:
l'amiral Wilson, commandant en chef de la flotte anglaise de la Manche,
les tats-majors, les ambassadeurs, etc. Spectacle curieusement anim,
dont, malgr la svrit des consignes prohibitives, le correspondant de
_L'Illustration_, post  une hauteur favorable, a russi  obtenir les
curieuses photographies que nous reproduisons en premire page.



[Illustration: LA FTE DES VIGNERONS, A VEVEY.--La danse du Printemps.]

Vevey est une gracieuse cit vaudoise, assise sur la rive nord-est du
lac de Genve,  l'endroit mme o se jette la Vevayse. Cette petite
ville de 6.000 habitants est deux fois clbre,  cause d'un livre et 
cause d'une tradition. C'est dans les environs de Vevey que Rousseau
trouva le cadre de sa _Nouvelle Hlose_. C'est  Vevey mme que, de
loin en loin, une fte fameuse, la Fte des Vignerons, runit
d'innombrables spectateurs dans un admirable thtre de la nature.

La scne de ce thtre est une place de la ville. Le dcor, c'est, aux
plans lointains, au-dessus des toits et des clochers, le paysage des
monts abrupts et des verts pturages. Les acteurs, ce sont tous les
habitants du pays, en costumes de fte nationaux.

La Fte des Vignerons se prsente sous un double aspect: elle est  la
fois antique et moderne. Il y a des nymphes, des bacchantes et des
bergers  houlettes. Les musiciens portent l'habit et la perruque du
temps des baillis de Vevey. Les donnes du pome ne varient gure depuis
l'anne 1797. Ce sont, exalts par les chants et mims par des danses,
les principaux vnements de la vie rustique au cours des quatre
saisons. Cette anne, comme lors des reprsentations prcdentes, on a
applaudi la danse du _Printemps_, le pas des _Bacchantes_, le ballet des
_Feuilles mortes_, le chant des _Glaneuses_, le dfil des chars de
l't et l'_Hymne  Grs_, et, naturellement, le _Ranz des vaches_.

Nous publierons la semaine prochaine les dessins de notre envoy
spcial, M. Georges Scott.

[Illustration: _L'Hymne  Crs_ devant les chars de
l't.--_Photographies Fisher._]

[Illustration: Grav par Ch. Maylander. Peint par Mme Colin-Libour. EN
DTRESSE]

_Au bord de la mer: un coin de plage, le ciel et l'eau se confondant
presque en une vaste tendue;  l'horizon, les voiles d'une flottille de
pche; au premier plan, deux personnages. Sujet d'une composition trs
simple, que Mme Colin-Libour a trait avec la sobrit qui convenait;
mais, en sa simplicit, quelle scne mouvante voque ce tableau!
S'cartant des abords trop frquents de la terrasse banale, une jeune
mre s'est aventure au loin, avec sa fillette, sur une de ces langues
de sable o l'on se sent en pleine scurit,  mare basse. L, pendant
qu'elle partageait les jeux ingnus de l'enfant, elle a perdu la notion
du temps, s'est attarde, sans prendre garde au flot perfide; et voici
que la mer, continuant de monter, menace de couper toute retraite en
couvrant la langue de sable dj transforme en lot. La situation est
critique: l'imprudente, affole, dans une anxit poignante, multiplie
les appels, les signaux de dtresse; esprons qu'elle en sera quitte
pour la peur et que, grce  un prompt sauvetage, l'aventure n'aura pas
un dnouement tragique._



[Illustration: UN SPECTACLE DE L'AN 1452 QU'ON A REVU, LE 6 AOUT 1905, A
BRUXELLES Le cortge historique des ftes de l'Indpendance belge sur la
Grand'Place: Philippe le Bon et le comte de Charolais.--_Voir l'article,
page 116._]



EN NORVGE

_Fragments d'un journal de voyage._

(Suite III.--Voir les numros des 8 et 29 juillet:)

LES LAPONS

Dans les rues de Tromsoe; de-ci de-l, de bizarres personnages, petits,
roux, coiffs d'un bonnet bleu et rouge, comme des valets de carreau,
dambulent, couverts de fourrures, chausss de bottes en peau de renne,
avec un assortiment d'objets bizarres en os, pendus  la ceinture et au
bout des doigts. Ce sont des Lapons. Ils sont moins sales qu'on ne s'y
attendait. Le visage rose ou rouge est clair par des yeux bleus, et
des cheveux filasses encadrent les pommettes saillantes du type mongol.

Ce sont bien des Lapons; mais ils sont trop liants, trop bons vendeurs,
ils parlent trop bien l'anglais; ils ressemblent trop, comme mentalit
commerciale, aux Italiens marchands de moulages qui nous mettent dans
les mains,  Paris, un objet dont on a offert le dixime du prix
demand. Les Lapons suivent les touristes, offrant des _spoons_,
cuillers faites d'un os de renne et ornes d'un dessin en profil de cet
animal.

 Tromsdal, en face de Tromsoe, se trouve le fameux camp des Lapons tant
blagu, tant attendu aussi. Il est tabli  quatre kilomtres de la
cte. Pourquoi? Parce que le propritaire du terrain qui le reoit l'a
voulu ainsi afin de forcer les touristes  utiliser des voitures sur le
prix de location desquelles une part d'argent lui est remise.

Par un chemin impossible, cahoteux, dtremp, troit, rocailleux,
franchissant des torrents et sur lequel les voitures tressautent, on
arrive au camp, aprs avoir travers un bois de bouleaux qui, l'hiver,
disparat sous la neige.

On nous a tellement dit que, ces Lapons, nous aurions pu les voir au
Jardin d'acclimatation, que nous sommes ravis de les trouver tout de
mme un peu plus pittoresques. Sur un mamelon vert environn de
montagnes, trois ou quatre huttes ressemblent  de gros tas de terre.
Dans un enclos, voici les rennes, deux cents environ. Ils sont tout
petits et leurs ramures confondues font comme un fouillis agit de
branchages.

Nous entrons dans une hutte. Elle est bien telle qu'on l'a dcrite, avec
le feu de bois au centre, au-dessous du trou mnag au sommet. Tout
autour,  terre, sur des peaux, sont tendus les habitants. Des ttes de
morues sont suspendues pour scher. Une montre en argent,  remontoir,
brille dans un coin. Une femme vtue de fourrures et de lainages rouges
et bleus surveille un bb tout blanc, bien emmaillot, dont le berceau
est un grand sabot de bois. Sur la prire d'un touriste, prire affirme
par le don d'une pice blanche, elle sort de la hutte pour tre
photographie, et, complaisamment, lve le voile qui cachait la figure
de l'enfant; mais, lorsque survient un nouveau touriste arm d'un nouvel
appareil, le voile est prcipitamment baiss et ne se relvera que
contre une nouvelle obole. Vous vous rappelez les tableaux d'glise dont
le sacristain lve le rideau en Italie?

Les touristes--nous sommes prs de deux cents--entourent et absorbent
les Lapons. Ce camp de Lapons ne ressemble plus maintenant qu'au pesage
d'un champ de courses de province. Il faut se contenter de contempler
des groupes. L, une lgante Franaise a pris des mains d'une Laponne
un travail d'aiguille et lui montre un point de broderie nouveau. La
Laponne est dans le ravissement. Ici, un touriste bourre et allume la
pipe d'un tre bizarre  l'oeil allum, au visage d'ivrogne, un
Quasimodo avec des couleurs de personnage, d'un jeu de cartes barbares.
Des enfants norvgiens vendent des cartes postales. La carte postale
illustre a unifi le monde.

Les Lapons font des affaires d'or. Ils vendent,  des prix trs
exagrs, des objets fabriqus par eux: cornes de rennes, pipes d'os de
renne, blagues  tabac en peau de renne, cuillers d'os de renne, etc.

Voici l'heure de la fantasia finale. Un Lapon pntre dans l'enclos o
sont les rennes, tenant un de ces animaux en laisse, un conducteur
docile qui donnera l'exemple aux autres. Le troupeau sort en tumulte de
l'enclos et, sous les aboiements des chiens et les cris des hommes,
traverse un torrent que le mouvement de la multitude de pattes minces
raye d'une barre d'cume. Tous les animaux, en un clin d'oeil, se
dispersent dans la montagne o ils disparaissent dans le taillis.

[Illustration: Le cap Nord.]

[Illustration: Un camp lapon,  Tromsdal.]

Il pleut, lentement, doucement, pleinement, avec constance. Le ciel et
la mer sont du mme gris, on ne voit pas une ligne d'horizon, de sorte
que les bateaux tout noirs, avec leurs mts, semblent suspendus dans
l'espace opalin et laiteux.

                                  *
                                 * *

Il y aurait  bord une jolie moisson de confessions  faire. Mais ce
serait une trahison que de rpter les secrets qu'on a pu surprendre
dans l'abandon forc d'une vie commune d'un mois. C'est malheureux. On
ne peut ici indiquer que des silhouettes de groupes. Il y a tout un clan
d'isoles, de veuves ou de femmes maries dont les maris sont rests en
France. Quels drames intimes ces sparations consenties ou imposes
peuvent-elles cacher? Il y a aussi des isols. De quelles peines
cherchent-ils l'oubli? Pendant les heures du crpuscule sans fin, on
rve  toutes ces misres et l'on sent qu'elle n'tait pas exacte,
l'impression du dbut, qui nous faisait croire que notre bateau tait
celui des gens heureux; nous avons aussi embarqu des douleurs.

LES ACHATS

Une scne amusante, pendant les escales, est celle du retour  bord des
touristes chargs d'achats. Tout le long de l'escalier, c'est une
succession de paquets envelopps de papiers jaunes, de hautes cornes de
rennes. Les femmes sont particulirement heureuses. On a pu faire du
_Shoping_  Tromsoe. Une fois sur le pont, chacun dballe ses
acquisitions devant tout le monde. Ce sont des peaux d'ours blancs qui
cotent 150 ou 200 couronnes, c'est--dire 200 ou 300 francs, des
renards bleus plus chers qu' Paris, naturellement, non monts, mal
prpars, mais qu'on dclare des occasions extraordinaires, chre
madame; des bottes de fourrures de tous les modles; des pantoufles de
peau de renne ornes de lainages blancs et rouges qu'on trouve
dlicieuses et qui,  Paris, seront dclares des horreurs.

Une dame a achet... un bateau. Elle en est folle de joie. Ds la monte
de l'chelle, ce sont des cris: J'ai achet un bateau. Vous savez, j'ai
achet un bateau...! Et sur le pont: Vous allez voir mon bateau, parce
que je dois vous dire que j'ai achet un bateau.

Et comme quelqu'un, peu de temps aprs, lui dit: Il parait, madame, que
vous avez achet un bateau... De trs bonne foi, elle s'crie:

--Comment savez-vous cela? C'est curieux comme on potine  bord...

Les retours sont gais. C'est un babillage, un piaillement, un talage
naf de petites vanits dans l'brouement des parapluies mouills et des
caoutchoucs ruisselants.

_Vendredi 15 juillet._--Dpart de Tromsoe.

Navigation dans le Lygenfiord. Toute la journe nous avons navigue, par
un soleil superbe, dans le Lygenfiord, entre deux ranges de hautes
montagnes couvertes de neige et spares par des glaciers qui descendent
jusqu' la mer. C'est un spectacle merveilleux que ce dfil de verdure,
de blancheurs neigeuses et de bleus glaciaires.

Il faudrait abuser des pithtes superlatives pour essayer de dpeindre
ce spectacle. J'avoue m'en sentir incapable. Je ne puis que dire notre
motion, et le silence auquel nous tions condamns par la grandeur de
ce dcor dont les toiles de fonds taient d'une hauteur dpassant mille
mtres.

Nous longeons la cte et tous les appareils photographiques, dlaisss
sous les brumes des jours passs sont sortis des tuis, de sorte que la
vue des glaciers est, dans mon souvenir, accompagne des bruits de
dclics de kodak et de plaques de vrascope qui tombent.

HISTOIRE DE CHIENS

Il y a eu  Tromsoe et chez les Lapons un enlvement de chiens. Nous en
avons huit  bord, je crois. Les Lapons en font l'levage en vue de
l'arrive des touristes. Il y en a de gros et de petits, de jeunes et de
vieux, de dociles et d'inapprochables; ce sont de gros loulous au poil
rude et fourni qui souffriront en France, aux chaleurs de l't.

Hier, quelqu'un en achte un et l'envoie  bord.

C'est une jeune Norvgienne, trop blonde, qui le conduit. Elle arrive
avant l'acheteur, l'attend, s'ennuie. Le chien est _son_ chien, son pre
l'a vendu malgr elle et elle en a le coeur gros. Elle veut le
remporter, heureuse de ce contre-temps. Et c'est un peu triste, ce
passage de gens venus de si loin et qui, pour la satisfaction d'un
caprice, vont laisser derrire eux ce gros chagrin dans ces yeux bleu
ple.

On ne laisse pas partir la jeune fille avec son chien, qui d'ailleurs
est fort beau. Une dame lgante dclare que, si le premier acheteur
n'en veut plus,  son retour, elle le prendra. On paye les 30 couronnes
 la petite Norvgienne si blonde, qui descend en sanglotant l'escalier
du bord et s'loigne dans une barque que dirigent d'autres fillettes.
Elle ne songe plus alors  cacher son chagrin et nous suivons des yeux
son petit chle noir que les paules secouent.

                                   *
                                  * *

Je cherche des comparaisons pour donner une ide du spectacle qu'offre
le Lygenfiord. Je n'en trouve qu'une vieille, celle des vagues immenses
subitement fixes, vagues neigeuses  la base verte. Ces vagues ont plus
de mille mtres de haut, et il y en a sur une longueur de quinze lieues.

Au fond d'un des bras du fiord, voici une fume. Les lorgnettes
dcouvrent un yacht qui vient sur nous. C'est un bateau franais. Petite
motion patriotique lorsque les sirnes et les pavillons changent leurs
saluts. Le yacht s'loigne et bientt il n'est plus qu'une fume qui
disparat... Hlas! nous devions le revoir, ce bateau!

[Illustration: Le soleil de minuit.]

On nous promet pour ce soir le soleil de minuit. Nous dsesprions, mais
le ciel est bleu et la chance nous est revenue.

LE SOLEIL DE MINUIT

J'ai vu le soleil de minuit ou plutt, j'ai vu le soleil  minuit. Il y
a eu sur le bateau, pendant toute la journe, une effervescence, et,
dans les groupes, les savants ont expliqu le phnomne. On dne en
hte, et l'on va prendre sa place sur le pont, la lorgnette  la main.
Nous sommes arrivs un peu tt  la sortie du Lygenfiord et, en
attendant l'heure de la reprsentation, notre bateau dcrit un grand
cercle dans la baie. Il est onze heures du soir. Le soleil brille d'un
clat affaibli. Vraiment il faut saluer. Devant un tel spectacle, les
sentiments religieux s'exaltent, naissent ou ressuscitent en chacun de
nous. Nous sommes d'abord effars, car nos yeux reoivent des
impressions de couleurs qu'ils n'ont jamais ressenties. Nous sommes
devant un spectacle tellement diffrent de ceux que nous avons
l'habitude de contempler qu'il y a certainement une inquitude, un
trouble, tout au moins dans notre admiration.

Devant nous, la pleine mer et le soleil.

Au-dessus de l'horizon et sur une ligne parallle, de petits nuages
verts, rares comme des choses trs prcieuses et trs belles, nous
tonnent, car ils sont  la fois verts comme du bronze et dlicats comme
une soie vaporeuse effiloche.

Voil ce qui est devant nous. A droite et  gauche, de hautes montagnes
avec des plis verticaux, dans lesquels la neige est reste et qui font
de larges lignes blanches sinueuses du sommet jusqu' la mer, et non
seulement jusqu' la mer, mais jusqu' nous, par leurs reflets dans
l'eau.

Au fond, loin, des glaciers.

Tout cela si grand, si beau, n'est rien en soi... Cela vaut par
l'clairage. Ce qui est extraordinaire ici, c'est la lumire, elle est
autre et cela rend l'vocation presque impossible. Elle est diffrente 
ce point de celle dont nous avons l'habitude que la sensation
persistante est celle d'tre non pas dpays, mais dplantis.

A vrai dire, le paysage est, en bien, un paysage de la terre. Il y a
autre part la mer, des montagnes neigeuses et des glaciers, mais la
coloration qui les baigne ici les rend tels que la comparaison qui vient
 plusieurs de nous est que nous pourrions nous croire dans la plante
Mars... On s'aperoit du petit nombre de mots que nous possdons pour
dsigner les couleurs...

Dans la partie que le soleil couchant n'claire pas, la masse sombre et
lumineuse pourtant est claire par des neiges qui sont bleues et
mauves. Le reflet dans la mer moire tout cela dans une vibration lente.
Vers le soleil, c'est une coule d'or. D'un bout  l'autre de la baie,
il y a jusqu' l'horizon, jusqu'au soleil, une succession de vagues
minces comme des frissons, parallles, et qui sont vritablement de l'or
vert en fusion.

La mer derrire nous, vers les glaciers, est grise, mais du gris le plus
fin et le plus vari, le plus lumineux. Il faut encore voquer ici
l'ide d'un mtal en fusion, mais d'un mtal lger, fluide. Ces gris
comportent des violets et des blancs effacs.

Le rire d'un groupe de passagers qui chappent  l'motion gnrale nous
irrite jusqu' la crispation. On voudrait un silence absolu. Seule la
petite musique que fait l'eau refoule doucement par l'trave ne dtonne
pas ici.

Nous sommes  l'extrme-avant. De l, en nous retournant, nous voyons se
projeter sur les glaciers voisins la chemine et les mts de notre
bateau, qui deviennent gigantesques et fantastiques, dans la solitude,
dans la dsolation du paysage. Grosse surprise: lorsque nous dtournons
nos yeux blouis, toutes les colorations sont changes, et le pavillon
rouge de notre grand mt est vert. L'irritation de notre rtine nous
fait voir partout non les couleurs relles, mais leurs complmentaires.
C'est une fantasmagorie.

Les sentiments religieux voqus sont ceux du paganisme. Nous venons
certes de faire une sorte de plerinage  l'astre qui entretient la vie
sur notre plante, nous sommes venus de trs loin pour saluer la
perptuit, la continuit visible du soleil. Il y a eu comme une
adoration dans notre attente silencieuse et recueillie. A voir ce soleil
qui ne meurt pas et la joie nave que nous avons prouve devant sa
prennit vidente, les profanes pensent au cri de la Pque russe:
Christ est ressuscit, et aux baisers qu'changent les fidles. Nous
les avons remplacs par un toast au soleil--libations aux dieux--parce
que certains voulaient choisir leurs voisines.

_(A suivre.)_ BRIEUX.



LES FTES DE L'INDPENDANCE BELGE

LE GRAND CORTGE HISTORIQUE DE BRUXELLES

Dans le programme de ces ftes, il faut citer, comme une des parties les
plus russies, le grand cortge historique organis  Bruxelles.

Pendant trois aprs-midi, les 22 juillet, 6 et 15 aot, il aura parcouru
les rues de la ville, suivant chaque fois un itinraire diffrent. Au
point de vue de la reconstitution pittoresque du pass, sa sortie de
dimanche dernier offrait un attrait particulier, en raison de
l'itinraire de ce jour, comprenant la fameuse Grand'Place, d'un
caractre si original, avec son superbe htel de ville et le dcor si
complet de ses vieilles architectures. Nul autre cadre, en effet, ne
pouvait mieux s'adapter au groupe du cortge correspondant  la priode
bourguignonne de l'histoire des Flandres, puisque celui-ci
reprsentait, abrits sorts le dais ducal et accompagns d'une brillante
escorte, Philippe le Bon et son fils, le comte de Charolais, se rendant
au tournoi qui eut lieu sur cette mme Grand'Place, le 20 fvrier 1452,
et o le futur Charles le Tmraire reut le baptme des armes.
Personnages et milieu s'harmonisaient donc  merveille, et les
spectateurs, fortement illusionns, auraient pu se croire transports en
plein quinzime sicle, sans l'anachronisme discordant de leurs costumes
modernes.



LE PLUS HAUT ASCENSEUR DU MONDE

On vient d'inaugurer, au Burgenstock, une des plus charmantes stations
d'altitude (800 m.), vis--vis de Lucerne, trs frquente surtout par
des Franais, un ascenseur lectrique, qui peut transporter six  sept
personnes  la fois, en moins de trois minutes, au sommet de la
Hammetschwand (1.140 m.), d'o la vue sur le lac des Quatre-Cantons et
sur les Alpes d'Uri et d'Unterwalden est incomparable. On arrive en
funiculaire de Kehrsiten (aux bords du lac), aux htels du Burgenstock,
d'o un chemin des plus pittoresques, longeant la montagne tout droit
au-dessus du lac et creus en grande partie dans le rocher, vous conduit
en trente minutes  l'ascenseur, cach dans une grotte rocheuse  ct
de la chambre des machines. La cabine, de 4 mtres carrs, s'lve
d'abord dans une cage en pierre, de 64 mtres de hauteur, au sommet de
laquelle s'rige une tour arienne en fer de 116 mtres. Cette tour,
cela va sans dire, est solidement attache au rocher  diffrents
endroits, sans compter le pont d'accs, trs solide, qui conduit les
voyageurs sur le sommet de la montagne.

[Illustration: LE PLUS HAUT ASCENSEUR DU MONDE.--Au sommet de la
Hammetschwand, sur le lac des Quatre-Cantons.--_Phot. Goet_]

La cabine, suspendue  deux cordes en acier, offre toutes les garanties
de scurit: en cas d'excs de vitesse, arrt automatique par un
contrepoids; en cas d'interruption du courant, possibilit de conduire 
la main la cabine  l'un des points de dpart; enfin, une chelle en fer
le long de la tour permet de monter ou de descendre aux personnes qui ne
souffrent pas du vertige.

DR. GUGLIELMINETTI.



UNE BAIGNADE DANS UNE FONTAINE PUBLIQUE

Une bande de gamins  demi dvtus a envahi le bassin d'une fontaine
publique: plongs dans l'eau jusqu' la ceinture, ils barbotent  coeur
joie, s'claboussent copieusement, se livrent, avec des cris aigus et de
francs clats de rire,  toute sorte de jeux aquatiques; quelques-uns,
sous les jets en chute de la vasque suprieure, ont, inconsciemment, un
mouvement, une pose du torse nu d'un tel caractre sculptural que l'on
croirait voir s'animer les tritons de bronze du parc de Versailles ou de
la place de la Concorde.

Mais ce n'est pas chez nous que s'offre ce tableau d'un ralisme
pittoresque; nos rglements de police n'autorisent ni ne tolrent la
transformation des fontaines publiques en piscines populaires o nos
gavroches puissent prendre leurs bats devant les badauds amuss. Ce
privilge est un de ceux de la libre Amrique, et la scne reproduite
ici,  titre d'exemple, a t photographie rcemment dans un square de
New-York: l-bas, pendant les chaleurs de l't, particulirement
torrides cette anne, il est permis aux _boys_, parmi lesquels il y a
peut-tre de futurs milliardaires, de se procurer gratis l'agrment et
les bienfaits du bain froid complet, douche comprise; cette
hydrothrapie en plein air n'offusque personne et l'hygine y trouve son
compte.

[Illustration: L'T A NEW-YORK.--Baignade d'enfants dans une fontaine
publique.--_Phot. Grantham Bain._]



[Illustration: Le baron Komura. M. Sato. LE PLNIPOTENTIAIRE JAPONAIS ET
SON PREMIER SECRTAIRE, ARRIVANT A NEW-YORK.]

Samedi dernier 5 aot, les plnipotentiaires russes et japonais, chargs
de discuter les bases de la paix, entraient en contact au large
d'Oyster-Bay,  bord du _May-Flower_, yacht du gouvernement amricain,
o les prsentations taient faites par le prsident Roosevelt; mardi 8,
ils s'installaient  Portsmouth (New-Hampshire), lieu choisi pour les
travaux de la confrence, dont les rsultats sont si impatiemment
attendus.

L'attention se porte tout naturellement vers les minents diplomates
auxquels incombe la tche difficile de mettre un terme  la guerre
dsastreuse allume depuis un an et demi en Extrme-Orient, et qui, ds
maintenant, sont des figures historiques.

Nous avons dj donn de M. Witte, le premier plnipotentiaire russe, un
portrait obtenu lors de son rcent passage  Paris; une photographie du
baron Komura, prise au moment de son arrive  New-York, nous permet de
montrer sous un aspect caractristique le premier plnipotentiaire
japonais, accompagn de M. Sato, son premier secrtaire, le personnage
le plus _interview_ de la dlgation.



LE MOUVEMENT LITTRAIRE

Un livre d'actualit: _Dans l'intimit du sultan du Maroc_, par Gabriel
Veyre[1].

[Note 1: Librairie Universelle, 1 vol., 3 fr. 50.]

Un premier mrite de ce livre, et qu'on peut lui accorder _a priori_ sur
le seul vu de son titre, c'est l'opportunit; il parat au moment o la
question marocaine occupe le premier plan de l'actualit, s'impose 
l'attention de l'Europe et met particulirement en jeu la politique
extrieure de la France. Les autres mrites, le chapitre introductif les
fait pressentir par les explications de l'auteur touchant les motifs et
les conditions de son sjour au Maroc.

M. Gabriel Veyre est un ingnieur dont on a eu plus d'une fois
l'occasion de remarquer le nom dans _L'Illustration,_ sous
d'intressants documents relatifs prcisment au sujet qu'il traite
aujourd'hui. Aprs avoir dj pas mal couru le monde, il se reposait aux
bords du Rhne, lorsqu'il apprit qu'on cherchait un homme capable
d'enseigner tout d'abord au sultan Mouley Abd-el-Aziz la photographie
pour laquelle il s'tait passionn, puis de l'initier, au besoin, aux
plus rcentes inventions: cinmatographe, applications de l'lectricit
 la tlgraphie,  la tlphonie,  la phonographie,  l'clairage;
modes de locomotion modernes, bicyclette, voire automobile. Tent par
l'attrait d'un pays nouveau, plus mystrieux et plus ferm encore que
tous ceux qu'il avait parcourus jusque-l, il posait sa candidature,
tait agr, dbarquait  Tanger au commencement de 1901 Son sjour,
qui, suivant ses prvisions, ne devait gure excder une dure de six
mois, se prolongea quatre ans, et,  son retour en France,  la fin de
1904, il possdait, pour une utile contribution  l'histoire de
l'Afrique contemporaine, de prcieux lments, sinon rgulirement nots
sur des carnets et systmatiquement classs dans des dossiers, du moins
nettement fixs dans sa mmoire.

Car M. Veyre, il tient  le dclarer, n'avait pas le dessein prconu de
faire un livre. La moindre ambition littraire tait si loin de sa
pense qu' aucun moment il ne tint de journal et que, pour prciser
ses souvenirs sur certains points, il a d feuilleter, avant d'crire
ces pages, tout un lot de lettres adresses de Marakech et de Fez  ses
proches,  des amis, conversations trs libres au courant de la plume.

Cet aveu n'est pas, tant s'en faut, de nature  dprcier la valeur de
l'ouvrage ainsi compos.

Les auteurs de relations de voyage et autres travaux similaires
pourraient, en effet, se diviser en trois catgories: 1 le voyageur qui
passe rapidement, note  la hte quelques observations superficielles,
quelques impressions fugitives, et, mettant dans son rcit plus
d'imagination et de littrature que de faits positifs et scrupuleusement
vrifis, risque des affirmations tmraires comme le proverbial: Ici,
toutes les femmes sont rousses; 2 le charg de mission--officielle ou
officieuse--embarrass d'un programme ou trop vaste ou trop troit, qui,
dans un temps limit, accumule documents, statistiques, renseignements
de seconde main, regarde les ralits  travers les verres brouills ou
dformateurs de lunettes spciales, et, rdigeant sa relation en style
de rapport, y fait tout converge vers des conclusions prmdites et
tendancieuses; 3 l'hte indpendant,--commerant, industriel,
ingnieur, peu importe!--sjournant un temps assez long parmi les
trangers pour s'initier peu  peu, par la force mme de l'habitude, 
leur vie qu'il partage, observant d'un oeil curieux mais tranquille
hommes et choses, caractres et moeurs, sachant simplement voir, couter
et retenir.

M. Veyre appartient  cette troisime catgorie, la meilleure,  notre
sens, parce que c'est celle qui prsente le plus de garanties de
sincrit, d'impartialit, partant d'exactitude, et l'on a eu bien
raison de l'engager  runir, rdiger et publier les souvenirs
personnels que sa situation tout exceptionnelle et privilgie l-bas
lui a permis de recueillir sur le jeune sultan et la cour chrifienne;
certes, surtout dans les circonstances actuelles, l'intrt n'en est pas
douteux. Il les a, d'ailleurs, rsums, coordonns et prsents
d'excellente faon, en une srie de chapitres bien coups: _Comment
j'abordai au Maroc.--Les Commencements d'un rgne.--El Menebhy, ministre
de la Guerre.--Le Cad Mac Lean.--Dans la cour des Amusements.--La Vie
au palais: une journe du sultan.--Mouley Abd-el-Aziz: l'homme, le
souverain.--Moeurs marocaines: l'esclavage.--La France au Maroc: la
pntration pacifique_.

Ce chapitre final contient, au sujet du rle de notre diplomatie,
diverses critiques et indications formules avec beaucoup de rserve et
de modestie par un homme trange--il s'empresse de le proclame--aux
subtilits de la politique, mais qui n'en semblent pas moins fort
judicieuses et dignes d'tre prises en srieuse considration.

En somme, un volume  la fois maniable et substantiel, dont le texte
s'agrmente et se complte de nombreuses reproductions photographiques;
une narration sans prtention, mais claire, concise, alerte, releve
frquemment d'une note pittoresque, d'une pointe d'humour, abondante en
anecdotes caractristiques; des portraits qu'on sent dpourvus
d'artifices conventionnels, tant les personnages apparaissent vivants;
un livre de bonne foi, mieux appropri que tels ouvrages compacts, de
pte ferme,  la propagation d'utiles enseignements, parce que, sous la
lgret de la forme, qui n'exclut pas la solidit du fond, il est plus
accessible  tous et, d'une lecture captivante, rpand la lumire sans
engendrer l'ennui.

EDMOND FRANK.



ONT PARU:

Peu de livres nouveaux en cette saison d't. Parmi les derniers
ouvrages parus, il faut mentionner spcialement:

ROMANS.--_Dans l'ornire_, par Mme la duchesse de Brissac
 (Plon-Nourrit
et Cie, 3 fr. 50).--_L'Impossible Pardon_, oeuvre trs mouvante de M.
Antoine Albalat, qui, aprs avoir publi des livres sur _l'Art
d'crire_, prouve l'excellence de ses leons en crivant lui-mme avec
beaucoup d'art (E. Petit, 3 fr. 50).--_L'Invasion de la mer_, la
premire oeuvre posthume de Jules Verne (Hetzel, 3 fr.).--_Les Visites
d'Elisabeth_, le clbre roman anglais d'Elenor Glysa, traduit par
Arnelle (Ollendorff, 3 fr. 50).--_Les Chevaliers teutoniques_, par
Henrik Sienkiewiez, le clbre auteur de _Quo vadis?_ (Fasquelle, 3 fr.
50).

QUESTIONS ACTUELLES.--_La France en Afrique_, par le commandant Edmond
Ferry, qui connat admirablement les hommes et les choses de l'Islam et
qui dtermine avec une remarquable prcision les conditions essentielles
et permanentes de l'existence de notre empire africain (Armand Colin, 3
fr. 50).--_Trois Mois avec Kuroki_, par M. Ch. Victor-Thomas, avec
prface de M. Henry Houssaye: un rcit trs net, trs instructif, sans
phrases, d'un correspondant de guerre occasionnel (A. Challamel, 2 fr.
50).--_Causeries morales et d'utilit gnrale_, par le capitaine
d'artillerie A. Grange, recueil de confrences familires qui ont t
faites par l'auteur dans une caserne et qui devraient tre rptes ou
imites dans toutes les casernes (H. Charles-Lavauzelle, 2 fr.). _Les
Colonies franaises  l'Exposition de Lige_, par M. L. Brunet (Walhoff
et Roche).

[Illustration: Le nouveau pont  transbordeur de Marseille--_Phot. J.
Fabre._]

BEAUX-ARTS.--_Schumann, sa vie et ses oeuvres_, par MM. Louis Schneider
et Marcel Mareschal. On sait la grande place que Schumann occupe dans la
musique  ct de Bach, de Beethoven, de Mozart et de Schubert. C'est ce
que MM. Louis Schneider et Marcel Mareschal ont tabli avec une
comptence trs claire. Ils l'ont mme fait avec une rare conscience,
puisqu'ils n'ont pas mis une assertion sans la lgitimer par des
extraits de la correspondance du grand musicien. Ce mode de procder,
trs scientifique, fait aussi que le lecteur prend part  la vie mme du
matre que l'on veut faire connatre. La tche tait difficile, puisque
la correspondance de Schumann tait inconnue en France et qu'il a fallu
aller la trouver en Allemagne et en Angleterre. Elle est, du reste,
attachante au suprme degr, comme on le verra en lisant ce _Schumann_.
MM. Louis Schneider et Marcel Mareschal ont aussi pouss le scrupule
jusqu' analyser en dtail les principales grandes oeuvres de Schumann.
Aussi leur livre est-il d'une incontestable utilit. Cette _Vie de
Schumann_ mrite d'tre aussi connue que les oeuvres du matre dont la
vogue est aujourd'hui si grande (Fasquelle, 3 fr. 50).


LE SCULPTEUR LE VEEL.

Une erreur typographique nous a fait prter, dans notre dernier numro,
le nom de Seveel au sculpteur Le Veel, qui vient de mourir. Cette
rectification tait due  la mmoire d'un artiste minent, dont une des
oeuvres, une statue questre de Napolon, est unanimement admire sur
les quais de Cherbourg.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE PONT  TRANSBORDEUR DE MARSEILLE.

Dans le but de runir le quai de la Tourette au boulevard du Phare,
c'est--dire pour viter aux vhicules et aux pitons venant de la
Juliette les longs dtours qu'ils seraient obligs de faire en suivant
les quais ou en descendant la rue de la Rpublique pour se rendre dans
les quais sud de Marseille, Eudonne ou les Catalans, un pont mtallique
 transbordeur a t mis en construction (la photographie ci-dessus le
montre  la veille d'tre termin).

Tout le monde connat ce mode de traverse qui consiste  jeter
par-dessus la passe maritime un pont mtallique dont le tablier sera
situ  la hauteur exige par les plus hautes mtures. Sur une voie
ferre place sur ce tablier, se meuvent des trains de galets, relis 
un cadre de roulement sous lequel est suspendue une nacelle qui se meut
 la hauteur des quais. Les dimensions de cette nacelle sont
proportionnes au trafic qu'elle est appele  desservir. Les
constructions de ce type qui ont t leves par M. F. Arnodin  Bilbao
(Espagne), entre les deux plages de Portugalete et de Las Arenas, sur
les deux rives du Nervion (1889);  Rouen, sur la Seine (1897); 
Bizerte,  l'entre du canal (Tunisie), en 1898;  Martrou, sur la
Charente, prs Rochefort (1899);  Newport-Mon, sur l'Usk, en Angleterre
(1903), sont des cbles suspendus  courbes paraboliques avec poutre
raidissante du type de pont appel semi-rigide.

Un tel systme a besoin de prendre ses points d'appui pour l'amarrage de
ses cbles dans des massifs en maonnerie trs importants. Dans tous ces
ouvrages, la traverse s'effectue en une minute environ.

Quant au trafic, il passe en moyenne, par jour,  Bilbao, 2.000 pitons
et,  Rouen, 5.500 personnes, sans compter les voitures, bestiaux, etc.,
etc.

Le pont  transbordeur de Marseille aura la plus grande longueur de
tablier de tous les ouvrages jusqu' ce jour construits (240 mtres). La
hauteur de ses pylnes (84 mtres) sera galement la plus grande.

Par son architecture imposante, malgr toute la lgret mtallique de
ses pylnes et de son tablier, ce pont  transbordeur constituera, 
l'entre du Port-Vieux de Marseille, un nouvel embellissement qui, nous
le souhaitons, cooprera dans la mesure de ses fonctions  la prosprit
et  la grandeur de ce port.

CAFS SANS CAFINE.

On sait que le caf doit son action excitante spciale  un alcalode,
la cafine, qui agit sur le coeur en renforant sa contractilit et
augmente ainsi, de faon passagre, la tension sanguine. Par ce
mcanisme, la sensation de fatigue disparat et le travail crbral est
notablement facilit. De faon gnrale, on trouve de 10  15 grammes de
cafine par kilogramme de caf.

Or M. Gabriel Bertrand vient de faire connatre qu'il existe,  la
Grande-Comore, des cafs sans cafine. Dans l'le de Madagascar, au
massif de la montagne d'Ambre, on trouverait aussi des cafs exempts de
cafine.

Cette absence ne dpend d'ailleurs ni du sol, ni du climat, car,  ct
de ces espces, on en trouve d'autres qui contiennent de la cafine en
quantit normale.

Il y a dans cette constatation une application possible  l'hygine de
la table, car il existe des personnes qui aiment le caf avec passion et
s'en passeraient difficilement, et auxquelles, cependant, le caf est
nuisible. Si la cafine est la substance dont les effets physiologiques
troublent ces personnes il serait indiqu de leur recommander l'usage
des cafs de la Comore et de Madagascar.

LE THTRE DES AMATEURS, DE DIVONNE.

On a rcemment inaugur, en prsence de S. A. R. le khdive, le nouveau
thtre de Divonne, dont M. Duval, sous-inspecteur des palais nationaux,
fut l'architecte.

Une des particularits de l'ancien thtre actuellement dmoli tait
que, par tradition, des amateurs seuls devaient y tenir des rles. Bien
des gens connus, le marquis Alfieri, la comtesse Amati, M. Millet,
rsident  Tunis, etc., furent clairs par sa rampe, aux feux de
laquelle Coppe fit reprsenter sa premire pice: _Mon Journal_.

Conformment aux vieux principes, c'est une troupe lgante, recrute
dans la haute socit parisienne, qui, pour la reprsentation
d'inauguration du nouveau thtre, a interprt eux pices, les _Coteaux
du Mdoc_, de Tristan Bernard, et _1807_, d'Aderer, prcdes d'un
prologue en vers de M. le comte Durrieu.

UN SRUM ANTITUBERCULEUX.

Il y a quelques semaines, au hameau de Goizet, commune de
Saint-Denis-de-Piles (Gironde), un mouvement inaccoutum se produisait
autour d'une vache. Cette vache, comme on peut le voir sur une de nos
photographies, tait prsente  une assemble d'experts et de
notabilits locales par un vtrinaire: elle semblait se fort bien
porter. Quelques minutes aprs elle tait sacrifie et, comme le montre
l'autre photographie, on en faisait l'autopsie. Et c'est  cause de
cette vache que tout ce monde s'tait runi. Atteinte de tuberculose
gnralise, il y a quelques mois, elle tait tombe au dernier degr de
la cachexie, ne mangeait plus, et paraissait devoir mourir  bref dlai.
La tuberculine de Koch avait,  diverses reprises, rvl toute
l'tendue du mal. Le vtrinaire V.-J.-T. Faure la vit et, aussitt, 
l'instigation de la marquise de Castellane, essaya l'action d'un srum
invent par le docteur Cuguillire, de Toulouse, qui avait donn de bons
rsultats dans un autre cas. La vache se remit: on voit qu'elle a bonne
apparence. Mais ce n'tait pas pour la garder indfiniment qu'on l'avait
ressuscite: on voulait examiner l'tat de ses lsions et s'assurer, par
l'autopsie, de sa gurison. On la sacrifia donc et l'autopsie fut faite
sous la prsidence du docteur Arnozan, le professeur  la facult de
Bordeaux, montrant que les lsions taient bien guries, de faon
gnrale. Pourtant, quelques-unes subsistaient encore, mais impuissantes
 agir sur l'tat gnral de l'animal et en voie de gurison. La
question est de savoir si ces lsions sont striles ou s'il y reste des
bacilles vivants. On ne saura ce qu'il en est que par des cultures et
inoculations qui sont actuellement encours. Peut-tre s'est-on un peu
trop press de sacrifier la vache; peut-tre aurait-il fallu la traiter
8 ou 10 mois, au lieu de 6.

[Illustration: Un thtre d'amateurs  Divonne.]

En tout cas, si l'on avait un srum capable d'amliorer l'tat d'un
animal tuberculeux (et aussi d'un tre humain) au point o la vache de
Goizet a t amlior, ce serait un rsultat des plus remarquables. Nous
regrettons toutefois de ne pouvoir donner aucun dtail sur le srum du
mdecin toulousain: rien n'a t dit sur la manire de l'obtenir et,
d'autre part, nous n'avons aucune statistique des cas traits par M.
Cuguillire. Il convient donc de rester trs rserv tant que nous ne
disposerons pas de documents probants et certifis par des praticiens
experts.

QUELLE PAISSEUR DOIVENT AVOIR LES MURS DES HABITATIONS?

En hiver, nous chauffons nos maisons; mais il se perd beaucoup de
chaleur. C'est la faute des murs qu'on fait trop minces, par raison
d'conomie. Les murs de 20  25 centimtres, qui sont trs courants dans
les constructions lgres, sont absolument insuffisants. Avec des murs
de 60 centimtres, les variations saisonnires de temprature sont
beaucoup moins sensibles. Mais, pour bien faire, il faudrait un mtre
d'paisseur,--comme dans les vieux chteaux. Nous ne sommes pas, tant
s'en faut, prs d'adopter de telles paisseurs. Au contraire, on les
rduit; et l'on peut le faire, grce  l'emploi de substances qui, tout
en ayant moins d'paisseur, ont autant de solidit. La nature des
matriaux importe beaucoup: les substances poreuses permables  l'air,
briques perfores, mortier maigre au sable, ralentissent les variations
thermiques. Mais les matires poreuses prennent vite l'humidit. Dans
les murs mitoyens entre habitations, on devrait laisser un intervalle de
5 centimtres, qu'on bourrerait de dbris de lige, feutre, coton,
papier. Entre les tages, dans les entrevous, il faudrait un matelas de
mchefer, de scories, de charbon. Et les toitures devraient tre 
double paroi, avec matelas d'air interpos. Telles sont les conclusions
d'un hyginiste allemand, M. Nussbaum, de Hanovre, qui vient de
s'occuper d la question.

PROGNATHISME ET DGNRESCENCE.

On entend par prognathisme une hypertrophie du maxillaire infrieur, qui
se caractrise,  l'extrieur, par une prominence du menton, dont la
hauteur est exagre, et une saillie anormale de la lvre infrieure.

M. Galippe, qui a fait, de cette anomalie, une tude particulire,
montre qu'elle s'observe aussi bien chez les animaux que chez l'homme
et, en particulier, chez les animaux vivant  l'tat de domesticit; et
il la considre comme tant toujours un stigmate de dgnrescence.

Ce stigmate apparat surtout chez les dogues de Bordeaux et chez les
mastiffs, et, fix par voie de slection, il a donn naissance aux
bull-dogs. Il se rencontre galement chez certaines espces de chvres,
de cochons, chez les bovids (boeufs natos), chez le cheval et mme chez
certaines espces d'animaux sauvages.

Dans notre histoire, on trouve d'illustres prognathes, parmi lesquels
Louis XIII et Marie-Antoinette. M. Galippe, en prsentant un des
portraits de cette reine  l'Acadmie, a fait remarquer qu'il fallait
considrer comme inexacts tous les portraits dans lesquels des artistes
serviles avaient supprim le caractre familial pour flatter le modle.
La forme arrondie du maxillaire infrieur et la hauteur de la symphyse
mentonnire confrent aux prognathes une physionomie d'un caractre tout
 fait spcial qu'on retrouve chez un groupe de malades dont tout le
systme osseux subit une hypertrophie particulire, les acromgaliques,
dont les gants ne sont qu'une varit.

UNE VILLE INTERMITTENTE.

Les villes, gnralement, comme la plupart des choses, du reste, durent
de faon continue, une fois qu'elles ont pris existence: elles finissent
bien par disparatre; mais, si leur vie s'affaiblit progressivement,
elle n'est jamais totalement suspendue. Leur vie est continue, et
non-pas intermittente. Il n'en est pas ainsi, toutefois, pour la ville
d'Avalon, en Californie. Avalon est une ville essentiellement
intermittente. Situe dans l'le de Santa-Catalina, prs de Los Angeles,
elle n'existe que pendant quatre ou cinq mois par an. Au mois d'avril
elle sort de terre. Sur un sol qui n'tait qu'un aride dsert, des
ingnieurs ont tabli toute la partie souterraine d'une ville: gouts,
canalisation d'eau, etc.; en certains endroits, ils ont plant des
palmiers, des arbres. Il y a bien quelques petits chalets sans
importance: ce sont les btiments administratifs La ville mme ne
comporte pas une seule maison. Elle est toute en tentes. Celles-ci,
remises  l'abri, en hiver, sortent de leur cachette en avril. On les
dresse un peu partout: on peut apporter la sienne ou bien en louer une 
l'administration. Elles sont de toutes dimensions; il en est qui ne
comportent qu'une seule pice; d'autres ont un salon, une salle  manger
et plusieurs chambres  coucher. Le prix de location est fort modr. La
Compagnie gagne en ralit peu de chose sur la location; son bnfice
est dans la vente des provisions. Elle vend les matires premires  qui
veut faire sa cuisine: aux personnes, plus nombreuses, qui veulent tre
affranchies du souci d'un mnage, elle vend des plats tout prpars.
Elle a organis des tentes de lecture, des tentes de concerts, etc. Et,
en t, Avalon contient 80.000 personnes, toutes loges sous
d'innombrables tentes parpilles au bord d'une jolie baie. Elles sont
fort confortables, munies d'une salle de bains, d'un cabinet de toilette
et du reste. La Compagnie, qui a organis Avalon, qui est propritaire
des bateaux amenant les voyageurs, des tentes o ils se logent, des
restaurants o ils se nourrissent, des cuisines o elle prpare les repas
pour la ville, des magasins de toute sorte, tablis pour tenter le
public ou lui offrir les objets divers dont il a besoin, est enchante
de sa spculation. Il est vraisemblable que l'exemple sera suivi et que
d'autres susciteront  Avalon une concurrence.



[Illustration: Prsentation, par le vtrinaire Faure, d'une vache
traite par le srum antituberculeux du docteur Cuguillire.]

[Illustration: La vache tuberculeuse, immole, est autopsis et reconnus
en voie de gurison. _Photographies Sereni._]

L'EXPERIMENTATION D'UN NOUVEAU SRUM ANTITUBERCULEUX.

[Illustration: M. Jules Jaluzot.--_Phot. Benque._]

M. JULES JALUZOT

Un krach sur le march des sucres  la Bourse de commerce de Paris, la
situation critique d'une des grandes maisons de nouveauts de la
capitale, la fermeture des guichets d'une caisse d'pargne annexe 
cette maison, tels sont les faits, amplement exposs et comments par la
presse quotidienne, qui mettent en vedette le nom de M. Jules Jaluzot.

N  Corvol-l'Orgueilleux (Nivre), M. Jaluzot a accompli, le 4 mai
dernier, sa soixante et onzime anne. Notable ngociant, fondateur des
magasins du Printemps, dont il a pris et conserv jusqu' prsent la
direction, il est, en outre,  la tte d'tablissements agricoles et
industriels; enfin, depuis quinze ans, il occupe un sige lgislatif 
la Chambre des dputs, comme reprsentant de son dpartement natal pour
l'arrondissement de Clamecy. Ses divers titres et qualits expliquent le
retentissement public des vnements d'ordre commercial et financier o
sa responsabilit se trouve engage.

SPORT ET TRANSPORT

Deux grandes preuves d'automobile, tablies dans un but tout diffrent,
presque oppos, viennent d'avoir lieu ces jours derniers: la course de
pure vitesse du Circuit des Ardennes, gagne par Hmery,  plus de 100
kilomtres  l'heure de moyenne, et le concours pratique, utilitariste,
qui a promen dans tout le nord-ouest de la France les derniers modles
de camions, de fourgons et d'omnibus; l'une et l'autre de ces preuves
ont leur utilit et nos grandes maisons de construction d'automobiles
n'auront pas manqu d'en tirer les enseignements qu'elles comportent.

MORT DE L'INFANT FERNANDO

L'infant Fernando, second fils du comte de Caserte, prince des Asturies,
et de la princesse, soeur ane d'Alphonse XIII, dcde  la fin de
l'anne dernire, a succomb  une mningite, le 4 aot,  l'ge de deux
ans et cinq mois.

Avant le transfert du corps de Saint-Sbastien  Madrid, o ont eu lieu,
 l'Escurial, avec le crmonial d'usage, les obsques et l'inhumation
du neveu du roi d'Espagne, une crmonie funbre avait t
solennellement clbre dans l'glise del Antiguo, voisine du palais de
Miramar, o est mort le jeune prince.

M. le duc de Sotomayor, grand majordome du palais, le capitaine gnral
de la province de Burgos, les aides de camp du roi Alphonse XIII et du
prince des Asturies, conduisaient le deuil.

LE NOUVEAU PONT DE VALENCE.

Dimanche prochain, la ville de Valence sera triplement en fte pour une
triple inauguration: celle d'un nouveau collge, celle d'un nouveau parc
(le parc Jouvet), et celle d'un nouveau pont sur le Rhne.

M. Loubet prsidera lui-mme ces crmonies.

Le collge est construit sur des plans modernes; le parc est dessin
avec beaucoup d'art; quant au pont, il remplacera avantageusement
l'ancien pont suspendu qu'on aperoit en second plan sur notre
photographie.

[Illustration: Le nouveau pont de Valence-sur-Rhne (masquant l'ancien
pont suspendu). _Phot. de M. Sdallian_]

Construit par M. Clerc, ingnieur en chef, c'est le premier pont de
pierre jet sur le Rhne en aval de Lyon depuis le treizime sicle.

Il n'en existe, en dehors de lui, qu'un seul, conserv dans sa totalit,
celui de Pont-Saint-Esprit, qui remonte  1277.

[Illustration: Les obsques de l'infant don Fernando: transport du
cercueil  l'glise de Saint-Sbastien.]

Le nouveau pont de Valence est form d'arches de 50 mtres d'ouverture,
dimension qui a t dpasse pour des arches isoles, mais qui n'avait
pas encore t atteinte pour des arches en srie.

La construction des arches du pont de Valence a exig l'emploi nouveau
de cintres mtalliques  grande porte, dont le montage et le dmontage
ont donn lieu  des manoeuvres intressantes.

NOTRE SUPPLMENT MUSICAL

Nous consacrons cette semaine notre supplment musical aux concours du
prix de Rome.

Le premier grand prix, qui donne  ses titulaires le droit de rsider
quatre ans  la Villa Mdicis,  Rome, a t attribu  deux
concurrents, M. Victor Gallois et M. Marcel Samuel-Rousseau. Ce dernier
hrite de la place laisse vacante par la dmission de M. Pech, qui a
quitt Rome pour se marier; il ne sera pensionnaire de la Villa Mdicis
que pendant les trois ans qui restent  courir sur les quatre ans de M.
Pech.

M. Victor Gallois est n  Douai en 1880; il tudia d'abord l'harmonie
au Conservatoire de Paris, sous la direction de M. Xavier Leroux et
obtint un premier prix; puis il entra chez M. Lenepveu, professeur de
fugue et de contrepoint; c'est dans cette classe qu'il a remport son
premier prix.

Ce qui caractrise la manire de M. Gallois--on pourra s'en rendre
compte par le fragment que nous publions--c'est l'lgance de la pense
et la recherche de l'criture. Il semble qu'on retrouverait, dans le duo
color de Maa et de Jean, certaines harmonies de Lo Delibes, ce qui
n'est pas un mince compliment.

M. Marcel Samuel-Rousseau est le fils du regrett compositeur Samuel
Rousseau, auteur de la _Cloche du Rhin_ et de _Merowig_. Egalement lve
de M. Lenepveu, le jeune laurat a dj fait recevoir  l'Opra-Comique
un drame lyrique en un acte, le _Bonheur des yeux_, livret de M. Georges
Mitchell.

Le fragment de la dernire scne de _Maa_, que nous avons choisi dans
la cantate de M. Marcel Rousseau, est d'une noble inspiration et mme
d'un sentiment dramatique assez puissant. M. Rousseau a su crer une
atmosphre  ses personnages et la ligne mlodique est commente et
claire fort ingnieusement par l'accompagnement.

Il y a l le souci d'une trame harmonique intressante et trs
travaille.

Dtail curieux: M. Marcel Samuel-Rousseau a t class second des deux
grands-prix parce que sa cantate portait le numro 6 tandis que celle de
M. Gallois portait le numro 5; et voil aussi pourquoi il ne restera
que trois ans  Rome.

Mais les deux concurrents sont d'un gal mrite; et,  Rome, dbarrasss
du poids de l'enseignement scolaire, ils vont pouvoir dgager leur
personnalit et leur originalit.

[Illustration: Hmery, gagnant du Circuit des Ardennes, sur voiture
Darracq, passe devant les tribunes de Bastogne, suivi de Le Blon.]

[Illustration: Le retour aux Tuileries des vhicules industriels et des
fourgons militaires ayant particip au concours de transport dans le
nord-ouest de la France.]

SPORT ET TRANSPORT


[Illustration: PETITES DFINITIONS, par Henriot.]


_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)_

LE GOUDRONNAGE DES ROUTES

En ces temps d'automobilisme  outrance, la poussire est devenue sur
les routes un vritable flau contre lequel on ne saurait trop prendre
de mesures.

Mais comment la combattre d'une faon radicale, permanente et cependant
peu dispendieuse?

Les procds auxquels on a recours  l'heure actuelle sont au nombre de
trois:

L'arrosage  l'eau, l'arrosage aux huiles lourdes rendues solubles dans
l'eau et le goudronnage  chaud ou  froid. Le procd vritablement
efficace, le goudronnage  chaud, est le seul dont nous entretiendrons
nos lecteurs. Ce procd est celui prconis tout particulirement par
le docteur Guglielminetti, dont les travaux sur la lutte contre la
poussire sont bien connus et apprcis de tout le monde.

Le goudronnage  chaud, convenablement pratiqu, permet de supprimer 
peu prs totalement la poussire pendant une anne entire, sur une
chausse mme trs frquente, tout en rduisant les frais d'entretien.

Son application, pour tre efficace et peu coteuse, rclame des soins
et des appareils spciaux.

Les meilleurs rsultats  ce double point de vue ont t obtenus par M.
Lassailly, ingnieur-directeur de la Socit de goudronnage, 17, rue de
Bourgogne,  Paris.

Les lecteurs nous permettront ici quelques considrations utiles
concernant le goudron.

Ce produit, tel qu'il est fourni par les usines  gaz et qui doit tre
employ trs chaud pour pouvoir s'pandre facilement sur le sol et y
pntrer, contient, en dissolution et en suspension, suivant les
charbons dont il provient et les procds employs pour l'extraction du
gaz, de 4  7% d'eau ammoniacale, gnratrice des ammoniaques du
commerce. Ce sont les vapeurs de ce produit qui, commenant  se former
vers 70-80 soulvent la masse goudronneuse et font mousser le goudron
par-dessus les bords de la chaudire; ce goudron vient gnralement
s'enflammer au contact du foyer et peut provoquer un incendie. Ce grave
inconvnient ne peut tre vit mme avec des chaudires  foyer
amovible comme celles qui existent dj, car il faut toujours compter
avec l'imprvoyance d'un chauffeur et, d'ailleurs, une fois que le
goudron a commenc  mousser, il arrive frquemment qu'on ne peut plus
l'arrter, mme en cessant le feu, la chaleur acquise par le foyer tant
largement suffisante pour assurer la continuation du dbordement jusqu'
la vidange de la moiti du contenu de la chaudire, si ce n'est
quelquefois de la chaudire entire.

Avec le goudron Lassailly, dpouill d'eau et de produits lgers
inflammables, ce grave inconvnient est supprim; il peut tre chauff
impunment dans n'importe quel rcipient et notamment dans les
chaudires spcialement fournies pour cet usage, jusqu' 190 de
temprature; il n'y a d'ailleurs pas lieu d'atteindre ce chiffre, 100 
120 suffisant largement. Ainsi chauff il peut tre appliqu au moyen
d'arrosoirs et de balais; tant beaucoup plus chaud que le goudron brut,
qu'on ne peut amener sans danger dans une chaudire ordinaire  plus de
70 de temprature, il possde l'avantage prcieux de s'tendre beaucoup
plus facilement.

[Illustration: Le tonneau Lassailly, pour le goudronnage automatique des
routes.--_Phot. de M Martin._]

L'appareil automatique que reprsente notre gravure a donn de
remarquables rsultats et attir l'attention des pouvoirs publics, en
raison de sa grande rapidit opratoire et de l'conomie considrable
qu'il permet de raliser, en abaissant de 0 fr. 25  0 fr. 15 le prix du
goudronnage par mtre carr.

Nous empruntons sa description au remarquable mmoire du docteur
Guglielminetti: _les Diffrents Moyens de combattre la poussire des
routes_.

Les appareils Lassailly se composent essentiellement de deux voitures:
l'une, chauffe-goudron, destine  porter le goudron  la temprature
voulue (90 environ); l'autre, goudronneuse, prenant le goudron ainsi
chauff dans la premire et l'talant automatiquement sur le sol. Pour
les travaux qu'elle a  excuter dans Paris et la banlieue, la Socit
Lassailly n'emploie que la seconde voiture, qui vient s'alimenter 
l'usine de distillation,  Issy.

La vapeur est l'agent de chauffage et de propulsion adopt; son
efficacit est trs grande, puisque, en moins d'une demi-heure, on peut
charger, chauffer et refouler dans la voiture goudronnante 1.000 litres,
soit 1.200 kilos de goudron. Pendant que la goudronneuse tale
automatiquement ces 1.000 litres, une nouvelle charge est introduite et
chauffe  la temprature voulue dans le chauffe-goudron et l'opration
se continue sans arrt.

A remarquer dans cette goudronneuse un bac rgulateur plac au-dessous
de la tonne, dans lequel le goudron est maintenu, suivant les
indications d'un flotteur,  une hauteur constante, ce qui permet
d'obtenir une vitesse de sortie uniforme et, par suite, un pandage
rgulier de goudron. Cet pandage se fait au moyen d'une rampe alimente
par ledit bac et perce de trous dont le nombre et le diamtre sont
fonction de la vitesse moyenne d'un cheval et de la quantit de goudron
 rpandre par mtre carr.

Une attention particulire doit tre aussi accorde au systme de
balais-lisseurs qui prennent le goudron chaud au sortir de la tonne et
l'talent en une couche mince parfaitement rgulire. Ces balais,
absolument mobiles, sont attels par des chanes  la voiture et
suppriment l'quipe de balayeurs, qui reprsente le facteur le plus
lev dans l'application du goudronnage, sans compter que ce travail,
fait en pleine chaleur, sous les rayons ardents du soleil, constitue un
mtier trs pnible et que l'on peut, sans exagration, taxer de
galrien.

Bref, les appareils Lassailly, tant par leur construction bien comprise
que par les rsultats qu'ils ont dj donns, paraissent raliser toutes
les conditions dsirables pour le goudronnage, et nous ne saurions trop
engager nos lecteurs que la question intresse  s'adresser  la Socit
gnrale de goudronnage, qu'ils pourront d'ailleurs voir oprer  bref
dlai dans les diffrentes rues macadamises de la capitale
(principalement dans le quartier des Ternes), puisque cette Socit
vient d'tre dclare adjudicataire pour cette anne du goudronnage de
Paris.







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1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
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LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
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LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
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1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
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with this agreement, and any volunteers associated with the production,
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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