The Project Gutenberg EBook of Correspondance diplomatique de Bertrand de
Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Premier, by Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon

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Title: Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Premier
       Ambassadeur de France en Angleterre de 1568  1575

Author: Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon

Release Date: February 15, 2011 [EBook #35262]

Language: French

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   corriges. L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t
   harmonise.

   Quelques caractres, en exposant dans l'original, et dont
   l'abrvation n'est pas vidente ou non courante, ont t mis en
   accolade dans cette version lectronique. Ainsi, l'abrviation
   {lt} signifie livre tournois. L'abbrviation {c} ou {m} aprs un
   chiffre romain signifie que le chiffre doit tre multipli
   respectivement par cent et par mille.




   CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE DE

   BERTRAND DE SALIGNAC DE LA MOTHE FNLON,

   AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE
     DE 1568 A 1575,

   PUBLIE POUR LA PREMIRE FOIS
     sur les manuscrits conservs aux Archives du Royaume.

   TOME PREMIER

   ANNES 1568 ET 1569.

   PARIS ET LONDRES.

   1838.




   RECUEIL DES

   DPCHES, RAPPORTS, INSTRUCTIONS ET MMOIRES
     Des Ambassadeurs de France

   EN ANGLETERRE ET EN COSSE PENDANT LE XVIe SICLE

   Conservs aux Archives du Royaume,
     A la Bibliothque du Roi, etc., etc.

   ET PUBLIS POUR LA PREMIRE FOIS
     _Sous la Direction_
     DE M. CHARLES PURTON COOPER.

   PARIS ET LONDRES.

   1838.




   DPCHES, RAPPORTS, INSTRUCTIONS ET MMOIRES

   DES AMBASSADEURS DE FRANCE EN ANGLETERRE ET EN COSSE
     PENDANT LE XVIe SICLE.

   LA MOTHE FNLON.

   Paris.--Imprimerie PANCKOUCKE, rue des Poitevins, 14.




   AU TRS-NOBLE HENRI RICHARD FOX-VASSAL LORD HOLLAND

   CHANCELIER DE SA MAJEST BRITANNIQUE
     POUR LE DUCH DE LANCASTRE.

   CE VOLUME LUI EST DDI

   PAR

   SON TRS-DVOU ET TRS-RECONNAISSANT SERVITEUR

   CHARLES PURTON COOPER.


[Illustration: blason]

BERTRAND DE SALIGNAC

DE LA MOTHE FNLON,

Chevalier des deux Ordres du Roi, Conseiller d'tat de Sa Majest,
Vicomte de Saint Julien de Lanpont et Baron de Lobert, Gentilhomme
ordinaire de la Chambre, et Capitaine de cinquante hommes d'armes des
Ordonnances, n en 1523, fut le septime des enfants de Hlie de
Salignac, et de Catherine de Sgur Thobon. Il tait de ceux de
Salignac en Prigort, qui est une grande famille bien ancienne et bien
noble de Barons, au pays de Guyenne, lesquels ont toujours port d'or
 trois bandes de sinople pour escusson de leurs armes[1]. Cette
illustre famille, qui a donn  la France dans le sicle suivant
l'Archevque de Cambrai, reconnaissait pour chef Athon de Salignac
(Salagnac ou Salaignac) qui vivait vers la fin du Xe sicle; son
origine se perd dans la nuit des temps, mais depuis cette poque on en
suit assez facilement la filiation; Bertrand de Salignac et ses frres
taient les descendants directs au quatorzime degr d'Athon de
Salignac. Les surnoms de La Mothe (ou La Motte) et de Fnlon
(Flnon, Fnellon ou Fnelon) furent pris par l'une des branches de
la famille dans le cours du XVe sicle[2].

  [1] Mmoire contenant les preuves de noblesse faites par Bertrand
  de Salignac pour tre reu Chevalier de l'Ordre du Saint Esprit
  en 1579. (_Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K. 96.)--Les
  auteurs de _Gallia Christiana_ citent un grand nombre d'vques
  et d'Archevques de cette Maison; ils disent en parlant de Boson,
  Archevque de Bordeaux en 1296. Ex vetust et nobili gente
  Baronum _de Salignaco_ in Petrocoriis oriundus, et d'Hlie,
  aussi Archevque de Bordeaux en 1361: Hic Archiepiscopus
  cognominabatur _de Salignac_, qu gens in pago Petracoricensi est
  antiquissima et nobilissima. (_Gal. christ_., t. II, p. 828 et
  837. Parisiis, 1720, in-folio.)

  [2] _14e Ascendant_, =ATHON DE SALAGNAC= (vivait en 997).--13e,
  GEOFROY (1031).--12e, AYMERY I.--11e, _Boson_.--10e, MALVIN
  (1151).--9e; AYMERY II (1163).--8e, AYMERY III (1186).--7e,
  AYMERY IV (1244).--6e, HLIE I (1260).--5e, MAINFROY (1314).--4e,
  JEAN I (1324).--3e, RAYMOND (1444).--Il fut du nombre des
  seigneurs qui, sur la fin du rgne de Charles VI, soutinrent le
  parti du Dauphin au del de la Loire, et il le servit sans solde,
  pendant plusieurs annes, avec dix neuf escuyers sous sa
  bannire.--_2e ascendant_, JEAN II DE SALAGNAC, _qui a fait la
  branche de_ FNLON,--mari, en 1473,  CATHERINE DE LAUZIRE DE
  THMINES.--_1er ascendant_, HLIE II DE SALAGNAC, leur troisime
  fils,--mari, en 1510,  CATHERINE DE SGUR THOBON.

  De ce mariage sont issus douze enfants:

  1 Armand;--2 Franois;--3 Pons;--4 Jean III;--5 Agnet ou
  Odet;--6 Louis;--7 =BERTRAND=;--8 Jean IV;--9 Poncet;--10
  Catherine;--11 Jeanne;--12 Magdelne.

  L'Archevque de Cambrai fut l'arrire-petit-neveu de Bertrand de
  Salignac au sixime degr. Il remontait en ligne directe  son
  frre an Armand, qui eut pour descendants:--_1er degr_,
  Jean;--2e, Franois Ier;--3e, Pons;--4e, Franois II;--5e,
  Franois III;--6e, _Franois IV de Salignac de La Mothe Fnlon_,
  Archevque duc de Cambrai. (_Archives du Royaume_, M. 675.)

Nourry[3]  la vertu prez feu, de louable mmoire, Monsieur de
Biron[4], de qui il tait prochain parant, Bertrand de Salignac de La
Mothe Fnlon a chemin jeune par luy  servir le Roy Henry second ez
lgations de Flandres et de Portugal; et depuis employ souvent ez
guerres qui furent entreprinses pour recouvrer Boulogne et saulver
l'Escosse, et remettre l'Allemaigne et les princes de l'Empire en
libert, et au sige de Metz, et  la bataille de Ranty, et aux armes
de Champagne et Picardie; et dpch, aprs la mort du Roy Henry, pour
la confirmation des traittez en Angleterre, et aprs depput par la
Noblesse de son pays de Prigord aux tats Gnraux d'Orlans, du
rgne du Roy Franois second; et encore depuis, dput par toute la
Noblesse de Guyenne aux tats qui furent runis  Saint Germain en
l'an IIe du rgne du Roy Charles, et par la Reine sa mre pour grandes
affaires en Guyenne; et plusieurs fois dpch avec beaucoup de
danger, aprs les batailles et combats advenus ez troubles de la
religion, devers le Roy Catholique et devers la princesse de Parme et
le duc d'Albe en Flandre; fait Gentilhomme de la Chambre du Roy, avec
charge de recevoir les ambassadeurs et les grands personnages
trangers qui venoient devers Sa Majest, et depuis Chevalier de son
Ordre aprs la bataille de Saint Denis, et envoy arbitre pour le Roy
pour composer la guerre que les seigneurs et gentilshommes catholiques
de la Basse Navarre[5] avoient mue pour la deffense de leur religion;
et aprs, ambassadeur rsidant l'espace de sept ans prs la Royne
d'Angleterre, avec charge, entre les choses de la paix et de
l'entrecours des deux royaumes, de tretter le mariage d'elle avec les
deux frres du Roy l'un aprs l'aultre, de soutenir la cause de la
Royne d'Escosse et de signer, durant sa lgation, _Conseiller du
Conseil Priv du Roy_; et, icelle dignement acheve, aprs le trpas
du dict Roy Charles, rappell prs du Roy,  prsent rgnant, n'estant
encores les guerres de la religion assouppies, s quelles il a t
employ plusieurs fois, et plusieurs fois a t dput avec la Royne,
mre du Roy, et avec monsieur le duc de Montpensier et autres princes,
et principaux seigneurs du royaume, pour tretter la pacification; lu
par le Roy un des quinze Gentilshommes de robe courte en la rduction
de son Conseil d'tat et un de ses Chevalliers en l'institution de son
prsent Ordre du Benoist Saint Esprit, toujours trs constant et loyal
gentilhomme  mettre sa personne, sa vie et ses biens pour le service
du Roy et pour la religion catholique, de laquelle il est, et de
n'admettre aucun autre party; parvenu au cinquante septime an de son
ge et au trente troisime de son loyal service vers Sa Majest et sa
Couronne, sans aucun reproche.

  [3] Extrait du Mmoire dj cit contenant les preuves de
  noblesse de Bertrand de Salignac.

  [4] Jean de Gontaut, Baron de Biron, seigneur de Montaut, de
  Montferrand et de Puybeton, Gentilhomme de la Chambre du
  Roi.--Il fut employ en ambassades et ngociations vers l'empereur
  Charles Quint et le roi de Portugal; se trouva aux batailles de
  la Bicoque en 1522 et de Pavie en 1525, o il fut bless et resta
  prisonnier, servit au sige de Metz et mourut  Bruxelles,
  prisonnier du seigneur de Mansfeld, des blessures qu'il avoit
  reues  la journe de Saint Quentin, le 10 aot 1557. (MORRI,
  _Dictionnaire historique_, t. II, p. 481. Paris, 1759,
  in-folio.)--Gaston de Gontaut, son aeul, avait pous, en 1456,
  Catherine de Salignac, fille de Raymond; et, en 1545, Armand de
  Gontaut, son frre, pousa Jeanne de Salignac, petite-fille de
  Raymond, et dernire hritire de la branche ane de la famille;
  de ce mariage sont sortis les _Gontaut-Salignac_. Par suite de
  l'extinction des enfants mles, le droit d'anesse avait pass,
  vers 1542,  la branche de Fnlon.

  [5] En septembre 1568, _V._ MZERAY, t. X, p. 499. Paris, 1830,
  in-8.

Bertrand de Salignac, officier distingu dans la paix et dans la
guerre[6], se fit principalement remarquer en 1552 au sige de Metz,
dont il a laiss une relation[7] qui est cite partout avec le plus
grand loge. En 1554 il accompagnait le Roi Henri dans la guerre des
Pays-Bas, et dj il avait mrit la haute protection de Catherine de
Mdicis, dont il fut toute sa vie l'un des serviteurs les plus
dvous. Le cardinal de Ferrare avait exig que Salignac lui rendt
compte des oprations de la campagne. Quatre lettres[8] qui furent
publies cette anne mme, avec une ddicace  la Reine, contiennent
l'histoire de cette guerre. Bertrand de Salignac donna de nouvelles
preuves de courage  la bataille de Saint Quentin en 1557,  celle de
Dreux en 1562, et, en 1567,  celle de Saint-Denis, aprs laquelle,
comme on vient de le voir, il fut nomm Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel. Catherine de Mdicis, qui avait reconnu en lui toutes les
qualits de l'homme d'tat, le dsigna au Roi, l'anne suivante, pour
tre son ambassadeur en Angleterre[9], emploi qu'il a conserv
jusqu'en 1575, c'est  dire au milieu des vnements si graves qui ont
signal la fin du rgne de Charles IX et le commencement de celui de
Henri III. Il s'acquitta de cette charge importante avec un talent et
une habilet dont le tmoignage se trouve crit dans chacune des
Dpches que nous publions aujourd'hui. Le compte que l'ambassadeur a
rendu lui-mme du rsultat de ses Ngociations et des motifs
particuliers qui drent l'engager  demander son rappel, nous dispense
d'entrer ici dans de plus grands dtails. Nous ne pouvions mieux faire
pour complter cette Notice, que de publier le rsum prpar par
l'ambassadeur lui-mme pour tre remis au Roi  son retour
d'Angleterre[10].

  [6] Bertrandus Salignacus Mota Fenelonius, et bello et pace
  clarus. (DE THOU, t. IV, lib. LXXXVII, p. 459. Lond., 1733,
  in-folio.)

  [7] _Le Siege de Mets en l'an MDLII._ Paris, Charles Estienne,
  1553, in-8.--Metz, 1665, in-4, et collection _Petitot_, 1re
  srie, t. XXXII.--Traduit en italien, sous le titre: _Mets difesa
  da Francesco di Lorena, Duca di Ghiza, tradotta dalla lingua
  francese, in Firenze, Franc. Onofri_, 1643, in-4.

  [8] _Le voyage du Roy au Pays Bas de l'Empereur en l'an MDLIIII,
  brefvement rcit par lettres missiues que B. de Salignac,
  gentilhomme franois, escripuoit du camp du Roy  Monseigneur le
  Cardinal de Ferrare._--Paris, Charles Estienne, 1554,
  in-4.--Rouen par Florent Valentin, 1555, in-8.--C'est le titre
  exact que nous avons vrifi sur les exemplaires qui se trouvent
   la Bibliothque royale et  celle de l'Arsenal.--Le Pre
  Lelong, et aprs lui tous les bibliographes, parlent de cet
  ouvrage sous deux titres diffrents: _Lettres au Cardinal de
  Ferrare_, etc. Paris, Estienne, 1554, in-4, et _le Voyage du Roy
  aux Pays Bas_, etc. Paris et Lyon, 1554.--_V._ la _Biblioth.
  historique_, t. II, p. 228. Paris, 1769, in-folio, et le _Dict.
  historique_ de Prosper Marchand, art. SALIGNAC, t. II, p. 182.
  Lahaye, 1758, in-folio.--Ce dernier mentionne les ditions
  publies  Lyon par Thibault Payen en 1554, in-4;  Paris par
  Charles Estienne en 1554, in-4; et  Rouen, par Florent Valentin
  en 1555, in-8.

  [9] Bertrand de Salignac succdait, en 1568, dans l'ambassade
  d'Angleterre,  Bochetel de La Fort, et il eut lui-mme pour
  successeur, au mois de septembre 1575, Castelnau de La
  Mauvissire.

  [10] _Voir_  la suite de cette Notice, p. XXV.

Non moins dvou aux intrts du Roi et de la Reine Mre qu' la
religion catholique, Bertrand de Salignac, dans les circonstances
difficiles o il s'est trouv, ne pouvait dmentir le caractre de
toute sa vie; mais il ne devait pas non plus mconnatre les devoirs
de sa charge. La relation connue jusqu' prsent par la correspondance
de Walshingham[11], de l'audience qui a suivi les massacres de la
Saint-Barthlemy, avait besoin des rectifications qui se trouvent dans
les Dpches que nous mettons au jour. Aprs une excution aussi
terrible, l'ambassadeur de France ne pouvait pas se prsenter en
suppliant devant la Reine d'Angleterre; il ne pouvait pas lui demander
grce pour le Roi son Matre, il a su tenir une conduite plus digne.
La CCLXXIVe Dpche, en date du 14 septembre 1572, dans laquelle il
est rendu compte de cette audience, prouve que Bertrand de Salignac,
ambassadeur de France, ne s'est jamais oubli jusqu' dire: _Je rougis
d'tre Franais!_ Il n'a pas non plus adress  Charles IX la
_vertueuse_ rponse que lui prtent tous les biographes. Mais nous
croyons que sa gloire ne perdra rien  la manifestation de la vrit;
car il y avait plus de vrai courage dans l'attitude qu'il sut prendre
vis--vis du Roi de France et de la Reine d'Angleterre, que dans les
paroles au moins indiscrtes qui lui sont attribues. A Charles IX il
ne dguisa rien de l'horreur qu'avait d inspirer en Angleterre une
telle excution, et il sut forcer lisabeth  convenir qu'elle avait
pu tre ncessaire.

  [11] Voir _The compleat Ambassador_, p. 246. London, 1655, f;
  l'art. consacr dans la _Biographie universelle_ (Michaud) 
  Bertrand de Salignac au mot _Fnlon_, t. XIV, p. 285. Paris,
  1815, in-8, et la Notice insre dans la Collection _Petitot_ en
  tte du _Sige de Metz_, 1re, t. XXXII, p. 241. Paris, 1823,
  in-8.

Les plaintes de Bertrand de Salignac, qui restait entirement oubli
de la Cour malgr ses services, furent enfin entendues: il fit partie,
en 1578, de la premire promotion des Chevaliers de l'Ordre du
Saint-Esprit. Depuis lors on le retrouve  toutes les poques, soit
dans les ngociations, soit dans les armes, faisant toujours preuve
de courage et de fidlit. Dj en 1580, au milieu des troubles
civils, il avait prserv la ville de Sarlat, dans laquelle il devait
acqurir huit ans plus tard une gloire nouvelle[12]. En 1581, il
accompagnait en Angleterre les trois Princes du sang qui se rendirent
auprs d'lisabeth pour conclure son mariage avec le duc d'Anjou, et
il apposait sa signature au contrat arrt le 11 juin[13]. En 1582 il
fut choisi avec Menneville pour se rendre en cosse afin d'obtenir la
dlivrance du Roi Jacques, alors dtenu par les conjurs de Ruthven.
Il devait s'efforcer surtout de mnager un trait entre ce Prince et
Marie Stuart, qui consentait  associer son fils  la couronne[14];
mais les prdications violentes des ministres cossais et l'influence
toute-puissante d'lisabeth lui apprirent bientt que toute
ngociation tait inutile, et il ne tarda pas  rentrer en France.

  [12] Ce fait d'armes, qui se rapporte  l'anne o le marchal de
  Biron tenait la campagne en Guyenne (_V._ DAVILA, t. I, lib. VI,
  p. 331. Paris, 1644, in-folio; et son traducteur, t. II, p. 91.
  Amsterdam, 1757, in-4), a t l'occasion de la lettre suivante
  dans laquelle le Roi adresse  M. de La Mothe Fnlon ses
  flicitations et ses remercments.

  LETTRE DU ROI.

  --du 1er d'octobre 1580.--

  (_Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K. 101.)

  Monsieur de La Mothe, j'ay t bien ayse de savoir de voz
  nouvelles et ce qui se passe en voz quartiers par la lettre que
  vous m'avez escripte du VIIIe de ce moys[12-A]. Je suis trs certain
  que, en quelque endroict et estat que vous vous trouviez, je y ay
  un trs fidelle et soingneux ministre et serviteur, qui veille et
  pourvoit  ce qui est ncessaire pour le bien et advantage de mon
  service; ce dont me rand tesmoignage le bon ordre que vous avez
  donn  la tuition des villes de Sarlat, Gourdon, Domme et vostre
  propre maison, comme il est port par vostre dicte lettre; et suis
  bien ayse que les habitans de la premire ayent demand vostre
  nepveu de Gaulejac, et que mon cousin, le marchal de Biron, [le]
  leur ayt accord pour ayder  vostre autre nepveu  conserver la
  dicte ville soubz mon obissance; o il avoit j si bien oppr
  que noz adversaires n'y avoient peu rien gagner avecques leurs
  machines et engins extraordinaires. Je vous diray, monsieur de La
  Mothe, que s'ilz me servent bien de ce cost l, que le Sr. de La
  Mothe, qui est icy, ne s'en acquicte pas avecques moins de
  fidellit et vertu, dont je vous assure que je suis trs contant,
  et semblablement de l'heureux acheminement, que mon dict cousin a
  donn  mes affaires de pardel avecques les gens de bien qui
  l'assistent.

    [12-A] _Lisez_ du mois dernier.

  Je vous advise que Dieu ne me favorise pas moins partout ailleurs
  o la guerre ce faict. Mon cousin le Duc du Mayne a nestoy en
  Dauphin la rivire de l'Ysre, y ayant repris cinq ou six fortz
  de grande importance. Il est a prsent devant la Mure, dont
  j'espre qu'il viendra bientost  bout. Les sieurs de Tournon et
  de Sainct Vidal ont repris, en Vivaretz, la ville de Sainct
  Agrone. Le marquis de Canillac a nestoy le hault pays d'Auvergne;
  et j'ay repris de de la ville de la Fre, envoyant maintenant 
  mon dict cousin le marchal les forces et munitions qui en sont
  demeures de reste pour lui donner plus de moyen de poursuivre ses
  coups; lesquelz je suis tout rsolu de n'intermtre que par effect
  l'on ne m'ayt randu l'obissance qui m'a est promise, faisant mon
  dict dict de paciffication.

  J'ay adverty mon dict cousin et le sieur de Bordeille de pourveoir
   Domme et ay donn moyen  cestuy cy de ce faire, lui ayant
  envoy commission pour lever dedans sa Sneschausse la solde de
  sept ou huict cens hommes de pied. Advertissez moy de l'ordre
  qu'il y aura mis, car cette place m'est de telle importance que je
  n'en puis estre trop jaloux, ainsy que je vous prie continuer 
  estre, tant que vous serez pardel. Je vous envoye aussy trois
  lettres en blanc pour adresser  ceulx que vous jugerez estre plus
   propoz. Je ne vous rpteray rien par la prsente de la
  substance d'icelles, mais je vous assureray bien que je suis tout
  rsolu d'aller toute ma vye audevant de ceulx qui se voudront
  recongnoistre, et porter respect et obissance  mes dictz. Je
  prie Dieu, monsieur de La Mothe, vous maintenir en sa saincte
  garde.--Escript  Fontainebleau, le premier jour d'octobre
  1580.--Henry.--_De Neufville_.

  [_Au dos est crit_]:

     A Monsieur de La Mothe Fnellon, Chevallier de mon
       Ordre et Conseiller en mon Conseil Priv.

  [13] _Voir_ les pices relatives  cette ngociation, qui ont t
  publies par Le Laboureur dans ses _Additions aux Mmoires de
  Michel Castelnau_, t. I, p. 674 et 678. Bruxelles, 1731,
  in-folio.

  [14] Ces instructions, traduites en anglais, ont t publies par
  Robertson, qui les a jointes aux pices justificatives de son
  _Histoire d'cosse_ (append. no VIII du vol. II, p. 419. London,
  1781, 8). Elles sont tires de _Calderw MS. history_, vol. XXXI,
  p. 208. Campenon les a retraduites d'anglais en franais, t. III,
  p. 419. Paris, 1821, in-8.--Ce fut Bertrand de Salignac qui
  porta la parole devant les tats d'cosse, le 22 janvier 1583.
  Son discours, qui trouvera sa place dans le Recueil des Dpches
  concernant les ambassades en cosse, est conserv MS. (_Archives
  du Royaume_, Cartons des Rois, K. 101).--_Voir_, au sujet de
  cette mission, ROBERTSON, t. II, p. 96; SPOTSWOOD, p. 324.
  London, 1677, folio; WILLIAM MAITLAND, t. II, p. 1169. London,
  1757, folio; GILBERT STUART, t. II, p. 178. London, 1784, 8.

Aprs un laps de quelques annes, lorsque les guerres civiles,  la
fin de 1587, se renouvelrent avec une fureur toujours plus violente,
Bertrand de Salignac se jeta dans la ville de Sarlat, devant laquelle
le vicomte de Turenne vint mettre le sige. Il soutint bravement
l'assaut et conserva la ville sous l'obissance du Roi. Catherine de
Mdicis et Henri III tmoignrent, dans plusieurs lettres que nous
joignons  cette Notice, toute leur gratitude pour un service aussi
important, qui fut consacr  Sarlat par des crmonies publiques
dont la tradition s'est conserve jusqu' nos jours[15]. L'anne
suivante, lorsque la ville de Domme fut surprise, Bertrand de
Salignac se renferma dans le chteau qu'il esprait conserver; mais,
aprs une attaque de vive force dans laquelle prit un de ses
neveux[16], il dut abandonner la place aux assigeants[17].

  [15] Le prsident de Thou,  l'endroit dj cit, t. IV, lib.
  LXXXVII, p. 459, fait le rcit du sige et de l'assaut que
  Bertrand de Salignac eut  soutenir. La dlivrance de la ville
  fut clbre par une fte religieuse qui a laiss des traces
  profondes dans l'histoire du pays. M. de Bausset, dans son
  _Histoire de Fnlon_ (Paris, 1808, in-8), rappelle qu' cette
  occasion des actions de grce furent institues pour consacrer
  l'anniversaire de la leve du sige.--La ville de Sarlat,
  dit-il, tait dans l'usage, jusqu' ces derniers temps, de
  clbrer l'anniversaire d'un vnement qui l'avait prserve de
  tous les dsastres trop communs dans les guerres civiles. On
  faisait toujours entrer dans le sermon qui se prononait le jour
  de cette fte, l'loge de la Maison de Fnlon, pour attester
  ternellement la reconnaissance des habitants de la ville de
  Sarlat (t. Ier, p. 504).--Ces souvenirs ne sont pas entirement
  effacs, car on tait aussi dans l'usage de faire ce jour-l une
  procession publique, qui a lieu encore maintenant.--Du reste, M.
  de Bausset s'est tromp en attribuant cet acte  Jean de
  Salignac, qui fut tu, la mme anne,  l'attaque de Domme
  (_voyez_ ci-aprs p. XVII, _note_ 1); il en a seulement partag
  la gloire avec son oncle Bertrand de Salignac,  qui ce fait
  appartient. Il ne peut y avoir le moindre doute sur ce point,
  car,  l'autorit du prsident de Thou, nous pouvons ajouter les
  propres lettres qui furent crites par le Roi et la Reine Mre 
  Bertrand de Salignac pour lui tmoigner toute leur reconnaissance
  d'un service aussi important. Elles sont conserves en original
  aux _Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K. 101.


  I. LETTRE DE LA REINE MRE.

  --du Ve de janvier 1588.--

  Monsieur de La Mothe Fnlon, vous avez faict, avecques voz
  nepveux, ung trs notable et agrable service au Roy, monsieur mon
  Fils, et  Vostre party par la deffense de la ville de Sarlat, qui
  a est prserve par vostre prudence, et par la vertu et valleur
  de voz dicts nepveux, contre les forces de ceulx du party
  contraire, qui auront receu ce coup de baston avecques celluy de
  la deffaicte entire de leur arme estrangre advenue par la
  singullire grce de Dieu et par la bonne conduite et le bon heur
  du Roy, mon dict sieur et Fils. Je me resjouys grandement du bon
  debvoir que vous avez faict en ceste occasion, tant pour
  l'advantage que en recepvra le service du Roy, mon dict sieur et
  Fils, que pour l'affection particullire que je vous porte et 
  tous les vostres, pour lesquelz je seray tousjours preste 
  m'employer, quand l'occasion de ce faire s'en prsentera. Atant je
  prye Dieu, monsieur de La Mothe Fnellon, qu'il vous ayt en sa
  saincte garde.--Escript de Paris, le Ve jour de janvier
  1588.--CATERINE.--_De Neufville_.

  [_Au dos est crit_]:

  A Monsieur de La Mothe Fnlon, Chevalier des Ordres du Roy,
    monsieur mon Fils, et Conseiller en son Conseil d'Estat.


II. LETTRE DU ROI.

--du XIIe de febvrier 1588.--

Monsieur de La Mothe, vous et voz nepveux, accompaignez de voz bons
parens et amys et de la fidlit des habitans de ma ville de Sarlat,
m'avez faict ung trs signal et utile service de m'avoir si bien et
heureusement deffendu et conserv la dicte ville contre l'effort et la
puissance des perturbateurs du repoz publicq de mon royaulme; en quoy
vous avez acquis une trs grande gloire et de moy ung gr ternel et
perdurable, et suis trs marry de ce que l'estat prsent de mes
affaires ne me permect de le recognoistre  ceste heure envers voz
dictz nepveux et les dictz habitans selon leur mrite et mon desir;
mais j'espre les rcompenser  l'advenir de faon qu'ilz serviront
d'exemple aux aultres et auront toute occasion de s'en louer. Quoy
attendant, je vous pri, et eulx aussi, vous contanter de ma bonne
volont, et continuer  vous emploier pour la conservation de la dicte
ville, et  maintenir en debvoir et obissance mes subjectz, tant de
la noblesse que aultres, qui vous sont voisins, leur faisant savoir
que j'ay dellibr de m'approcher d'eulx pour les dellivrer des maulx
qu'ilz souffrent, et, en chastiant les meschans, recognoistre et
gratiffier les bons tant qu'il me sera possible, et y commencer, ds
la prsente anne, pour ne discontinuer ny cesser jamais que je n'aye
mis  bout ung si bon oeuvre; vous priant, et eux pareillement, de
vous tenir prestz pour m'y accompagner et servir, et au reste croire
que j'ay eu  grand plaisir de veoir le sieur de Gaulejac, vostre
nepveu, lequel m'a rendu trs bon compte de tout ce qui s'est pass au
sige du dict Sarlat, et s'est en toute chose comport trs sagement.
Je prie Dieu, monsieur de La Mothe, vous avoir en sa saincte et digne
garde.

Escript  Paris le XIIe jour de febvrier 1588.--HENRY.--_De
Neufville_.

[_Au dos est crit_]:

  A Monsieur de La Mothe Fnlon, Chevalier de mes Ordres et
    Conseiller en mon Conseil d'Estat.


III. LETTRE DE LA REINE MRE.

--du XIIIe de febvrier 1588.--

Monsieur de La Mothe Fnlon, le Roy, monsieur mon Fils, est non
seullement trs bien inform du bon debvoir que l'vesque de Sarlat et
voz autres nepveux ont faict en la conservation de la dicte ville,
mais il recognoist aussy que le bon succez qui en est arriv est
deub  vostre soing et prvoyance, qui aviez si bien donn ordre
 toutes choses, auparavant que l'on y eust mis le sige, que cela
a grandement ayd  repousser les ennemys. Or, il vous en sait
le bon gr que mrite ung si notable et utile service, et vous
asseure que, se prsentant occasion de le recognoistre en vostre
endroict et de voz dictz nepveux, vous sentirez par effect le
contentement qu'il en a; en quoy je le conforteray tousjours,
aultant qu'il me sera possible, vous voulant bien dire que le Sr.
de Gaulejac, prsent porteur, s'est trs bien acquitt de la charge
que vous luy aviez donne; priant Dieu, monsieur de La Mothe Fnlon,
qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde.--Escript  Paris le
XIIIe jour de febvrier 1588.--CATERINE.--_De Neufville_.

[_Au dos est crit_]:

  A Monsieur de La Mothe Fnlon, Chevalier des Ordres du Roy,
    monsieur mon Fils, et Conseiller en son Conseil d'Estat.

  [16] _Jean_ de Salignac, fils d'Armand. Il s'tait distingu au
  sige de La Fre, en Picardie,  la bataille de Coutras et au
  sige de Sarlat. Il fut tu  l'ge de trente ans, le 6 novembre
  1588,  l'attaque de la ville de Domme, aprs avoir dj forc
  deux barricades. Il tait venu au secours du chteau de Domme, o
  son oncle se trouvait assig.

  [17] Les deux lettres suivantes du Roi se rapportent  ce dernier
  vnement. Elles se trouvent en original aux _Archives du
  Royaume_, Cartons des Rois, K. 101.


  I. LETTRE DU ROI.

  --Du IVe de novembre 1588.--

  Monsieur de La Mothe, j'ay entendu que voiant la surprinse que les
  ennemys ont faicte de la ville de Dome, vous vous estes get dans
  le chasteau pour le conserver soubz mon obissance, dont je vous
  say le bon gr que mrite le tesmoignage que avez en cela donn
  de vostre dvotion  mon service, et vous veulx bien asseurer que,
  aux occasions de vous gratiffier, vous me trouverez d'autant plus
  favorable  vostre avancement, j'envoye par del le sieur de
  Gaulegeac avec dpesche fort expresse affin d'y faire donner tout
  le secours qui se pourra, non seulement pour la conservation du
  dict chasteau, mais aussi pour le recouvrement de la ville, s'il
  est possible, comme il y a occasion d'esprer, si les ennemys sont
  promptement serrez et assailliz sans leur donner temps de s'y
  fortiffier et pourveoir de munitions. Je m'asseure que tous mes
  bons serviteurs s'y emploieront si vertueusement qu'ilz
  dlivreront le pays de ceste incommodit, et moy du regret que
  j'en porte, priant Dieu, monsieur de La Mothe, vous avoir en sa
  saincte garde.--Escript  Bloys le IIIe jour de novembre
  1588.--HENRY.--_Revol._

  [_Au dos est crit_]:

  A Monsieur de La Mothe Fnlon, Gentilhomme ordinaire de ma
    Chambre.


II. LETTRE DU ROI.

--du XXVIIe de novembre 1588.--

Monsieur de La Mothe, j'ay receu vostre lettre du XIIe de ce mois,
contenant le discours de ce qui est pass au faict de Domme, dont je
suis trs marry que le succez n'ait est meilleur pour mon service et
le bien du pays; et particulirement je regrette fort la perte que je
y ay faicte d'un si bon et affectionn serviteur que m'estoit le feu
sieur de La Mothe, vostre nepveu, et quoy que l'effort qui y a est
faict n'ait apport le fruit que je desirois, si ne laiss je de vous
savoir autant bon gr du devoir que vous y avez rendu de vostre part,
et ay tant d'asseurance de vostre dvotion au bien de mon dict service
que, en toutes occasions qui s'en prsenteront, vous y apporterez tous
les bons effects qui peuvent dpendre de vous. Je adviseray  ce qui
se pourra faire sur cest accident de Domme et y donneray tout l'ordre
et remde que l'estat de mes affaires pourra porter; priant Dieu qu'il
vous ait, monsieur de La Mothe, en sa saincte et digne garde.--Escript
 Bloys le XXVIIe jour de novembre 1588.--HENRY.--_Revol._

[_Au dos est crit_]:

  A Monsieur de La Mothe Fnlon, Chevalier de mes Ordres,
    Conseiller en mon Conseil d'Estat et Cappitaine de cinquante
    hommes d'armes de mes Ordonnances.

Peut-tre a-t-il pass ensuite quelques annes dans le repos.
Catherine de Mdicis, sa protectrice, tait morte le 5 janvier 1589;
Henri III prissait lui-mme le 2 mai, quatre mois aprs. Les guerres
de la ligue commenaient et portaient le champ de bataille loin du
Prigord. Il est  prsumer que Bertrand de Salignac, dj avanc en
ge, ne prit pas une part bien active  ces nouveaux vnements. Il
est toutefois certain qu'il fut du nombre des catholiques qui se
rallirent aussitt  Henri IV, mais on peut douter qu'il se soit mis
en campagne. Nous n'avons pu recueillir aucun document bien prcis sur
cette poque de sa vie. Nous voyons seulement par les papiers de la
famille, que, le 29 septembre 1594, il faisait son testament au
chteau de Fnlon en Prigord[18]. N'ayant pas d'enfant, car il ne
s'est pas mari, il institua pour hritier universel son petit-neveu
Franois de Salignac, qui fut le trisaeul de l'archevque de Cambrai.

  [18] Testament fait au chteau de Fnlon en Prigord, le jour
  de la feste de Saint Michel, 29 de septembre 1594, par Haut et
  Puissant Messire Bertrand de Salaignac de La Mothe Fnlon,
  Chevalier des deux Ordres du Roy, Conseiller d'Estat de Sa
  Majest, Sr Vicomte de Saint Julien de Lanpont et Baron de
  Lobert, par lequel il demande d'tre inhum dans le tombeau de
  ses pres dans la forme des obsques et funrailles accoutums
  pour un chrestien de sa qualit en l'glise catholique et
  romaine;--charge son hritier de raporter dans l'anne de sa mort
  son grand colier de l'Ordre du Saint Esprit au Roy avec le
  respect et rvrence qu'il convient, selon le statut de cet
  Ordre;--lgue une coupe d'argent dor  son trs honor et trs
  cher nepveu rvrend pre en Dieu, messire Loys de Salaignac
  vesque de Sarlat;--trois autres coupes pareilles 
  mesdemoiselles de Gaulejac, et de Fonpiton, veuves de ses trs
  chers frres et  madame de La Mothe Fnlon, veuve de son bien
  aim nepveu;--cinq mil cus  son trs cher nepveu messire Armand
  de Salaignac, chevalier, seigneur de Gaulejac;--trois mil trois
  cens trente trois escus un tiers  son trs cher nepveu noble
  Pierre de Salaignac Sr. de Fonpiton;--cinquante escus  chacune
  de ses bien aimes nices, filles de feu messire Armand de
  Salaignac, trs honor frre an du testateur, comme de feue
  damoiselle Caterine de Salaignac dame de Lostanges sa trs chre
  soeur;--trois mil trois cens trente trois escus un tiers  sa
  bien aime nice Caterine de Salaignac femme du Sr. de Clarens,
  en considration de ce qu'elle est charge d'affaires et
  d'enfans;--mil escus  son trs cher nepveu noble Pons de
  Salaignac de Fonpiton.

  Institue son _hritier universel_ son trs cher et bien aim
  petit nepveu Noble Franois de Salaignac, fils de feu son trs
  aim nepveu messire Jean de Salaignac, chevalier, Capitaine de
  cinquante hommes d'armes, et petit fils de feu messire Armand de
  Salaignac, chevalier de l'Ordre du Roy, frre an du testateur,
  (arrire fils) de feu messire Hlie de Salaignac chevalier, pre
  du testateur, et bisayeul du dict hritier universel, avec
  substitution graduelle et  l'infini de masle en masle par ordre
  de primogniture, et apelle les filles aprs l'extinction de tous
  les mles de son nom.

  Lgue encore deux mil cus  chacune des soeurs de son dict
  hritier universel, nommes Marguerite, Jeanne et Antoinette de
  Salaignac, et nomme pour excuteurs de son testament son dict
  nepveu vesque de Sarlat, et Haut et Puissant Messire Pons de
  Thmines et de Cardaillac son trs honor cousin, chevalier,
  Capitaine de cinquante hommes d'armes, Sneschal et Gouverneur de
  Quercy;--ce testament receu par de Cazals notaire.--_Preuves de
  noblesse_ faites en 1739 par Gabriel Jacques de Salignac de La
  Mothe Fnlon, p. 30.--_Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K.
  101.

Cependant, et malgr son grand ge, il devait encore tre appel 
prendre part aux affaires publiques. Henri IV, digne apprciateur de
son mrite, le choisit en 1598 pour lui confier la plus importante de
toutes les ambassades. Le trait de paix avec Philippe II avait t
sign  Vervins, le 2 mai 1598; Bertrand de Salignac, nomm
ambassadeur de France en Espagne, ne put refuser ce dernier honneur;
il dut cder  l'invitation toute bienveillante du Roi[19]; il se
rendait  Madrid l'anne suivante, auprs de Philippe III, lorsqu'il
tomba malade pendant le voyage. Forc de s'arrter  Bordeaux, il
mourut dans cette ville le 13 aot 1599, tant g de soixante-seize
ans.

  [19] Henri IV offrit cette ambassade  Bertrand de Salignac dans
  des termes tellement flatteurs, qu'un refus devenait impossible.
  Les deux lettres suivantes, qui sont conserves en original aux
  _Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K. 105, tmoignent de la
  profonde estime du Roi pour Bertrand de Salignac.

  I. LETTRE DU ROI.

  --du XIe d'avril 1599.--

  Monsieur de La Mothe Fnlon; je say bien que vostre eage et voz
  services mritent repoz et rmunrations plustost que une
  surcharge d'occupations et d'affaires, mesmement hors de vostre
  maison et patrie. Toutesfois voullant faire eslection d'ung
  personnage propre et capable pour me servir d'ambassadeur auprs
  du Roy d'Espagne, aprs avoir jett les yeux sur plusieurs, je
  n'en ay point trouv de plus digne d'ouvrir le pas de ceste
  lgation que vous, par ceque toutes les bonnes qualits
  ncessaires, pour ce faire comme il appartient, se rencontrent et
  concourent en vous quasi  l'envy l'une de l'aultre et selon mon
  desir, de sorte que, si elles estoient accompagnes de pareille
  force et sant, j'aurois trouv mon compte en vous pour remplir
  dignement et  mon gr ceste place qui est de prsent des plus
  importantes  mon estat; et au lieu d'envoier savoir quelle est
  vostre disposition, je vous envoierois ds  prsent mes dpesches
  pour me faire ce service, car vous cognoissant comme je fais, je
  suis trs asseur que vous embrasseriez et effectueriez volontiers
  mon commandement: mais estant incertain de la disposition de
  vostre personne, et par consquent si je puis recevoir ce service
  l de vous, je vous fais la prsente par ce lacquais, que je vous
  envoie exprez, pour en estre esclaircy, vous priant vous rsoudre
  d'entreprendre ceste lgation, si vostre sant le vous peut
  permectre. Ce ne sera que pour tant de temps que vous voudrez, car
  ce me sera assez que vous enseigniez ce chemin  d'aultres. Je
  pourrois, ce faisant, vous faire tenir o vous estes les dpesches
  et deniers ncessaires, pour de l vous acheminer en Espagne, sans
  avoir la peine de venir icy les prendre, et aurois tel soing de
  vous que vous auriez occasion de vous en louer. En tout cas je
  n'ay voullu adresser ce commandement  ung aultre que  vostre
  reffuz, tant je prise vostre vertu et les moiens que vous avez de
  me servir. Renvoiez moy doncques ce lacquais incontinant avec
  vostre dlibration, et je prieray Dieu, monsieur de La Mothe
  Fnlon, qu'il vous ayt en sa saincte garde.--Escrit 
  Fontainebleau le XIe jour d'avril 1599.--HENRY.--_De Neufville._

  [_Au dos est crit_]:

  A Monsieur de La Mothe Fnlon, Chevalier de mes Ordres,
    Capitaine de cinquante hommes d'armes de mes Ordonnances, et
    Conseiller en mon Conseil d'Estat.


II. LETTRE DU ROI.

--du IIe de may 1599.--

Monsieur de La Mothe Fnlon, je n'attendois pas, de vostre ancienne
et esprouve affection au bien publicq de mon royaulme et  mon
service et contentement particullier, aultre response  la prire que
je vous ay faicte d'entreprendre la lgation d'Espagne que celle que
vous m'avez faicte par vostre lettre du XXIe du mois pass, que j'ay
receue par le lacquais que je vous avois envoi; dont je n'ai voullu
diffrer daventage  vous faire savoir que j'en ay receu trs grand
plaisir et contentement, esprant que Dieu vous donnera aultant de
sant et de force que je vous en desire pour accompagner et mettre en
oeuvre vostre bonne volont et cappacit  me servir en telle et
toutes aultres occasions. Au moien de quoy je vous prie de donner
ordre,  voz affres domestiques, et ceulx de mon Conseil pourveoiront
aux instructions et deniers ncessaires et accoustumez pour vostre
expdition, affin que le tout vous soit envoy  propos pour pouvoir
partir dans la Sainct Jehan, qui est le temps que vous avez escript au
Sr. de Villeroy, que vous pourrez estre prest  ce faire; priant Dieu,
monsieur de La Mothe Fnlon, qu'il vous tienne en sa saincte et digne
garde.--Escript  St. Germain en Laye le IIe jour de may
1599.--HENRY.--_De Neufville._

[_Au dos est crit_]:

  A Monsieur de La Mothe Fnlon, Chevalier de mes Ordres,
    Conseiller en mon Conseil d'Estat.


Henri IV prit soin lui-mme de faire l'loge funbre de Bertrand de
Salignac, dans les instructions remises au comte de La Rochepot, qui
lui fut donn pour successeur.

Il le chargea de dire au Roi d'Espagne[20] que si la mort n'eust
prvenu et surpris le feu sieur de La Mothe Fnlon, que Sa Majest
avoit dsign et dpesch pour l'aller trouver, et la servir auprs de
lui en cette charge, lequel trespassa par les chemins, Sa dicte
Majest luy eust tmoign il y a longtemps combien elle desire luy
correspondre en toutes sortes de devoirs et offices de bon frre et
amy, de quoy ce gentilhomme, qui estoit des plus sages et
exprimentez du royaume, se fust si bien acquitt que Sa dicte Majest
s'asseure qu'il en fust demeur content, mais Dieu n'avoit voulu
permettre que le dict sieur de La Mothe Fnlon ait fait ces services
 Leurs Majestez.

  [20] _Mmoire historique concernant la ngociation de la paix
  traite  Vervins, l'an 1598_, t. II, p. 430. Paris, 1667, in-12.




DISCOURS

DRESS EN JUILLET 1575

POUR LE DIRE AU ROI, RETOURNANT D'ESTRE SON AMBASSADEUR EN
ANGLETERRE[21].

  [21] _Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K. 96.


     SIRE,

Je loue Dieu de la grce qu'il me faict aujourd'huy que je puis baiser
trs humblement les mains et voir la face de Vostre Majest, chose que
j'ay infiniment desire; et parce qu'en quelle sorte qu'il advienne 
un gentilhomme de recevoir bienfaict de son Roy et de son Maistre, il
l'en doit remercier, je veus rendre trs humbles grces  Vostre
Majest pour le bien qu'elle m'a faict maintenant de me retirer de
cette tant longue et ennuyeuse absence de six ans et deux mois que
j'ay est continulement en Angleterre; l o je vous promets bien,
Sire, que pour mon particulier je n'y ay faict autre acquest que d'y
estre devenu vieus, maladif et pauvre, et n'y ai rencontr que perte
et dommage. Mais, si pour le bien de voz affaires, il est advenu que
Dieu m'ayt faict la grce d'y avoir ainsi conduict ma Ngociation, que
Vostre Majest la deigne maintenant approuver et l'avoir agrable, et
qu'il vous reste quelque contantement du service que je vous y ay
faict, je rputerai toutes mes pertes et mes maus et moy mesme trs
heureus.

Et vous supplie trs humblement, Sire, de considrer que ds l'heure
que j'arrivai par del jusques  ce que j'en suis parti, j'ay
tousjours rencontr, outre les anciennes querelles des Anglois, trois
fort grandes difficults en teste, qui se sont tousjours opposes et
se sont rendues formlement contraires au service de Vostre Majest.

La premire a est celle de la nouvelle religion et de la guerre de
vos subjects, en quoy du commencement, le cardinal de Chastillon,
Cavaignes, Du Doict, Sainct Simon, Pardailhan, Chastellier Pourtault,
les agens du prince d'Orenge, ceux des princes protestans d'Allemagne,
avec l'ayde des vesques, et plusieurs du Conseil d'Angleterre, et une
tourbe des plus aspres ministres qui fussent en France: et, aprs eux,
le comte de Montgomery, monsieur le Vidame, M. de Languillier, et
dernirement M. de Mru, m'y ont donn tant d'affaires que je dois
estre aucunement excus si je n'ay pu faire ruscir proprement toutes
choses par del sellon vostre desir et contantement.

La seconde difficult a est du faict de la Royne d'Escosse et des
Escossois, qui onques ne fut veue cause en nul estat de la Chrestient
plus plne de soubon et de jalousie, ny qui ayt eu tant d'ennemys, ny
o il soit intervenu plus de dangers qu'en celle l; car se trouvant
la Royne d'Angleterre contredicte en la propre qualit de sa personne
d'estre bastarde, et en la qualit de son estat d'estre illgitime
Royne, et l dessus une grosse lvation dans son royaume par les
Catholiques, et une pratique d'y introduire les Espagnols et une
conjuration contre sa propre vie, avec une crainte extrme d'estre
assaillie du cost d'Escosse par les Franois plus que de nulle autre
part du monde, et le tout imput  la Royne d'Escoce, l'on ne cessoit,
 toutes les dlibrations du Conseil d'Estat et par toutes celles du
gnral Parlement du royaume, de presser la Royne d'Angleterre de
faire mourir, comment que ce ft, la Royne d'Escosse sa cousine, et se
saisir de son royaume et de la personne de son fils durant sa
minorit, pendant que la France estoit soymesmes bien empesche; de
sorte qu'il est de merveille et un miracle vident comme il a pleu 
Dieu m'ouvrir les moyens d'y remdier.

La troisime difficult, encore plus grande que les deux aultres, a
est la comptance d'Espagne, et les menes, qui ont est faictes, de
ce cost l, avec deniers contans et avec grands prsans et avec
moyens secrets et ouverts par les pensionnaires du Roy d'Espagne et
par les partisans de Bourgogne, qui sont en grand nombre en ceste
cour, pour cuider faire dclarer leur Royne et le royaume contre la
France, afin de donner plus de solagement aus Pas Bas, et pour
traverser l'amiti et l'alliance qui se trettrent par le feu Roy avec
la Royne d'Angleterre; et, encore dernirement, pour empescher que le
renouvellement de la ligue ne succdt avec Vostre Majest, de sorte
qu' dire vray il n'a pas fallu estre trop paresseus ny endormi; et
grces  Dieu, lorsque l'ambassadeur d'Espagne et le duc d'Alve, et
mesme tous leurs partisans, se sont le plus efforcs de vous y nuire,
c'est lors que je me suis trouv le plus audessus de ce que j'y ay
prtendu pour vostre service, et l'ambassadeur d'Espagne a est enfin
dchass du pays et dboutt de sa charge, et moi confirm en la
mienne; et son Maistre et ses affaires ont est trop pirement traitts
que les vostres; et mesmes, s'il est sorti quelque chose d'Angleterre
 vostre prjudice, je vous supplie, Sire, trs humblement de croire
qu'il y en a eu mille fois plus de prpar contre vous qui a est
interrompu et destourn, et, possible, une partie en est all au
prjudice du Roy d'Espagne, et que le peu qui s'en est adress contre
la France a est ce que, par nul ordre ny moyen, encore que je m'y
sois oppos comme  la mort, il ne m'a est possible de l'empescher;
et si, me semble que Vostre Majest en doit tenir la Royne
d'Angleterre aulcunement excuse, car c'est ce qu'elle n'a pu contre
tant de poursuites, de persuasions et de grandes sollicitations,
bonement dnier  sa religion.

A prsent, Sire, vous estes avec elle et avec son royaume en une
intelligence, non du tout si bonne ny si parfaite comme je l'ay
quelquefois vue, et mesmement s sept premiers mois de l'an 1572, car
lors, le feu Roy, vostre frre, eut pu plnement jouir de l'Angleterre
aussi bien que de son propre duch de Bretagne; mais au moins y estes
vous en une condition de bonne paix et d'amiti et de confdration,
de sorte que Vostre Majest et voz subjects n'avs  esprer que
bien, et ne craindre guire de mal, de ce cost l; car, pour le faict
de la religion, la Royne d'Angleterre et les siens se contanteront
asss qu'ils ne soient poinct inquietts en la leur, sans trop
s'entremettre de celle de voz subjects, si leur en accords peu ou
prou, pourveu que ne la leur ostis du tout et ne les en veuillis
priver par la force.

Quant  ses prtentions de Callais et aultres ce n'est sur elle que la
conqueste en a est faicte, ce ne sera aussi elle qui se formalisera
de les reconqurir. Elle est femme nourrie  la paix et repos, n'a
poinct d'enfans, ny de successeur  qui elle ayt d'affection, veut
jouir son estat tant qu'elle vivra sans guerre ny trouble, et ses
conseillers encore plus qu'elle, lesquels,  dire vray, le jouissent
avec non guires moins d'authorit et de crdit et de profit que leur
propre Maistresse, et la guerre leur osteroit tout cela; et ne devs
craindre, selon ce qu'on peut juger, qu'elle permette jamais que la
Royne d'Escosse ayt autre mal entre ses mains que d'estre dtenue, et
mesme elle la faict estre asss bien selon sa fortune, et si ay
opinion qu'elle ne pert rien l o elle est, ains y acquiert la
couronne d'Angleterre, et l se confirme contre tous ses comptiteurs,
aprs la mort de sa cousine, avec trop plus de seurett et de bons
moyens, que si elle estoit hors du royaume, et qu'elle ft en peine
lors d'y entrer.

Au regard de l'Escosse, pourveu qu'elle n'y voye poinct faire d'entre
de Franois ny d'estrangers, elle n'y remuera rien, elle n'y altrera
point vostre alliance, tout le pas est s mains des Escossois, elle
n'y possde rien. Il y a un hritier nay et desj recognu pour Roy.
L'on la sollicite bien de se saisir de la personne de ce jeune Prince
et de s'attribuer la protection de lui et de son royaume, durant sa
minorit, et de le dclarer son successeur aprs elle; mais ce sont
choses qu'elle craint luy estre de trop grand prjudice et trop
dangereuses, et ne les faira pas tant qu'elle pourra. Mais cela faira
elle, si elle peut, que le dict jeune Prince et les Escossois
protestans entreront en la ligue gnralle des aultres princes et
peuples protestans de la Chrestient pour la deffance de leur
religion. Et quant  s'aliner elle de vostre amiti pour s'unir 
celle du Roy d'Espagne, elle n'y a pas d'inclination, et aulcuns de
ses principaus conseillers sont asss contraires aus Espagnols, mesmes
les partisans de Bourgogne, qui voyant bien que le Roy d'Espagne n'est
pour vous mouvoir maintenant la guerre, ny pour luy ayder  elle, si
elle la vous voulloit mouvoir, font semblant d'approuver plus que nuls
autres la confdration qu'elle a avec Vostre Majest, et au moins
n'osent ils conseiller de la rompre, de faon, Sire, que je pense
avoir laiss cette Princesse et les Anglois en une telle disposition
que vous n'aurs la guerre de leur cost que quand vous voudrs, et
n'en recevrs desplaisir ny injure que quand vous commencers de leur
en faire.

Le moyen de retenir cette nation en vostre intelligence seroit
d'attirer leur traffic en vostre royaume et l'y establir sellon le
traitt de la ligue, car qui aura leur traffic les possdera
entirement, parce que leur principal revenu et celluy de l'Estat et
de la Noblesse est fond ou bien dpend du commerce, mais les
recherches, les impts extraordinaires, l'incompatibilit des nations,
le peu de foy, et surtout le deffaut de justice qu'ils disent estre en
France, les destourne de voulloir assoyr leur estape par de avec ce,
que l'obstacle de la religion, et ce qu'ils ont veu advenir  cause
d'icelle, les retient en quelque peur, bien que, sur la parolle de
Vostre Majest, s'ils la peuvent cognoistre certaine, et que veuills
bien tenir la main  l'administration de la justice, ils s'y pourront
 la fin confier; et aussi que veuills user d'aulcuns honestes
entretiens ordinairement vers cette Princesse, et luy envoyer de
petites gracieusets et la gratifier quelquefois en des choses qu'elle
vous demandera pour aulcuns de ses subjects, sellon que du cost
d'Espagne l'on luy octroye trs libralement ce qu'elle veut demander;
et envoys tous les ans quelques prsans  aulcuns de ses espciaus
conseillers, ainsy que le Roy d'Espagne n'y espargne rien de son
cost, et [comme] voz prdcesseurs, Sire, qui ont tousjours faict
courir de l'argent; et quand on psera bien les considrations que voz
prdcesseurs ont eu en cela, et celles que Vostre Majest doit encore
avoir plus qu'eux, soit pour le faict du dedans de vostre royaume, ou
pour les affres qui vous peuvent venir du dehors, ou pour voz
prtentions et entreprinses ailleurs, il ne pourroit estre rien
employ mieus  propos que quelques deniers par del aussi bien que
aus Suisses ou aus Allemans.

       *       *       *       *       *

Pour mon regard, Sire, je vous supplie trs humblement de n'estre
point marri si je vous ay faict instance de me retirer d'Angleterre,
car ce n'a est pour refouyr, l ny en quelqu'autre part qui soit au
monde, vostre service, estant plus prest que je ne fus onques
d'employer de fort bon coeur ce qui me reste de vie pour trs
humblement vous en faire. Mais Vostre Majest considrera, s'il lui
plait, qu'aprs beaucoup de temps et de travail, que j'avois dj
employ au service des feus Roys, je fus command, au mois d'octobre
de l'an 1568, d'aller encore pour deus ans en ceste charge
d'Angleterre, et qu'au retour je serois avanc et rcompenc.

J'y allai volontiers, et entrepris d'un grand courage d'y faire
service au feu Roy, vostre frre, et  Vostre Majest, non sans y
rencontrer beaucoup de contrarietts et d'empeschemens qui ont est,
grces  Dieu, combattus et surmonts, et n'a tenu qu' Voz Majests
Trs Chrestiennes que n'ays pour la pluspart tousjours emport ce que
monstris desirer de del; et toutes les pratiques et entreprinses qui
s'y sont dresses contre la France et contre l'Escosse, et qui
s'estendoient encore plus avant contre voz affaires, ont est
tousjours ou interrompues, ou diverties, ou si bien diminues, que
Voz Majests n'en ont senti guires de mal, et ne me doit estre mal
sant d'oser dire qu'il a pleu  Dieu de conduire aussi bien, et par
adventure plus heureusement pour le temps, ceste mienne Ngociation,
que nulle autre qui se soit faicte en la Chrestient; et a faict qu'il
en est rusci un soulagement asss opportun en voz affaires, et tel,
possible, que deus millions d'escus ny beaucoup de voz forces n'y
eussent peu fournir; et m'a faict encore la grce que je m'y suis
tousjours entretenu avec la dignit et bonne estime, et avec aultant
de despance pour honorer vostre service, que si j'eusse est un des
plus avancs et des plus riches gentilshommes de vostre cour.

Dont je ay espr, je le confesse, et me semble que non iniquement ny
sans raison, d'en debvoir tirer quelque avancement et rcompanse de
Vostre Majest, au moins si, par nul honeste et honorable travail, et
par diligence, et par une singulire loyaut, et par un bon succs des
choses, il est possible  un gentilhomme de pouvoir bien mriter du
service de son Prince; mais ne voyant rien venir de cela, ains qu'au
contraire je demeurois tousjours oubli et confin, de temps en temps,
jusques au nombre de sept annes en ceste charge, loing de la prsance
de Vostre Majest, et que ce pendant trois de mes frres m'estoient
morts[22], et que tous mes affaires estoient demeurs en arrire; que
des partis les plus honnestes et commodes que j'eusse peu desirer
auprs des miens, lesquels m'avoient attendu deus ans entiers,
estoient perdus; qu'aprs que l'un de mes frres avoit est tu en
vous faisant service[23], lequel me tenoit une abbaye qu'un de mes
parans m'avoit laisse, l'on me l'avoit oste, et m'avoit on ost avec
l'abbaye le moyen de me pouvoir plus entretenir honestement  vostre
service, car je suis au demeurant fort pauvre, puyn de ma maison; et
que cependant je suis devenu vieus, ruyn et maladif, avec ce, que ma
Ngociation estoit si acheve qu'il n'y restoit rien plus que faire 
prsant, et que si, d'avanture, il y survient quelque chose
d'importance, o il ft besoing de travailler, je me sentois si
consomm de mal et d'ennuy que je n'eusse pu satisfaire  mon debvoir
ny  vostre service, et demeurant au reste de fonds en comble du tout
perdu, il n'est de merveille si j'ay est pressant de mon cong vers
Vostre Majest.

  [22] _Armand_, fils an d'Hlie de Salignac; _Pons_, le
  troisime des enfants, et _Agnet_ ou _Odet_, le cinquime.

  [23] _Pons_, abb de Nesle, qui prit en 1574  Sarlat, tant
  grand archidiacre de son frre Franois de Salignac, vque de
  cette ville.--Le registre gnalogique dj cit contient  ce
  sujet la mention suivante, p. 30.--Armand de Salagnac compta
  parmi ses frres Franois de Salagnac, vesque de Sarlat, depuis
  1567 jusqu'en 1578, qui se dmit de cet vesch en faveur de
  Louis de Salagnac son nepveu, aprs avoir souffert pour la
  religion tous les mauvais traitemens que la fureur des Huguenots
  leur inspiroit, et avoir perdu son frre Pons de Salagnac, son
  grand archidiacre, et abb de Nesle, lequel fut tu par les
  religionnaires dans la ville de Sarlat en 1574.--_Jean_, le
  huitime des enfants, avait galement pri dans les guerres: il
  fut tu jeune au sige de Perpignan, l'an 1542.

Mais, Sire, voicy ce que devant toutes aultres choses je demande
maintenant  Dieu, c'est qu'il luy plaise faire en sorte que Vostre
Majest reste contante et bien satisfaicte de mon service, et que pour
marque de vostre contantement il vous plaise me faire quelque bien et
rcompance, afin qu'entre les anciens loyaus et fidelles serviteurs de
Vostre Majest je ne demeure seul oubli et mespris, et que, si mon
service vous a est agrable par le pass, me veuillis commander de
vous en faire encore tout le reste de ma vie, car, possible, me
trouverai je plus sain ailleurs que je ne faisois  prsant en
Angleterre, et je serai prest, aprs que j'aurai un peu mis ordre 
mes affaires, de ddier tout le restant de mes jours  trs humblement
vous en faire.

Il y a traise ans que j'ay est faict Gentilhomme de la Chambre du feu
Roy, et douse que j'ay est mis en la pension de douse cens livres par
an, ce qui ne m'a est despuis augment ny diminu, et deux ans qu'il
m'a faict de son Conseil Priv et m'en a envoy le brevet. A ceste
heure, Sire, je supplie trs humblement Vostre Majest de commander 
monsieur le Chancellier qu'il reoive mon serment pour estre admis en
vostre Conseil Priv, non par ambition d'en estre, mais pour vous
faire, en y estant, le plus de service qu'il me sera possible, et pour
viter la honte de n'en estre point, puisque les aultres mes
semblables en sont, ou d'en avoir est exclu y ayant est desj mis;
et qu'il vous plaise, Sire, me faire tant de bien et d'honneur que de
mettre mon nepveu, fils unique de mon frre ayn, en ma place de la
Chambre, et mon autre nepveu, qui est aussi fils d'un aultre mon
frre, escuyer de la grand escuyerie, qui sont tous deus seigneurs de
leurs maisons[24], et desquels je veus vous respondre de ma vie que
vous en sers fort loyalement et fort fidlement et trs agrablement
servi, sellon que je les cognois gentilshommes de bon savoir, nourris
 la vertu et  la craincte de Dieu, et que s'ils n'abondent de
beaucoup de grandes perfections, ils sont au moins aussi peu entachs
de vices que gentilshommes que j'aye guires jamais veus.

  [24] _Jean_ de Salignac, seigneur de La Mothe Fnlon, et
  _Armand_ de Salignac, seigneur de Gaulejac.--Ils furent nomms
  tous deux gentilshommes ordinaires de la Chambre; et, par lettres
  du 2 janvier 1582, une partie de la pension que Bertrand de
  Salignac avait sur la caisse de l'pargne leur fut attribue.--La
  nomination de Jean de Salignac remonte  l'anne du retour de
  l'ambassadeur.--On trouve en effet dans le mme registre
  gnalogique les mentions suivantes:

  1. _Lettres de retenue_ en la charge de gentilhomme ordinaire de
  la chambre du Roy, accordes par Sa Majest au sieur Jean de
  Salagnac, tant en considration des services rendus par son am et
  fal le sieur de La Mothe Fnlon, chevalier de son Ordre,
  conseiller en son conseil priv, aux feus Rois et  Sa Majest en
  plusieurs belles, honorables et importantes charges, et en dernier
  lieu, dans son ambassade d'Angleterre, que de ceux de son dict
  nepveu pendant la mme ambassade. Ces lettres donnes  Paris le
  15 dcembre 1575, signes HENRY, et plus bas, _par le Roy_, sign
  _Pinart_ et scelles; avec l'acte de serment fait le mme jour par
  le dict sieur de Salagnac entre les mains du duc de Mayenne, Grand
  Chambellan. (P. 28.)

  2. _Brevet du 2 janvier 1582_, le Roy tant  Paris, portant que
  Sa Majest,  la supplication du sieur de La Mothe Fnlon,
  conseiller en son conseil priv et d'Estat, chevalier de ses
  Ordres, consent que de sa pension de 1333 cus 1/3 sur l'Espargne,
  les sieurs de La Mothe Fnlon le jeune et de Gaulejac, ses
  nepveux, gentilshommes ordinaires de la Chambre de Sa Majest,
  jouissent chacun de 400 cus par an. Sign HENRY, et plus bas, _De
  Neufville._ (P. 26.)

  _Jean_ de Salignac fut tu  l'attaque de Domme l'an 1588 (_voyez_
  note 1, ci-dessus p. XVII).--Un autre des neveux de Bertrand, qui
  est nomm dans son testament, _Pons_ de Salignac, second fils de
  Louis, seigneur de Fonpiton, fut tu au sige de Montauban en
  1621; il tait lieutenant de la compagnie des gendarmes du
  marchal de Thmines.




OBSERVATIONS

SUR LE MANUSCRIT.


Le manuscrit des Dpches de Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon,
conserv aux Archives du Royaume (_Section historique_, srie K.
Cartons des Rois, nos 95 et 96), forme cinq volumes petit in-folio
d'une criture cursive, assez rgulire, et dont la lecture, malgr de
nombreuses abrviations, prsente peu de difficult. Ce sont les
registres originaux de l'ambassadeur crits en entier par La Vergne,
l'un de ses secrtaires charg spcialement de ce travail[25]. Ils
contiennent quatre cent soixante-neuf dpches; la premire date du
26 novembre 1568, la dernire du 20 septembre 1575.

  [25] C'est ce qui rsulte de la XXIe Dpche, t. I, p. 215.

Ces registres, dont l'authenticit ne saurait tre conteste, existent
aux Archives du Royaume depuis l'origine de cet tablissement; ils y
ont t remis trs-probablement par le bureau du triage des titres
avec d'autres papiers appartenant  la famille Fnlon. Ces papiers se
divisent en deux parties bien distinctes; les uns, exclusivement
relatifs  Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon, se rapportent
principalement  son ambassade en Angleterre; les autres se composent
de titres purement gnalogiques, et surtout des preuves faites par
Gabriel Jacques de Salignac de La Mothe Fnlon, marquis de Fnlon,
lorsqu'il fut reu chevalier et commandeur des ordres du roi en
fvrier 1739[26]. C'est dans ces titres classs aux Archives du
Royaume, (srie M, nos 674 et 675) que nous avons puis les principaux
lments de la Notice biographique, imprime en tte de ce volume.

  [26] Il tait lieutenant gnral, et fut tu  la bataille de
  Raucoux, le 11 octobre 1746. Les registres que nous publions
  portent sur leur couverture une mention indiquant qu'il en tait
  propritaire. Il se trouvait en effet par reprsentation
  l'hritier direct de Bertrand de Salignac, dont il tait
  l'arrire-petit-neveu.

Les papiers relatifs  Bertrand de Salignac, ambassadeur en
Angleterre, se composent, outre ses registres d'ambassade, d'un assez
grand nombre de pices diplomatiques, de plusieurs lettres originales
de Catherine de Mdicis, de Charles IX, de Henri III et de Henri IV;
enfin d'une srie de copies, sur lesquelles nous allons donner
quelques dtails, parce qu'elles nous fourniront une addition
importante aux Dpches de l'ambassadeur.

L'criture de ces copies est de la fin du XVIIe sicle; elles
comprennent non-seulement les Dpches de l'ambassadeur, mais aussi
les lettres qui lui taient adresses par la Cour. L'ordre dans lequel
ces pices sont disposes, les chiffres qui les distinguent et de
nombreuses annotations marginales prouvent que cette copie avait t
prpare pour l'impression. Le premier travail du copiste, comme nous
l'avons vrifi sur ceux des originaux que nous avions entre les
mains, tait excut avec la plus grande exactitude et soigneusement
collationn; mais il tait ensuite soumis  la rvision d'une autre
personne qui, pour se conformer  l'usage du temps, retravaillait le
texte primitif, et le dfigurait en voulant l'abrger et le rajeunir.
Au reste, l'entreprise fut abandonne. Il semble rsulter d'une note
inscrite sur la copie, que l'auteur de cette rvision tait un abb de
Fnlon, rsidant  Carennac. Or, on sait que Franois de Fnlon,
archevque duc de Cambrai, porta d'abord le titre d'abb de Fnlon et
fut ensuite doyen de Carennac. Ces rapprochements et la ressemblance
qui existe entre l'criture des notes et celle de l'archevque de
Cambrai, permettraient de lui attribuer avec quelque vraisemblance ce
projet de publication qu'il aurait conu dans sa jeunesse. Nous devons
ajouter cependant que l'archevque avait un frre d'un premier lit qui
portait comme lui le titre d'abb de Fnlon, et qui a pu rsider
aussi  Carennac[27].

  [27] L'un des cahiers de cette copie, qui fut envoy sous la
  forme d'un paquet cachet, porte l'adresse suivante: _A Monsieur
  Fallit  Peyrac, pour faire tenir promptement  Monsieur l'ab de
  La Mothe Fnlon  Carennac._--L'abb de Fnlon, en modifiant la
  copie textuelle, se contentait de passer sur les mots un lger
  trait d'encre qui permet de les lire comme s'il n'y avait aucune
  rature. Il ne manque  ce second manuscrit que quelques cahiers
  que nous esprons retrouver dans les archives de Poitiers. C'est
  l un renseignement que nous devons  l'obligeance de M. de La
  Fontenelle de Vaudor, conseiller  la Cour royale de Poitiers.

Cette copie nous tait tout  fait inutile pour le texte mme des
Dpches, puisque nous avions entre les mains leur transcription
originale et authentique, mais elle nous a fourni plusieurs pices
importantes omises dans les registres, et surtout nous en avons
extrait les lettres adresses par la Cour  M. de Fnlon, pour runir
en un volume supplmentaire toutes celles qui sont indites,
c'est--dire, celles qui prcdent le mois de dcembre 1572. En effet,
 partir de cette poque, elles ont t publies par Le Laboureur dans
ses additions aux Mmoires de Castelnau (t. III, p. 265 et suiv.)[28]
d'aprs un manuscrit de Saint-Germain-des-Prs, conserv aujourd'hui 
la Bibliothque royale (fonds de Saint-Germain, no 769). Quoique la
copie que nous avons entre les mains rectifie souvent et complte
toujours le texte publi par Le Laboureur, ces corrections ne sont pas
assez importantes pour nous dterminer  nous carter de la rgle que
nous nous sommes impose, de publier seulement des textes indits.

  [28] _Nouvelles additions aux Mmoires de Michel de Castelnau,
  contenant plusieurs pices trs-intressantes, qui servent de
  preuves auxdits Mmoires, tires d'un MS. de la Bibliotque de
  l'Abbaye royale de Saint Germain des Prez  Paris, et qui n'ont
  jamais est imprimes jusques  prsent._ Brux., 1731, in-f.

Ainsi se trouvera complte une srie de documents diplomatiques qui
nous semble destine  rpandre un jour nouveau sur une des phases les
plus intressantes de l'histoire moderne. Toutefois htons-nous de
dire que ces documents n'taient pas rests jusqu'ici entirement
inconnus. Au milieu du sicle dernier, le baron de Fnlon,
ambassadeur  la Haie, communiqua les cinq registres des Dpches de
Bertrand de Salignac  Thomas Carte, qui travaillait alors  son
troisime volume de l'Histoire d'Angleterre[29]. Cet historien les
cite souvent, mais  nos yeux il est bien loin d'en avoir tir tout le
parti possible; il nous serait mme facile de prouver que s'il a
souvent consult ces documents, il ne les a pas toujours compris[30].
Gaillard, mademoiselle de Kralio, Robertson et Gilbert Stuart sont
les seuls auteurs qui, d'aprs Carte, citent les Dpches de La Mothe
Fnlon; mais aucun d'eux ne les connaissait textuellement, et Carte
lui-mme n'a jamais eu entre les mains les lettres de la Cour, qui en
forment le complment ncessaire.

  [29] Carte a averti ses lecteurs de cette communication dans la
  prface jointe  ce volume, qui a paru en 1752. Il s'exprime
  ainsi  cet gard:--A great part of the transactions, in the
  succeeding reign, relative to Mary queen of Scotland, during her
  captivity, are taken from the dispatches of Mr de La Mothe
  Fnlon, a minister of great virtue, abilities, and integrity,
  who was embassador at this court from A. D. 1568 to A. D. 1576.
  His dispatches in five volumes folio were communicated to me by
  the late Mr de Fnlon, who was for several years embassador at
  the Hague, and are now in the hands of his heir.--Ce sont ces
  mmes volumes qui se trouvent aujourd'hui aux Archives du
  Royaume.

  [30] Carte, qui a consacr  peine quatre-vingts pages 
  l'Histoire gnrale d'Angleterre pendant les sept annes qu'a
  dur l'ambassade de La Mothe Fnlon, a d consulter rapidement
  ces registres, dont l'criture et la langue dj vieillies
  offraient pour un tranger de graves difficults. Il n'est donc
  pas surprenant qu'il ait commis des erreurs. Nous nous bornerons
   une seule citation qui s'applique  un fait important.

  Carte a dit (t. III, p. 486), et l'on a rpt d'aprs lui, que
  lors du projet de mariage form entre le duc de Norfolk et Marie
  Stuart, _le contrat de mariage avait t dress devant
  l'ambassadeur de France et remis en dpt entre ses mains_.

  Il a tir cette assertion de la 55e Dpche, date du 1er
  septembre 1569, et renfermant une lettre confidentielle dont il a
  voulu traduire une phrase, mais il n'en a pas saisi le vritable
  sens.

  Pour que l'on puisse en juger, voici les deux passages que nous
  mettons en regard:

   CARTE (t. III, p. 486).--M. de Fnlon laboured so earnestly in
   the matter, that the two parties, queen Mary, by the bishop of
   Ross, and the duke, in person, _declared their mutual consent_ to
   the marriage, on supposition of her restitution to her crown, and
   of his restoring her; _and the contract was entrusted to the
   keeping of the French embassador_.--_Dpche_ 55, september 1.

   LA MOTHE FNLON (55e _Dpche_, du 1er septembre 1569, t. II, p.
   194).--Madame, je n'ay plus tost entendu vostre desir sur les
   propoz d'entre la Royne d'Escoce et le duc de Norfolc, que je
   n'aye incontinent miz peine de l'advancer par tous les moyens que
   j'ay peu, et ay si bien conduict l'affaire que luy, en personne,
   et elle, par l'vesque de Roz, _m'ont dclair y avoir_ (soubz
   l'esprance de la restitution d'elle  sa coronne et promesse de
   luy qu'il l'y restituera) _ung mutuel consentement de mariage
   entre eulx_: DE QUOI LUY S'EST FRANCHEMENT COMMIZ A MOY, et m'a
   dict avoir lettre d'elle pour s'y commettre.

Carte a donc annonc qu'il y avait eu _dclaration_ devant
l'ambassadeur d'un mariage conclu et _remise du contrat_ entre ses
mains.

C'est l une double erreur, car il n'y avait qu'un simple projet et la
seule chose qui ait t _confie_  l'ambassadeur, c'est l'aveu des
intentions rciproques de Marie Stuart et du duc de Norfolk, _de quoy
luy s'est franchement commiz  moy_.

Cette faute de traduction a tromp Robertson et Gilbert Stuart, qui
n'ont pas hsit  reproduire l'assertion de Carte.

   ROBERTSON (t. I, p. 504).--A _contract_ to this purpose was
   signed, and entrusted _to the keeping_ of the embassador.
   _Carte_, vol. III, p. 486.

   GILBERT STUART (t. I, p. 455).--The _marriage contract_ was
   actually entrusted _to the keeping_ of M. Fnlon the French
   embassador. _Fnlon_, _dpche_ 55; _ap. Carte_, vol. III, p.
   486.

Sans insister davantage sur l'importance des documents historiques que
nous publions aujourd'hui, et que nos lecteurs sauront bien apprcier,
nous nous contenterons d'exposer en peu de mots le systme
d'impression que nous avons adopt, et que nous suivrons toujours
fidlement.

Nous nous sommes appliqu  transcrire de la manire la plus exacte le
texte authentique que nous avions sous les yeux, nous faisant une loi
d'observer scrupuleusement jusqu' l'orthographe des noms propres, et
d'en reproduire toutes les variations. L'avantage de cette mthode est
aujourd'hui reconnu par les critiques les plus comptents, et nous
n'avons pas besoin de la justifier. Lorsqu'un oubli du copiste, un
accident survenu au manuscrit ou une erreur vidente nous ont forc
d'indiquer quelques rares corrections, nous avons toujours eu soin de
les placer entre crochets. Toutefois nous ne dissimulerons pas qu'une
grave difficult se prsentait dans notre manuscrit. L'ambassadeur,
qui cite continuellement des noms anglais, les crit non pas
conformment  l'orthographe anglaise, mais conformment  la
prononciation, qui souvent s'en loigne beaucoup. Nous ne pouvions pas
reconstruire l'orthographe de ces noms, puisque c'tait manquer au
principe que nous avons adopt et substituer  l'autorit du texte une
interprtation quelquefois arbitraire, surtout pour les noms peu
connus. Nous ne pouvions pas non plus surcharger notre texte de notes
qu'il aurait fallu rpter toutes les fois que le mme nom se serait
reprsent. Nous avons donc pens qu'il valait mieux runir tous les
claircissements dans les tables alphabtiques et raisonnes qui
termineront notre publication.

Cependant, tout en nous astreignant  reproduire avec la plus grande
exactitude le texte du manuscrit, nous n'avons rien nglig pour en
rendre la lecture plus facile; nous avons donc marqu les accents et
les apostrophes, complt ou rectifi la ponctuation: ces
modifications, qui n'altrent pas le texte, sont les seules que nous
nous soyons permises.




SOUVERAINS

QUI ONT RGN EN EUROPE DE 1568 A 1575,

PENDANT L'AMBASSADE

DE LA MOTHE FNLON.


     ALLEMAGNE              Maximilien II.
     ANGLETERRE             lisabeth.
     DANEMARK               Frdric II.
     COSSE                 Jacques VI.--_Marie Stuart._
     ESPAGNE                Philippe II.
     TATS DE L'GLISE      Pie V.--Depuis le 13 mai 1572,
                              Grgoire XIII.
     FRANCE                 Charles IX.--Depuis le 30 mai 1574,
                              Henri III.
     PORTUGAL               Sbastien.
     RUSSIE                 Iwan Wasilejevitch.
     SUDE                  Jean III.
     TURQUIE                Slim II.--Depuis le 13 dc. 1574,
                              Amurath III.




DPCHES DE LA MOTHE FNLON




Ire DPESCHE

--du XVIe novembre 1568.--

(_Mise dans le paquet de M. de La Forest._)

  Arrive de l'ambassadeur en Angleterre.--Son audience de
    rception. Notification de la mort de la reine d'Espagne, fille
    de France.


     AU ROY.

Sire, ayant, le septiesme de ce mois, et non plutt, trouv  Calais
le passaige bon pour Angleterre, j'arrivay, le Xe ensuyvant, en ceste
ville de Londres, o je fus receu, de monsieur de La Forest, avec
autant d'honneur que se peut faire  un votre serviteur venant pour la
charge qu'il vous a pleu me commander par de. Et ayant, le
lendemain, envoy demander audiance  ceste Royne, elle la luy accorda
pour le XIIIIe de ce mois  Hantoncourt, o le conte d'Hormond et
milord Havard, fils du milord Chamberlan, furent ordonnez pour venir
au devant de nous, qui nous menrent, sur les deux heures aprs mydy,
en la sale de prsence, et la dite Dame nous y receut fort
humainement, et nous fit toute la gracieuse et familire dmonstracion
que se peut desirer pour honorer voz ministres et serviteurs. Le dit
sieur de La Forest me prsenta  elle avec plusieurs graves et
vertueux propos concernans l'accomplissement de sa charge, et
l'lection que Votre Majest avoit faict de moy pour y succder, et
adjouxta ce que lui sembla bon de ma recommandacion pour authoriser
davantage ma ngociacion, et y rendre ceste princesse bien dispose.
Sur quoy, elle voulut bien monstrer qu'il ne pouvoit estre qu'elle
n'eust quelque regrt  ce changemant, ayant veu le dit sieur de La
Forest, tant qu'il a est par de, traiter toujours avec grand
dignit et modracion les choses apartenans  la comune amyti,
intelligence et confdracion d'entre Voz Majestez, ce que lui donnoit
occasion de desirer qu'il continut longuement ceste charge; mais
puisqu'il vous avoit pleu, Sire, lui ottroyer maintenant son retour
pour s'aller reposer aprs avoir bien travaill, elle estoit trs
contante que ce ft moy que Votre Majest ait ainsi ordonn pour le
venir relever. Et sur ce, je lui prsentay voz lettres, et celles de
la Royne, avec les cordiales et trs affectueuses recommandacions de
Voz Majestez, et luy fis entendre, par les plus exprs et convenables
propos, qu'il me fut possible, qu'estant votre desir de demeurer en la
foy et aux promesses et trettez que vous aviez avec la dite Dame, vous
m'avez command d'establir l dessus tout le fondemant de ma
ngociacion, cognoissant qu'il y avoit aussi en elle beaucoup
d'intgrit et de constance pour y persvrer de son coust, ainsi
qu'elle en avoit faict dj plusieurs bonnes dmonstracions, mmes
avoit us d'aucungs bien honnestes dportemans sur les troubles
suscitez, l'anne passe, en votre royaume; ce qui vous faisoit
esprer qu'elle continueroit aussi de vous porter faveur et assistance
sur ceux qu'on y avoit nagures renouvels, et qu'elle adjouxteroit 
la premire obligacion ceste segonde, que vous n'estimeriez moings
importante, et pour les qules deux je la pouvois asseurer que vous,
Sire, en garderiez, dedans votre cueur, la juste recognoissance q'ung
prince, bien n et gnreus comme vous estes, en debvra avoir pour
l'effectuer envers elle et envers sa grandeur et estatz, quand il
plairoit  Dieu que l'ocasion s'en prsentt: et qu'en cela, elle
avoit monstr qu'elle estoit vrayment Royne, fille de Roy, et seur de
Roy, et de toute royale extraction, selon qu'il avoit est toujours
cognu despuis que Dieu avoit mis sceptres et couronnes s mains des
hommes; qu'il y avoit grand diffrance des bons et lgitimes princes,
lgitimemant bniz par approbacion de Dieu, aux meschans et iniques
tirans suscitez seulemant pour mal fre; que les bons et lgitimes
princes avoient droictemant, et en bonne consciance, toujours procd
en affaires des autres princes, leurs voisins et aliez, et avoient
procur le bien et vit le mal, loyaument, les uns des autres, quant
ils l'avoient pu fre, l o les meschans n'avoient jamais faict que
guetter l'occasion de nuyre, et l'avoient excute par injustes
guerres, par fraudes et machinacions, lors mesmemant qu'ilz avoient
veu leurs voisins plus ampeschez en leurs affaires et estatz. Mais
c'estoient traitz qu'on avoit incontinant descouvers; car l'afflig
sentoit bien tt ung nouveau mal, et les gens de bien en tel temps
avoient les yeux ouvers pour remarquer les actions des princes et
potentatz de la terre, et Dieu surtout, qui les regardoit de prs,
affin de les juger droictemant, tout ainsi qu'il ne laissoit sans
rcompencer les bons par beaucoup de prospritez et bndictions,
jusques  establir et perptuer leurs couronnes, aussi ne laissoit-il
eschaper les meschans sans grandes et vidantes punitions, jusques 
esteindre bien tt eux et leur mmoire, et renverser et dissiper
leurs estatz: que je rputois  grand heur d'estre envoy de la part
d'ung grand Roy  une grande Royne, qui fesoient, tous deux,
profession de reconoitre tenir de Dieu ceste souveraine authorit,
ceste puissance et grandes forces que vous aviez, et comme vous les
ayant donnes pour repoulser hardimant les torts et injures qu'on
voudroit fre  vous et aux vtres; mais pour n'en fre jamais 
autruy. Aussi certes ceste saison, plus que nulle autre, qui eut est
depuis mile ans en , advertissoit les princes de s'abstenir
d'injures et de violances entre eux, et plus tost de se bien unyr, par
intelligeance et mutuels secours, affin de se maintenir, les uns les
autres, en leurs lgitimes estatz contre les licentieuses entreprinses
qu'on voyoit passer de pas en pas, et qui avoient dj trop pntr
au cueur et en l'opinion des subjectz; et avions  rendre grces 
Dieu qu'en ce temps, si dangereux et si suspect  l'authorit des
grandz princes, il n'avoit laiss aucune juste occasion de guerre
entre eulx en toute la chrtient.

La dite Dame receut de fort bonne part lesdits propos, qui lui furent
la plus part dictz  la suyte des siens; et ses principales responses
furent; qu'le avoit ung grand plsir et contentemant d'entendre votre
bonne et droicte intantion, et de la Royne votre mre, sur
l'entretnemant de la paix et des bons trettez que Voz Majestez aviez
avecques elle, et avec ses pas et estatz;  quoy vous ne la
trouveriez, de son coust, jamais deffaillante, ains mectroit peyne de
fortefier et accrotre ceste amyti, par tous les bons moyens qu'le
pourroit, priant monsieur de La Forest de vous tesmoigner au vray
comme elle en avoit us pendant qu'il a est par de; par o
cognoitriez qu'elle mritoit bien le grand mercys que Votre Majest
luy en avoit faict dire, et pouviez croire certainemant qu'le
persvreroit en ceste dlibracion, si elle n'estoit provoque du
contraire; en quoy elle creignoit qu'on vous en et dj donn quelque
persuasion, et qu'le estoit de race de lion, qui s'adoulcissoit bien
tost s'il n'estoit rudoy, mais estant provoqu, il s'irritoit
incontinant. Bien disoit desirer, de bon cueur, que vous fussiez aussi
bien servy de voz subjectz par le devoir de leur obligacion, comme
vous le serez d'elle par le devoir de votre comune amyti; et vous
prioyt de croire qu'elle rputoit votre cause, qui estez Roy, lui
toucher beaucoup  elle, qui estoit Royne: me voulant, au reste,
donner cest advertissemant que je ne faillisse de bien examiner les
bruytz qui courroient, et les advis qu'on me donroit plutt que de les
croire, affin de ne vous en donner alarme ny vous fre prendre aucune
deffiance d'elle mal  propoz; car encor que le sexe duquel elle
estoit ft estim lger, je la trouverois toutesfois ung rocher qui ne
se plieroyt  tous vens.

Je la remercyai grandement de ces louables propos, et de sa vertueuse
et constante dlibracion envers vous; que je ne faisois doubte que
quelquefois elle n'eust est sollicite de ne perdre les occasions qui
sembloient se prsenter propres pour entreprendre, sur les pas de
Votre Majest, comme elle disoit aussi qu'le craignoit que vous
eussiez est sollicit d'entreprendre sur les siens; mais Dieu lui
avoit faict cognoitre que ceux qui luy donnoient telz conseilz
tendoient plus de la fre servyr  leurs passions,  leurs querelles
et vengeances, que non pas  son bien,  sa grandeur ny  sa
rputacion; et qu'le, de son coust, comme vous aussy, Sire, du
vtre, aviez estim trop meilleur et plus louable de vous conjoindre
de cueur et d'affection  fre ce qui plus pourroit contanter et
satisfre l'ung ez affres et pas de l'autre, que de vous y
traverser; comme aussy c'estoit le vray chemin de la gloire, du
proffit et de l'honneur de Voz Majestez.

Elle rpliqua que je la trouverois toujour bien preste et dispose de
vous segonder en toutes les bonnes volontez et actions dont useriez
envers elle, avec tle amyti et sincrit de vrayement bonne seur;
qu'encor qu'on vous eust rapport, ainsi qu'le avoit entendu, qu'il
n'y avoit en elle que bonnes paroles mais mauvais effectz, que
toutefois je ne cognoitrois de sa part rien qui ne ft pour me donner
lieu et facilit par de d'employer  bon escient voz commandemans,
et ceste mme bonne volont que je lui avois dclaire.

Le dit Sieur de La Forest et moy monstrmes avoir contantemant de ses
bonnes paroles et d'autres plusieurs qu'elle nous tint bien
convenables  votre comune amyti, ainsi qu'il vous les reprsentera,
quant il vous ira bien tt trouver. Cepandant je regarderay si elle y
rendra conformes ses actions, et baiseray, en cet endroit, trs
humblement les mains de Votre Majest, supliant le Crateur qu'il vous
doint, Sire, en parfaicte sant, trs heureuse et trs longue vie, et
toute la grandeur et prosprit que vous desire.

     De Londres ce XVIe de novembre 1568.


     A LA ROYNE.

Madame, par ce que, par la lettre du Roy, Votre Majest verra commant,
et en qule faon, j'ay est receu de ceste Royne, ensemble les
principales particularitez de ce qu'le m'a dict, et que je luy ay
rpondu, je ne vous ennuyeray de redite; seulemant, j'adjouxteray,
icy, qu'le a monstr me fre de tant plus favorable rception qu'le
a sceu que vous en aviez faicte l'lection, et que vous m'aviez
toujours tenu et me teniez pour trs certain et bien fidle serviteur
de Voz Majestez. Elle tesmoigna ung honnte regrs sur le partemant de
monsieur de La Forest  cause que sa manire de ngocier, qui a est
toujours accompaignie d'honneur et de prudance, et plaine d'ung
incroiable desir  l'entretnemant de la paix, l'avoit beaucoup
contante, mais n'a laiss pourtant de m'accepter avec beaucoup de
gracieuset en ceste charge, esprant que je continueray les mesmes
offices qu'il faisoit pour l'entretnemant de la paix. En quoy, je
mectray peine, Madame, d'observer diligemmant ce qu'il vous a pleu, et
qu'il vous plray cy aprs, me commander; et par ce qu'aprs avoir
baill les lettres du Roy, et vtres, et faict voz recommandacions 
la dite Dame, elle me demanda de voz nouvelles, je luy voulus bien
dire que, sachantz, Voz Majestez, qu'elle auroit agrable d'en
savoir, vous m'aviez command l'assurer, touchant votre sant, que
grce  Dieu vous estiez tous deux en fort bon estat et disposition,
et que le Roy, depuis estre relev de sa dernire maladie, s'estoit si
bien fortifi qu'il ne se sentoit plus de l'avoir heue: et, quant 
voz affres, encor qu'il y en eut aucungs qui vous pressassent, Dieu
vous avoit donn de si bons et assurez moyens d'en sortir que vous
n'en craignez aucun dangereux vnement. Il estoit vray que, ces jours
passez, vous aviez est visitez d'ung douloureux accidant de la mort
de la royne d'Espaigne, fille et seur de Voz Majestez[31], qui vous
avoit apport plus de regrt qu'on ne pourroit exprimer, et dont la
douleur vous en dureroit longtems; et qu'on pouvoit croire que l'habit
de deuil, que le Roy, et Vous, et toute votre cour, aviez prins, et
avec lequel je me prsentois encores devant elle, n'estoit pour ung
simple acquit, ains pour tesmoigner  bon escient que nous sentions
vrayemant ce grand deuil qui convenoit  la grand perte que nous, et
toute la chrtient avions faicte. A quoy ne faisois double que la
dite Dame ne participt, tant pour ce que ceste princesse estoit seur
du Roy, son bon frre, et votre fille, que pour avoir est femme du
Roy d'Espaigne, en l'endroit duquel elle avoit mis peyne, tant qu'le
avoit vescu, d'entretenir l'intelligence qu'il avoit avec la dite
Royne d'Angleterre aussi bien que cle qu'il avoit avec Voz Majestez.

  [31] lisabeth de France, fille de Henri II et de Catherine de
  Mdicis, ne le 13 avril 1545, marie le 26 juin 1559,  Philippe
  II, roi d'Espagne, dcde le 3 octobre 1568.

La dicte Dame me rpondit qu'le se rjouyssait grandemant du bon
portemant et sant de Voz Majestez, et qu'le avoit beaucoup creint la
dernire maladie du Roy, dont rendoit graces  Dieu qu'il en ft si
bien relev; que Dieu savoit les regrtz qu'le avoit aux travaulx de
votre royaume, et qu'le y voudroit remdier de tout son pouvoir, mais
qu'on n'avoit bien prins sa bonne intantion ny ses bons offices, qui
toutefois ne seroient jamais que bien fort convenables  la bonne
amyti qu'le porte au bien de vos affres. Et quant  l'inconveniant
de la Royne d'Espaigne, qu'le la regrtoit de tout son cueur, et en
portoit deuil comme si c'eust est sa propre seur, et sentoit encores
celuy de Voz Majestez qu'le savoit certainement estre trs grand, et
dont elle prioit Dieu vous vouloir rcompencer de quelqu'autre bonne
consolacion, et qu'le n'avoit est encores advertie de cest accidant
de la part du Roy d'Espaigne, ny de son ambassadeur; car elle en eut
dj faict clbrer les obsques, aussy bien qu'on les a clbres
ailleurs. Sur quoy je vous suplye, Madame, au cas que les ambassadeurs
fussent convys  ceste manire d'obsques, me commander s'il vous
plait que j'y assiste; et si l'on n'y convyoit que l'ambassadeur
d'Espaigne, si je dois fre instance de n'y estre point obly, attandu
que c'est de la fille et seur de Voz Majestez, et surtout commant je
debvray user en l'endroit du dict ambassadeur d'Espaigne.

Je n'ay encores receu la lettre que voulez escrire de votre main 
ceste Royne, il semble qu'il sera bon que je l'aye bien tt et croy
qu'le ne sera sans qu'le porte quelque fruict au service de Voz
Majestez. Je ne me puys que bien fort louer de la franche et ouverte
bonne volont, dont monsieur de La Forest meit peyne de m'instruyre et
de me laisser ceste ngociacion en si bon estat, que je la puysse bien
continuer  votre contantemant. Je laisseray  luy de rendre compte 
Voz Majestez, tant qu'il sera icy, des choses qu'il a entames et
qu'il a commanc de ngotier, ensemble de toutes autres qui
surviendront jusques  son partemant, lequel il espre qu'il sera dans
cinq ou six jours. Je vous suplie bien humblemant, Madame, que j'aye
souvant de voz dpches, affin d'estre toujour instruit de ce que
j'auray ordinairement  fre; et je suplieray Dieu, aprs avoir trs
humblement bais les mains de Votre Majest, qu'il vous doint, Madame,
en parfaite sant, trs longue vie et toute la prosprit que vous
desire.

     De Londres ce XVIe de novembre 1568.




IIe DPESCHE

--du XXIIe de novembre 1568.--

(_Envoye par le lacquay Jehan Pigon jusques  Calais._)

  Armement qui semble destin  secourir La Rochelle.--Convocation
    d'une assemble pour les affaires de la reine
    d'cosse.--Situation de Marie-Stuart.


     AU ROY.

Sire, par la premire dpesche, que je vous ay faicte de ce lieu de
Londres, du XVIe de ce mois, et par cle de monsieur de La Forest du
mesme jour et lieu, Votre Majest aura vu de qule gracieuse et
favorable dmonstracion il a est licenci, et moi receu, de ceste
Royne, et comme les responses qu'elle nous a faictes ont est en
substance de vouloir garder et observer, inviolablemant, la paix et
amyti qu'elle, et ses pas, ont avecques Vous et les vostres, ainsi
que plus au long il vous plaira l'entendre par le dict Sieur de La
Forest, qui s'achemina hier  ses journes, pour vous aller trouver.
Et cepandant affin que Votre Majest ne soit longtems sans savoir
nouvelles de de, je vous diray, Sire, en continuant les derniers
advis que ledict sieur de La Forest vous a donnez touchant les quatre
ou cinq navyres que ceste Royne a arms, qu'encores hier ils
n'estaient gures esloignez de la coste de de, et semble que ce
retardemant n'a tant est par faute de vent, car le nord-est a couru,
comme pour quelqu'autre occasion qui, possible, a tenu leur
entreprinse en suspens. Il est vray qu'on a remis autant de vivres
dans lesdicts navyres comme il en a est gast durant ce sjour, affin
d'y parfournir l'avitaillement de deux mois entiers qu'ils font estat
que pourra durer leur expdition. Aucungs, de ceux qui sont estims
entendre assez de leurs entreprinses, disent que cest armemant n'a
est fait pour aller  la Rochelle, ains pour tenter quelque chose en
Normandie ou en Bretaigne, nommement  Caen ou  Belisle, affin de
fre diversion de la guerre et vous contraindre, Sire, d'envoyer gens
vers ces endroitz l, pour d'autant soulager l'arme du prince de
Cond. Mais o que ceste occasion, ou bien que quelqu'autre les meuve,
je n'ay advis qu'il se face, pour encores, aucungs plus grandz
prparatif de guerre parde que desdictz quatre ou cinq navyres,
ainsi fournys de six gros canons, de quelque quantit de poudres,
d'ung nombre de corseletz, et de six centz soldatz, comme monsieur de
La Forest vous a mand, sans qu'on y en ait voulu recepvoir davantage,
bien qu'on a adverty ceux qui s'y sont prsents de se tenir pretz
pour XI autres navyres qu'ilz font bruyt qui suyvront bientt ceux cy;
mais il ne sera cepandant malays de rsister  l'effort que pourront
fre ces premiers, pourveu, Sire, que faciez tenir vos costes
adverties. Chatelier Portault a obtenu passeport et cong de ramener
les mesmes navyres et marchandises, qu'il avoit emmenes  Plemmue, en
payant les impostz accoustumez, et se prsume qu'il se joindra avec
lesdictz navyres de ceste Royne, et qu'incontinant aprs, tous feront
voyle.

La dicte Dame convoque demain  Hantoncourt les ducs de Norfoc, et les
contes et principaulx barons de sa court, attandant la gnrale
assemble de la noblesse de ce royaume qui a est mande en cette
ville de Londres pour la fin de ce mois; et c'est pour rsouldre
cepandant, ainsi qu'on dict, les affres de la Royne d'Escoce. Je ne
say si l'on y en traitera d'autres, car j'entans que le conseiller
Cavagnies ne cesse guyres ses poursuytes, et la prsence de Mr. le
Cardinal de Chatillon, nonobstant la modestie dont l'on dict qu'il use
en cet endroit, est pour donner toujours quelque chaleur  ceux cy d'y
entendre. Vray est qu'ilz ne sentent leurs affres si accommodez, ny
les vtres si discommods, qu'ilz puyssent prendre assez de seuret
pour ozer rien faire, craignans que vous en auriez bien tt la
revanche; et certes l'on void qu'ilz rglent et changent, d'heure 
autres, leurs dlibracions selon qu'ilz entendent que la guerre de
France et celle du Pas Bas va succdant. Les dputez, qui estoient
assembls  Yorc pour le faict de la Royne d'Escoce sont dj 
Hantoncourt; et le duc de Chatleraut aussy, o se reprsentera demain
 ceste Royne ce qui rsulte de ceste confrence d'Yorc, et semble que
les choses seront pour estre plutt prolonges que mises en termes de
prochaine conclusion. Le conte de Mora y est aussy, lequel semble
avoir grand haste de s'en retourner en Escoce pour la souspeon d'une
entreprinse qu'on l'a adverty que le conte d'Arguil avoit sur
Estrelin, qui est le chateau o se norrit le petit Roy d'Escoce, mais
aucungs pensent que c'est une invention de ceux de l'intelligence
d'Angleterre, qui veulent, par telle occasion, mettre en avant que ce
petit prince soyt conduyt par de, pour estre eslev sous la
protection de cette Royne: mais la meilleure partie des Escooys ne
veut consantir qu'on le sorte hors du pays, bien qu'aucungs, comme on
dict, ont d'ailleurs mis en avant qu'il seroit bon de le passer en
France pour estre norry prs de Votre Majest. Le dict conte de Mora,
et ses adhrans, semblent pourchasser qu'on ait  remuer la Royne
d'Escoce en ung lieu qui soyt plus avant dans l'Angleterre que celuy
o elle a est jusques  prsent[32], souz prtexte qu'il y a beaucoup
de catholiques en icelle contre, qui pourroient,  cause de ceste
princesse, attempter quelque rbellion dans le pays. Mais la dicte
Dame a senty qu'en effet c'est pour la fre venir s mains d'aucungs,
avec lesquelz ilz ont telle pratique et intelligence qu'elle
n'estimeroit estre de rien mieux que si on la consignoit entre les
leurs propres, dont elle a adverty l'vesque de Ros et le mylord
Heyreies, qui sont icy ses depputez, d'y prendre garde, et qu'ilz
remonstrent  la Royne d'Angleterre que, si tant est que de puissance
absolue elle la veuille plus longuement retenir en ses terres, il luy
plaise aumoings que ce soyt en lieu non suspect, o elle puysse avoir
les honnestes libertez et les moyens de se rcrer, qui ne doibvent
estre reffuzes  une telle princesse comme elle est, qui est entre
en son pays sous l'assurance d'y estre trette comme sa propre seur. A
quoy, si la Royne d'Angleterre ne veut entendre, elle mande  ses
dictz depputez qu'ils m'ayent  appeller, comme estant icy votre
ambassadeur, et l'ambassadeur du Roy d'Espaigne pour tesmoings de la
violance qu'on fera  sa libert, affin que, si par mauvais
trettement, ou pour crainte de sa personne, elle venoit cy aprs 
fre ou dire chose qui prjudicit  son estat et authorit, il soit
manifeste  Vos Majestez que ce aura est par force. J'entendz qu'on a
desja men des provisions au chteau de Thitbery qui est vers le pays
d'Ouest soubz le gouvernemant du conte de Hontiton qu'on dit estre
bien fort passionn pour la religion nouvle. Je creins que ce soit
pour y remuer la dicte Dame.

  [32] Le chteau de Bolton, dans l'Yorkshire.--Marie-Stuart
  s'tait rfugie en Angleterre le 16 mai 1568; dbarque 
  Workington, elle avait t conduite avec honneur  Carlle, et
  presque aussitt enferme  Bolton.

Je mettray peyne, Sire, d'apprandre quelque chose de la susdicte
convocation de demain, pour en donner advis, par mes premires, 
Votre Majest,  laqule je baise trs humblemant les mains et prie
Dieu qu'il vous doint, Sire, en trs parfaicte sant toujour
prosprit et trs longue vie.

     De Londres ce XXIIe de novembre 1568.


     A LA ROYNE.

Madame, de ce peu qui est icy survenu de noveau despuis la premire
dpesche que je fis  Vos Majestez, aprs avoir est favorablement
receu de ceste Royne, monsieur de La Forest en a faict le recueil,
lequel partit hier mattin pour vous aller trouver. Il s'en va bien
fort contant de ce qu'il vous rapporte encore la paix de ce coust, et
a opinion que ceux-cy pourront bien attempter prou choses au prjudice
d'icelle, mais qu'ilz ne la rompront point du tout, ce qui sera
encores quelque bien qu'ilz ne nous facent tant de mal comme,
possible, ilz nous en veulent. Et d'autant que le dict Sieur de La
Forest s'achemine  ses journes, j'ay advis, pour ne vous fre trop
longuemant estre sans avoir nouvles de de, d'escripre  Voz
Majestez les particularitez qu'il vous plaira voir en la lettre du
Roy, ausqules j'adjouxteray seulemant, Madame, que, sur la fin de ma
premire audiance, je pryai ceste Royne de m'en donner bien tost une
segonde, pour lui fre entendre aucunes choses que vous m'aviez
command luy dire, et lesqules il estoit besoing qu'le scet affin
de ne se laisser tromper sur les affres qui se passoient maintenant
en France, squelz Vos Majestez avoient en partie procd par
l'exemple mesmes de ce qu'le avoit us en son royaume, que vous aviez
estim digne d'estre imyt. A quoy la dicte Dame me respondit qu'le
voudroit, de bon cueur, qu'il ft ung peu plus d'heure pour ne remtre
ung tel discours  une autre fois, mais puis qu'il estoit desj nuyt,
et que notre retraicte estoit assez loing, je pourroys revenir,  tel
autre jour qu'il me plairoit, pour le luy achever; que je seroys
tousjours le bien venu. Despuys j'ay envoy la supplier pour la dicte
audiance, et elle m'a mand que je l'excusasse pour ces deux prochains
jours seulemant, parce qu'elle avoit promis d'ouyr les dputez
d'Escoce et de les dpescher, mais qu'incontinant aprs elle
envoyeroit vers moy pour m'assigner le jour que je la pourroys aller
trouver. Il semble, Madame, qu'on mne ici les affres de la Royne
d'Escoce avec tant d'artifice que je ne puys esprer qu'on y face
guyres rien  son proffit, et, pour le prsent, tous les grandz sont
si occupez  y vaquer, que mesmes l'on pense que les propositions du
conseiller Cavagnies en demeurent en quelque suspens, bien qu'on m'a
prsentemant adverty qu'il y a lettres d'Anvers par lesqules l'on
escript avoir est, au nom de ceste Royne, forny de l'argent au duc de
Casimyr[33] pour luy ayder  fre la leve qu'il promect, de VII ou
VIII mille Reistres, en faveur du prince de Cond, ce que je ne croy
aisemant, veu la considration qu'on dict qu'a ceste princesse de ne
vouloir jamais advancer ses deniers en entreprinse mal asseure. Tant
y a que je n'ai voulu diffrer de le vous mander, et mettray peine de
le savoir plus au vray et d'avoir l'oeil sur tout ce qui concernera
icy le service du Roy et celuy de Votre Majest,  laqule baisant, en
cest endroit, trs humblement les mains, je prieray Dieu qu'il vous
doint,

Madame, en parfaicte sant trs longue vie, et tout le bien et
prosprit que vous desire.

     De Londres ce XXIIe de novembre 1568.

  [33] Jean Casimir, fils du comte Palatin du Rhin.




IIIe DPESCHE

--du XXIXe novembre 1568.--

(_Envoye par Pierre de Chassac dict Bourdillon._)

  Assemble d'Hamptoncourt.--Confrence d'York voque 
    Londres.--Danger de Marie-Stuart, dont on sollicite la mise en
    jugement.--Avis sur ce qu'il y aurait  faire dans son intrt.


     AU ROY.

Sire, par mes prcdentes du XXIIe de ce mois je donnoys advis  Votre
Majest de l'assemble des grandz et principaulx de ce Royaume, que
ceste Royne convoquoit, pour le lendemain XXIII, en sa mayson
d'Antoncourt, sur les affres de la Royne d'Escoce, et m'estant
despuys diligemment enquis si l'on y traictoit autres matierres
d'importance, j'ai sceu, Sire, qu'encor qu'il y ait est propos
plusieurs choses touchant la guerre et les armes, que ceulx cy voyent
prinses tout  l'entour et bien prs d'eulx, et touchant la provision
qu'aucuns remonstroient y debvoir de leur cost estre mise de bonne
heure, affin de ne se trouver surprins, et nonobstant aussy que, le
segond jour de la dicte assemble, Mr. le Cardinal de Chatillon soyt
all trouver ceste Royne aux champs, o elle estoit sortie  la
volerye, et qu'ilz ayent confr ensemble l'espace d'une heure en une
maison o elle descendit, il n'y a heu toutes fois, pour le regard des
choses de la guerre, encores rien ordonn en la dicte assamble; que
seulement du faict de Me. Huynter pour la charge qu'on luy a donn de
quatre ou cinq navyres, dont Mr. de La Forest et moy vous avons cy
devant escript amplement; auquel Huynter l'on a,  ce que j'entens,
enfin dlivr six mille livres esterlin, qui sont environ XX mille
escuz, outre l'artillerie, poudres et autres munitions, qui ont est
charges dans lesdictz navyres. Et parce que Chatellier Portault a
est licenti quasi en mesme temps, et que le cappitaine Sores, et
luy, sont aprs,  ce qu'on dict, d'quiper en guerre aucungs de ces
navyres marchans qu'ilz ont prins, l'on estime que le dict Huynter et
luy pourront fre voyle ensemble, et aller  mesmes entreprinse; mais
j'espre, Sire, qu'ilz trouveront voz portz et frontires si bien
pourveues qu'ilz n'auront o excuter la mauvaise intantion qu'ilz
pourroient avoir.

Et quant  la Royne d'Escoce, j'estime, Sire, que Voz Majestez, et
touz les autres princes de la chrtient, avez quelque intrest que
ses affres n'aillent par l, o aucungs, bien artificieusemant,
s'esforcent de les fre passer; d'autant que l'exemple seroit d'assez
de prjudice pour ceulx qui ont suprme authorit: car ceulx, qui font
parti  la dicte Dame, voyans qu'ilz ne pouvoient esprer jugemant, ni
dclaration, assez criminle contre elle, par les commissaires
assamblez  Yorc, qui n'estoient depputez que pour entendre simplement
les diffrands, et moyner une reconciliation d'entre elle et ses
subjectz, affin de la remectre en son estat, et qu'il leur a sembl
que le duc de Norfoc, qui estoit le principal desdictz depputez, en ne
se montrant assez contraire  la dicte Dame, estoit pour pratiquer,
maintenant qu'il est veufve, de se marier avecques elle, dont en ont
donn quelque soupon  la Royne d'Angleterre. Ilz ont tant faict que
ceste confrance d'Yorc a est voque icy, pour estre continue et
paracheve en la prsence de la dicte Royne d'Angleterre, souz
prtexte qu'il y alloit trop de temps, trop de peyne, et trop de
fraiz,  tretter ceste matire de si loing. De quoy semble que le dict
duc de Norfoc ne demeure guyres contant, se voyant par l priv de
l'authorit et cognoissance de ceste grand cause, en laquelle il avoit
est desj commis, comme prsidant en la dicte confrance d'Yorc.
Nanmoings il n'a laiss d'assister, toutz ces jours,  la dicte
assamble d'Antoncourt en laqule j'entendz qu'il a est desj rsolu
de renvoyer ceste matire aux principaulx de ce conseil, et  certains
principaulx juges de ce royaume, pour estre termine pardevant eulx,
en ceste ville de Londres, au lieu o l'on a acoustum de tenir la
justice, dans le lougis de Oesmestre. Et suys adverty qu'aucungs
prtendent monstrer que la dicte Dame est,  bon et juste droict,
prisonire de la Royne d'Angleterre, pour avoir entr en son pas,
sans passeport, ny cong, au prjudice des tretts d'entre les deux
royaumes; et qu'estant ainsi venue en sa puyssance, la Royne
d'Angleterre a authorit et jurisdiction sur elle; et qu'elle peult et
doibt cognoistre des cas qu'on luy imposera, comme estant sa
justiciable; et par ainsi, fre raison au comte et comtesse de Lenos
qui, chascung jour,  genoulx, luy requirent justice de l'excs
qu'ilz prtendent qu'le a commis en la personne du feu Roy d'Escoce
son mary, qui estoit leur filz; mesmemant que lesdictz de Lenos sont
Anglois, et leur filz estoit n tel, lequel, encores quil fust devenu
prince souverain, et fust mont  semblable dignit royale qu'est la
Royne d'Angleterre, elle, toutesfois, n'a pu perdre son droict de
prhminance sur luy, par argumant de cellui qui, estant n serf de
condition, ne peult, par aucung moyen, amoindrir celle de son matre.
Et puys que la Royne d'Escoce, et ceulx qui luy font partye, se
retrouvent de prsent en esgalle condition d'estre sujectz et
justiciables de la Royne d'Angleterre, ils concluent que ceste
princesse doibt estre juge par les loix et coustumes que la Royne
d'Angleterre faict observer en son pays, et que, si elle reffuze de
respondre, et subir jugemant au throsne de justice d'Angleterre, et
par devant les juges, qui luy seront commis par authorit royalle
dudict pays, qu'il pourra, lors, estre procd contre elle par
contumaces, comme dsobyssante et rebelle  justice. Et sont sesdictz
parties entrs en esprance de gaigner ce point, lequel s'ilz
obtiennent, et qu'il leur soyt baill voye de poursuyvre, icy, la
dicte Dame par justice, disent qu'ilz ont une prsente et prompte
preuve, qui porte entire vrifficacion du cas et crime qu'ilz luy
imposent, par lettres escriptes et signes de sa main[34]. Vray est
qu'ilz creignent que ceulx, qui tiennent le party de la dicte Dame,
veuillent maintenir de faulx les dictes lettres, et dire que ceulx
mesmes qui les produysent les ont supposes et contrefaites, et que,
puisque leur malice et subtilit a est si grande que d'avoir peu
dpossder une Royne lgitime de sa couronne, qu'ilz ont bien eu
l'invention aussy de contrefaire sa main, et que l'on pourra aussi
allguer que, quant bien la dicte Dame auroit attempt quelque chose
en cest endroict, ce qu'le ne fit oncques, le comte Boudoel l'y
auroit induicte et contrainte par force d'enchantemant et
d'ensorclemant, comme il en sait bien le mestier, n'ayant faict plus
grande proffession, du temps qu'il estoit aux escolles, que de lire et
estudier en la ngromancie et magie deffendue. Et parce qu'en la
vrifficacion des dictes lettres gist principalemant l'intention de
ceux qui font partye  la dicte Dame, ilz sont aprs  cercher par
quel moyen ilz pourront monstrer qu'les ne sont faulces, ny
controuves.

  [34] Ces lettres sont imprimes dans la collection de Jebb.
  Londres 1725, t. 1, p. 333 et suiv.

La dicte Dame m'a escript, du XXe de ce mois, pour fre envers ceste
Royne les offices, dont ses depputez me requerront: en quoy je
m'employeray sellon qu'il vous a pleu me le commander, et mectray
peyne de regarder de prez  tout ce qui concernera icy votre service,
et d'en tenir, le plus souvant que je pourray, Votre Majest advertye,
 laquelle baysant, en cest endroict, trs humblement les mains, je
prieray Dieu qu'il vous doint, etc.

     De Londres ce XXIXe de novembre 1568.


     A LA ROYNE.

Madame, avec les particularitez, que j'escris prsentemant au Roy, de
ceste convocation des grandz et principaulx de ce royaulme, qui a est
faicte ces jours passez  Antoncourt, pour les affres de la Royne
d'Escoce, il sera bon que Votre Majest sache le jugemant que
ceulx-cy font des troubles et affres de France; car par l se
descovre assez de leur intantion, et ce qu'ilz peuvent avoir volont
de fre. Ilz estiment, Madame, que le prince d'Orange prend le chemin
de France, non pour aucunemant se retirer de devant le duc d'Alve, car
ilz disent qu'il n'est ny foible, ni mal pourveu, pour s'en aller;
mais qu'il le faict par l'intelligence de ceulx de la nouvelle
religion, qui ont prins rsolution d'establir premiremant leurs
affres en France, comme au plus grand et principal lieu, et, par
aprs, il leur sera bien ays de les establir au Pays-Bas; et qu'en
cela ilz s'assurent que tous ceulx de leur opinion concorront, et
d'affection, et de secours, pour leur donner moyen qu'ilz en puissent
venir  bout, et jugent d'ailleurs qu'estans Voz Majestez bien
pourveues de forces, la guerre sera pour durer si longtems dans votre
royaume, qu'ilz auront loysir de considrer et de choisir le party
qu'ilz auront  prendre. Et affin que cepandant les catholiques de
de n'ayent  bien esprer de la prosprit, qu'ilz pourroient
entendre de voz affres, et des affaires du duc d'Alve, ilz desguysent
toutes les nouvelles qui en viennent, et mesmes tiennent gens apostez
pour aller publier, par les contres, que lesdictz de la nouvelle
religion ont l'avantage de la guerre, et que le prince de Cond a
faict une grand dilligence de venir, de Prigort jusques prez de
Chatelleraut, pour prsenter la batailhe  Monsieur, qui ne l'a voulue
accepter; ains qu'il a faict rompre ung pont devant luy pour l'viter,
ce que voyant le dict prince, et qu'il ne le pouvoit contraindre au
combat, s'est achemin,  grandz journes, vers Bourges, et vers le
Loire, pour surprendre quelque passaige de la rivire, affin de se
joindre au dict prince d'Orange. Et, l'ung des principaulx d'entre
eulx a dict  un de mes gens que lesdictz deux princes iroient
rgenter cest yver  Paris, et que le duc d'Alve avoit eu une
estrette[35], pres de Beins o il avoit perdu quatre ou cinq mille
hommes, entre autres, Julian Rovero avec tout son tercero y avoit
est deffaict, et ung dom Louys Henriques, et cinq ou six autres
Espaignolz de qualit, thuez, desquelz on rservoit les corps pour les
rapporter ensepvelir en Espaigne; et mectent, par telles inventions,
toute la peyne qu'ilz peuvent d'abbatre le cueur des catholiques, et
d'anymer toutjour ceulx du contraire party. Mesmes je crains qu'ilz
s'esforcent par l de mectre quelques esprances dans le cueur de
ceste princesse, dont semble, Madame, estre assez requis qu'il vous
plaise me fre entendre commant vont les choses de del, et comme il
vous plait qu'elles soient dictes, et reprsentes icy, affin d'en
satisfre la dicte Dame et ceulx des siens qu'envoyent assez souvant
devers moy pour en savoir.

  [35] Escarmouche.

Elle m'a mand, par ung des clercz de son conseil, que je la pourray
aller trouver demain  Antoncourt, sur les deux heures aprez mydy,
pour l'audiance que je luy avois demande, o je ne faudray de luy
bien exprimer le discours qu'il vous a pleu me commander luy fre,
affin que doresenavant elle sache bien juger de l'intantion dont Voz
Majestez avez toujours droictemant procd en l'endroict de voz
subjectz, pour cuyder obvyer aux troubles; ce que n'ayant pu fre,
vous avez est contraintz de chercher les moyens d'y remdier et en
avez prins aulcungs de l'exemple de ceulx dont elle a us en son
royaume. Et luy toucheray ung mot de ces navires de guerre qu'le a
dpeschez, affin de sonder, s'il m'est possible,  quelle entreprinse
elle les envoye, et n'oblieray ce que la Royne d'Escoce m'a escript,
et dont ces depputez, qui sont icy, m'ont advis de luy dire, bien
qu'il faut que je vous dye, Madame, qu'il me semble qu'on n'a jusques
icy assez considrement advis aux affres de la dicte Dame, ny
assez prveu combien il luy sera dommageable et pernicieux d'avoir
commanc de procder et d'entrer en cause devant ceulx cy, qui veulent
maintenant si bien acrocher la matire que ce soyt  eulx d'en faire
le jugemant. En quoy ne fault doubter qu'on n'essaye de toucher, s'il
est possible,  la rputation et  l'estat, et, possible,  la vie de
cette princesse; dont j'ay soigneusement adverty ses depputez qu'ilz
ayent  pourvoir que, par rcusations ou par autres moyens
dclinatoires, ils rompent maintenant ce coup, esprant que le temps
admnera quelque chose de mieulx, et, possible, portera quelque bon
remde. Je croys que, pour le prsent, ce luy seroit quelque secours
qu'on peult envoyer icy un savant et loquant personnaige, qui
scet dduyre bien vivemant, de parole et par escript, devant
lesdictz commissres, ce qui est requis, pour les garder qu'ilz
n'entrepreignent plus grand cognoissance qu'ilz ne doibvent sur ceste
princesse, et qu'ilz sachent que le tort qu'on luy pourra fre ne
sera sans estre examin pardevant Voz Majestez, et pardevant les
autres princes de la chrtient. Comme il me semble que les argumans
qu'ilz veulent prendre sont assez lgers, et bien fort inpertinans,
dont monsieur le cardinal de Lorrayne pourra,  cest effect, fre
ellection de quelque bon advocat de Paris, et l'instruyre amplemant de
ce qu'il estimera convenir au bien, et grandeur, et dignit de la
dicte Royne d'Escoce, sa niepce. De ma part, Madame, je mtray peyne
qu'il ne luy deffaille rien de l'office qu'il vous a pleu me commander
fre icy pour son service, et auray toutjour l'oeil  tout ce qui
concernera celuy du Roy, et de Votre Majest;  laquelle baysant trs
humblement les mains, je prieray Dieu qu'il vous doint, Madame, en
parfaite sant trs longue vie, et tout le bien et prosprit que vous
desire.

     De Londres ce XXVIIIe de novembre 1568.




IVe DPESCHE

--du Ve de dcembre 1568.--

(_Envoye par Jehan Vallet._)

  Nouvelles encore incertaines du combat de Jaseneuil.--Lettres de
    marque dlivres contre les Bretons.--Premire entrevue de
    l'Ambassadeur et d'lisabeth, dans laquelle sont discutes les
    affaires de France.


     AU ROY.

Sire, en ceste segonde audiance, que la Royne d'Angleterre m'a donne,
je luy ay bien particulirement rcit les mesmes propos, que Voz
Majestez, en me dpeschant de de, m'aviez command luy dire, et ay
tir d'elle les bonnes responses que verrez par la lettre, que sur ce
j'escriptz prsentemant  la Royne, ayant opinion que ceste princesse
m'a, en aucunes choses, parl assez ouvertemant pour pouvoir
conjecturer que les prsentes occasions, s'il n'en vient de meilleures
et plus approuves d'elle, ne seront pour luy fre, de son mouvemant,
comancer la guerre, et mesmes qu'elle rsistera assez  ceulx qui la
luy conseilleront; bien que je ne foys doubte qu'on ne luy persuade de
fre quelques dmonstracions assez expresses en faveur de ceulx de sa
religion, et, possible, de leur prter quelque secrt secours, comme
des six canons, pouldres et munitions qu'le a faict charger s dictz.
quatre navyres, dont cy devant vous ay escript; car ilz sont partis
de Haruich ds le XXVIe du pass, et sont allez relascher  Derthemmue
en la coste de Cornaille, o ilz doibvent prendre quelques vivres et
parfournir le nombre qui leur deffailloit de mariniers; et se dict
qu'ilz passeront du premier jour  Fallamue, qui est tout  la pointe
de Cornailhe; d'o n'y a qu'ung traject de XXIIII heures jusques  la
Rochelle, et que nanmoings Me. Ouynter a commandemant de temporiser
la dlivrance desdictes monitionz tant qu'il luy sera possible, et de
ne la fre sans bonne seurt du payemant.

Or, Sire, ce  quoy ceulx cy aspirent maintenant le plus, et o ilz
dressent principalemant leurs entreprinses, est l'Escoce, comme il
leur semble qu'ilz ont  ceste heure dans la main les moyens de s'en
prvaloir, et sont aprez, tant qu'ilz peuvent,  retirer le petit Roy
d'Escoce en ce pays; bien qu'il me semble que les expdians qu'ilz
cuydoient avoir desj trouvez pour parvenir  cela, et pour procder
sur les faictz de la Royne sa mre, se vont enveloupant en plus de
difficultez qu'il n'y en a heu ung moys y a, tant  cause qu'ilz ne
sont bien d'accord, entre eulx, comme ilz y doibvent procder, que
pour ne trouver ny l'une ny l'autre partye des Escouoys bien disposs
 leur intantion; de sorte que cecy sera pour prendre encores ung long
trt, et se sont les dictes difficultez augmantes davantage par une
nouvelle qui est venue, que, Dieu, par les mains de Monsieur, frre de
Votre Majest, vous avoit donn une grand victoyre[36] sur monsieur le
prince de Cond, laquelle nouvelle, encor qu'on ne la tieigne icy pour
bien certayne, n'a layss pourtant de pourter quelque faveur et
relasche aulx affres de la Royne d'Escoce, et a beaucoup esmeu ceste
court et tout ce pays, monstrans les catholiques d'en avoir grand
plaisir dans le cueur, et au contraire ceulx de la nouvelle religion
en demeurent fort estonnez, qui amoindrissent tant qu'ilz peuvent la
dicte victoire, publians que ce n'est qu'ung rencontre o n'y a heu
que cinq ou six cens hommes de pied desfaictz d'ung chacun cost. Il
vous plra, Sire, commander qu'il me soye faict ung mot sur ce bon
succez, affin que cela serve de relever toutjours vos affres par
de.

  [36] Combat de Jaseneuil, livr le 17 novembre 1568.

J'entans que certains Anglois, nommez les Michelz de Plemmue, ont
obtenu lettres de marque de ceste Royne sur les Bretons pour revanche
de quelques dprdations, que lesdictz Bretons leur ont faictes,
desqules ilz remonstrent n'avoir peu avoir justice en France. Il sera
bon, Sire, qu'il soyt donn promptemant advis de leur entreprinse en
la coste de Bretaigne, car ilz dilligentent fort d'quiper en guerre
deux vaisseaulx de L ou LX tonneaulx, qu'ilz veulent mectre du premier
jour hors de la rivire de Londres, et me commander si j'auray  fre
instance qu'on ait  rvoquer lesdictes lettres de marque. Dom Johan
de Castilla, cavallier espaignol, est arriv icy avec L ou LX soldatz,
qui n'a voulu se rembarquer pour aller trouver le duc d'Alva sans
sauf-conduyt de cette Royne, laquelle s'est excuse quelques jours de
le luy bailler, disant qu'il pouvoit passer oultre sans cela, mais
enfin l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, le luy a faict dlivrer.
Sur ce je prye Dieu, etc.

     De Londres ce Ve de dcembre 1568.


     A LA ROYNE.

Madame, le jour aprs la datte de mes dernires, qui sont du XXIXe du
pass, j'allay trouver ceste Royne  Antoncourt, laquelle, encore que
fust en quelque indisposition de sa sant, je la trouvay nanmoings
bien dispose de m'ouyr fort volontiers dans sa chambre prive, o,
aprez aulcungs privez propoz, qu'il lui pleut me tenir, de la douleur
qu'elle sentoit  son coust pour s'y estre heurte quelques jours
auparavant, en ung coche o elle alloit ung peu trop viste, je luy
rcitay bien  loysir le propos que m'aviez command luy tenir,
touchant les prsens affres de France, quasi aux propres termes que
m'aviez ordonn le luy dire, et dressay principalemant mon discours 
luy fre voir que, non seulemant Voz Majestez avoient mis grand peyne
et dilligence d'obvier aux premiers troubles, et d'viter aussy les
segondz, mais encores de ne venir jamais, s'il vous eust t possible,
 ces troiziesmes, ayans cerch du commancemant d'accorder le
diffrand de la religion pour satisfre  aulcungs qui sembloient
estre meues de scrupuls de consciance en ceste cause. Mais n'ayans peu
pour cella empescher que les armes ne fussent prinses, vous leur aviez
ds lors ottroy, affin qu'ilz les posassent, l'exercice de leur
relligion par toutes les provinces de votre royaulme avec grand soing
que les inimitiez particulires qui pouvoient rester de ceste premire
guerre, demeurassent estaintes. Et encores despuys, n'ayans eulx
layss pour cella d'attempter ce que la dicte Dame avoit entendu de la
journe de Meaulx l'anne passe[37], et de recommancer une guerre qui
n'avoit est de peu de danger pour les personnes et pour l'estat de
Voz Majestez, ny de peu de dommage  votre royaulme, Voz Majestez
nantmoings, pour n'hazarder ung si grand nombre qu'il y avoit de
votre noblesse aulx deux armes, et affin d'espargner le sang de voz
subjectz, avoient de rechef condescendu  leur confirmer, et mesmes
amplifier, le libre exercice de leur relligion, esprant que de l
viendroit quelque repoz  votre royaulme. Mais maintenant que vous
avez trop de preuves que, pour le moindre souspeon du monde, et  la
plus lgre occasion qui leur pouvoit venir, ilz recourront
incontinant aux armes, sans qu'on les en peult aucunemant divertir,
comme j'en pouvois en partye estre tesmoing pour avoir  cest effect
est dpch devers la Royne de Navarre et devers Mr. le prince de
Cond; et que par le moyen de leurs consistoires, et de la forme de
procder de leur relligion, ilz faisoient assemble d'hommes, d'armes,
de munitions de guerre, leves de deniers, et soublevoient en une
heure, quant ilz vouloient, les provinces, et surprenoient les villes
de votre royaulme, Voz Majestez avoient bien voulu, outre le moyen de
la force, essayer encores d'autres remdes propres pour interrompre et
empescher leurs entreprinses, et pour ceste cause, aviez faict publier
votre dict, du XXVe de septembre, pourtant interdiction de n'y avoir
autre exercice de religion dans votre royaulme que de la catholique,
de laquelle Voz Majestez faisiez proffession, ayant en cela suivy
l'exemple de la dicte Dame, qui,  son advnemant  la couronne, avoit
seulemant laiss en ses pas le seul exercice de la sienne et mesmes
n'avoit craint d'oster aux catholiques la leur, bien qu'ilz fussent en
plus grand nombre et des plus grands de son royaulme, vous ayant ung
de voz ambassadeurs, qui avoit rsid prs de la dicte Dame, lequel je
luy nommay, rapport que elle mesmes luy avoit dict avoir est meue et
conseille de ce fre pour esviter la division de ses subjectz, et
garder que l'ung ny l'autre party pet fre pratiques ny menes contre
son authorit. Ce que le Roy et Vous, Madame, luy aviez bien voulu
fre reprsenter  part comme ung affre qui touche la grandeur des
personnes de sa qualit, et dont ne pouvoit estre, si elle se
souvenoit d'estre Royne, qu'le n'en eust quelque ressentimant, et
aulmoings qu'elle ne fust bien ayse que Dieu vous eust donn les bons
moyens, que vous aviez, de demeurer les maitres; que pouviez fre
estat de plus de XXIII mile hommes de cheval, et de plus de deux centz
enseignes de gens de pied, pour vous en servir s endroicts o vous
aviez besoing de forces dans votre royaulme, avec grand regrt,
touteffois, que fussiez contrains de venir  ceste preuve, mais
c'estoit pour ne voir qu'en puyssiez essayer de plus gracieuse; car
cognoissiez la porte de votre estat, et aviez le soing de la
conserver comme elle ne debvoit autremant juger du debvoir de Vos
Majestez  aymer, ou estre bien aymez de voz subjectz, que de celuy
dont elle avoit toujour uz  bien vouloir et estre bien voulu des
siens.

  [37] Le 29 septembre 1567, la cour se trouvant prs de Meaux, les
  protestants avaient form le projet d'enlever le roi et la
  reine-mre, qui se retirrent en toute hte  Paris. Ce fut le
  signal d'une nouvelle prise d'armes.

La dicte Dame me respondit qu'elle prenoit pour ung grand tesmoignage
de votre amyti, et de l'estime que vous aviez de la sienne, de luy
avoir faict donner si bon compte de vos prsentes et plus importantes
actions, de quoy elle vous mercyoit de tout son cueur, et qu'elle
estimoyt que c'estoit encores des restes de la ngociation de Mr. de
Rnes, par lequel elle pensoyt toutesfois vous avoir mand une si
bonne response sur ce qui n'avoit est bien entendu du message qu'elle
vous avoit faict fre par son ambassadeur, qu'elle s'assuroit que vous
en seriez demeurs contans, et qu'elle me vouloit franchemant dire
que, dans son cueur, elle justifyoit Voz Majestez sur tout ce que,
pour maintenir votre authorit, et pour avoir l'obyssance qui vous
est deue, vous avez entreprins en votre royaulme, estimant que vous
portiez  votre estat et  vos subjectz la mesmes affection qu'elle
avoit au sien et aux siens; et qu'elle ne vouloit tant prsumer de la
faon, dont elle avoit uz  gouverner son estat, que vous en eussiez
rien voulu imiter au vtre; car encor que, du commancemant, estant
meue du seul zle de l'honneur de Dieu, et de sa consciance, elle eust
estably, sans aulcung contradict, le rglemant de sa religion dedans
son royaulme, souz lequel ses subjectz avoient despuys vescu en grand
repoz, sans rien sentir de ces orages qui s'estoient eslevez tout 
l'entour d'eulx, si ne pouvoit,  son advis, quadrer son exemple 
celui dont Voz Majestez aviez prsentemant uz, car ne luy estoit
jamais advenu de changer ces dictz, ny en la relligion, ny en autre
chose, l o il sembloit que, pour contanter d'autres princes, vous
n'aviez maintenant faict de difficult d'abatre l'authorit des
vtres. Puys, bayssant la parolle, continua me dire qu'elle croyoit
certainemant que les feuz roys, voz prdcesseurs et siens, et les
autres princes et potentatz, qui avoient cy devant rgy la chrtient,
avoient cognu, aussy bien que ceulx qui rgnoient maintenant, que
l'glize et la religion avoient heu, de leur temps, besoing de
rformacion, mais n'y avoient voulu toucher, prvoyans que, quant cela
viendroit, il admneroit les troubles que nous voyons, et que, si son
advis eust est digne d'tre receu de Voz Majestez, elle vous eust, du
commancemant, conseill que, puys que Dieu estoit invoqu en l'une et
en l'autre relligion, que vous n'en eussiez jamais permis que l'une,
mais puysque dj vous aviez au proffit et instance d'ung grand nombre
de voz subjectz ottroy les deux, elle avoit opynion que, sellon le
dire des anciens, encor que la loy en fust ung peu dure, que vous la
debviez nanmoings avoir supporte quelque temps, et ne la rompre
ainsi  l'apptit des ungs, sans avoir premiremant pourveu 
l'intretz des autres, mesmes en temps que les armes estoient desj
prinses, qui semblent, par l, estre maintenant dresses contre tous
ceulx qui font proffession de mesmes relligion, et qu'elle ne le
disoit toutesfois pour pourter davantage le faict de ceulx cy, car
elle n'avoit obligation  eulx, ny esprance en leurs forces,
s'appuyant seulemant sur la faveur de Dieu et de l'estat qu'le tenoit
de luy, et sur la bienvueillance que, par bienfaictz et bons
trettemans, elle s'estoit acquise de ses subjectz, ny ne vouloit aussi
par l taxer en rien l'ordre et sage conduicte de voz affres, ayant
respondu  quelques ungs, qui disoient desirer que la France fust
aussi bien governe qu'estoit l'Angleterre, qu'elle tenoit votre
prudance pour trop plus esprouve que la sienne, et que, si
quelqu'autre prince, quel qu'il soyt, en la chrtient, non que une
simple femme, comme elle est, heust heu  dmesler de telles
difficultez que vous, il s'y fust possible, trouv plus empesch, et,
possible, fust tomb en plus d'inconvnians qu'il n'en estoit advenu 
Voz Majestez, qui, pour toutes ces sublvations, guerres et doubteux
combatz, n'aviez encores perdu un seul pied de terre; mais qu'elle
m'avoit tout ouvertemant voulu dire son opynion sur ce que je luy
avois propos, bien qu'estant Royne, comme elle est, elle ne pouvoit
en rien se sentir si conjointe ne si intresse en la cause des
autres, comme elle faisoit en celle de Vos Majestez, en laquelle vous
pryoit croire qu'elle procderoit, avec autant de bonne intantion et
de droicteure, comme si elle avoit l'honneur d'estre une segonde mre
du Roy.

Je ne vouluz entrer en reppliques, parce qu'ayant la dicte Dame faict
son parler assez long, j'eusse outrepass la mesure d'une audiance;
seulemant la pryai de croyre que vous n'aviez prins les armes, ny
faict votre dict,  l'apptit d'autres princes, et moings 
l'instance d'aulcungs particuliers, mais que cela estoit procd du
seul mouvemant de Voz Majestez, qui ne prtands autre chose par l,
avec l'honneur de Dieu, que de restablir votre royaulme, et recouvrer
l'obyssance de voz subjectz, l'assurant, au reste, qu'elle trouveroit
toute correspondance de bonne et ferme amyti en Voz Majestez. Et
affin d'y procder plus clairemant, je la supplioys qu'elle vous
voult fre entendre  quelle entreprinse elle dpeschoit ces quatre
ou cinq navyres de guerre qu'elle avoit nagures faict armer.

Elle me respondit qu'elle ne faisoit doubte qu'on ne vous eust faict
plusieurs rapportz l dessus, mais elle vous prioyt de croire que
c'estoit seulemant pour l'occasion des marchandises, que ses subjectz
avoient  porter et rapporter de Flandres, et pour la flotte qu'ilz
avoient envoye pour les vins  Bourdeaux, qui estimoient le tout
estre en danger  cause des pirates, et Portugais, et de tant de gens
de guerre, qui passent et repassent maintenant en ceste mer, dont
n'avoit peu fre de moings que d'accorder  sesdictz subjectz quatre
de ses navyres pour rendre la navigation assure, et que ce n'estoit
pour vous porter aulcung dommage.

De faict, Madame, la patante, qui a est dpesche  mestre Oynter
visadmiral, pour la charge desdictz navyres, ne porte autre chose que
cella. Bien ay je entendu qu'on luy a baill une autre commission, 
part, qui est seulemant signe de la main de la dicte Dame, en faveur
de ceulx de la Rochelle.

Pour la fin, je dis  la dicte Dame, que je ne voulois conclurre mon
audiance sans une trs expresse recommandacion, que Vos Majestez
m'aviez command luy fre, pour la Royne d'Escoce, et pour ses
affres; ny sans la remercyer, de votre part, du secours qu'elle luy
avoit prommis, si bon et si grand qu'elle n'auroit besoing d'en
demander  nul autre prince, pour estre remise en son estat, dont la
pryoys vouloir accomplir, par oeuvre, ce qu'elle luy avoit promis de
parole; affin que ceste princesse eust occasion de louer Dieu de la
confiance et refuge, qu'elle auroit trouv en la dicte Dame.

A quoy elle me respondit qu'elle dlibroit certaynemant donner tout
le secours, qu'en bonne consciance et sans la maculer, elle pourroit 
la Royne d'Escoce, et qu'elle ne voudroit, pour chose du monde, que
ses paroles en cela vinssent  estre dmentyes de ces effectz, et
qu'elle accompliroit les promesses qu'elle luy avoit faictes, dont
estoit aprs  fre voir le discours de son faict aux plus grandz et
plus notables personnaiges de son royaulme, affin que, s'ilz la
jugeoient estre en bonne cause, il ne luy fust rien espargn, de ce
qui seroit en son moyen et puissance, pour la remtre en son estat.
Aussy s'ils trouvoient qu'il ne fust ainsy, qu'on l'excust si elle ne
luy donnoit la consolation que son honneur et sa consciance ne luy
pourroient permtre, et qu'elle supplyoit Voz Majestez de n'adjouxter
foy  aulcung rapport qu'on vous fist de cest affre jusques  ce que,
par son ambassadeur ou par quelque autre gentilhomme qu'elle
envoyeroit exprs devers vous, elle le vous feroit entendre, estant la
qualit de la personne et de la cause, dont il estoit question, si
grandes qu'elles ne debvoient passer sans l'advis et approbation des
plus grandz princes de la chrtient.

Sur ce, en prenant cong de la dicte Dame, je luy dis que les yeux de
toutz les gens de bien du monde estoient tournez sur les dportemans
dont elle useroit au soulagemant des afflictions et adversits de
ceste princesse, que Dieu avoit humilie souz le reffuge de la bont
et humanit qu'elle avoit espr trouver en elle. Et comme, en sortant
de la chambre, je saluois le duc de Norfoc, elle le fit appeller, et
les sieurs commissaires de cest affre, qui estoient venuz ce mattin
de Londres, pour leur remonstrer quelque chose l dessus, lesquelz
elle dpescha, le soyr mesmes, dont despuis ilz ont vacqu deux jours
 leur commission.

J'ai bien voulu, Madame, vous rendre cest ample compte des propoz de
ceste princesse, quasi au mesmes paroles et mesmes ordre qu'elle me
les a dictz, affin que vous cognoissiez que je n'ay failli  voz
commandemantz, et que puyssiez juger par iceulx ce qu'elle peult avoir
en son intantion. Cepandant je prendray garde, tant quil me sera
possible,  ses effectz; et prieray Dieu, etc.

     De Londres ce Ve de dcembre 1568.




Ve DPESCHE

--du Xe de dcembre 1568.--

(_Envoye par Jean Pigon, dict le Tourne._)

  Victoires remportes en France par Monsieur, frre du roi, et par
    le duc d'Aumale.--Remontrances prsentes  lisabeth au nom de
    la reine d'cosse.


     AU ROY.

Sire, par voz lettres  monsieur de La Forest mon prdcesseur, du
XXIIIe du pass, lesqules il a receues en chemin, et me les a
envoyes icy, j'ay heu confirmation de la bonne nouvelle de ces deux
victoires qu'il a pleu  Dieu vous donner, l'une en Guyenne par les
mains de Monsieur, frre de Votre Majest, et l'autre en Lorrayne, par
les mains de Mr. d'Aumalle, toutes deux bien  propoz pour rellever
voz affres en votre royaume, et pour leur donner repputation envers
les estrangers. Je les ay reprsentes  ceste Royne en la mesme
vrit de voz lettres, non du tout semblable  plusieurs autres rcitz
que je say qu'on luy en avoit faict, et luy ay dict qu'estimant Votre
Majest ceste journe n'apartenir  vous seul ains estre au commung
proffit des autres lgitimes princes de la terre, vous en aviez
incontinant voulu fre part  elle, comme  votre principale allie et
confdre bonne seur, ayant opynion qu'elle en recepvroit plaisir,
tant pour la bonne affection qu'elle pourtoit  la prosprit de vos
affres, que pour voir qu'il plaisoit  Dieu monstrer,  ceste heure,
ung juste jugemant sur l'quit de votre cause contre aulcungs de voz
subjectz, dont espriez que l'exemple en serviroit aussy  contenir
les siens. A quoy la dicte Dame m'a respondu qu'elle louera toujour
Dieu des bons et heureux succez de voz affres, mesmes en ce qui
reviendra  la conservation de votre grandeur et authorit sur voz
subjetz, qui ne pouvoit estre que cecy ne servyst aulcunemant 
establir et confirmer l'obyssance des autres princes sur les leurs,
bien que pour son regard elle n'estoit en aulcune peyne ny deffiance
des siens, et qu'elle vous mercyoit grandemant du soing que Votre
Majest avoit heu de lui en fre entendre le discours, qui ne
l'eussiez peu mander  personne de ce monde qui en recet plus de
plaisir qu'elle faysoit, bien qu'elle ne vouloit laisser de me dire,
qu'encore qu'elle n'eust aucune pratique ny cognoissance en France, si
avoit elle tant ouy parler de la beaut de ce royaulme, et des
illustres races et grand noblesse d'icelluy, qu'elle avoit ung trs
grand regrt d'en entendre ainsi la dsolation et les grandz meurtres
que s'i commettoient; et qu'elle heust voulu de bon cueur que Vos
Majestez heussent bien prins la bonne intantion dont elle avoit uz 
procurer la paix: mais ce seroit quant il plairoit  Dieu, qui en la
fin y feroit venir, comme elle esproit, beaucoup de bien de tant de
maulx que les hommes y commettoient. Je luy ay reppliqu que Voz
Majestez avoient essay toutz autres moyens pour cuyder esviter ceulx
cy, mais qu'enfin vous aviez est contraintz de recourir  ces
extrmes remdes, lesquelz espriez que seroient salutaires  vous et
 votre royaulme.

Or, Sire, le seul bruyt qui estoit desj venu, bien qu'incertain, de
ces victoires, le XXe du pass, avoit engendr je ne say quel
changemant aux volonts et dlibrations de ceulx cy, qui
commenoient, en aulcunes choses, procder plus considremant ez
affres de la Royne d'Escoce, et aller, en d'autres, plus retenuz
envers le conseiller Cavagnies, qu'ilz n'avoient encores faict. Ce que
sentans, de leur cost, les parties adverses de la dicte Royne
d'Escoce, ils ont uz d'une extrme sollicitation et dilligence, ces
jours passez, envers leurs commissres, pour fre dterminer aucungs
pointz qui seroient de grand prjudice  la dicte Dame, s'ilz se
rsolvoient par l'opynion de ceulx qui ne veulent son bien. Et le dict
Cavaignes ayant mis grand peyne d'amoindrir, tant qu'il a peu, voz
victoires, pour soustenir la rputation des affres de monsieur le
prince de Cond, a vifvemant procur que certain eschange de sel,
qu'il a offert pour des pouldres et salptres se concld; mais ny
l'ung ny l'autre n'a encores obtenu sa demande, bien que je ne fays
doubte que bien tost ilz n'y parvinent, parce que ceulx qui ont icy
plus d'authorit portent grandemant leur faict. Et Mr. le cardinal de
Chastillon a est le IIIe de ce mois  Antoncourt pour tretter de ces
choses de France, et aussy de Flandres, avec ceste Royne, laquelle
estant sortye, ce jour,  la volerye, il l'alla trouver aux champs, et
le principal propos, qu' ce que j'entends, il luy tinst, fust de la
persuader qu'elle ne voult se descourager, ny mal esprer de la fin
de ceste guerre, et qu'elle print confiance de l'quit de la cause,
de la valleur et prudance de ceulx qui la conduysent, et des bons
moyens qu'ilz ont de la soustenir. Je croy que tout cella n'esmeuvera
davantage ceste princesse, et qu'elle attandra aulx vnemans et
effectz, que le temps et les armes conduyront.

Mestre Oynter, avec les IIIJ grandz navires de la dicte Dame, estoit
encores, le VIe du prsent,  Plemmue. L'on m'a dict que Chatellier
Portault en estoit party le VII, avec VI vaisseaulx quippez en
guerre, et qu'il manda  ceulx qui luy ont prest de l'argent pour les
armer, qu'il les payeroit bien tost des prinses qu'il feroit en ce
voyage. J'entendz qu'il a est rapport  ceste Royne qu'aucungs de
ces gentilshommes anglois, qui estoient allez pour leur plaisir
trouver monsieur le prince de Cond, avoient est prins en quelque
rencontre, et qu'on les avoit faict pendre, de quoy elle estoit si
marrye qu'elle avoit dict qu'elle s'en vengeroit. Je mettray peyne de
savoir mieulx la vrit de ce propoz. L'on a faict en ceste court,
parmy les seigneurs, une cueilhte de cent livres esterlin, qui sont
environ trois centz trente trois escus, pour l'entretnemant des
ministres estrangers, qui sont passez de France, et de Flandres, en ce
pays, et les deniers ont est mis ez meins de trois, nommez Cousin,
Roches et Meynier, pour les distribuer aux autres.

Les depputez de la Royne d'Escoce, ayant veu la presse et instance que
les parties adverses, comme j'ay dict cy dessus, ont faict, toutz ces
jours, pour fre recepvoir les faictz par eulx proposs contre elle,
affin d'estre admis  les vriffier, ont craint qu'ilz fussent en
cella pourtez par aulcungs des commissres plus principaulx, et, 
ceste cause, ont prsent une remonstrance par escript  la Royne
d'Angleterre, pourtant deux chefs, l'ung qu'elle, estant Royne sur
beaucoup de subjectz, ne souffrt que des subjectz levassent ainsi des
calompnies contre leur Royne, mesmes qu'elle avoit prommis  la Royne
d'Escoce de n'escouter jamais ses rebelles que, premiremant elles
deux n'eussent parl ensemble. En quoy sembloit que la dicte Royne
d'Escoce avoit occasion de se plaindre de ce que si favorablemant elle
les avoit desj ouys, mesmes que leur dicte maitresse ne leur avoit
baill aulcung pouvoir de respondre  leurs dictes calompnies, ny
d'entrer en rien de connivant avecques eulx. Et que la dicte Royne
d'Angleterre, pour le debvoir de sa royale grandeur envers celle de la
Royne d'Escoce, qui estoit de semblable qualit et sa proche parante,
voult fre arrester prisonniers lesdictz adversaires, comme
crimineulx de lze majest, pour avoir trop dict, et trop escript, et
trop prononc de mal contre leur souverayne. L'autre chef de leur
dicte remonstrance portoit, qu'estant question du faict apartenant 
la repputation, et  l'estat de leur Royne et Maitresse, ilz
requerroient que la Royne d'Angleterre luy donnt lieu et moyen de
venir en ceste ville de Londres pour tretter, et comuniquer, en
personne, avecques elle de ses affres, comme avec sa bonne seur, sans
approuver toutesfois que la cognoissance d'elle, ny de ses dictes
affres, apartnt en rien  la dicte Royne d'Angleterre, bien que,
pour plus grand esclarcissemant de son innocence, elle n'auroit que
bien agrable que toute la noblesse d'Angleterre, et les ambassadeurs
de France et d'Espaigne, y fussent prsens. A laquelle remonstrance
ayant la dicte Dame, d'elle mesmes, voulu fre quelques responses de
reffuz, et luy ayant l'vesque de Ros vivemant incist par raison de
droict et de justice, elle enfin luy a dict, qu'ayant est toutjour
son intantion de procder en l'endroict de la Royne d'Escoce, sa bonne
seur, comme elle pryoit Dieu de procder envers elle, elle remettoit 
ceulx de son conseil la dicte remonstrance comme ung affre trs
important, avec commandemant que la raison et quit y fussent
entiremant suyvies. Et ainsi, les commissres se sont rassambls
trois fois despuys huyct jours, et ont envoy aulx advocatz, et gens
de loi de ceste ville, entre autres au conseiller Cavagnies, des
articles qu'ilz ont tir de la dicte remonstrance, affin d'en avoir
leur advis; et, par lesdictz articles ilz prtandent infrer que la
dicte Royne d'Escoce demande estre ouye, en personne, devant la Royne
d'Angleterre, n'aprouvant toutesfois sa juridiction, et que ce soyt en
la prsence de la noblesse d'Angleterre, et des ambassadeurs de France
et d'Espaigne, en ceste ville de Londres. Sur lesquelz articles
j'entendz que lesdictz advocatz ont escript aucunes raisons de droict
pour attribuer la juridiction de la personne, et de la matire,  la
dicte Royne d'Angleterre, et estiment ceste volontaire offre de la
dicte Royne d'Escoce d'estre ouye si importante qu'ilz sont d'advis
qu'on luy concde tout ce qu'elle requiert, pourveu que ne soyt au
prjudice de la grandeur et authorit de la dicte Royne d'Angleterre,
affin qu'on n'ait que dire de la faon qu'on aura procd en ceste
affre, tant y a qu'on obtiendra mal aysmant que la dicte Dame
vieigne tretter, icy, en personne, de ses affres. Ses depputez
s'employent  deffendre vertueusemant sa cause, mesmemant l'vesque de
Ros, Milhor Herys et le sieur de Bethon, et heust est bon, comme j'ay
escript par mes prcdantes, que quelque suffizant advocat heust est
icy pour leur ayder  desduyre encores mieulx ses droictz, affin de
garder que les commissres n'entreprinssent plus avant sur iceulx
qu'il n'est loysible de le fre; mais semble qu'il ne seroit plus 
temps d'en envoyer  ceste heure, ung de Paris, car les parties, des
deux costez, pressent d'avoir l'expdition de ceste confrance dans
VIII jours, mesmes qu'il s'entand que, pendant leur absance par de,
la guerre s'est renouvelle en Escoce, ayant le secong filz du duc de
Chatlerault surprins quelques chateaus et se prparans les contes
d'Arguil et de Hontle, et le sieur de Seton, qui est despuys
naguyres sorty du chateau de Lislebourg,  quelques nouvelles
entreprinses,  quoy le comte de Mora se haste d'aller remdier, s'il
peust. Il semble qu'on n'ait trouv, icy, le comte de Mora si facile
qu'il ait voulu condescendre  chose qui peult torner  la diminution
de la couronne d'Escoce, ny au prjudice du petit prince du pays, ny
contre l'alliance qu'ilz ont avecques la couronne de France. Je
prendray garde  ce qui surviendra  ceste affre, et autres, qui
toucheront icy votre service, affin d'en donner ordinairement advis 
Votre Majest,  laqule je bayse trs humblemant les mains et prye
Dieu, etc.

     De Londres ce Xe de dcembre 1568.


Ainsi que je fermois la prsente, l'on m'est venu advertir que Me.
Oynter estoit party ds hier mattin de la coste de de, et avoit
prins la route de la Guyenne. Je mectray peyne d'en savoir le
certain.


     A LA ROYNE.

Madame, par mes prcdantes, du Ve du prsent, Voz Majestez auront veu
les responses que ceste Royne m'a faictes sur ce que m'avez command
luy dire, et comme elle a monstr, en toutz ses propoz, de n'avoir
rien moings en volont que de vous commancer ouvertemant la guerre,
dont je ne fays doubte que les deux victoires, qu'il a pleu  Dieu
vous donner, l'une par le bonheur et conduicte de Monsieur, filz et
frre de Voz Majestez, et l'autre par celles de monsieur d'Aumalle, ne
la facent encores mieux rsouldre de persvrer en la paix, que Dieu
luy a donne avec Voz Majestez. Elle receut la nouvelle desdictes
victoires par ung des gens de son ambassadeur, qui est en France,
lorsque j'estois encore dans sa chambre; mais elle, ny pas ung de ces
seigneurs, ne m'en firent ung seul mot, tant que je fus  Antoncourt:
bien sembla que le dict ambassadeur luy en heust escript assez 
l'incertain, car aucungs des siens envoyrent despuys devers moy pour
savoir si j'en avois lettre, dont ay est trs ayse d'avoir en main
tenant de quoy pouvoir fre le vray discours du tout  la dicte Dame,
sellon le contenu de voz dernires, laquelle a monstr, et en paroles,
et en contenance, qu'elle en estoit bien fort ayse, et qu'elle ne
pouvoit par ce bon commancemant que bien esprer de l'yssue de vos
affres, donnant beaucoup de louanges  Monsieur, et projettant
beaucoup de grandeur et plusieurs hautes entreprinses de luy 
l'advenir; et j'ay adjouxt  sa valeur aux armes, la perfection des
autres dons et grces, dont Dieu avoit voulu orner et embellir
l'esprit et la personne de mon dit Sieur, ce qu'elle a escout fort
volontiers. Et a respondu toutes choses  sa louange, comme je
l'escrips  mon dit Sieur, vous suppliant trs humblemant, Madame,
commander que la lettre luy soyt envoye, en laquelle je luy fays
aussy mention que ceste nouvelle a assez esmeu ceste court, et tout ce
pas, n'ayans peu les bons, qui dsirent la prosprit de Voz
Majestez, se garder qu'ilz ne luy en ayent avecques joye donn mille
bndictions, et au contraire, ceux qui veulent notre ruyne en sont
demeurez bien estonnez, qui clbroient auparavant l'arme de monsieur
le prince de Cond estre si forte, et les cappitaines qui y commandent
si vaillans et exprimantez, que rien ne pourroit durer  eulx, et que
ce ne seroit peu,  leur dire, que d'oser attandre mesmes en lieu bien
avantageux sa venue, non que d'affronter son arme comme Monseigneur a
faict, rompre ses gens de pied et luy oster son lougis. Et  ce que
aulcungs, pour luy amoindrir sa victoire, avoient faict courre ung
bruyt que ce n'estoit qu'ung rencontre, o il estoit mort environ V
cens hommes de pied des leurs et bien IIIe des ntres, j'ay pry la
dicte Dame de croyre que non seulemant ce que je luy en avoys dict
estoit trs vritable, mais que bien tost elle verroit, soubz votre
bonne conduicte et souz la bonne fortune du Roy et bon heur de mon dit
Sieur, advenir tant d'autres bons succez que ceulx qui les dguysoient
seroient en fin contraintz de les croyre, et nous d'en louer Dieu.

Aucungs personnages de discours, voz serviteurs, qui sont icy,
craignent que certaine entreprinse, qu'ilz ont entendu avoir est
excute par les soldats de Metz sur une ville et chateau du duc de
Deux Pontz, ne soyt prinse  mal de tout l'estat de l'Empire, n'ayant
le duc d'Alva voulu entreprendre de poursuyvre sa premire victoire,
qu'il a heue contre le conte Louys de Naussau, un seul pas dans les
terres impriales, et estiment qu'il sera bon de n'attempter rien,
pour encores, de ce cost, et qu'on remette  ung autre temps la
vangeance des tortz que les Allemans nous font, affin de n'attirer
plus de guerre de ne mtre les princes de l'Empire contre Vous, qui
sont toutzjours ligus  la deffence les ungs des autres. Une partye
de l'argent qu'on envoyoit d'Espaigne au duc d'Alva est arrive, 
saulvemant, en Anvers, et le reste est encores en quelques navires qui
sont  Plemmue, pour la seure conduicte desquelz ceste Royne a mand 
aulcungs de ses cappitaines de mer qu'ilz ayent  leur fre escorte,
quant ilz seront prts  partir. Je bayse trs humblemant les mains de
Votre Majest, et prye Dieu, etc.

     De Londres ce Xe de dcembre 1568.




VIe DPESCHE

--du XVe de dcembre 1568.--

(_Envoye par Robert Vauquelin jusques  Dipe._)

  Dpart d'une expdition maritime.--Conseil dans lequel a t
    agite la question de la guerre contre la
    France.--_Consultation_ sur six articles prtendus tirs des
    remontrances de la reine d'cosse.


     AU ROY.

Sire, pour vriffier ce que, par postille, j'ay adjouxt  mes
dernires, du Xe du prsent, touchant Me. Oynter visadmiral
d'Angleterre, j'ay, despuis, envoy savoir, au vray, s'il estoit
encores party de la coste de de: et m'a est rapport, Sire, que,
pour certain, il a faict voile avec les iiij grandz navires de ceste
Royne, et disent aulcungs que c'est vers la Guyenne droict  la
Rochelle, pour consigner au prince de Cond les canons, poudres et
munitions, dont cy devant je vous ay amplemant escript. Autres disent
qu'il est all relascher derechef vers le cap de Cornaille  Falamue,
d'o n'y a qu'ung traject jusques  la Rochelle. Autres veulent
prsumer qu'il est all  Blaye. Quoy que soit, Chatelier Portault
estoit, de bien peu de temps, party devant luy de Plemmue, avec six
petitz vaisseaulx quippez en guerre, o il y a de quatre  cinq cens,
que Franois, que Flammens, et peuvent estre, en tout, tant de
mariniers qu'autres, en ceste flotte, environ mille ou XIe hommes;
mais n'y a assez d'Anglois pour mectre en terre, ny mesmes suffizant
nombre pour la garde et conduicte desdictz grandz navires. Je n'ay
encores descouvert davantage de leur entreprinse que ce que je vous en
ai mand, le XXIXe du pass, tant y a que plusieurs argumans me
confirment de croire que ceste Royne n'entreprandra, pour encores, de
vous fre ouvertemant la guerre; premiremant, pour ce qu'elle a ung
meilleur object o adresser ses entreprises dedans ceste mesmes isle,
trop plus ays et moings dangereux pour elle que ne seroit cestuy cy,
qui est l'Escoce, o elle et les siens monstrent avoir grand affection
d'y fre, sur la prsente occasion de leurs troubles, leurs besoignes.
Puis il semble que le principal chef Onniel[38], lequel a est
dclair nasguires successeur de l'autre grand chef Onniel dernier
dcd, apreste  la dicte Dame en quoy entendre en Irlande, ayant
desj faict amas de gens pour rebeller le pas, de sorte que d'icy
l'on envoye gens  mylor Sidene, gouverneur d'Irlande, pour y
remdier, et le comte d'Ormont s'apreste pour y passer du premier
jour. Il est vrai que ceulx cy ne font grand cas de ceste rvolte,
mais le principal argumant o je me fonde est que j'ay entendu,
d'assez bon lieu, qu'aprs que le conseiller Cavagnies et les
messagers du conte Palatin, du duc de Deux Pontz et du prince
d'Orange, ont est ensemblemant et sparemant ouys, et qu'ilz ont heu
press ceste Royne, et ceulx de son conseil, de se dclairer en la
cause desditz princes, remonstrans qu'elle et eulx avoient double
intrest de s'y joindre; premiremant pour leur religion qu'ilz
avoient commune, et dont la conscience les obligoit toutz ensemble de
la deffendre, et puis pour chasser les Espaignolz des Pas Bas,
lesquelz, s'ilz y prnent une fois pied, et y establissent leur
domination, ne seront moings molestes  l'Angleterre que au reste de
la basse Germanye, et n'y laisseront les privilges des Anglois si
entiers comme s'ilz en estoient dhors.

  [38] Les seigneurs de Shane O'Neale, famille trs-puissante dans
  le nord.

Il a est propos en ce conseil si l'on debvoit ouvertemant commancer
la guerre  la France, ou bien demeurer en la paix qu'on a avec elle;
car, quant aux Pas Bas, ceulx cy trouvent assez d'excuses de n'y
toucher aucunemant. Sur quoy aulcungs ont remonstr qu' cause des
empeschemans que le prince de Cond, et ceulx qui luy viennent
d'Allemagne, pourront donner  Votre Majest dans le pays, il ne
pourra estre que vos costes et frontires de mer de de ne demeurent
aucunemant despourveues, de sorte qu'il leur sera ays d'empourter
quelque place, laquelle, possible, leur fera ravoir Callais; et qu'au
moings, on debvoit promptemant armer toutz les grandz navires de la
dicte Dame pour se fre maistres de ceste mer, par o l'on pourrait
pourter faveur  ceulx de la nouvelle relligion, qui menoient la
guerre quasi sur le bord d'icelle, et se revancher au moings des maulx
et prinses que les Franois leur ont faictes, et qu'il y avoit
plusieurs particuliers qui forniroient deniers, et armeroient  cest
effect des navires  leurs despans. Mais Me. Cecile, encor qu'il
favorise extrmemant ceulx de la nouvelle relligion, a respondu qu'il
failloit bien pezer une telle entreprinse, et, avant fre  bon
escient l'ouverture de cette guerre, regarder si la cause en seroit
lgitime, et si l'on auroit moyen de la maintenir, estant besoing,
avant toutes choses, de bien justifier l'ung, et avoir faict tout 
loysir de bons prparatifs pour l'autre; avec ce, qu'il estoit 
craindre que commanceant,  ceste heure, une guerre bien que utille et
bien fonde contre la France, il ne leur en vnt encores une autre sur
le bras du cost d'Espaigne, et qu'il ne sembloit qu'en France, ny en
Flandres, les choses allassent en faon que la Royne, leur maitresse,
det estre guyres convie de s'en mesler, ny d'entrer pour ce regard
plus avant en despence, bien estoit d'advis qu'elle usast par
parolles, et autres moyens, d'aucunes bonnes dmonstrations, pour
favoriser ceulx de sa religion, et tenir les autres, qui portent les
armes contraires, en quelque suspens. Laquelle opinion a t suyvie
des contes de Leyster et de Pemtrot; conforme,  mon advis, 
l'intantion de la dite Dame; et ainsi, le dict Cavaignes et les
messagers des princes sont demeurez sans rsolution, avec seulement
quelqu'esprance que leurs maitres ne seront abandonnez de ce qui se
pourra faire pour eulx par de, que j'estime sera de quelque crdit
de ceste Royne, et de ce que, secrtement, et sans se dclairer, elle
pourra aider leurs entreprinses.

Aussi estoit advenu peu auparavant qu'un sire Jehan Paulard, tenant
propos en une des principales tables de ceste court, du voyage qu'ung
Me. Henry Chambrenant, son parant, fils du visadmiral de Cornaille,
personnage assez estim de de, avec d'autres gentilsomes anglois
avoient faict, pour leur plsir, en ceste guerre de France devers le
prince de Cond, dict qu'il n'avoit voulu laisser passer une si belle
entreprinse, et si digne de gens de leur relligion, comme celle du
prince de Cond, sans y aller acqurir de la repputation aux armes,
pour savoir quelque jour fre meilleur service  leur maitresse; et
ung des grands, qui estoit l, voulant couvrir le dit voyage, luy
respondit qu'il ne savoit bien la cause pourquoi ces gentilshommes
anglois avoient abord en France, que ce n'avoit est que par force de
temps, et ne s'y estoient arrestez que pour refre leurs vaisseaulx,
et pour fre, pendant qu'ils estoient sur le lieu, quelque provision
de bon vin pour eulx et pour leurs amys. Et comme, ce soir mesmes,
eust est rapport  ceste Royne qu'aucungs des dicts Anglois avoient
t prins en ung rencontre, et qu'on les avoit incontinent faict
pendre, dont elle avoit dict en colre que ce n'estoit acte de gens de
guerre, ains de borreaulx, et qu'elle s'en vengeroit; deux des
principaulx de son conseil luy respondirent qu'elle debvoit mettre
cela sous le pied, sans en fre semblant, parce que les tretts de
paix permettoient  Votre Majest d'en user ainsi, et qu'on ne debvoit
penser que vous les feissiez moins rigoureusement tretter que les
subjects naturelz, qui portent les armes pour le prince de Cond,
desquels ne faillioit doubler qu'on n'en fet autant pendre qu'il s'en
pourroit attraper:  quoy elle acquiessa aysment. Qui sont toutz
argumans qui me font juger que ceulx ci n'ont aucung dessain de guerre
ouverte, pour le prsent, contre Votre Majest; et qu'ilz attandront
quelque bonne occasion pour eulx de la vous commancer, ne faisant
doubte, si voz affres alloient fort mal, que la mauvaise affection
que, possible, ils nous portent ne leur en ft bientost trouver
quelcune.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, avec lequel j'ay bonne
intelligence, m'a mand, ce matin, qu'il s'en alloit trouver ceste
Royne, pour, entre autres choses, luy fre une bien vifve remonstrance
de la part du Roy Catholique, son maitre, qu'elle n'ait  vous
travailler, ny molester, en faon du monde, durant ceste guerre, que
vous avez avec vos subjets; et que desj, de lui mesmes, avant que son
maitre luy en eust rien mand, il avoit faict cest office, et,  son
retour, il me fera entendre la response de la dicte Dame; laquelle,
avec tout ce qui sera survenu de nouveau, je vous feray entendre par
mes premires, ensemble ce qui surviendra d'Escoce, ayant quelque
advis, bien que non encores assez certain, que les contes d'Arguil,
d'Haran le jeune, d'Hontele, d'Atel, et mylor de Seton se sont jointz
contre le conte de Mora, lequel est ici, et qu'ils l'ont desj faict
publier traitre et rebelle, et ont prins ses maysons. Sur ce, etc.

     De Londres ce XVe de dcembre 1568.


     A LA ROYNE.

Madame, je ne vous ennuyeray de redite sur les particularitez que
j'escrips prsentement en la lettre du Roy, et feray ceste cy de tant
plus briesve qu'il ne s'offre, pour ceste heure, autre chose que cela,
qui soyt digne d'en rendre compte  Vos Majests, seulement
adjouxteray que les propos, que m'avez faict tenir  ceste Royne,
semblent l'avoir rendue aucunement bien dispose en l'endroit de vos
prsente affres, et j'en ay fait part du tout au conte de Leyster,
qui m'a monstr ne porter en son cueur le faict de ceulx qui ne vous
rendent toute obyssance. Vous pouvez penser, Madame, que ces
messagers des princes, dont je fais mencion en la lettre du Roi, ne
cessent de presser et solliciter vivemant ceste Royne en faveur de
ceulx qui les ont envoys, et que la prsence de Mr. le cardinal de
Chastillon leur est une grand assistance pour imptrer d'elle ce
qu'ils demandent, dont semble estre assez requis qu'il vous plaise me
fre administrer de quoy pouvoir plus souvant demander audiance  la
dite Dame, que je n'ay argumant de moy mesmes de l'ozer fre, ou soyt
pour luy rendre compte de ce qui succde chascung jour en France, ou
de ce qui survient d'ailleurs, ou bien d'autres occasions, affin
qu'avec ces entretnemens, qui certes sont deuz  la paix et amyti
qui est entre Vos Majestez, je la puisse toutjours contenir de ne se
dclairer plus avant qu'elle ne doibt pour l'entreprinse des autres;
car despuys que suys icy je n'ay heu ung seul mot de lettre de Voz
Majestez, ny mesmes aucung adviz si avez receu cinq dpesches, que je
vous ay faictes du XVIe de novembre en , en quoy, oultre que les
choses sur lesquelles je vous ay requis de me faire entendre votre
commandement restent imparfaictes, je demeure encore sans adviz, et
comme assez confuz des autres affaires que je debvrois, d'heure en
heure, ngocier pour votre service, bien que je ne me rende pour cela
ny moings diligent ni plus paresseux en icelles.

Au surplus, Madame, entendant que ceulx de ce conseil avoient envoy
devers les advocatz et gens de lettre de ceste ville pour avoir leur
adviz sur le faict de la Royne d'Escoce, j'ay mis peyne de savoir en
quoy ils prtendent terminer ses affaires, et ay trouv, par les
raisons du droict, que les dicts advocatz ont donnes, qu'ilz se
veulent attribuer beaucoup plus de jurisdiction sur ceste princesse
qu'ilz ne doibvent, comme verrez par les dictes raisons, les quelles
je vous envoye, bien que je pence que ceste procdure demeurera
interrompue  cause de certayne remonstration que les depputez de la
dicte Dame ont faict de nouveau; et aussi, parce que les armes,  ce
que j'entendz, sont desj si aspremant reprinses en Escoce, que le
comte de Mora n'aura loysir de parachever icy la poursuite.

Il y a icy ung franois, nomm le Sr. de Perlan, qui est des gardes du
Roy de la compaignie de Mr. de Coss, lequel Mr. le marchal de
Dampville a envoy par de avec des montures pour le comte de
Leyster, qui vous supplye trs humblement le faire excuser de son
service pendant sa demeure par de, le retenant le dict comte pour
renvoyer quelques bestes, qu'il attend d'Irlande, audit sieur
Marchal, et par ce qu'il mect peyne d'estre cependant utile en tout
ce qu'il peult au service de Voz Majestez, je vous supplye le
gratiffier en sa requte, et je prieray, etc.

     De Londres, ce XVe de dcembre 1568.


   CONSULTATION.

   DE LA PROPOSITION que les depputez de la Royne d'Escoce ont
   prsent, au nom de leur Maitresse,  la Royne d'Angleterre, et
   la quelle elle a renvoy aux Seigneurs de son conseil, iceulx
   Seigneurs ont tir six articles par les quels semble qu'ilz
   prtendent attribuer la jurisdiction du faict  leur Maitresse,
   et ont demand sur ce l'advis des advocatz et gens de lettre de
   ceste ville.

   LES DICTZ SIX ARTICLES SONT:

   1. Que la Royne d'Escoce demande estre ouye personnellement en sa
   cause;

   2. N'advouant toutesfois qu'autre que Dieu ayt jurisdiction sur
   elle;

   3. Et qu'elle puysse desduyre son faict devant la Royne
   d'Angleterre, sa bonne soeur;

   4. En prsence de la noblesse du dict pays d'Angleterre;

   5. A ce assistans les ambassadeurs de France et d'Espaigne;

   6. En ceste ville de Londres.

   L'ADVIS DES ADVOCATZ EST:

   Quant au premier, qu'il est trs raysonnable que chascung soit
   ouy en sa cause, nonobstant la constitution du droict canon par
   la quelle le juge, qui a entire et certaine vrification du
   faict, et qui estime que le criminel n'a que dire au contraire,
   le peult condempner absant; et nonobstant aussy l'authorit que
   le pape s'est attribue de pouvoir juger et dispenser les absans;
   car cella est contre tout droict divin et humain, n'ayant Dieu
   mesmes voulu condempner Adam ny Eve, ni ceulx de Gomorre, absens,
   sans les ouyr, encor que leurs dlitz luy fussent par trop cognus
   et manifestes:

   Mais que la protestation, quant au segond, est ridicule, car
   cella n'a jamais lieu sinon quant ung criminel, par peur de
   prison ou d'autre supplice, craint d'estre contrainct de
   respondre devant un juge; mais en ce faict, o le criminel
   demande volontairement estre ouy, il admet et approuve
   taysiblement la jurisdiction de celuy par devant qui il demande
   estre ouy et respondre. Autrement cela serait semblable  une
   comdye sur ung thatre, que, la contestation de la cause ouye,
   jugemant ne s'en peult ensuyvre, et vaudroit autant proposer la
   question de Thiestes et Orestes.

   Le troizime semble fort raysonnable, car ce n'est d'aujourd'huy
   que les Roys se sont assis pour juger, ains anciennemant les Rois
   et Empereurs estoyent les vrays juges ez matires mesmemant qui
   concernoient d'autres Roys, comme est ceste cy, ainsi que
   Dejotarius voulut estre jug par Csar mesme, et non par autre;
   et n'inporte que le sexe semble excuser de tel office la Royne
   d'Angleterre, car estant Royne hrditaire elle a authorit et
   puyssance de Roy, mesmes en la justice, ainsy que Dethbora, Royne
   des Isralites, l'exemple de la quelle suffize sans en admener
   d'autres, mesmes que la Royne d'Angleterre est orne de savoir,
   de pit et de plusieurs autres grands dons de Dieu, par les
   quelz elle rgit et modre paysiblement son estat avec admiration
   de tout le monde. Mais s'il est ainsi, diront aulcungs, qu'elle
   ait  juger ceste cause, elle ne peult honestement dnyer  la
   Royne d'Escoce sa requeste, qu'elle puysse venir desduyre sont
   faict devant elle; mais  ceulx l peult estre briefvement
   respondu qu'estant la dicte Royne d'Angleterre dame souveraine en
   son pas, ne dpendant de personne, elle peut dnyer et accorder
   ce que bon luy semblera, et encores de tant que pour son
   honnestet et vertu elle a coustume ne rien fre que par advis de
   son conseil affin qu'il soyt approuv d'un chascung, son dict
   conseil sera d'advis, sellon droict et raison, qu'elle garde en
   cella la coustume de son royaulme, par laquelle, de tout temps,
   l'on a veu observer que le Roy na jamais est juge s causes
   criminles; ains a toutjour constitu juges ayant plaine libert
   de consciance pour juger sellon icelle: avec ce, que la Royne
   d'Escoce ne demande que la Royne d'Angleterre soyt juge en ceste
   cause, mais seulement spectateur d'icelle, sans authorit d'en
   dcider, ce que, encor qu'il soyt ridicule, nanmoings la Royne
   d'Angleterre a juste occasion par l de s'excuser, si bon luy
   semble, d'y assister en personne, et suyvre en ce jugement, comme
   ez autres, l'ancienne faon de son royaulme et de ses
   prdcesseurs, ou bien uzer comme le Roy de France, le quel,
   quant il ordonne des juges en cas de grand importance, en
   matire de crimes, il veult voir la sentence ou arrst avant
   estre prononc, affin de l'approuver, ou changer, ou dimynuer en
   quelques pointz, sellon qu'il luy semblera, ou qu'il trouvera,
   par l'advis de la cour o il le communiquera, se debvoir faire.

   N'y a raison au quatrime article de requrir que la noblesse du
   pas soit prsente, car ny de coustume, ny de loy, les seigneurs
   sont accoustumez d'assister  tel jugemans, et de tant que
   l'affaire sera de longueur grande, il reviendroit  une peyne et
   fascherie inestimable de retenir si long temps ce grand nombre de
   seigneurs de tant de divers et loingtain pas. Bien pourra la
   dicte noblesse,  la requte de la dicte Royne d'Escoce, eslire
   certain nombre d'entre eulx pour assister  ceste cause ez lieux
   deuz et comodes, car d'assister par tout, il seroit absurde de le
   requrir par ce que, de droict, les juges peuvent et doibvent se
   retirer, quelquefois et souvant,  part entre eux, pour aucunes
   particulires occasions.

   Aussi peu de raison a le cinquime article que les ambassadeurs
   assistent  l'affaire, car cela est en vain et superflu, de tant
   qu'en tout jugemant de cause il n'y a que le demandeur, le
   deffendeur, le juge, le greffier et les tesmoings. Or, ne
   sont-ilz ne l'ung ne l'autre, et n'y peuvent estre appellez, pour
   occasion que soyt, que comme un infinit d'autres, c'est
   assavoir, espectateurs de la fable, au quel cas on leur pourra
   permtre s'y trouver en lieu, o publiquemant chacun sera
   souffert.

   Touchant ce que, par le VIe article, elle desire que ce soyt 
   Londres, sa demande n'est inpertinante d'autant que c'est
   l'ancien pallais des Roys et sige de la justice, et d'aller
   ailleurs luy seroit suspect, aussy qu'en ce lieu elle aura
   comodit de gens de savoir et de conseil, comme est requis en
   cas de telle inportance, et n'est lieu rcusable  nulle des
   parties. Il est vray que le dict lieu est  estre observ en la
   prononciation de la sentence diffinitive, mais n'inporte o
   l'instruction du procs soyt faicte, car la Royne d'Escoce
   pourra, pour ce regard, appeller les gens de savoir et de
   conseil de Londres ailleurs, et le bruyt de peste pourra servir
   d'occasion lgitime de donner autre lieu pour la procdure, si
   ainsi semble bon.

   PUIS EST ADJOUXT:

   Nous estimons ceste volontaire offre d'estre ouye si importante
   que sommes d'advis qu'on luy concde tout ce qu'elle demande; ne
   contrevenant en rien  la Royne d'Angleterre, et ne prjudiciant
    Sa Majest, affin que personne n'ait que dire de la faon de
   procder qu'on aura tenu en cette affaire.




VIIe DPESCHE

--du XXIe de dcembre 1568.--

(_Envoye par Jehan Vallet  Calais._)

  Dtails sur l'expdition maritime.--Dclaration d'lisabeth 
    l'ambassadeur d'Espagne  l'gard de la France.--Affaires
    d'cosse.


     AU ROY.

Sire, je n'ay receu, jusques au XVIIIe du prsent, celles qu'il vous a
pleu me faire du Ve,  cause que le passage a est empesch, six ou
sept jours durant, par les neiges et broillardz, que nul ne s'est oz
mettre en mer, et croy que cella aussi aura est cause que Votre
Majest n'aura si tost receu les mines dernires, du XVe de ce mesme
mois, par les quelles je vous donnois certain advis du partemant de
quatre grands navires de ceste Royne soubz Me. Oynter, et de six
autres petitz vaysseaulx quippez en guerre souz Chatellier Portault
et souz le cappitaine Sores; aux quelz j'ay entendu, Sire, s'estre
despuis joint ung pirate anglois, nomm Bos, avec quatre autres petitz
navires de guerre; et que certain pirate, aussi Anglois, nomm
Forbouche, s'apreste pour le suyvre, mais le nombre tant de Franois,
Flammans que Anglois, qui sont en toute ceste flotte ne monte  plus,
comprins les mariniers, que  mille ou XII{c} hommes, et de ceulx l n'y
a point d'Anglois pour mettre en terre. Les officiers de Plemmue se
sont mis en debvoir, ainsi qu'on m'a dict, de faire bailler pleige au
dict Bos, et en demandent aussi au dict Forbouche,  la requte des
marchands de ce pas, qui monstrent estre fort desplaisans de ces
pilleries, qui se font sur voz subjectz, ayant entendu que leur
flotte, qu'ilz avoient envoye  Bourdeaulx pour le vin, a est bien
receue, et qu'elle s'en revient sans empeschement avec la provision
des dicts vins. Dont une autre flotte, d'envyron LXX navires,
entendant cella, est partie en quipage seulement de marchans, souz la
conserve des dicts grandz navyres de ceste Royne, pour aller aussi
charger du vin au dict Bourdeaux; faisant par l dmonstration, le
dict Me. Oynter, qu'il est seulemant en mer pour asseurer la
navigation aux subjectz de sa Maitresse. Aussi m'a l'on rapport,
despuys hier, que le dict Chatellier et les autres pirates vont
sparez de luy, et se tiennent  l'escart, sans esloigner guyres la
coste d'Angleterre, et que les lettres de marque que les Michelz de
Plemmue avoient pourchasses contre aulcungs Bretons, comme j'ay cy
devant escript, ont est rvoques et arrestes, leur ayant est
respondu qu'ilz se pourveussent d'eulx mesmes, le mieulx qu'ilz
pourroient, par autres moyens.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, m'a dict qu'ayant faict
vivemant l'office que son Maistre luy avoit command d'admonester
ceste Royne de ne vous travailler ny molester aucunement pendant ceste
guerre, que vous avez contre le prince de Cond et aulcungs de voz
subjectz, qu'elle luy avoit respondu estre tout entiremant votre
bonne et grande amye, desirant la prosprit et establissemant de voz
affaires, et qu'elle n'avoit garde de nuyre ny se dclairer contre
vous; mais qu'elle ne pouvoit abbandonner ceulx de Chatillon, qui, ds
long temps, estoient ses amys; et luy vouloit bien dire aussi qu'elle
tenoit ceulx de la maison de Guise pour si dclrs ennemys d'elle et
de son estat, qu'elle ne se pouvoit assurer, voyant qu'ilz avoient
grand authorit tant aux armes que au conseil en France, mesmes qu'il
estoit eschapp  quelcung de votre conseil de dire, qu'aprs que vous
auriez appays et remis les choses de la relligion en votre royaulme,
vous entendriez incontinent faire le mesmes en Angleterre, et qu'elle
aymoit mieulx prvenir qu'estre prvenue. De quoy, Sire, je luy
toucheray ung mot en ma premire audiance, qu'elle m'a accorde 
mercredy prochain, et luy remonstreray doulxemant que le debvoir de
votre mutuelle amyti l'oblige de s'adjoindre  voz prsentes
intantions, sans mectre en aulcung compte ny l'amyti ny la ayne
qu'elle pourroit avoir  aulcungs de voz subjectz, mesmes que vous
n'avez prtendu ny prtandiez rien de particulier en ceste guerre pour
eulx, ny autre chose quelconque, que de recouvrer l'obyssance de voz
subjectz, et de mtre votre estat en repos: dont ce qu'elle me
respondra et autres occurrances, je vous donray advis par mes
premires, aydant le Crateur, au quel je supplie, aprs avoir, etc.

     De Londres ce XXIe de dcembre 1568.


Le dict ambassadeur d'Espaigne escript  don Francs cest office,
qu'il a faict pour Votre Magest envers ceste Royne, et la response de
la dicte Dame, de quoy, Sire, le porriez gratiffier de quelque bonne
parolle de mercyement quant le dict don Francs vous en parlera.


     A LA ROYNE.

Madame, ce que j'ay  dire  Votre Magest, oultre le contenu en la
lettre du Roy, est que ne faudray d'obyr  ce que me commands par la
vtre, du Ve du prsent, de faire instance que je soys semond aux
obsques qui se feront, icy, pour la Royne, votre fille, de quoy n'y a
encores guires grand commancemant d'aprest. Et, en ce qui concerne
les affaires de la Royne d'Escoce, vous savez, Madame, combien j'ay
toujours estim inporter  la grandeur du Roy, et Vtre, et  la
rputation de votre couronne, qu'elle ne soit abbandonne de Voz
Magestez en ceste sienne fortune, dont j'ay mis peyne, despuis que
suys icy, de recouvrer touz les adviz, que j'ay peu, concernant la
dicte Dame, pour les communiquer  ses depputez, et continueray, avec
toute affection et diligence, de m'employer en ses dictes affaires,
comme Voz Magestez me le commandent, et ainsi que ses depputez m'en
advertiront. J'entendz qu'il survient, tous les jours, nouvelles
difficultez en son faict,  cause que les commissaires ne s'accordent
bien de ce que s'i doibt faire, et n'y a encores rien d'ordonn sur ce
que ses dictz depputez ont requis qu'elle viengne tretter en personne
ses dictes affaires avec ceste Royne, comme avecques sa bonne soeur.
Car, encores qu'aulcungs de ses commissaires en soyent d'advis, les
autres y contredisent le plus du monde, et se dict que le comte de
Mora aura, cependant, cong d'aller en Escoce, laissant icy milhor de
Morthon, Ledinthon et quelques autres, pour continuer la vriffication
de ce qu'ilz ont propos. Les depputez de la dicte Dame ne sont encore
bien rsoluz s'ilz doibvent aussi demander leur cong, et rompre,
pour leur regard, ceste confrance. J'entendz que le chateau de
Donbertran a est tenu quelques jours fort  l'estroit, tant du cost
de la mer que de la terre, par ceulx du party du comte de Mora, de
sorte que, par faulte de vivres, il sera pour se rendre bien tost, si
le comte d'Arguil et les Ameltons, qu'on dict estre desj en
campaigne, ne le secourrent, dont s'estime qu'il y aura bientost
quelque rencontre par del sur l'occasion de lever le sige de ce
chateau. Ung personnaige de bonne qualit m'a adverty que ceulx, qui
sont icy de la part du prince de Cond, du comte Palatin, du duc de
Deux Ponts et du prince d'Orange, pourchassent d'estre accomodez, par
le crdit de ceste Royne, de certain payemant de Jocondalles, en
Allemaigne, sur les polices des marchans italiens qui sont en ceste
ville. Je suis aprs d'en descouvrir la vrit pour vous en donner,
par mes premires, plus grand certitude, et sur ce, etc.

     De Londres ce XXIe de dcembre 1568.




VIIIe DPESCHE.

--du XXVIIIe dcembre 1568.--

(_Par M. Vassal._)

  Saisie par les Anglais du trsor d'Espagne envoy au duc d'Albe
    dans les Pays-Bas.--Entrevue de la reine et de
    l'ambassadeur.--Dclaration d'lisabeth, qu'elle ne prendra
    parti dans les guerres civiles de France, que s'il y a ligue
    forme contre sa religion.--_Lettre secrte  la
    reine-mre._--Projets de mariage entre la seconde fille de
    l'empereur et le roi de France, entre le roi de Portugal et
    Madame, soeur de Charles IX.--Projet d'une coalition pour
    renverser sir William Ccil.--Proposition faite par
    l'ambassadeur d'Espagne d'tablir un blocus continental contre
    le commerce d'Angleterre, afin de forcer ce royaume  revenir 
    la religion catholique.--_Mmoire_ remis au sieur Vassal envoy
    exprs en France pour faire connatre au roi et  la reine le
    vritable tat des affaires.--_Dclaration_ faite au nom de la
    reine d'cosse, qu'elle demande  tre personnellement
    entendue.--_Rponse_ d'lisabeth, contenant les motifs de son
    refus.


     AU ROY.

Sire, entendant la saysie qu'on a faicte, ces jours passez, aux portz
de de, de cinq navyres biscayns, qui portoient bon nombre de rales
d'Espaigne, en Envers, et le dsembarquement des rales, nonobstant
qu'on het desj dlivr passeport,  l'ambassadeur d'Espaigne, pour
les fre passer en Flandres, et voyant d'ailleurs les grandes
sollicitations que faisoient  ceste Royne ceulx, qui sont icy pour
les quatre princes, que je vous ay plusieurs fois nommez, et qu'elle
assambloit souvant son conseil pour leur respondre, creignant qu'en
fin ilz la pressassent de se joindre  l'entreprinse de leurs Maitres,
ou de faire quelque dmonstration en leur faveur, qui fust
prjudiciable au bien de voz affaires, je l'allay visiter, mercredy
dernier, sur l'occasion de luy compter de la retraite du prince
d'Orange ce que m'en avez mand par les vtres, du cinquime du
prsent. Et aprs luy avoir fait voir le bon succez que Dieu vous
avoit donn contre le dict prince, et comme,  ceste heure, vous
dlibriez marcher droict  l'autre, et reprendre votre chemin vers
votre camp, y menant le renfort que vous aviez prpar contre cestuy
cy, avec esprance que Dieu vous feroit avoir bien tost la raison de
ceulx qui, sans rayson, s'estoient eslevez en votre royaulme, je la
suppliay qu'elle ne voult participer  une si mauvaise entreprinse,
et si contraire  l'authorit des Roys, comme estoient celles qu'ilz
poursuyvoient, luy remonstrant assez rondemant, sans excder toutes
foys la forme des gracieulx et privez propos, qu'il luy plaisoit me
tenir, que, si elle condescendoit  leur bailler quelque apparant
secours, ny mesmes leur prester aulcung support, que, oultre la
contrevention qu'elle feroit aulx trettez de paix, elle seroit en
danger d'estre par tous les roys chrestiens estime une Royne allie
de ceulx qu'ilz repputent dsobissans  leur Roy, et vous feroit,
Sire, qui estes son amy, devenir, possible, son ennemy. Dont
m'assurant qu'elle voudroit esviter l'ung et l'autre, je la supplioys,
de rechef, de ne prendre aucunemant le party de ceulx cy, et
qu'encores feroit elle mieulx, si elle vouloit prendre le vtre, qui
estis son alli et confdr, contre ceulx qui n'eurent oncques ny
alliance ny confdration avecques elle, ny n'en pouvoient avoir, de
pays  pays, car ilz n'avoient point de pays, ny de personne 
personne, car sa grandeur estoit assez diffrante de leur qualit, l
o elle avoit desj l'ung avecques vous; et adjouxtay qu'elle y
pouvoit encores avoir l'autre avecques ce, qu'elle commanceroit par
l une loy, avec ung tel alli comme vous luy estes, qui pourroit, ung
jour, tourner plus  son dommage qu'au vtre, si jamais les troubles
advenoient en son royaulme.

Elle me respondit que, pour le regard du prince d'Orange, Dieu l'avoit
justement puny, car il n'avoit aucung raisonnable tiltre, de son chef,
d'entrer,  main arme, en France, n'estant point Franois; et puys
qu'il s'en estoit retourn en Allemaigne, que jamais n'i peult il pour
semblable occasion revenir, me demandant assez curieusement si aviez
dress nouvelle arme contre luy, ou si avez est contraint de faire
approcher celle de Monsieur, frre de Votre Magest, et que cependant
le prince de Cond en eust est d'autant soulag; aussi par quelles
forces vous avez faict combatre le dict prince d'Orange, qu'il en eust
est contraint d'ainsi s'en aller;  quoy luy ayant satisfaict, comme
je le pouvois entendre, elle continua me dire que, quant  prendre le
party de leur entreprinse, qu'elle n'avoit rien en si grand horreur,
en ce monde, que de voir ung corps s'esmouvoir contre sa teste; et
qu'elle n'avoit garde de s'adjoindre  ung tel monstre, me pryant de
vous escripre, et  la Royne, que vous la trouveriez ferme en la bonne
amyti et confdration qu'elle avoit avecques Voz Magestez, et
qu'elle ne se dclaireroit, ny ne se montreroit contraire  rien
qu'elle cognt torner au prjudice de voz intantions. Bien vous
vouloit advertir que l o elle entendroit se faire quelque partye
contre la relligion de la quelle elle est, qu'elle estoit dj
dclaire pour la deffence d'icelle, et de prvenir, par toutz les
moyens que Dieu luy avoit donnez, le danger, qu'elle et ses subjectz
en pourroient encourir.

Je luy reppliquay qu'on luy pourroit, possible, persuader l dessus
beaucoup de choses, pour le regard de la France, sur l'inpression
qu'elle avoit desj d'aulcungs particuliers, ainsi que l'ambassadeur
d'Espaigne me l'avoit dict, l'ayant ainsi comprins en la dernire
audience, qu'elle luy avoit donne, o elle luy avoit faict mencion de
messieurs de Guyse comme de ses ennemys, et de ceulx de Chatillon
comme de ses amys: sur quoy je luy voulois bien dire qu'elle ne
debvoit considrer les ungs ny les autres, que comme voz subjectz, et
que l o il estoit question de l'entretnemant des tretts d'entre
Voz Magestez, elle ne debvoit mettre en aulcung compte, ny leur
amyti, ny leur ayne, et se fier tant en votre amytiez, que vous
garderiez toutjour que nul de voz subjectz ne l'offenceroit; et quant
il le feroit, et qu'elle vous en fist demander justice, que vous
seriez toujour prest de la luy rendre, et que, si ces seigneurs
avoient quelque querelle entre eulx, vous seul, Sire, en debviez
demeurer l'arbitre, estant leur Maitre et leur Roy, sans qu'ilz
recourussent  nul autre prince, ny que nul autre prince les det
recepvoir, et que vous ne prtendiez, par ceste guerre, rien de
particulier pour les ungs, ny rien contre les autres, ny autre chose
quelconque que de recouvrer l'obyssance de voz subjectz, et remtre
votre royaulme en repos.

A cella la dicte Dame me respondit qu'elle n'avoit nomm ny ceulx de
Guyse, ny ceulx de Chatillon,  l'ambassadeur d'Espaigne, mais que,
possible, il l'avoit ainsi comprins de son dire, et me rcita au long
les propos qu'ilz avoient heu ensemble: puis, continua me dire qu'elle
ne craignoit les ungs ny n'esproit aulx autres, bien qu'elle savoit
les diffrentes volontez qu'ilz avoient envers elle, et puys que Votre
Magest ne cherchoit par ceste guerre que de ravoir l'obyssance de
voz subjectz, elle prioyt Dieu de vous donner tout bon et heureulx
succez en votre entreprinse, estimant qu'elle feroit contre sa
conscience de vous y nuyre, et que Dieu la pourroit justement punyr
par l o elle auroit offenc.

Or, Sire, le docteur Junyus, qui estoit icy pour le comte Palatin, et
les messaigers du duc de Deux Pontz et du prince d'Orange, s'en sont
retournez, et je prsume qu'ilz ont rapport une semblable rsolution
que j'ay heue  ceste audiance; c'est que ceste Royne ne se dclarera
ouvertemant contre Votre Magest, ny contre le Roi d'Espaigne, mais
que s'il se faict ligue contre sa relligion, elle entrera volontiers 
la deffence d'icelle. Tant y a que ce n'a est peu,  eulx et au
conseiller Cavaignes, d'avoir peu persuader  la dite Dame d'ozer
mettre la main sur ces rales d'Espaigne, car la somme,  ce que
j'entendz, est de plus de 450,000 ducatz, et l'ambassadeur d'Espaigne
s'en va demain, pour ceste occasion,  Antoncourt; remettant, Sire, 
ce gentilhomme, prsent pourteur, vous faire entendre toutes autres
particularitez concernans icy votre service, et je prieray Dieu, etc.

     De Londres ce XXVIIIe de dcembre 1568.


J'ay est en peyne de savoir de quoy ceulx cy avoient est fachs
despuis cinq jours, et cuydois qu'ilz heussent heu nouvelles de
quelque autre deffaicte de ceulx de leur relligion en France, mais
j'ay sceu, ce mattin, que c'estoit pour ung navyre qui, sur le crdit
de ceste Royne, avoit est naguyres charg d'ung grand nombre de
pouldres et de corseletz, en Anvers, pour le conduyre, comme on m'a
dict,  la Rochelle, et qu'il est venu fondre en certains sables, qui
sont  trois lieues de Douvres, d'o l'on n'a peu rien retirer que
quelque tonneau de corseletz, et toutes les poudres ont est gastes
et perdues.


     A LA ROYNE.

Madame, il vous plaira voir, par les lettres du Roy, aucunes bonnes
responces, que ceste Royne m'a faictes en ma dernire audiance,
n'ayant point cognu qu'elle, ny ceulx de son conseil ayent, pour ceste
heure, l'intention contraire  ce qu'elle m'a dict, bien est vray
qu'elle est toujours en souspeon que ceste guerre soyt entreprinse
contre sa religion, et qu'il y ait ligue faicte pour cella, dont dict
ouvertemant qu'elle est preste de se dclarer, aussitt qu'elle en
aura cognoissance. J'ay mis peyne de l'assurer du contraire, et me
semble qu'elle a assez bien prins mes remonstrances. Au reste, je luy
ay dict que Voz Magestez luy saviez un grand gr, du regrt qu'elle
monstroit avoir  la mort de la Royne votre fille, et de ce qu'elle
luy vouloit faire clbrer ses honneurs o me commandiez d'assister,
de tant qu'elle avoit est soeur de l'ung et fille de l'autre; dont la
prioys que, quant les dicts honneurs se feroient, je ne fusse obly.
Elle m'a respondu que toute la chrtiennet avoit occasion de pleurer
ceste princesse, ayant, par une dame angloyse de la comtesse de Feria,
qui est naguyres venue d'Espaigne, ouy avec larmes rciter tant de
bien de ses grandes vertuz, qu'elle croyoit fermement qu'elle estoit
ung trs clair ange au ciel, ainsi qu'elle avoit vescu une trs
saincte Royne en la terre, et me prioyt fort expressment vous
escripre qu'il y avoit plus d'ung mois qu'elle avoit comand l'ordre
des dicts obsques, mais que l'ambassadeur d'Espaigne luy avoit
seulement monstr une lettre de secrtaire soubz signe  la vrit
_Yo el Rey_, o l'on luy faisoit ung article de la mort de la dicte
Dame, et qu'il het  la luy notiffier; sur quoy elle avoit dict au
dict ambassadeur que la coustume estoit de faire entendre ung tel
accidant par lettre expresse, ou mesmes par gentilhomme exprs. Luy
ayant le dict ambassadeur respondu qu'il estimoit que le duc d'Alve
het desj la dicte lettre en ses mains, elle luy reppliqua en riant
que, possible, le Roy d'Espaigne ne luy avoit voulu escripre, ou bien
le duc avoit retenu la lettre, estimant qu'il n'estoit bien dcent
que, si tost aprs la mort de la Royne sa femme, le dict Roy
d'Espaigne envoyt lettres  une fille  marier comme elle estoit,
mais qu'elle attandroit encores quelques jours, et, quant les dicts
obsques se feroient, j'en serois adverty. Je la remerciay, et
adjouxtay seulement, que le dict Roy Catholique estoit encores assez
jeune pour uzer une quatrime femme.

Puis, pour la fin de mon audiance, je luy recommanday, de la part de
Voz Magestez, la personne et les affaires de la Royne d'Escoce avec
quelque mercyement de la peyne qu'elle avoyt prins d'y faire vacquer
toutz ces jours son conseil, et y vacquer elle mesme, adjouxtant
davantaige, ainsi que l'vesque de Ros m'avoit pry de faire, que Voz
Magestez la supplys de luy donner bien tost le secours qu'elle luy
avoit promis, pour la remettre en son estat, et que, quant vous
verriez que celuy l luy deffaudroit, qu'encores parmy les grandz
affaires o vous estes, Voz Magestez s'efforceront de luy en bailler.
Elle m'a respondu qu'elle avoit advis de faire entendre  la dicte
Dame tout ce qui avoit est faict en ses affaires jusques icy, et ce
que les seigneurs d'Escoce avoient propos contre elle, et attandre l
dessus sa responce pour faire, puys aprs, tout ce qu'elle pourroit
en bonne consciance au bien et proffit de la dicte Dame, et qu'il n'y
avoit personne, souz le ciel, qui heust tant de soing de la personne,
de l'estat et de la rputation d'elle, qu'elle avoit, estant de son
sang et sa niepce, et qu'elle avoit de bon cueur obly toutes les
querelles, qui avoient est entre elles, n'ayant garde de s'en venger
maintenant qu'elle estoit venue  recours en son royaulme, et feroit
plus pour elle que si elle estoit ailleurs, et donroit ordre qu'elle
n'auroit besoing d'autre secours que du sien, et que toute la
procdure seroit communique  Voz Magestez, et autres princes
chrtiens, et esproit qu'elle seroit approuve de toutz. Je vous
envoye ce que j'ay pu recouvrer de la dicte procdure, et entendrs,
s'il vous plait, plus amplement de ce faict et autres particularitez
de de par ce gentilhomme, prsent pourteur, qu' cest effect
j'envoye exprs devers Votre Majest,  la quelle, etc.

     De Londres ce XXVIIIe de dcembre 1568.


LETTRE SECRTE.

Madame, encor que ceste lettre soyt ung peu longue et mal escripte, je
vous suplye nanmoins la lire entirement, et  part, estimant qu'il
suffira que Votre Magest voye ce qui y est contenu, et que, sur ce
que je demande avoir advis, vous seule me le donniez. L'ambassadeur
d'Espaigne, qui est icy, m'a dict avoir eu lettres de Vienne, de Mr.
de Chantonay, d'assez vieille datte, par les quelles il luy mande que
l'Empereur avoit gracieusement licenci le Sr. de Montmoryn, avec
dmonstration d'avoir bien prins, et receu  bien grand honneur, ce
que le Roy luy avoit faict entendre de son bon desir envers sa fille
aisne, pour l'avoir en mariage, et de vouloir  cest effect luy
envoyer ses ambassadeurs pour la demande. A quoy toutes fois il
n'avoit faict entire responce, ains avoit remis au Roy Catholique, et
 son frre l'archiduc Carlos, qui l'alloit trouver, de la fre, et de
rsouldre en Espaigne ceste affaire, quant ilz seroient ensemble. Et
adjouxtoit le dict Sr. Chantonnay que le dict Sr. Empereur n'estimoit
rien moings que d'avoir donn ses deux filz aisns, et encores plus
expressment sa fille aisne, au dict Roy Catholique, pour en ordonner
 son plaisir, et qu'il tenoit comme assur que ses dicts deux filz
espouseront les deux infantes d'Espaigne, dont ceste grande succession
seroit pour leur advenir quelque fois; et disoit aussi que le mariage
de l'archiduc Carlos avecques la princesse de Portugal se feroit pour
demeurer toutz deux gouverneurs en Espaigne, pendant que le Roy
Catholique viendroit en Flandres establir ses affres, et effectuer
les autres mariages, et qu'il estoit le plus  propos du monde que le
Roy espoust la segonde[39] de l'Empereur, estant les ges bien
convenables, affin que l'alliance et bonne intelligence de ces trois
grands princes se continut au bien de la chrtiennet, voulant,  mon
advis, infrer que l'aisne estoit desdye ailleurs. J'ay rpondu que
je ne savois quelle charge avoit eu le Sr. de Monmorin devers
l'Empereur, mais que si le Roy avoit demand la fille aisne en
mariage, l'on pouvoit penser que ce n'avoit est, sans qu'il y het
quelque affection, et qu'il estoit bien mal ays de la luy faire
changer.

  [39] Anne, fille ane de l'empereur Maximilien II, tait alors
  promise  don Carlos: elle a pous Philippe II. lisabeth, sa
  seconde fille, ne en 1554, fut en effet marie  Charles IX le
  26 novembre 1570.

Environ cinq ou six jours aprs, l'ambassadeur de Portugal me vint
visiter, et, entre ses autres propos, il me dit que le Roy don
Philippe, et la Royne de Portugal sa tante, avoient trouv moyen de
faire escripre un brief au cardinal de Portugal, par le quel le pape
luy mandoit qu'il et  se dporter de l'administration du royaume de
Portugal, et laysser ces choses sculires aux sculiers pour
s'astreindre et vacquer  celles de son vesch, et aux charges
spirituelles du royaume, ce qu'il avoit faict pour l'esloigner du Roy,
son petit nepveu, qui l'aymoit et honoroit grandement, affin de
disposer, puys aprs, de luy et de son estat  leur volont, et
principalement pour le marier  leur poste, s'estant le cardinal
toujours oppos au party que la grand mre, la mre et le dict Roy
Catholique luy avoient pourchass de la segonde de l'Empereur, pour
entendre  celluy de Madame[40], et avoit tir l'affection de tous les
subjectz  son opinion, et que, pendant que le cardinal estoit encores
 se rsouldre s'il se debvoit retirer ou non, parce que les estatz du
pas estoient sur le point d'envoyer suplier le pape de luy permtre
la dicte administration jusques  ce que le Roy, son nepveu, soyt en
ge de l'exercer par luy mesmes, me remonstroit le dict ambassadeur
que, si Votre Magest vouloit effectuer ce party de son Maitre pour
Madame, comme il en avoit desj parl, qu'il estoit temps que le
propos s'en remt sus, et qu'il fust poursuyvy ung peu chaudemant;
car, si l'occasion prsente de l'authorit et bonne affection du
cardinal se passoit, et que ce prince revnt ez mains de la grand
mre, il estoit danger de ne s'effectuer jamais, et que sur ce je
vous voulusse faire promptement une dpesche. Je luy rpondis, aprs
le mercyement de sa bonne voulont, que Votre Magest avoit toujour
beaucoup estim le party du Roy son Maitre, mais qu'il savoit bien
que l'advantaige estoit deu aux dames de n'aller point requrir, ains
qu'on vnt devers elles pour estre requises, par ainsi failloit que
cecy comment de leur cost. Il me reppliqua qu'ilz avoient dj
parl, et, s'ilz estoient assurez de votre volont, qu'il avoit
opynion qu'on continueroit, et que si je luy en pouvois faire entendre
quelque mot avant son retour, il en solliciteroit sur le lieu si
vivement les affres que bien tost vous en orriez des nouvelles, et
que, pour ceste occasion, il laisseroit aller ceste premire flotte de
navyres, o il avoit dlibr s'embarquer, pour temporiser la responce
de ce ngoce, jusques  la my janvier que les navyres vnitiens
partiroient. Je luy promis que je vous en escriprois, mais, s'il n'en
avoit sitt responce comme il desiroit, qu'il vous excust sur voz
autres prsans et plus urgens empeschemans,  quoy il ne se peut tenir
qu'il n'adjouxtt que, sur une telle matire et en telle conjonction
comme se retrouvoit  prsent le Roy, son Maitre, et son royaulme,
l'on ne debvoit uzer de dlay. Car le temps pouvoit si bien enpourter
l'occasion qu'elle ne reviendroit, possible, jamais plus.

  [40] Marguerite, fille de Henri II, qui fut marie au roi de
  Navarre, depuis Henri IV. Lorsque Sbastien, alors roi de
  Portugal, fut tu dans son expdition d'Afrique le 4 aot 1578,
  il tait g de vingt-quatre ans, et n'tait pas encore mari. Le
  cardinal Henri, son oncle, lui succda.

Despuys, est venu le susdict ambassadeur d'Espaigne traitter avecques
moy de ce qui pouvoit concerner, icy, le service commung de noz
maitres, et m'a mis en avant deux choses, les quelles il estime bien
importantes, et quasi ncessaires  la chrtiennet: l'une est que, ne
cognoissant,  ce qu'il dict, aucung plus grand hrtique, en ce
monde, ny plus adversaire de la relligion catholique qu'est Me.
Cecile, qu'il est besoing que, de mon cost, au nom de Voz Magestez
Trs Chrtiennes, comme aussi, luy du sien, au nom du Roy Catholique,
travaillions de luy faire perdre ce lieu, ceste faveur et crdit,
qu'il a auprs de la Royne, sa mtresse. A quoy j'ay rpondu que je
seray toujour prest de servir  la cause de la religion catholique, en
tout ce qu'il me sera possible, et que failloit regarder par o l'on
commanceroit ceste besoigne; car la dicte Dame avoit uniquement commis
tous ses affres au dit Cecile, et que difficilement ung prince
vouloit changer d'ung tel priv ministre, quant il s'en trouvoit bien.
Il m'a rpliqu que dj il avoit comanc d'y donner une bonne main,
ayant procur qu'une partie de ses affaires s'expdie par autre
secrtaire que par luy, et que je n'obliasse de frapper mon coup,
quant j'en verray la comodit.

La segonde particularit est, que, si Voz Magestez Trs Chrestiennes
et Catholique vous accords de remonstrer vivemant  ceste Royne une
conjoincte rsolution d'interdire  ses subjectz tout traficque et
commerce en France, Flandres et Espaigne, s'ilz ne reviennent  la
religion catholique et  l'obyssance de l'glise romayne, la dicte
Dame sera contrainte d'y rduire elle et son royaume, d'autant que
toutz les deniers de son estat sont prins sur les entres, et yssues
des marchandises de ce royaume, et le principal revenu des seigneurs
et gentilshommes est en choses qui se transportent dehors, et celle du
peuple en manifactures et trafficqs, quoy cessant, sera impossible 
ses subjectz de se maintenir, dont estant les catholiques encores en
plus grand nombre dans le pays que les autres, ilz contraindront, par
la force de cette ncessit, tout le royaume de retourner  la
religion catholique, et que dj il en avoit escript bien chaudement
au Roy Catholique, son Maitre, du quel il esproit avoir responce du
premier jour, et ne seroit,  son advis, sans qu'il vous ft quelque
instance de me commander d'intervenir, et me joindre avecques luy, son
ambassadeur, pour en faire conjoinctement la dclaration requise 
ceste Royne, m'adjouxtant que, mesmes, il faudra que je parle le
premier, d'environ huict jours, devant luy, affin qu'il soyt veu
traitter ung peu moins rudement que moy ceste princesse,  cause de la
plus estroicte alliance que son Maistre a avecques elle; mais qu'il
viendra aprs confirmer de telle sorte la besoigne qu'elle sera
contrainte d'obyr. Je luy ay rpondu que je l'escriprois  Voz
Magestez affin d'avoir sur ce votre commandement, et que d'autres
personnes de bon entendement m'en avoient dj parl, comme  la
vrit, Madame, aucungs Italiens m'ont faict une si expresse
dmonstration l dessus qu'il semble n'estre sans apparant fondement.

Votre Magest considrera ces quatre choses, dont les deux premires
qui concernent les mariages, du Roy et de Madame, vous atouchent de si
prez que je desire que la conclusion vous en demeure toujours en la
main, sans permettre que nul autre prince s'en empare tant qu'il le
puysse manyer  sa discrtion; car pouvez penser que nul, si non vous,
la mesnagera, sans y considrer son proffit, et sans y observer ses
heures, et ses momentz, pour s'en authoriser, luy et ses affres, au
monde, sans se soucyer beaucoup comant les vtres, et ceulx du Roy, et
de Messeigneurs voz enfans, aillent; et, possible, en vous attendant
d'effectuer ung party, vous perdrs les deux, dont sera bon d'en avoir
si certaynes et pressantes ares qu'on ne vous y puisse plus uzer de
desfaictes et remises.

Touchant  Me. Cecile, l'on dict,  la vrit, qu'il est fort passion
pour la nouvelle religion, et qu'il seroit bon qu'ung plus modr tnt
ce lieu prez de sa Maitresse; mais je ne voy pas qu'il soyt ais de
l'en oster, avec ce, qu'on m'a dict, qu'il dissuade la guerre de
France  sa Maitresse, et est bien fort uny avec le comte de Leyster,
qui faict profession de vous estre tout serviteur.

Quant  deffendre aux Anglois le traficque en France, il semble qu'il
sera bon que le Roy Catholique face ceste ouverture de le leur
interdire, premirement, en Flandres et en Espaigne, parce qu'ilz ont
l leur plus grand commerce, et, si l'on void que cella serve 
remettre la religion catholique en ce royaulme, Voz Magestez en
feroient, incontinent aprs, faire leur dclaration; car, de commancer
en votre nom, cela pourroit divertir tout le traficque, que ceulx cy
ont en votre royaulme, pour le transporter ailleurs, qui est,  ce que
j'entendz, de plus de deux millions d'or de proffit, touz les ans, et
si, n'auriez, possible, rien advanc pour la relligion catholique.
Encores sera il bon de regarder si conjointement vous en debvez faire
la dicte dclaration avec le Roy Catholique; car il y a si estroicte
alliance de ceste princesse avecques lui, et entre leurs pays, qu'ilz
s'accorderont toujours aysemant, et le Roy demeureroit, possible,
seul intress. Mais Votre Magest me commandera son intention sur le
tout, et je mtray peyne de la suyvre si exactement qu'elle cognoistra
que je n'ay rien en la mienne qu'ung parfaict desir de trez humblement
vous obyr.

Ce gentilhomme, prsent pourteur, est certain et fidelle et si secrt
que luy pouvez commettre tout ce qu'il vous plaira, mesmes ce que
j'auray  dire  l'ambassadeur de Portugal, qui me presse de
respondre. Sur ce je prye Dieu, etc.

     De Londres ce XXVIIIe de dcembre 1568.


Despuis la prsente escripte, le susdict ambassadeur de Portugal m'est
venu retrouver, avec une lettre qu'il a fraichement receue de
Lisbonne, du XIIIIe du pass, en la quelle il m'a faict voir ung
article qui contient que le Roy, son Maitre, s'en alloit  Almerin,
affin d'y attandre et recepvoir le comte de Feria, que le Roy
Catholique y envoyoit pour remtre en bon mesnage le dict Roy de
Portugal et la Royne sa grand mre, qui se pourtoient comme mal
contans, l'ung envers l'autre,  cause du mariage du Roy, qu'elle a
tousjour procur le faire en la maison d'Hongrie, l o il le veut,
avec l'approbation du cardinal son oncle, et de tout son peuple, de la
mayson de France; et que les estatz de Portugal seroient bien tt
convoques pour le marier  la voix et contantement des subjectz: dont
l'ambassadeur m'a, de rechef, bien expressment encharg d'envoyer
incontinent vers Votre Magest pour avoir, dans le XVe de janvyer,
qu'il faict estat de partir, ung mot de votre intantion sur le dict
mariage.


MMOIRE BAILL AU DICT Sr. DE VASSAL.

Plra  Leurs Magestez entendre du cost d'Angleterre;

Que le Sr. de La Mothe a mis toute la peyne et dilligence qu'il a peu
de savoir si ceste Royne se dclareroit pour le prince de Cond, ou
qu'est ce qu'elle feroit en sa faveur, mais il n'a peu, encores,
descouvrir qu'elle, ny ceulx de son conseil, ayent intantion de se
dclarer, pour ceste heure, ouvertement contre le Roy; car elle fait
semblant, en toutes ses parolles et dmonstrations, de vouloir
fermemant persvrer en la paix qu'elle a avecques Sa Magest;

Que le comte de Lestre, s'estant tenu pour fort honor de ce que le
Roy et la Royne luy ont envoy de leurs lettres, a assur au dit Sr.
de La Mothe que sa Maitresse estoit fort bien dispose 
l'entretnement de la dicte paix, et qu'il mettroit toute la peyne
qu'il pourrait de l'y continuer, comme,  la vrit, luy, et ceulx qui
gouvernent, ne la veulent mettre en guerre, et, d'elle mesmes, elle
est bien fort timide, et refuyt toute occasion d'ennuy et de despence;

Mestre Cecile a dict au Sr. de La Mothe, que le Roy ne debvoit trouver
mauvais si la Royne, sa Maitresse, recepvoit ceulx qui fuyoient
d'ailleurs persecuts pour la mesme relligion, dont elle, et tout son
royaume, faisoit profession, et, qu'au reste, elle ne feroit rien de
quoy le Roy peult estre offenc;

Aulcungs des plus grands de ce royaume ont dict qu'ilz avoient pens
qu'en ceste gnrale convocation de la noblesse du pays, l'on leur
proposeroit quelque chose de la guerre de France; mais il ne leur en a
est faict aucune mencion, et semble que le desir qu'ilz ont du repos,
et le peu de moyens d'entreprendre la guerre, les fera persvrer en
la paix, dont ne s'y faict autre prparatif, que ce qui a est mand 
Leurs Majests;

Tant y a qu'estans, les trois principaulx qui manyent les affaires de
ce royaume, de la nouvelle relligion, il se void clairemant qu'ilz
persuadent la dicte Dame de porter toute la faveur et support que,
sans se dclairer, elle peult  l'entreprise du dict prince;

Ensemble qu'ilz ayent tant faict, avec l'ayde du cardinal de
Chatillon, que le conseiller Cavagnies, et le docteur Junyus, et les
dputs du duc de Deux Ponts, et du prince d'Orange, ayent enfin
obtenu une secrte dclaration de la dicte Dame, qu'elle sera en ligue
avec Leurs Majests pour la commune deffence de la dicte relligion,
tant en France, Flandres, que ailleurs, et n'est sans apparence
qu'elle y soit aussi pour la deffence de la Basse Germanie de
l'oppression qu'ilz disent que les Espaignolz y font.

Il s'entend, nanmoins, qu'elle n'interviendra point plus apertemant
qu'elle est  ceste heure, en la dicte ligue, sinon qu'il se
descouvrt ligue contraire, patante et dclaire, des princes
catholiques, contre leur dicte relligion, auquel cas, l'on employera
lors, ouvertement, son nom en ceste cy.

Et cepandant ont obtenu, pour ne laysser succomber lesdictz princes,
et affin qu'ilz puyssent maintenir ceste guerre, laquelle ilz disent
estre contre leur relligion, quoy qu'on luy veuille donner autre
tiltre, que la dicte Dame leur prestera la faveur et support de son
pays et de ses ports, sans violer toutesfois la paix de France et
d'Espaigne.

Ainsi, ont dj procur que, par son visadmiral Me. Oynter, elle ayt
envoy au prince de Cond les six canons, dont le Roy est adverty, et
ung nombre de poudres, pics, pailes et autres munitions de guerre, en
baillant touteffois caution de rendre lesdictz canons et de payer le
demeurant;

Et qu'elle l'ait aussi, soubz mesmes caution de remboursemant,
accomod de sept mille livres esterlin, montant envyron XXV mille
escuz, qu'elle avoit mand mtre ez mains de Me. Grassan, son facteur,
pour aulcungs siens secrtes affres, laquelle some l'on estime avoir
est l employe.

Ont aussi obtenu qu'on achveroit de payer les XXXII ou XXXIII mille
livres esterlin, revenantes  cent dix mille escuz, que les glizes
d'Angleterre avoient cy devant ottroy, par cong de la dicte Dame,
pour faire gens en Allemaigne en faveur de ceux de la nouvelle
relligion, dont il restoit  lever envyron ung tiers, et que les
prinses, et pilleries, que lesdictz de la nouvelle relligion feront
sur mer, abordant par de ne seront en effect empesches, affin
d'employer ce qui en proviendra  l'entretnemant de ceste guerre,
bien qu'en apparance, l'on baillera provision de justice au contraire.

Ainsi, qu'ilz ont permis  Chatellier Portault d'uzer  son plaisir
des prinses qu'il avoit faictes. Et fraischemant,  ung pirate
anglois, nomm Aman, et  des Franois qui estoient avecques luy, a
est permis le semblable d'ung grand navyre de Marseille, charg de
beaucoup de riches marchandises, apartenant aux sujets du Roy
Catholique, qu'ilz ont prins, en venant d'Anvers, et men  Anthonne:
la dicte Dame,  la requte du dict Sr. de La Mothe et de
l'ambassadeur d'Espaigne, avoit escript aux officiers de la justice,
qui l'avoient desj arrest, de le faire rendre  ceulx  qui il
apartenoit, mais secrtement il a est mand de laisser aller le
pirate, avec le navyre et marchandises, pour l'aller dbiter ailleurs.

Ils ont aussi procur de faire faire la saysie de cinq navyres
biscayns, qui pourtoient d'Espaigne en Flandres environ cinq cent
cinquante mille ducats de rales, et ont regrt qu'autres trois
navyres, qui estoient venuz de mesme compaignie, et avoient aussi
abord parde n'ont est arrests, qui pourtoient autre somme
d'envyron trois cent mille ducats de rales, et sont aprs  vriffier
que lesdicts deniers viennent par voye de marchands, affin que la
dicte Dame les puysse prendre pour ses affaires, en payant l'intrest.

Il y a quelque secret advis qu'on a mand aus ports et hvres de de
d'arrester tous les navyres et marchandises des Bretons et Normands,
qui y aborderont, jusques  la valleur et concurrance de certaines
prinses, qu'aucungs Anglois et Irlandois se pleignent leur avoir est
faictes par ceulx de Croisy et autres Franois, et dont ils n'ont peu
avoir justice en France.

Et avoient aussy est arrestez de de plusieurs navires franois,
plus de six sempmaines a, qui n'avoient que le seul lestaige, et
alloient cercher affret, dont ceulx, qui estoient conduicts par gens
de la nouvelle relligion, ont est touts relachs, mais ceulx des
catholiques sont encores en arrest.

Est  craindre que lesdicts Anglois procderont encores plus
insolentemant sur mer, tant contre les subjects du Roy que contre
ceulx du Roy d'Espaigne, aprs que leurs deux flottes de Bourdeaux
seront de retour, qui sont de LX ou LXX navyres chascune, dont est 
considrer s'il sera bon d'arrester lesdictes flottes par del jusques
 ce qu'on aura prins plus grande seurt d'iceulx Anglois, ou qu'on
aura faict parler plus clairement leur Royne, sans touttefois leur
porter aulcuns dommaiges, ny pillier rien du leur.

Il semble qu'on a est, icy, assez en suspens de l'arme du duc
d'Alve, tant qu'il l'a tenue en estat, despuis le partement du prince
d'Orange, et se sont rjouys qu'il l'ayt dpartye, dont semble que, si
le dict duc tenoit quelque forme de camp, ou qu'il ft semblant de le
vouloir dresser, que cella contiendroit assez ceulx cy de ne se
dclairer si avant qu'ilz font.

Il est certain que la dicte Dame et ceulx de son conseil sentent
quelque mouvemant dans l'affection d'une partie des subjectz de ce
royaume pour le faict de la religion, et que les catholiques, dont y a
grand nombre, mesmes de la noblesse, aspirent au recouvrement de la
religion catholique, et semble que l'ambition poussera en avant
l'entreprinse de tant que les principaux seigneurs, qui sont
catholiques, supportent fort difficilement que tout le gouvernement
soyt ez mains d'aucungs, qui sont assez nouveaulx et de petite
qualit, et toutz de la nouvelle relligion.

Et cecy se descouvre bien fort en la cause de la Royne d'Escoce, que
les catholiques portent et favorisent tout ouvertement, autant qu'il
leur est possible, et les autres monstrent estre ses contraires, dont
en fin son faict va tumber en la division de la relligion.

Et de tant qu'on ouyoit les ungs et les autres en parler assez hault
et bien fort librement en ceste ville, il a est escript au maire
d'advertir ceulx qui tiennent les principales tables, o se faict la
plus grande assamble de gens de qualit en ceste ville, qu'ilz
n'ayent  y recepvoir aulcungs de qui ilz ne veuillent respondre,
qu'ilz les reprsenteront pour estre examins sur les propos qu'ilz
tiendront de la Royne et de ceulx de son conseil, soit d'Escoce, ou de
la religion, ou autres matires d'importance.

Et,  ce Nol, l'on est all par les maisons semondre les gens d'aller
au service et presches, qui se faisoient en leurs glizes, ce qui
n'estoit acoustum de faire.

L'on verra l'estat o sont  present les affaires de la Royne d'Escoce
par la remonstrance que ses depputez ont prsent  ceste Royne, et
par la response qu'elle leur a faicte; dont l'un et l'autre sont
envoys par la prsente dpesche.

Le faict de la dicte Dame iroit plus mal sans le support du duc de
Norfoc et du comte d'Arondel, qui, oultre ce qu'ilz ont remonstr
vifvement les droicts de ceste princesse en ceste confrance, ilz ont
encores reprsent  la Royne, leur Maitresse, qu'en laissant opprimer
ceste princesse  ses subjects, elle prparait contre elle ung mauvais
exemple aux siens.

La garde de la personne de la dicte Dame a est reffuse au comte de
Hontinton, comme suspect  elle, et a est commise au comte de
Cheirosbery, grand seigneur vers le nord et bon catholique, et  qui
aussy le chateau de Thitbery, o l'on a ordonn de la remuer,
apartient en propre.

Tous les Escouois, qui sont ici, ont est arrestez, mesmes le duc de
Chatelleraut et le comte de Mora, jusques  ce qu'on aura notiffi 
la dicte Royne d'Escoce toute la procdure qui a est faicte jusques
icy, et qu'on aura heu sa responce, de quoy le comte de Mora monstre
n'estre contant.

L'vesque de Ross estime qu'il feroit grand bien  la dicte Dame que
Leurs Majestez escripvissent  ceste Royne quelques bonnes lettres de
recommandation et de mercyemant pour la peyne qu'elle a prins de
vacquer et faire vacquer son conseil  l'expdition des affaires de la
dicte Dame, la pryant d'y mettre bientt une bonne fin, de peur qu'il
ne surviengne quelque inconvniant  la personne et  l'estat de ceste
princesse, se voyant si long temps dtenue o elle est, et si long
temps absante de son royaulme, et que, quant le secours que la dicte
Royne d'Angleterre luy a promis lui deffaudroit, que Leurs Majestez
s'esforceront, parmy leurs grandes affres, de luy bailler le leur.


  PROPOSITION DE L'VESQUE DE ROSS, et autres depputez de la Royne
    d'Escoce, baille, par escript, en langaige escouois,  la
    Royne d'Angleterre, et traduicte, comme l'on a peu, en
    franois.

  Plaise  Votre Majest combien qu'en notre rplique, faicte 
  Yorc, contre la fainte et controuve responce du comte de Mora et
  ses adhrans, ayans esgard  la charit et  la clmance de
  laquelle la Royne, notre Maitresse, se dlibroit d'uzer envers
  eulx, nonobstant leur dloyaut et forfaicts, pensant en cela
  faire plaisir  Votre Majest, les voulant  votre instance runir
  au corps et reppublique de laquelle notre Maitresse et souverayne
  est chef, duquel s'estans par leurs trop diligentes, et subtiles,
  et fauces inventions sparez, ilz ne mritoient estre ouys ni
  receus; nous rpliquasmes, froidemant et doulcement, mais
  vritablement, sans railler ou les provoquer  injure quelconque,
  comme maintenant ils allguent injustement et sans occasion. Aprs
  cela il a pleu  Votre Majest, pour vous mieulx satisfaire  vous
  mesmes, et  celle fin que les causes de notre souveraine fussent
  mieulx entendues, de rvoquer la dicte confrance, icy, devant
  vous et tels de votre conseil priv qu'il a pleu  Votre Majest
  depputer pour ce faict; en prsence de qui nous avons exib une
  protestation par laquelle avons protest qu'on n'eust  toucher la
  couronne, estat, personne ny honneur de la Royne, notre Maitresse,
  et que n'entendions nullement procder judicialement: laquelle
  protestation a est par eulx admise et trouve raysonable. Mais
  l'usurpation est si proffondment enracine dedans le cueur du
  dict conte de Mora et des siens, et leur malice est tant endurcye
  et si grande, que, contre le debvoir naturellement deu  leur
  souverayne, par la libralit de qui ilz ont est toutz advancez
  et faictz grandz, et aussy contre leur protestation et la vraye
  intention de ceulx qui ont procur ceste confrance, ilz ont
  faucement advanc contre l'honneur de la noble personne de la
  dicte Royne, leur souveraine, pensant pner le droict et dignit
  de son estat et couronne, tendant jusques  la ruyne de son corps,
  par quoy eulx ayant perversement de leur part viol, rompu ceste
  confrance, et que la Royne notre Maitresse ne pourroit jamais cy
  aprs uzer de clmance envers eulx, comme aussy leurs indignitez
  le requirent, nous, pour notre part, en considration desdictes
  causes, avons juste occasion de rompre et dissoudre la dicte
  confrance. Et considr leurs injures et faon de procder, qui
  est intollrable, semant cy devant secrtement leurs fauces
  inventions et faulx scandalle contre l'honneur de notre
  Souverayne, et  prsent publiquement et dsesprmant, ne pouvant
  autrement trouver moyen de couvrir leurs excrables trahisons et
  malheureux actes, nous ne pouvons tant oblyer le debvoir que
  devons, premirement,  Dieu, et, aprs,  notre dicte Souveraine,
  que de laysser si lgrement passer leurs pernicieulx, dtestables
  faictz avecques silance. Mais d'autant que ceste cause touche de
  si prs  l'honneur et estat de la Royne, notre Maitresse, joint
  que nous avons exprs commandemant de Sa Majest que, en cas qu'il
  soit propos, icy, autre chose que ce qui a est expos  Yorc,
  qui touche  sa couronne, estat, personne et honneur, de demander
  que ce soyt votre plaisir que, d'autant que le dict comte de Mora
  et les autres rebelles ont dj obtenu prsence de Votre Majest
  et ont est admis devant voz commissaires pour calompnier son
  honneur, que le mesme soyt accord  Sa Majest. Par quoy
  humblemant, et affectionnement, desirons qu'il soyt permis 
  notre dicte Souveraine de venir, icy, en propre personne, pour, en
  votre prsence, devant toute votre noblesse, et aussy en prsence
  de toutz les ambassadeurs, rsidans icy en votre royaulme,
  dclairer son innocence, et aussi pour faire entendre  Votre
  Majest les faulxes inventions et calompnies de ses rebelles, pour
  la deffence de son honneur;  celle fin que Votre Majest, et tous
  autres princes, et bons subjects, ausquelz la cognoissance de
  ceste confrance pourroit parvenir, soient mieulx satisfaitz. Et
  nous ne dobtons que, par l'advis de votre plus honorable et plus
  sage conseil, Votre Majest ne nous accorde notre demande, veu que
  toute quit et raison requiert qu'il soit plus tt permis  Sa
  Majest (estant, comme en effect elle est, princesse libre, et
  qu'elle est venue en cestuy votre royaume sur la confiance que Sa
  Majest a heu qu'elle, qui est votre bonne seur et plus proche
  cousine du monde), de venir en prsence de Votre Majest pour
  dclarer son innocence, que d'avoir permis  sesdicts rebelles de
  faucemant calompnier son honneur en son absance. Nous desirons
  aussi, au surplus, que, puisque des rebelles ont entreprins de
  faucement et tmrayremant accuser Sa Majest contre le droict de
  Dieu et nature, elle estant leur Souveraine et Maitresse, que, par
  authorit de Votre Majest, ilz soient arrestez icy pour respondre
  aux crimes qui leur seront mis sus, et qu'il plaise  Votre
  Majest nous donner response, affin que, selon que notre devoir le
  commande, et que l'exprs commandement de Sa Majest le requiert,
  nous luy donnons advertissement de ce que nous sera respondu.


   CE QUE L'VESQUE DE ROS A COMPRINS, de la response de la Royne
     d'Angleterre, sur sa protestation baille en langaige escouois,
     et traduict en franois, comme l'on a peu.

     A Hantoncourt, le XVIe de dcembre 1568.

  Le sommaire de la response faicte par la Majest de la Royne
  d'Angleterre  l'vesque de Ros, lord Boyd, lord Heris et l'abb
  de Kylindin, en la prsence de Mr. le garde du grand scel, le duc
  de Norfoc, le marquis de Norhampton, le comte de Suesex, Bethford
  et Lestre, le Sr. Clinton admiral, et le lord Havard chamberlan,
  Sr. Guillaume Cecile chevalier, premier secrtaire, Sr. Raff
  Sadelle chevalier, chancelier de la duch de Lenclastre, et Sr.
  Vualter Videlmar chevalier, chancelier de l'eschiquier, a est que
  la requeste, par nous prsente  Sa Majest, tendoit  deux
  points:

  Le premier, qu'il fust permis  la Royne, notre Maitresse, venir,
  en personne, en prsence de la Majest de la Royne pour, l,
  pouvoir respondre  toutes et telles choses qui pourroient tre
  objectes  l'encontre d'elle;

  Le segond, que, s'il ne luy estoit permis ce faire, qu'il ne fust
  point permis d'entrer en plus grande confrance sur ce faict.

  La Majest de la Royne fit, adonc et dlors, response qu'elle
  pensoit plus convenable de rprouver les subjectz de la Royne pour
  leurs tmraires et audacieuses accusations faictes allencontre de
  leur Royne souverayne, chose qui ne conciste qu'en termes
  gnraulx, que de faire venir la dicte Royne par de pour
  respondre en personne. Ce faict, la Majest de la Royne commanda
  aux commissaires appeler par devers eulx le comte de Mora et sa
  compagnie, et les reprendre, bien et aigrement, de leurs
  audacieuses procdures, comme estans dloyaus et contraires au
  debvoir de bons et loyaux subjects, et que cella ne debvoit
  demeurer inpugny. Sur quoy, le dict comte et ses compaignons
  estans ainsi accusez a faict responce que, luy, ny aucung de sa
  compagnie, n'ont jamais rien procur contre l'honneur de leur
  Royne, mais que bien eulx estans notoiremant chargs par leurs
  adversaires de si grands et normes crimes, ilz n'ont peu et ne
  pouvoient moings fre, sans estre condempns et trouvs coupables
  injustement, suivant la protestation par eulx cy-devant faicte et
  exibe pour la descharge de leurs personnes, et estre purgs des
  crimes  eulx inposs, ayans est contraints contre leur voulont
  pour leur juste deffense que de faire ce qu'ilz ont faict. Et pour
  approbation du faict, ilz ont produict ausdicts commissaires de Sa
  Majest des choses grandes, et de grande apparance, et conformes
  aulx prsomptions et argumant du commung bruyt et rapport desdicts
  crimes inposs  ladicte Royne. Desquelles choses la Majest de la
  Royne, en ayant est advertie par ses commissaires, les a en
  grande admiration  son trs grand regrt, ne pensant jamais ouyr
  telles choses, et en si grand nombre allencontre d'elle. Et
  partant doncques, considrant qu'ilz estoient venuz pour avoir
  plus oultre responce, Sa Majest a dict qu'ilz auroient une
  response rsolutive en ceste sorte, que Sa Majest estoit contante
  que le discours de la matire fust dbatue pardevant elle, si elle
  vouloit accorder y faire directe responce, parceque Sa Majest
  pensoit que ce fust le plus honeste et seur moyen, et desiroit
  aussi que cela pet estre suffisant pour sa descharge. Et, pour ce
  faire, dict-elle, je vous proposeray trois moyens: le premier, est
  qu'elle envoyt pour elle quelque fal et suffisant personnage, ou
  plus, estans de ce authorisez, avec sa response: l'autre, qu'elle
  baillt sa dicte responce  quelques nobles personnaiges, tels
  qu'il luy plaira, si ainsy luy plait, pour luy envoyer: et le
  dernier, qu'elle ordonne et authorise soit les derniers
  commissaires, ou autres, pour respondre devant les commissaires de
  Sa Majest. Mais que de venir en sa prsance, considrant que,
  quant elle arriva en ce royaume, Sa Majest ne le pet avoir lors
  pour agrable, pour son honneur, elle estant adonc diffame
  seulemant par le commung bruyt, tant icy que en la plus grande
  partie de la chrtient; beaucoup moings peult elle penser estre
  honorable de venir maintenant en sa prsance, considrant le grand
  nombre de matires et prsumptions de naguires produictes
  allencontre d'elle, voir et telles qu'il fait mal  Sa Majest y
  penser. Et pour ce, Sa Majest les requiert vouloir accepter sa
  prsente responce, et luy en faire le rcit, en la luy envoyant,
  estimant estre vrayment toujour ncessaire pour elle de faire
  responce; car autrement quiconques luy donneroit autre conseil que
  de faire responce, ayant tant de moyens pour ce faire, seulemant
  parce qu'il ne luy est point permis venir en prsence de Sa
  Majest, encores qu'ilz aparussent estre ses bons serviteurs,
  seuremant il serait plutt  juger, pour quelques respectz, de la
  trahir. Et sur cela, Sa Majest les a requis, comme ses
  serviteurs,  ce qu'elle a dict, car cella ne pourroit estre
  jamais prins en ce monde pour excuse raysonnable, si elle est
  innocente, comme Sa Majest la desire estre trouve, de s'offrir
  estre estime coulpable de telz horribles crimes, seulemant par
  faulte de ne pouvoir venir en sa prsance, et ne se purger
  autremant devant le monde, par autre manire de raison; et si, ne
  pourroit penser commant la Royne pourroit plus promptement
  procurer sa condempnation, que de refuser  faire responces. Et
  ainsi, avec plusieurs et semblables paroles par elle prononces 
  loysir, et dont il ne leur peult du tout souvenir, il aparoissoit
  que le grand desir de la Royne (d'Angleterre), estoit que la Royne
  (d'cosse) se pet descharger et acquitter par le moyen de quelque
  responce raysonnable. Et est la fin.




IXe DPESCHE

--du IIe de janvier 1569.--

(_Envoye par Olyvier Champernon jusques  Calais._)

  Nouveaux succs remports sur les protestants.--Nouvelles
    d'Allemagne.--Menaces de reprsailles pour les prises faites
    par les Bretons.--Cartels proposs relativement au meurtre du
    roi d'cosse.


     AU ROY.

Sire, incontinant aprs que le gentilhomme, que je vous dpeschay,
avec les miennes du XXVIIIe du pass, fust party, je receus celles
qu'il avoit pleu  Votre Majest m'escripre du XVe au paravant, et
encores despuys, celles du XVIe, toutes deux bien  propos pour
rabatre le bruyt, qu'on semoit icy, que, despuis le premier rencontre
du XVIIe de novembre, le prince de Cond avoit regaign plusieurs bons
avantages sur les nostres; mesmes que, le lendemain, son infanterie
avoit heu du meilleur contre les bandes de Mr. de Brissac, et despuys,
il avoit pill le bagaige de Monsieur, frre de Votre Majest, prs de
Lusignan, et emport une ville quasi  sa veue, et que le prince
d'Orange s'en alloit  Paris, dont aulcungs des siens avoient desj
couru jusques  Chateau-Thierry, sans avoir voulu accepter l'offre,
que Votre Majest luy avoit envoy faire, de luy donner trois centz
mille livres pour renvoyer ses gens, et cent mille escuz pour luy, et
de le remettre en la bonne grce du Roy Catholique votre frre, et en
ses biens, et mayson, pourveu qu'il y voult vivre comme son bon et
fidelle subject. Dont je n'ay failly, Sire, de faire incontinant
entendre  ceste Royne la vrit du bon succez de vos affaires du
cost de votre arme, que mne mon dict Seigneur, et comme le dict
prince de Cond ne faisoit plus que s'en aller devant luy pour se
retirer  la Rochelle, despuis que les forces de Languedoc estoient
arrives; et l'arrive aussy de vos six mille reystres devers Mr.
d'Aumalle, et des quatre mille Souisses nouvellement levez, et autres
gaillardes forces, qu'aviez toutes prestes pour haster la contenance
que faisoit le dict prince d'Orange de sortir de votre royaume; avec
les autres avantaiges que Dieu vous avoit donn en ceste guerre, ainsi
qu'il vous plaisoit me les mander.

A quoy la dicte Dame a respondu qu'elle oyoit, de fort bon cueur, ces
bonnes nouvelles, qui monstroient le bon acheminemant de vos affaires,
et qu'elle desiroit que vos bonnes fortunes allassent toujours en
augmantant,  la gloire de Dieu. Ayant faict part des mesmes nouvelles
 aulcungs seigneurs que je say n'estre marris de votre prosprit,
ilz ont monstr estre bien ayses que j'eusse de quoy convaincre
beaucoup de mansonges, qu'on publioit icy ordinairement des choses de
France. Tant y a que l'ung d'eux m'a mand que l'on tenoit pour
certain que le prince d'Orange avoit faict monstre et pay ses gens
pour trois mois, et qu'il dlibroit temporiser l o il estoit,
jusques au printemps, pour attandre la venue des autres Allemans qui
se prparoient de descendre en France, et qu'il n'y avoit plus que
deux mois d'yver jusque l, qui seroient tantost couls. L'on m'a dict
aussi qu'il y avoit lettres d'Allemaigne et de Flandres  ceste Royne,
par lesquelles l'on luy mandoit que le duc de Vuelgan faisoit grand
dilligence de lever les reystres et lansquenetz, qu'il vouloit mener
au secours du prince de Cond, et que la monstre s'en debvoit bientost
fre en Alsatie; mais ne se mandoit le jour, ny le lieu, sinon que
d'Alsatie il prendroit le chemin de la Franche-Comt pour entrer en
France.

Le nepveu de Trokmorton est revenu, ces jours passez, avec ung pacquet
de Mr. Norreys, et semble qu'il ait est devers le prince d'Orange;
car l'homme du dict prince, qui estoit icy auparavant, lequel s'estoit
achemin, ou aulmoings n'avoit est veu, douze jours y a, en ceste
cour, y est revenu avecques luy, et j'entends qu'il pourchasse d'avoir
de nouveau crdit de XL mille livres esterlin, qui sont 150,000 escuz,
en payant l'intrest. Je ne say qu'il obtiendra, car il a est
besoing  ceste Royne de tirer extraordinairement, despuis huict
jours, dix mille livres esterlin, qui sont XXXIII{m} V{c} escuz, de son
espargne pour envoyer en Irlande, afin de pourvoir  ce commancement
d'esmotion du chef Onniel, o l'on dict que le frre du comte d'Ormont
est mesl, affin que cella ne passe plus avant. Et quant  ce que je
vous avoys cy devant escript, qu'on cerchoit un moyen de faire fournir
certaine quantit de joccondalles en Allemaigne, par lettres de banque
des marchans italiens qui sont en ceste ville, l'on m'a adverty que
c'est le dernier payement de l'ottroy des glizes d'Angleterre, dont
je vous ay naguires faict mention, duquel restoit  lever le tiers,
de cent dix mille escuz, et l'on veult faire fournir le dict restant
ez mains du docteur du Mont, agent pour ceste Royne en Allemaigne, qui
se tient ordinairement  Francfort, ou  Ausbourg.

Je vous ay mand, touchant les lettres de marque que les Michelz de
Plemmue avoient pourchasses, qu'elles ont est rvoques et
arrestes, et,  la vrit, il ne se trouve, au registre de
l'audmiraut de ceste ville, qu'elles ayent pass outre. Mais en lieu
de ce, j'ay advertissement qu'on a donn une secrte commission
d'arrester toutz les navires franois, qui aborderont ez portz et
hvres de de, jusques  la valleur et concurrance de certaines
prinses, qu'aucungs Anglois et Irlandois se plaignent que ceulx de
Croisy et autres Bretons leur ont faictes, dont ilz n'ont peu avoir
justice en France; de quoy je remets au premier jour d'en fre quelque
bonne instance  ceste Royne, ainsy que Vos Majestez me le
commanderont.

L'Evesque de Ros avoit eu cong d'aller vers la Royne d'Escosse, sa
Maitresse, pour luy notiffier tout ce que jusques icy s'estoit pass
en ses affaires; mais, ainsy qu'il prenoit la poste en ceste ville, il
a est contremand s'en retourner  Antoncourt, o,  ce que
j'entends, l'on est entr en nouvelles propositions et en nouveaulx
tretts, qui semblent incliner au bien de la dicte Dame. Et j'espre
que ce que j'ai dict et remonstr icy, de la part de Vos Majestez,
pour elle, lui servira grandemant; dont je remets vous donner plus
ample notice de cella, et de toutes autres choses de de, par mes
premires; pryant Dieu, etc.

     De Londres ce IIe de janvier 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, ce qui s'offre, icy, digne de vous estre escript, depuis le
partemant du Sr. de Vassal, que je vous ay dpesch, du XXVIIIe du
pass, Votre Majest, s'il luy plait, le verra en la lettre du Roy,
vous suppliant trs humblement, Madame, m'excuser si je ne vous
expciffie davantaige beaucoup de ces choses que je vous mande; car,
encor que je sente et voye qu'il en est pourchass icy la plus grande
part, et des bien importantes, avec beaucoup de menes, et avec grand
instance, autant, possible,  ceste heure, qu'en nul autre lieu de
l'Europe, par ceulx de la nouvelle relligion, naturelz et estrangers,
qui y sont, il n'est pas possible, touteffois, que j'en puisse avoir
si claire notice qu'il ne me faille, le plus souvant, y advenir par
conjectures et prsomptions, comme je supplye trs humblement Votre
Majest conjecturer aussi, et fre jugemant, par ce que je vous ay
dj escript du prsent depportement de ceulx-ci, quel il sera 
l'advenir. Et je fay diligence de vous mander, d'heure  autre, toutes
occurrances, et ne laisseray cepandant rien passer, puis qu'ainsy vous
plait,  cette Princesse, qui ayt apparance d'estre contre votre
service, bien que je luy auray toutjours le respect, et useray, en son
endroict, de la douceur que m'avez command, affin de ne la provoquer
 quelque plus ouverte dclaration, ou bien  vous fre une plus dure
responce que, possible, vos prsentes affaires ne permettroient de
vous en ressentir si tost, comme la grandeur et rputation de Voz
Majestez le requerroient.

Le faict de la Royne d'Escoce semble prendre autre acheminement que
ses adversaires ne cuydoient, lesquelz commancent,  ceste heure,
d'envoyer cartels de combats parce qu'on les charge de trahison, de
rebellion, et encores du mesmes meurtre du feu roy d'Escoce, dont ilz
accusoient leur Royne. L'vesque de Ros a est contremand 
Antoncourt pour cest effect, lequel m'a mand qu'il m'advertira de
tout ce que luy sera propos, affin d'en avoir mon advis; dont je
remetz, Madame, vous mander, par mes premires, ce qu'en cella, et en
autres choses, sera succd; et je prieray Dieu, etc.

     De Londres ce IIe de janvier 1569.




Xe DPESCHE

--du VIe de janvier 1569.--

(_Envoye par Jehan Vallet._)

  Ngociation relative  la saisie faite sur les Espagnols.--Grand
    nombre de pirates qui se mettent en mer.--Crainte d'une
    entreprise sur Calais.--Accusation porte par Marie Stuart
    contre ceux qui se sont dclars ses dnonciateurs.--Retour 
    Londres d'une partie de la flotte de Bordeaux.


     AU ROY.

Sire, vous ayant faict une bien ample dpesche par le Sr. de Vassal,
que je vous ay envoy sur la fin de l'autre mois, et encores une autre
despuys, du IIe du prsent, j'ai seulement  vous dire maintenant,
Sire, que la Royne d'Angleterre a donn de bonnes paroles 
l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, touchant les cinq navires
byscayns et l'argent d'Espaigne qu'elle a arrest par de, de quoy
les principaulx marchans de ceste ville en ont avecques luy trs
instamment sollicit la dlivrance, de peur qu'on ne se preigne 
leurs biens et marchandises, qu'ilz ont en Envers et  Sville. Mais
l'on prsume que la dicte Dame ira, entretenant ce faict tant qu'elle
pourra, affin de retarder d'autant les affaires du duc d'Alve et des
catholiques aux Pays Bas, ou bien  la fin, s'il se vriffie que ces
deniers viennent par voye de marchands, qu'elle les prendra 
l'intrest, et allguera qu'elle a droict, comme ung chacung autre
prince, en son pays, de s'en pouvoir justemant ayder  son besoing,
aulmoings se vouldra elle asseurer, et asseurer ses affaires, du cost
du Roy Catholique, premier que de s'en dessaysir; dont, par sa
prochaine responce, qu'elle a promis fre, dans trois ou quatre jours,
au dict Sr. ambassadeur, l'on pourra plus clrement juger de ses
aultres desseings et intentions. Cependant je vous veulx bien
advertir, Sire, comme la mer de de se va, de jour en jour,
remplissant de pyrates, m'ayant est dict qu'il y en a sept ou huict
de nouveau, toutz prestz  partir avec chacun un petit navyre de
guerre, et que mesmes il y a ung des dicts pirates, nomm Forbouche,
duquel j'ay faict mention en aulcunes de mes prcdantes, qui est
party despuys trois jours avec le cong de la dicte Dame, laquelle a
parl longuement  luy, et semble qu'elle luy ayt donn commission
d'aller trouver le visamyral Me. Ouynter, lequel on m'a dict estre
arriv le XIIIe du pass, avec les quatre grands navyres de la dicte
Dame,  la Rochelle, mais n'en ay certitude. Et encore, Sire, que,
pour le petit appareil que lesdicts pirates portent dans leurs
vaysseaulx, l'on ne doibve craindre qu'ilz soyent pour assaillir une
place, ny pour mectre gens en terre, ou entreprendre quelque grand
effect, toutesfois estant desj beaucoup ensemble, tous de la nouvelle
religion, tant Franoys, Flamans que Angloys,  la dvotion de ceste
Royne, et  la dvotion aussi, comme l'on pense, du prince de Cond,
il ne leur seroit mal ays d'emporter, par intelligence ou par
surprinse, quelque place avec la faveur desdicts quatre grandz navyres
de la dicte Dame, lesquelz portent artillerye, pouldres et monitions
de guerre, pour la fornir incontinent; dont sera bon, Sire, advertir
vos frontires, et villes maritimes, se tenir sur leurs gardes, et les
pourveoir de bons et bien asseurez gouverneurs, avec quelque renfort
de gens de guerre. Quoy que soit, les dictz pirates dlibrent, le
printemps et l'est prochain, se randre maistres de ceste mer, et fre
la guerre aux catholiques franoys et hespaignolz qui y navigueront.

Je ne veoy,  la vrit, que ceulx cy facent encores nulz aprestz pour
aucune entreprinse que l'on puisse juger estre d'importance, tant y a
que je ne veulx diffrer vous mander, comme l'on m'a fort expressment
adverty qu'ilz en ont une sur Callais; de quoy je mectray peyne d'en
descouvrir plus avant les particularitez, affin de les vous mander par
mes premires: et cependant Votre Majest pourra renforcer la garnyson
du dict Callais et y fre prendre garde, comme aussi j'en ay faict
advertir, en passant, monsieur de Gourdan. Car encores, Sire, que
ceste princesse se soit mal trouve de l'entreprinse de l'Hvre de
Grce[41], si peult elle, par les solliciteurs qu'elle a icy, tant
sciens que estrangiers, de la nouvelle religion, estre de rechef bien
aysment persuade de faire une seconde entreprinse pour ravoir le
dict Callais, veu l'affection qu'elle y a, et le desir de ses
subjectz, qui vouldroient bien se prvaloir en cella de la prsente
occasion de nos troubles, estimans que le Roi d'Espaigne ne leur
pourroit estre contraire en la dicte entreprinse, ayant ceste place
est perdue  son occasion; et aussi que la dicte Dame cuyderoit
attaicher si bien les promesses et trettez qu'elle feroit maintenant
avec ceulx de la religion, pour y avoir des princes d'Allemaigne
mesls, qu'il ne luy en pourrait mal succder, comme feit l'autre
foys, et qu'au moins elle recouvrerait tousjours les frays de la
guerre, si elle pouvoit occuper quelque place.

  [41] Par le trait de Hamptoncourt, du 20 septembre 1562, les
  protestants avaient livr le Havre de Grce aux Anglais; mais,
  aprs la pacification d'Amboise (19 mars 1563), ils se runirent
  aux catholiques pour faire le sige de cette place, qui capitula
  le 28 juillet. Le comte de Warwick rendit la ville, le 31, au
  marchal de Brissac.

L'vesque de Ros m'a escript d'Anthoncourt, que ceste Royne l'a faict
interroger devant elle, et devant ceulx de son conseil, s'il vouloit
accuser les adversaires du mesmes crime, qu'ilz imposoient  la Royne
d'Escosse, sa Maitresse. A quoy il a respondu qu'il avoit lettres et
commandement de la dicte Dame, qu'en deffendant son innocence, il
dclairast ardiment devant la dicte Royne d'Angleterre, et devant la
noblesse de son pays, qu'elle estoit faulcement accuse par ceulx qui
estoient les principaulx autheurs, inventeurs, et aulcuns d'eulx les
propres excuteurs du mesme crime qu'ilz luy imposoient, et qu'il ne
lui seroit mal ays de le prouver, par bons et vidants arguments,
dans un terme et dlay compectant, s'il luy estoit permis de pouvoir
venir en personne devers la dicte Royne d'Angleterre: et qu'il avoit
prononc cella hault et ferme devant l'assamble, dont despuys l'on
avoit travaill de mectre quelque accord entre les parties, et en
avoient est proposs aucuns moyens, par interposes personnes, dont
le dict vesque commanoit esprer mieulx de l'yssue des affaires de
sa Maistresse, qu'il n'avoit faict jusques icy. Et sur ce, aprs
avoir, etc.

     De Londres ce VIe de janvier 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, il me reste  prsent bien fort peu que vous escripre oultre
le contenu en la lettre du Roy, parce que la Royne d'Angleterre et
ceulx de son conseil n'ont guires entendu, durant ces festes, en
matires d'affaires, s'estans la plus part des seigneurs retirez ou en
leurs maisons, ou bien en ceste ville, pour les passer. Seulement,
j'adjouxteray, Madame, qu'il semble qu'on soit icy en grand suspens
pour ceste saysie des deniers d'Espaigne, ne saichantz commant le duc
d'Alve le prendra, tant y a qu'on a layss de despescher, depuys deux
jours, quatre grandes navyres de ceste ville, chargez de draps, en
Envers, ayans les marchans premirement vollu savoir de ceulx de ce
conseil s'ilz les pouvoient seurement envoyer. Au surplus, Madame, il
est revenu quatorze navyres de la flotte, que ceulx-cy avoient envoy
pour le vin  Bourdeaulx, et les maistres d'iceulx rapportent qu'on
leur a faict tout bon trettement par dell, si n'est qu'on leur a
demand double coustume, l'une au dict Bourdeaulx pour le Roy,
laquelle ilz ont paye, et l'autre  Blaye pour le prince de Cond, o
ils ont laiss gaige pour icelle, et que au dict Blaye l'on avoit ras
toutes les maisons hors du fort, et qu'on y fortiffioit la place,
n'ayant au reste trouv aucun empeschement  leur retour, ny n'ont
sceu novelles de tous ces navyres, qui sont partys sur la fin du moys
pass, sinon qu'ilz ont entendu que Me Ouynter avoit travers vers la
Rochelle, et que Chatellier Pourtault se tenoit toutjour sur la coste
de de, prs de Plemmue, et sur ce, je prieray Dieu, etc.

     De Londres ce VIe de janvier 1569.




XIe DPESCHE

--du Xe de Janvier 1569.--

(_Envoye par Mr. de La Croix._)

  Irritation cause  Londres par l'ordre que le duc d'Albe a donn
    de saisir et arrter dans les Pays-Bas les biens, marchandises
    et personnes des Anglais.--_Mmoire_ contenant le dtail de
    tout ce qui est relatif  cet vnement important.--Armements
    faits en Angleterre.--Ligue forme par le comte de Murray,
    rgent d'cosse, avec lisabeth.--Cartel envoy par lord
    Lindsay  lord Herries, au sujet du meurtre du roi
    d'cosse.--Marie Stuart mise sous la garde du comte de
    Shrewsbury.--_Mmoire secret_ pour la
    reine-mre.--_Proclamation_ d'lisabeth portant interdiction de
    commerce avec l'Espagne.--Justification de sa conduite 
    l'gard de Philippe II.--numration de ses griefs contre
    l'ambassadeur d'Espagne et le duc d'Albe.--Ordre de saisir et
    arrter en Angleterre les biens, marchandises et personnes des
    Espagnols.


     AU ROY.

Sire, encor qu'il n'y ayt guires que je vous ay amplement escript ce
qui se offroit de de, je ne veulx pourtant diffrer de vous fre
encores maintenant, sur l'occasion de ce qui s'est naguires pass, en
Envers, touchant les Anglois, qui se rescent grandement jusques icy,
un bien peu de mots par le Sr. de La Croix, prsent pourteur, qui
vous va reprsenter l'esmotion et altration, o, despuys trois jours,
s'en retrouve tout ce royaume; auquel me remectant et de cella, et de
toutes les aultres choses de ce lieu, sans vous en faire, pour le
prsent, et  cause aussi de sa suffizance, plus long discours, et
vous suppliant seulement le croyre et luy donner lieu qu'il puysse de
ma part trs humblement bayser les mains de Votre Majest, je
supplieray, au reste, le Crateur qu'il vous doinct, etc.

     De Londres ce Xe de janvier 1569.


Despuys ce peu de mots escriptz, qui m'ont demeur trois jours entre
mains pour la difficult du passeport, j'ay receu en une mesmes heure
deux dpesches de Votre Majest, du XXVIIe du pass et du premier
d'estuycy, ausquelles je feray responce par mes premires.


     A LA ROYNE.

Madame, entendans ceulx de ce royaulme les dportements dont le duc
d'Alve a uz, puis peu de jours, en l'endroict de leurs merchants et
marchandises en Envers, ilz ont commanc de faire aussi quelque
dmonstration de ressentiment sur les marchantz et marchandises des
Pays Bas, qui sont par de, non sans qu'on y voye une assez notable
altration et changement digne de vous estre reprsent par
personnaige exprs, avec d'aultres particularitez qui ne seroient si
bonnes escriptes que dictes; lesquelles je vous supplie entendre par
le Sr. de La Croix, prsent pourteur: auquel me remectant, et vous
suppliant luy donner entirement foy et bonne audience, je supplierai
le Crateur, aprs avoir, etc.

     De Londres ce Xe de janvier 1569.


MMOIRE BAILL AU DICT SIEUR DE LA CROIX.

Le seigneur de La Croix yra trouver Leurs Majestez, et leur
reprsentera l'altration et changement advenu, despuys quatre jours,
en ce royaume  cause de la saysie que le duc d'Alve a faicte de tous
les biens, navyres et marchandises des Angloys, en Flandres, et qu'il
a faict arrester les marchants et mectre deux cens Hespaignolz de
garde  l'entour de leur mayson, o ilz logent en Envers, sans
permectre que nul y entre ny sorte.

Et ce, pour aultant que la Royne d'Angleterre, peu auparavant, avoit
aussi faict arrester en ses portz cinq navyres biscayns chargs de
laynes, qui pourtoient environ 450,000 ducatz de ralles d'Espagne en
Envers, aprs toutesfoys qu'elle avoit desj dlivr passeport, pour
les dictz navyres et leur charge,  l'ambassadeur d'Espaigne, qui est
icy, collorant, du commancement, la dicte saysye sur la craincte des
pirates, affin que le Roy Catholique, son bon frre, ne recet
dommaige d'une telle somme en Angleterre; mais despuis elle a dict
avoir entendu que les dictes ralles estoient  des marchants, et
qu'elle avoit droict, comme ung chacun aultre prince en son pays, de
s'en pouvoir ayder  son besoing, en payant l'intrest: et a l'on
entendu aussi qu'elle se vouloit prvaloir de quelque lettre
d'obligation, qui s'est trouve, d'une bonne somme d'angellotz que le
feu Roy Henry VIIIe son pre, presta au feu empereur Charle Ve, pre
du dict Roy Catholique,  la guerre de Landrecy[42].

  [42] En 1543.

Et, parce que la dicte Dame a est, comme l'on dict, principallement
sollicite par ceulx de la novelle religion de saysir les dictes
ralles contre l'opinion des catholiques, et au grand regrect des plus
notables marchans de Londres, qui luy ont remonstr et prdict ce qui
en est depuis succd, il se cognoit clrement qu'il y a de
l'altration beaucoup et de la contradiction entre les ungs et les
aultres, disantz les aucuns que c'est le fruict de la venue du
cardinal de Chatillon par de, et aucuns aultres des principaulx se
tiennent  part, et font les mallades, pour ne se trouver aux conseilz
et dellibrations qui se font l dessus, parce qu'ilz n'en ont jamais
aprouv les commencemens.

L'on a desj arrest ung pacquet de l'ambassadeur d'Espaigne, o y
avoit une lettre du Sr. de La Mothe au Sr. de Malras, et ont envoy de
tous costs serrer les passaiges et saysir les navyres, biens et
personnes des subjects du Roy d'Espaigne, et ont faict clorre et
sceller les boutiques et contouers de tous les Flamans et
Bourguinhons, qui sont en ceste ville de Londres; et l'on a
contremand en grande dilligence quatre navyres qui estoient ces jours
passs partis de ceste ville pour Envers, chargs de grand quantit de
draps; et en toutes sortes ilz font semblant de se tenir fort offancs
de cest acte du duc d'Alve, remmorantz davantaige ung escorne qui fut
naguires fait en Espaigne  ung leur ambassadeur[43]. Tant y a que la
dicte Dame dlibre envoyer personnaige exprs devers le Roy
Catholique, pour tretter cest affre avecques luy, et cependant
n'attempter aucun exploict de guerre contre ses pays et subjectz,
comme son intention en est mieulx dclare par la proclamation sur ce
faicte; dont semble que Leurs Majestez Trs Chrtiennes ne se doibvent
haster de fre aucune rigoreuse dmonstration envers cette princesse:
car ne fault doubter qu'elle ne se remecte bientost en bons termes de
paix avecques le Roy d'Espaigne, et cependant se pourra faire quelque
bon office en cella de la part de Leurs Majestez Trs Chrtiennes, par
leurs ambassadeurs, qui sont en Espaigne et en Angleterre, digne de
leur grandeur de s'entremettre de rconcilier tels princes leurs
allys.

  [43] Dans les premiers mois de 1568, Philippe II avait relgu
  Mann, ambassadeur d'Angleterre, dans un village nomm Bannias,
  prs de Madrid, sur le motif qu'il aurait parl du pape avec peu
  de respect.

Et cependant, sera le bon plaisir de Leurs Majestez mander au dict Sr.
de La Mothe comme il aura  se comporter envers ceste Royne, et les
sciens, sur cest vennement, et aussi envers l'ambassadeur d'Espaigne,
et s'il fera meilleure et plus expresse dmonstration d'intelligence
que jamais avecques luy; de quoy ne fault doubter que ceux cy n'en
preigent grand jalouzie, ou bien s'il suyvra l'ordre, que le dict
ambassadeur a incontinent envoy prendre avecques le dict Sr. de La
Mothe, que  quiconques luy viendra de sa part avec contre enseigne du
nom de _Jsus_, qu'il luy donne foy comme il feroit au dict
ambassadeur mesmes, et qu'au reste il luy veuille ayder  la conduicte
de ses lettres soubz la couverte des pacquetz qu'il envoyera en
France, affin qu'ilz puissent passer jusques  Callais et del 
Bruges et  Bruxelles.

Il se dict que despuys deux moys l'on a toutjour tenu, icy, ung nombre
d'hommes toutz pretz,  qui l'on bailloit un gros le jour  chacun, et
que maintenant l'on leur a faict nouveau commandement de s'aprester
pour aller, du premier jour, aux navyres; dont semble qu'il se verra
bien tost comme quelque armement et appareil de mer par de, si le
faict des dictes saysies ne se modre. Mais le dict Sr. de La Mothe
aura,  toute heure, l'oeil sur ce que s'entreprendra affin d'en
advertir Leurs Majestez.

Et, pour ce qu'on dict que Me. Ouynter est arriv  la Rochelle le
XIIIIe de dcembre, et qu'il pourra avoir ayd le prince de Cond de
l'argent, artillerie, pouldres et monitions de guerre, qu'il pourtoit
dans les quatre grandz navyre de ceste Royne, Leurs Majestez
commanderont au dict Sr. de La Mothe quel office il aura  fre envers
la dicte Dame, et quel langaige il luy tiendra, pour en monstrer
quelque rescentiment, aprs toutesfoys qu'on aura mieulx sceu la
vrit du voyage du dict Me. Ouynter, et s'il rapportera de dell
quelques ostages, comme on le dict icy.

Et aussi, ce qu'il aura  dire  la dicte Dame de plusieurs
particuliers de ce royaume, qui se mectent en mer avec des vaysseaulx
quipps en guerre, qui ne peult estre qu'elle ne le saiche; et de ce,
aussi, qu'elle souffre en ses portz Chatellier Pourtault, lequel l'on
intitulle visamyral du prince de Cond, et ses complices, qui ne font,
les ungs et les autres, que toutz exploitz de pirates.

Au surplus, ce que le dict Sr. de La Mothe a peu entendre de
particullier touchant l'entreprinse, qu'on luy a dict que ceulx cy
avoient sur Callais, est que l'ambassadeur d'Angleterre, rsidant en
France, a escript qu'il avoit eu communicquation avec certain
personnaige de del, qui offroit de fre prendre Callais dans quatorze
jours, toutes les foys que la Royne d'Angleterre le vouldroit
entreprendre, et qu'il se constitueroit prisonnier ez mains de la
dicte Dame jusques aprs l'excution; ce que ayant est mis en
dlibration icy, l'on a arrest qu'on feroit venir l'homme, et
semble que le susdict ambassadeur luy ayt desj advanc quelque
argent. Despuys, l'ung des principaulx personnaiges de ce conseil a
dict  certains gentilhommes, qui estoient en conversation un jour
avecques luy, qu'il y avoit une belle entreprinse toute preste pour ce
prochain printemps, et qu'on verroit qui auroit le cueur en bon lieu;
et au mesmes propos fut entendu qu'on disoit que Callais estoit mal
pourveu de gens, et qu'il n'y avoit ordinairement gures plus de trois
cens hommes de guerre dedans. D'ailleurs, l'on a adverty le dict Sr.
de La Mothe que ces princes d'Allemaigne, qui sont en armes, offrent 
ceste Royne, affin de la fre plus voluntiers entrer en leur ligue, et
luy fre fornir deniers, qu'ilz s'employrent  la dicte entreprinse
de Callays jusques  expciffier que, quant le duc de Deux Pontz et le
prince d'Orange seront joinctz, qu'ilz viendront le long de la
Picardye et du pays d'Artoys pour assiger le dict Callais, et pour
excuter, aussi, une semblable entreprinse qu'avoit commanc feu Mr.
de Termes au Pays Bas, avec la faveur que leur fera ceste Royne par
mer.

L'on actend icy, dans cinq ou six jours, le docteur Junyus, revenant
de trouver le comte Pallatin, son maistre, vers lequel il est
naguires all partant d'icy, et s'estime qu'il aura est devers le
duc de Deux Ponts et devers le prince d'Orange, dont sera bon
d'advertir Messieurs de Gordan et de Caillac que, si, d'avanture, il
vient prendre le passaige  Callais o  Bouloigne, ilz le facent
arrester jusques  ce que Leurs Majestez l'auront examin sur
l'occasion de son dict voyage.

Aussi s'entend qu'un personnaige anglois, nomm Colnerel, doibt bien
tost passer en France avec lettres de ceste Royne adressantes au
prince de Cond, et qu'il yra  Bourdeaux soubz couleur du traffic
qu'il y mne ordinairement, estant marchant, et n'a pas plus grandes
capacitez que d'estre fort passionn pour la nouvelle religion, et
qu'il parle fort bien franoys, dont sera bon aussi de l'arrester.

Et, de tant que difficillement l'on peult avoir icy nouvelles du dict
prince de Cond, sinon par la voye de la mer, qui est incertaine,
semble q'un jeune homme franoys, qu'on dict avoir est tailleur de
feu madame de Laval, ayt entreprins d'aller et venir par terre jusques
au camp du dict Sr. prince, dont fauldra prendre garde  Dieppe ou 
Callais s'il y passera.

L'on veoyt ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy, sercher toutes
inventions pour estendre ceste guerre, et monstrent ne leur deffaillir
moyens de la pouvoir encores maintenir, mais ne se faisoit semblant,
avant ceste altration de saysies, qu'il y eust guires de desseing
sur les Pays Bas, ains que tout l'effect yroit sur la France, dont les
bons serviteurs du Roy, qui sont icy, estiment qu'il sera toutjour bon
de haster la fin de ceste guerre par tous les moyens qu'on pourra,
parce que la longueur n'y admnera que multiplication de difficultez
et diverses ouvertures de nouvelles entreprinses sur le royaume, avec
grand dbauchement et ruyne d'icelluy.

Le comte de Mora, et ceulx de son party, ont,  ce qu'on dict, vollu
former une ligue avec ceste Royne pour la garde et deffance du petit
prince d'Escosse durant son bas eage, et pour la conservation du pays
 son obyssance contre tous les princes et autres quelconques qui
s'en vouldroient mesler au contraire. Ce qu'ayant t mis en
dlibration par plusieurs assembles de ce conseil, il semble avoir
est arrest qu'on n'entrera en aucune nouveault, par escript,
touchant l'Escosse, de peur de prjudicier aux trettez d'entre les
deux royaumes, et aussi que, si l'on faisoit sonner ce mot de _ligue_,
seroit  craindre que les autres princes chrtiens vouldroient savoir
 quoy elle tendroit; nantmoins qu'en tout ce que le dict comte de
Mora aura besoing pour la garde du dict prince, et du dict pays  son
obyssance, la dicte Dame sera preste de l'en ayder et secourir, et ne
permectra que nul aultre s'en entremecte que eulx deux; et luy, de son
cost, promect de demeurer, et en paix, et en guerre, bien uny contre
tous aultres, pour cest effect, avec la dicte Dame, laquelle semble
monstrer au monde, sans le dire, qu'elle tient pour son successeur
prsomptif le dict petit prince, affin d'en comtanter les Angloys et
Escossoys, et le tirer, si elle peult, en Angleterre, mais n'a garde
de le dclairer tel.

Ayant les depputez de la Royne d'Escosse, en deschargeant leur
Maitresse, dit ouvertement, en plusieurs lieux, que ses accusateurs se
trouveroient  la fin chargs du mesme murtre du feu Roy d'Escosse,
qu'ilz luy imposoient, le comte de Mora et les sciens semblent en
avoir est estonnez, et Millord Lendsay, qui est des principaulx de sa
suite, envoya, il y a cinq ou six jours, ung cartel de dmantye 
millord Herriz, au cas qu'il le volust charger du dict murtre:  quoy
le dict Herriz a respondu qu'il n'en chargeoit particullirement le
dict Lendsay, mais qu'il y avoit aucuns, du party qu'il suyvoit, qui
en estoient coulpables, et, quant il seroit temps, l'on les cotheroit
et nommeroit, et s'il vouloit lors entreprendre la deffence de ceulx
l, le dict Herriz seroit prest de le combattre.

Despuys, estant l'vesque de Ros publicquement interrog s'il vouloit
accuser les adversaires de la Royne d'Escosse du mesme crime qu'ilz
luy imposent, il a respondu en la faon que j'ay mand par mes
prcdentes; du VIe du prsent, dont maintenant l'on est aprs 
mectre accord entre les parties, et desj certains moyens en ont est
mis en avant par interposes personnes, dont le dict Sieur vesque
commance esprer bien de l'yssue de cest affaire.

Il est vray que luy et les aultres depputez de la dicte Dame ne
veulent entendre  nul party que premirement la procdure, et toute
la production, et allgation des adversaires, n'ayt est monstre 
leur Maistresse. A quoy s'accorde l'intention de la dicte Dame, ainsi
que porte une lettre qu'elle a escripte au dict Sr. de La Mothe, du
IIe de ce moys, la coppie de laquelle le dict Sr. de La Croix
monstrera  Leurs Majestez, et  monsieur le Cardinal de Lorraine, et
leur fera entendre tout l'estat des affres de la dicte Dame, affin
qu'il leur playse mander quelque bon adviz et conseil l dessus au
dict Sr. de La Mothe; car il crainct que ceste ouverture d'accord soit
seulement ung entretennement pour prolonger la matire, bien qu'il
semble que le temps commance se faire icy meilleur pour la dicte Dame.

La garde de la dicte Royne d'Escosse a est commise au comte de
Cherosbery,  qui l'on en a baill la commission par escript, portant
de ne luy laisser trop de libert, ce qu'il n'a vollu du commancement
accepter; mais enfin il s'est condescendu de la prandre par l'adviz
d'aucuns grandz de ce royaume, qui luy ont, par mesme moyen, conseill
de tretter la dicte Dame avec l'honneur, respect et gracieuset, qu'il
convient  une telle princesse, nonobstant sa contraire commission: et
ainsi semble que bien tost elle sera conduicte au chateau de Tytbery,
o l'on a faict ses provisions, et avoit le dict Sr. de La Mothe
entendu que le dict comte de Cherosbery estoit catholique, mais c'est
son feu pre qui y a persvr jusques  sa fin, l o despuis sa mort
cestuy cy s'est miz de la nouvelle religion, et, au demeurant, il est
fort modeste seigneur.


AULTRE MMOIRE AU DICT Sr. DE LA CROIX POUR DIRE A PART A LA ROYNE;

Qu'il semble que la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil soient
bien fort aygriz contre le duc d'Alve, et qu'ilz veuillent fre grand
rescentiment contre luy, et contre l'ambassadeur d'Espaigne qui est
icy, estimans qu'il a reprsant les responces de la dicte Dame
autrement qu'elle ne les a faictes, et qu'il a prcippit ceste saysie
faicte en Flandres.

Dont dellibrent envoyer exprs quelque personnaige de qualit en
Espaigne, pour tretter cest affre avecques le Roy Catholique, et ne
faict le Sr. de La Mothe aucun doubte qu'ilz ne demeurent d'accord,
tant pour leur ancienne confdration, que pour contanter les
subjectz, d'ung cost et d'aultre, et qu'il y a aussi plusieurs
notables personnaiges et principaulx d'Angleterre qui n'ont jamais
aprouv ceste dettention des deniers d'Espaigne, mais le jeu pourra
durer encores quelques moys.

Et vouldroient les dictz Angloys, par le moyen des dictz deniers,
avant s'en dessaysir, s'asseurer d'aucuns doubtes qu'ilz ont que,  la
sollicitation du pape, il y ayt entreprinse, accorde entre le Roy et
le Roy d'Espaigne, contre ce royaume d'Angleterre, affin de le rduyre
 l'obyssance de l'esglise romaine, en quoy, oultre quelques adviz
qu'ilz disent en avoir, ilz fondent ung grand argument sur cest octroy
que le pape a nouvellement fait au Roy de cent mille escuz contantz,
et de la permission d'en pouvoir alliner cinquante mille de rante du
temporel de l'esglize de France, et pareillement de ce qu'il a octroy
la croysade au roy d'Espaigne, laquelle il luy avoit long temps
reffuze.

Or, pendant qu'ilz sont en mauvais mesnage avec le Roy Catholique,
semble qu'ilz entendront fort voluntiers  tous partiz pour bien
asseurer le Roy de leur cost, s'il playt  Sa Majest les asseurer du
scien, soit par ouverte dclaration de persvrer aulx trettez de paix
qu'il a avecques l'Angleterre, ou bien par secrecte promesse de ne
prendre aucunnement les armes contre eulx en ceste guerre, ou bien de
maintenir la neutralit entre les deux, ou bien encores,  cause de
l'alliance qu'il a avec le Roy Catholique, de dissimuler aucunes
choses, sans aucunement se dclarer.

Est  esprer qu'on obtiendra  ceste heure bien aysement d'eulx
qu'ilz ne convertiront de ceste anne, directement ny indirectement,
contre la France rien de tout cest appareil de guerre qu'ilz vont
fre, et de ce pourront bailler quelque personnaige de qualit pour
hotaige, qui se tiendra, soubz aultre occasion, avec monsieur Norryz
en France jusques  la fin de la dicte guerre.

Et, si les choses devenoient  tel point qu'il fallt recourir 
quelque terme de paciffication, s'estime que la Royne d'Angleterre
pourroit procurer, et le feroit voluntiers, qu'elle se feist 
l'advantaige du Roy et de la Royne, car vouldroit en toutes choses que
l'auctorit demeurt  Leurs Majestez, affin que ses subjectz
catholicques ne prinssent exemple de contradire  la scienne; et, si
esproit avoir tant de crdit envers le prince de Cond, et les
princes d'Allemaigne, et l'Admiral, qu'ilz condescendroient  la plus
part de ce qu'elle vouldroit, sur quoy se pourroit,  toutes
avantures, tretter avec les dictz princes d'Allemaigne, par le moyen
de la dicte Dame, que l'arme du dict prince d'Orange et les autres
forces qu'ilz prparent encores s'abstinsent d'entrer en France, puis
qu'ilz s'aydent de ses deniers et du crdict qu'elle leur faict.

Et toutjour sera il meilleur que cest appareil et effort d'Allemaigne
aille plus tost sur notre voysin, qui n'a,  ce qu'on dict, faulte de
rien, que sur nous, qui sommes en ncessit de beaucoup de choses,
sans toutesfois l'abandonner, et considrer qu'ayant le Roy l'arme du
prince de Cond au milieu de son royaulme, celle du prince d'Orange
sur ung des bordz, et celle du duc de Deux Pontz preste  y entrer,
qu'il sera au moins fort bon de n'attirer encores sur luy une aultre
nouvelle guerre de ce cost d'Angleterre;

Et que Leurs Majestez se souviennent que, aulx premiers troubles,
lorsque ceste Royne occupa le Hvre de Grce, le Roy d'Espaigne ne
voulut autrement prendre notre party contre elle, que de fre aulcuns
gracieulx offices de rconcilliation, ce que le Roy pourra aussi fre
maintenant.

Que la Royne commande,  part, au Sr. de La Mothe ce qu'elle veult
qu'il trette et ngocie l dessus avec ceste Royne, car il le fera
tout entiremant sellon son intention, et en telle sorte qu'il n'en
aparoistra rien au monde qu'aultant qu'elle voudra.

Semble que, pour le desir que la Royne d'Angleterre a de conserver, 
ceste heure, l'amyti du Roy et de la Royne Trs Chrestiens, qu'elle
fera beaucoup, pour leur recommendation, en l'endroict des affres de
la Royne d'Escosse.

Elle a faict grand dmonstration, en ceste saysie gnralle des biens
et personnes des subjectz du Roy d'Espaigne, qu'elle ne vouloit
aucunemant toucher aulx Franoys, et a baill lettres  aucuns
officiers de ses portz et hvres d'en dlivrer certains qui estoient
arrestez.

Dire  la dicte Dame, que le cappitaine Franchot monstre se porter,
icy, comme serviteur du Roy, et mect peyne d'estre utille en tout ce
qu'il peult au service de Leurs Majestez, ayant,  ce qu'il dict,
aucuns moyens d'entendre asss les entreprinses que ceulx cy
vouldroient fre contre la France, et qu'encor qu'il soit de la
novelle religion, il procurera nantmoins toutjour le bien et la
grandeur du Roy, et la conservation de son estat et authorit, dont
supplie Leurs Majestez luy continuer sa pencion par les mains du dict
Sr. de La Mothe, affin qu'ilz ne monstrent avoir oubly son long et
fidelle service, estant mesmement par de avec cong et licence de
Leurs Majestez.


  PROCLAMATION FAICTE EN ANGLETERRE pour admonester toutes
    personnes de s'abstenir de traffiquer ez contres et pays du
    Roy d'Espaigne, avec autres advertissemens pour respondre  un
    arrest gnral faict, ez Pays Bas, par le duc d'Alve, comme
    s'ensuyt:

     PAR LA ROYNE.

  La Majest de la Royne ayant de naguires entendu que, par un
  soubdain commandement du duc d'Alve, comme gouverneur des Pays
  Bas, appartenant  la Majest du Roy d'Espaigne, son bon frre,
  tous et ungs chacuns ses marchans et aultres, ses subgectz,
  demourans dedans la ville d'Envers, ont est arrestez et mis en la
  garde de certaines compaignies de soldatz, et leurs biens et
  marchandises saysies, envyron le XXIXe du moys dernier, de
  dcembre, et despuys lequel temps semblable arrest a est faict
  gnral par tous lesdictz Pays Bas; chose qui est bien estrange,
  et qui n'avoit jamais cy devant est accoustum entre la couronne
  d'Angleterre et la maison de Bourgoigne, que auparavant il y eust
  quelque manire de confrance, et intelligence eue, des intentions
  et volunts des princes, mesmes d'une part et d'autre.

  Sur quoy Sa Majest a pens qu'il toit bon de donner
  advertissement  tous ses subjectz, qui ont accoustum de
  traffiquer en aucuns des pays du dict Roy,  ce qu'ilz ayent 
  leurs en abstenir jusques  ce qu'on cognoisse plus oultre de la
  volunt du dict Roy, et comme il advouhera cecy,  ce que Sa
  Majest en estant advertye le puisse notiffier  tous ses dictz
  subjectz. Et cependant Sa Majest veult et commande  toute
  manire de ses officiers de villes, bourgs, citez, portz et toutes
  autres places  prendre terre dedans aucunes de ses dominations,
  qu'ilz facent que toutes et chacunes les personnes, natifz de
  quelque lieu soubz l'obyssance du dict Roy d'Espaigne, ou vivans
  en ses pays, faisans profession d'obyssance au dict Roy, ensemble
  leurs biens, marchandises, navyres et vaysseaulx, soient arrestez
  et estouppez,  ce qu'ilz puissent estre en seuret et
  responsables, tant pour l'indempnit de ses subjectz maintenant
  debtenuz sans aucune juste cause, que pour autres consquences
  ncessaires; et que, aussi, en toutes les villes, hvres et lieux
  habitables, o aucuns marchans, natifz ou faisans profession de
  l'obyssance du dict Roy, qui seroient suspects de latiter ou
  destourner leurs biens, par quelque manire de couleur, fraude ou
  march, pour n'estre saysis et arrestez; l, les principaulx
  officiers desdictes villes et places, avec l'assistance d'autres
  justiciers de la paix, procderont  faire inquisitions de ce, par
  tous bons moyens, et commectront en garde tant les parties, de
  quelque nation qu'ilz soient, qui auront est prinz ou auront ayd
   faire telles couleurs frauldeuleuzes, si ce n'est qu'ilz ayent
  confess au prcdant, que aussi tous autres qui auront coulour
  iceulx, et les biens seront aussi miz en seure garde.--Et encores,
  parce que Sa Majest n'a autre intention, en cecy, sinon que de
  mectre les subjectz du dict Roy, et leurs biens, en seuret, par
  cest arrest, pour la prservation de ses bons et propres subjectz,
  et leurs biens, et, pour estre respondans  telles autres
  dsordonnes actions, qui pourroient ensuyvre, au moyen de si
  hastifs et estranges attentatz, elle veult et encharge  ung
  chacun de ses officiers, ministres et subjectz, qu'ilz n'ayent 
  uzer de violence pour blesser les personnes et subgectz du dict
  Roy au moyen de cest arrest, si ce n'estoit qu'ilz feissent
  quelque manifeste et voluntaire rsistance, qui les provocast  ce
  fre; ny aussi que nulle despouille, dgast ou dommaige soit faict
   leurs biens et marchandises, sinon les fre mectre en bonne et
  seure garde.

  Et, si aucuns desdicts subjectz du dict Roy se vouloient dire
  exemptz de cest arrest pour estre naturalizs, Sa Majest,  la
  vrit, n'ayant aultre intention que de les prserver de ce,
  toutesfois pour le temps qu'elle ne cognoist comme, en semblable,
  ses subjectz, estans naturalizs ez pays du dict Roy, sont ou
  seront ordonns, il luy playt que les dictes personnes, estans
  vrayement naturalizs, ne seront tenuz que de bailler cautions
  suffizantes de se reprsanter, toutes foys et quantes, avec leurs
  biens; et s'ilz ne le veulent fre, adonc ilz seront baills en
  garde  quelques aultres marchans angloys, prenant bonne et vraye
  inventaire de leurs biens, jusques  ce qu'elle aye cognoissance
  comme ses subgects sont ou seront traittez de l'autre part.--Et
  considrant aussi Sa Majest deuhement advertye que grand nombre
  de gens de mestier, et autre peuple, sont, despuis le commancement
  des derniers troubles des Pays Bas, venuz en ce royaume pour
  victer les dicts troubles, tant pour le respect de leurs
  consciences, que pour les dangiers, qui communment adviennent
  desdicts civilz troubles, sa volunt et playsir est que, en toutes
  places o telz seront trouvs estans de honneste et paysible
  conversation, except s'ilz estoient participans de ayder 
  coulourer les biens des autres marchans, ilz ne seront molests ny
  en leurs personnes, ny biens, aultrement si ce n'estoit que les
  officiers des lieux veissent qu'il ft ncessaire de ce fre, et
  l, ilz bailleront obligations, l'un pour l'autre, de se
  reprsanter, et souffriront inventaire estre faicte de leurs
  biens.

  Davantaige, Sa Majest oyant par rapport que l'arrest de ses
  subgectz, du cost de del la mer, auroit est faict soubz
  prtexte qu'on auroit arrest ung navyre, et trois ou quatre
  petites barques, de naguires arrivez dedans certains portz de son
  royaulme, dedans lesquelz estoit certain argent monoy, elle a
  trouv bon de notiffier briefvement les circonstances de ce
  prtexte; par quoy on verra manifestement que cella a est
  recueilly sans juste cause, et que les promoteurs et deviseurs de
  cella, quelz qu'ilz soient, y ont procd sans ordre et bon
  adviz.--Sa Majest fut premirement advertye, par ses officiers de
  certains portz de son royaulme des pays du Ouest, que trois ou
  quatre petites barques, appelles _zabras_, estoient venus
  d'Espaigne en certains portz l, ayans dedans elles une quantit
  d'argent apartenant  plusieurs marchans d'Italye et des Pays Bas,
  et que plusieurs navyres de France, quipps en guerre, estoient
  sur ses costes prtendans de surprendre les dictz navyres
  d'Espaigne et leur trsor, s'ilz se remectoient en la mer, chose
  qui estoit aussi  craindre qu'ilz vollussent entrer dedans les
  portz et les prandre par force: sur quoy Sa Majest envoya
  estroict commandement, par lettres spciales,  tous les portz de
  ces parties l du Ouest, que les marchans et propritaires des
  vaysseaulx eussent cognoissance de ce, et que eulx, et tous autres
  subgects du Roy d'Espaigne, fussent assistez et deffanduz 
  l'encontre des attentatz des Franoys par tous moyens possibles.

  Aprs cella faict, l'ambassadeur d'Espaigne feyt pareille requeste
  d'avoir une nouvelle ordre pour la maintenance et assistance
  desdictz vaysseaulx et trsor  l'encontre des dicts Franoys, ce
  qui luy auroit aussi est octroy; et, pour cest effect, furent
  dlivrez  ces messagiers certaines lettres patentes. Et, peu
  aprs cella, luy requrant  la Majest de la Royne d'entendre son
  playsir, savoir, si elle vouloit estre contante que les
  propritaires et conducteurs dudit trsor peussent estre convoys,
  ou par mer, ou par terre,  Douvres, prtendant l'argent
  appartenir au Roy son Matre, Sa Majest luy accorda que lequel il
  vouldroit choisir des deux pour le plus seur moyen luy seroit
  incontinent adress; sur quoy, il remercya Sa Majest, disant
  qu'il targeroit jusques  ce qu'il eust envoy ez Pays Bas pour
  avoir parolle du duc d'Alve par lequel des deux chemins il le
  vouloit avoir transport.--Cependant Sa Majest fut informe que
  les Franoys estoient entrez, de nuict, secrectement, dedans l'ung
  de ses hvres au Ouest, o estoit le dict trzor, ayant attempt
  de le surprendre. Mais ilz furent seulement repoulcs avec telles
  forces que les officiers de Sa Majest avoient aprest pour cella,
  chose qui est notoire en tous les lieux, o lesdicts navyres ont
  est assailliz, et qui a est aussi bien rapport au dict
  ambassadeur.

  Sur quoy, v combien cella estoit doubteux, et avec cella
  chargeable de foys  aultre, de le prserver estant dehors ou
  dedans les hvres, il fut penc meilleur, pour l'honneur de ce
  royaulme, que le trsor ft mis  terre, et l seurement prserv
   la veue et prsence de ceulx qui estoient chargs d'icelluy,
  sans toucher ou tirer aucune portion d'icelluy; et estant
  certainement cogneu appartenir aulx marchans, il fut aussi adviz,
  aprs la deue prservation d'icelluy des dangiers de la mer, non
  point par une motion irraysonnable ny au contraire de l'honnorable
  usaige des princes en leurs dominations, de tretter avec les
  propritaires,  leur bon contantement et non autrement, de
  l'emprunter, ou portion d'icelluy, sur pareille bonne asseurance
  et conditions, comme Sa Majest a souventeffoys emprumpt  autres
  marchans, subgectz du dict Roy, en ces propres Pays Bas, et comme
  aultres princes ont faict de naguires, en semblable
  cas.--Semblable chose a est faicte envers un navyre, estant prs
  Southampton, charg de laines, et dedans laquelle y avoit un
  trzor, et en dangier apparant des Franoys rouant sur ces costes,
  lesquelz avoient faict de grandes offres aulx officiers des lieux
  seulement pour retirer leurs deffances; et pour cest effect Sa
  Majest envoya au cappitaine de l'isle d'Ouyc pour leur secours,
  et  ce que cella ft aussi prserv des Franoys, et apport 
  terre; que, si cella n'eust est faict, les Franoys l'eussent
  prins dedans XXIIII heures aprs; lequel aussi estoit cogneu
  appartenir aux marchans, et ainsi a est notoirement prouv.

  Et, avant que le dict cappitaine eust pris la charge de le veoir
  prserver, il est cogneu quelles sommes d'argent luy furent
  offertes de laisser seulement le navyre dedans lequel estoit la
  laine, aprs que le trsor en fut dehors, demeurant indeffansable:
  ce que le dict cappitaine ne vollust souffrir, ains feyt armer, 
  grandz costages, certains soldatz par mer, lesquelz, encores
  prsentement, continuent la garde du dict navyre.--Et, durant ce
  temps, pendant que l'on donnoit ordre  cella, l'ambassadeur
  d'Espaigne vint  Sa Majest, envyron le XXIXe de dcembre,
  apportant avec luy une briefve lettre du duc d'Alve seulement de
  crance, et sur cella requist que les vaysseaulx et argent
  arrestez aulx portz fussent miz en libert comme appartenant au
  Roy son Maistre; auquel Sa Majest feyt responce que si l'argent
  appartenoit au Roy, elle luy avoit monstr en son faict ung bon
  playsir de l'avoir sauv des Franoys, luy monstrant en cella
  quelque particularit de la dilligence de ses officiers: mais elle
  estoit informe qu'il appartenoit aulx marchans, et en cella,
  dedans quatre ou cinq jours, elle en entendroit davantaige, et
  l'asseura, sur son honneur, que rien ne seroit faict en cella au
  mescontentement du Roy, son bon frre, comme aussi il le
  cognoistroit, dedans quatre ou cinq jours,  son prochain retour,
  et ainsi il se partit ne faisant aparoir estre mal contant de sa
  responce, et s'en contantoit.--Et Sa Majest, cependant, ayant,
  sellon son expectation, responce du pays du Ouest, dont elle
  prtendoit satisfre le dict ambassadeur  sa venue, ce que elle
  actendoit suyvant son appoinctement, non seulement pour la
  dlivrance des dicts navyres et trsor, pour telle portion qu'il
  apparoistroit appartenir au dict Roy, ains aussi d'accomplir sa
  premire offre de donner conduicte pour icelluy par terre ou par
  mer.

  La premire intelligence qui auroit est apporte  Sa Majest
  (sans le retour du dict ambassadeur), fut que tous ses subjectz,
  biens, marchandises et navyres, estoient arrestez, prins et gards
  en Envers, comme prisonniers, ce mesme propre XXIXe jour, que
  l'ambassadeur estoit avec Sa Majest; ainsi comme cella chet hors
  de tout entendement des hommes, que Sa Majest, quelque chose
  qu'elle eust satisfaict l'ambassadeur, ce XXIXe jour, tous ses
  subjectz et leurs biens furent toutesfoys arrestez ainsi qu'ilz
  estoient  Envers ce jour l.--Sur cella Sa Majest laysse, 
  ceste heure, au jugement de tout le monde  considrer non
  seulement si telle prtence estoit suffizante de fre si
  soubdainement ung si violent et si gnral arrest avec force, en
  telle manire, et,  ceste foys, comme il a est faict, mais aussi
  en celluy auquel seroit trouv faulte, quoy qu'il puisse advenir
  de cecy, Sa Majest n'ayant jamais eu volunt de mescontanter le
  Roy d'Espaigne, ny de possder aucune chose appartenant  ses
  subjectz, aultrement que de leur bonne volunt, sur juste,
  raysonnable et usites conditions. Et, de tout ce que dessus Sa
  Majest a penc estre conveinent le notiffier  toutes personnes
  pour tesmoignage de sa cincrit, et pour la maintenance de ses
  actions, quelques qu'ilz seront, ausquelles elle est par ces
  moyens provocque.

  At Hamptoncourt, le VIe de janvier, le XIe an du rgne de Sa
  Majest, et, en l'an mil cinq cens soixante neuf.

     _Dieu saulve la Royne._


  Imprim  Londres, au Simitire St Pol, par Richard Jougge et
  Jehan Cannont, imprimeur de la Majest de la Royne, avec le
  privilge de Sa Royalle Magest.




XIIe DPESCHE

--du XVIIe de janvier 1569.--

(_Envoye par Jehan Pigon dict Letourne._)

  Arrestation de l'ambassadeur d'Espagne et des capitaines des
    navires espagnols.--Commun desir de ngocier.--Avantage qu'il y
    aurait pour le roi de proposer sa mdiation.--Retour du
    vice-amiral Winter.--Refus fait  l'ambassadeur de France de
    lui accorder des passe-ports.--Funeste influence de tous ces
    vnements sur les affaires de la reine d'cosse.--_Rponse_ de
    l'ambassadeur d'Espagne  la proclamation de la reine
    d'Angleterre.


     AU ROY.

Sire, j'estime qu'aprs que le Sr. de La Croix, lequel je vous ay
naguires dpesch, vous aura faict entendre la disposition en quoy
m'a sembl que la Royne d'Angleterre se mect pour monstrer quelque
rescentiment de la saysie, que le duc d'Alve a faicte des biens et
personnes de ses subjectz au Pays Bas, que Votre Majest desirera
encores savoir  quoy, de jour en jour, s'achemineront ses
entreprinses; dont je me rendray diligent de vous escripre par le
menu, et suivant les adviz que j'en pourray avoir, qui ne seront,
possible, toutjour bien conformes les ungs aulx aultres, pour
l'irrsolution et incertitude de ceux qui font icy les dlibrations,
lesquelz sont assez coustumiers de les rtracter, et advient souvent
que ce qu'on en pense avoir bien aprins le matin, se trouve, le soir,
tout chang. Mesmement en ce faict qu'une partie des seigneurs, et du
peuple de ce royaulme, rclament  voix haulte l'ancienne aliance de
la mayson de Bourgogne, et que ceulx qui plus rvocquent  injure
cest acte du duc d'Alve, et qui plus animent ceste princesse contre
luy, craignent qu'il leur soit quelque foys reproch d'avoir trop
lgirement prcipit leur Maistresse en ceste prilleuse entreprinse,
et que les maulx, qui proviendront de l'ouverture de la guerre contre
ung si puissant prince, et de la ropture de son alliance, ne leur soit
redemand avec le pril de leurs testes. Tant y a que, despuys avoir
saysi les biens et personnes des subjectz du Roy d'Espaigne, et
arrest prisonnier son ambassadeur en son logis soubz la garde de
trois gentilz hommes, et faicte la proclamation que je vous ay
envoye, la dicte Dame a faict ouvrir les coffres et quaysses des
rales d'Espaigne qu'elle a faict arrester en ses portz, o s'est
trouv,  ce que j'entendz, ung peu plus d'ung million d'argent; et
faict on compte que les aultres biens arrestez par de sur les
subjectz du Roy Catholique excdent au double, et au triple, ceulx des
Angloys qui sont arrestez en Flandres.

Les cappitaines des navyres, qui portoient le dict argent, ont est
aussi faictz prisonniers et menez en ceste ville, dont de tout ce
dessus le dict ambassadeur d'Espaigne a faict une despesche au duc
d'Alve, en laquelle semble qu'il rejecte tout le mal sur la passion et
animosit du Sr. Cecille, s'attendant bien qu'elle sera intercept,
comme elle a desj est; mais n'aura que playsir qu'elle soit ouverte
et leue en la prsence de la Royne d'Angleterre et de ceulx de son
conseil, esprant que ceulx qu'il sayt n'estre mal affectionnez au
Roy, son Maitre, et estre bien fort contraires au dict Cecile, y
trouveront asss de quoy grandement le taxer, et leur a, d'abondant,
administr matire pour le pouvoir encores mieulx fre par ung
escript, qu'il leur a secrtement envoy, qui contient la descharge du
duc d'Alve et de luy, tout au contraire de ce qui est port contre
eulx par la susdicte proclamation, du VIe de ce mois, ainsi que Votre
Majest le verra par la dicte responce, que j'ai mise dans ce pacquet.
Et m'a est dict qu'aulcuns des principaux seigneurs de ce conseil se
sont, jeudy dernier, assembls  Nonchis, chez le conte d'Arondel, sur
ceste matire, o le dict Cecille n'a point est appel.

Je n'ay encores peu savoir,  la vrit, quel personnaige ceste Royne
envoyera devers le Roy d'Espaigne; car semble qu'on luy ayt propos
des difficultez, touchant ceux qu'elle avoit adviz d'eslire pour ce
voyage, luy remonstrant que si elle envoye quelcun de ceulx qui ne
peuvent rien comporter de la religion catholique, qu'il luy sera faict
pareil escorne qu'on a faict  son dernier ambassadeur, et, si c'est
un personnaige qui tienne encores du catholique, qu'elle le doibt
avoir en cecy pour fort suspect. D'ailleurs, l'on m'a dict qu'elle y
avoit desj dpesch secrtement ung gentilhomme, par la voye de la
mer, l'ayant envoy embarquer au cap de Cornoailhe, ce que n'a grand
aparence. Mais Votre Majest pourra faire prendre garde, par Mr. de
Forquevaulx, de dell, s'il y en arrivera quelcun, et quelle responce
le Roy Catholique fera en cecy, selon laquelle l'on pourra mieux juger
du progrez de ceste guerre; car ceulx cy ont desj faict entendre au
sus dict ambassadeur que, s'il vouloit mander sa dtention, et les
autres choses de de, au duc d'Alve, et bailler son passeport pour
celluy qui luy apportera la lettre, qu'ilz la luy envoyeront
incontinant, avec semblable passeport pour tel gentilhomme que le dict
duc vouldra renvoyer devers luy. Et au Sr. Roberto Ridolphi,
gentilhomme florentin, personnaige de bonne qualit, qui s'est offert
d'aller, comme de luy mesmes, tretter de rconciliation et de quelque
modration en cest affre avec le dict duc, ilz le luy ont bien fort
gratiffi, et sont encores  dellibrer s'ilz luy concderont d'y
aller, ou non, ne tennant toutesfois qu' ce qu'ilz ne veulent estre
veuz rien deffrer au dict duc; mais si le dict duc envoyoit devers
eulx, je ne fays doubte que son messaige ne ft bien voluntiers
accept. Par ainsi, ilz demeurent seulement sur la rputation  qui
envoyera le premier, en quoy semble, Sire, que quelque honneste et
gracieux office, de la part de Voz Majestez Trs Chrestiennes,
interviendroit,  ceste heure, bien  propos entre ces princes, voz
allis, pour les rconcilier; car, oultre que ce seroit oeuvre digne
de votre grandeur, et par o vous obligeries l'ung et l'autre, je
considre que, si les Anglois ont une foys faict leur appareil de
guerre, comme ilz sont aprs  armer quinze grands navyres et grand
nombre d'autres vaysseaulx, et lever gens de guerre, et que, puys
aprs, ils demeurent d'accord avec les Payz Bas, qu'il sera ays de
les pousser et persuader de convertir leur dict appareil au secours de
ces princes, qui mnent la guerre en France, l o, s'ilz sont
destournez de commancer la despence pour une telle guerre, il est 
esprer qu'ilz ne s'y mectront guires avant pour une aultre.

J'avois dlibr de veoir demain ceste princesse sur le contenu de vos
dernires dpesches, et sur le faict de la Royne d'Escosse, lequel
semble n'aller si bien maintenant, comme despuis quelques jours nous
l'avions espr, mais l'audience m'a est diffre jusques  mercredy
prochain, en laquelle je toucheray  la dicte Dame ung mot des choses
dessus dictes, affin de descouvrir ce que je pourray de son intention
pour le vous mander par mes prochaines, aydant le Crateur, auquel je
supplie, aprs avoir en cet endroict bais trs humblement les mains
de Votre Majest, qu'il vous doinct, Sire, en parfaite sant, trs
heureuse et trs longue vie et toute la grandeur et prosprit que
vous desire.

     De Londres ce XVIIe de janvier 1569.


Despuis la prsente escripte, on m'a adverty que Me Ouynter est revenu
avec les navyres de ceste Royne, dont je mectray peine d'entendre
l'exploict qu'il aura faict en son voyage, et cependant, parce qu'on
pourroit icy simuler une chose pour en excuter une autre, et qu'on ne
peult bien prveoir o s'adressent les entreprinses de mer, qui toutes
foys sont fort soubdaines, je supplie trs humblement Votre Majest
fre advertir, de bonne heure, toutes voz viles et places, de sur la
mer, de cest aprest de de, affin qu'elles se tiennent sur leurs
gardes.


     A LA ROYNE.

Madame, affin que le Roy et Vous ne demeuris sans avoir ordinairement
adviz commant les choses passeront de de, mesmement  ceste heure,
que ceulx cy se prparent d'avoir la guerre contre le duc d'Alve, je
mectray peyne de vous escripre souvant, et d'envoyer toutjour quelcun
des miens bien instruict devers Vos Majestez. Il est vray que l'on
faict icy asss de difficult de me bailler des passeports, me tennant
pour fort suspect,  cause de l'alliance et estroicte confdration
que le Roy d'Espaigne a avecques Vos dictes Majestez, de quoy ceste
Royne est plus jalouse que de nulle autre chose de ce monde. Mais
affin qu'ilz ne m'osent doresenavant desnyer les dictz passeportz,
quant je leur en demanderay, non plus que Voz Majestez n'en font
jamais reffuz  leur ambassadeur de dell, il vous plairra, Madame, en
fre dire ung mot au dict ambassadeur. Et semble aussi qu'il seroit
bon que ceulx qui vouldroient aller d'icy en France, et de France icy,
prinsent passeport de votre ambassadeur, ou aultrement, qu'il ft
mand aulx passaiges de les arrester et visiter; et par ce moyen
j'aurois la commodit de vous escripre souvant, et vous advertir de
beaucoup d'alles et venues, qui, aultrement, me demeureront
incogneues.

Le faict de la Royne d'Escosse est toujour sur le bureau, et millord
Jemmes en presse extrmement la dtermination, sentant que les
Amiltons ont deja miz quelques forces ensemble, et que le chateau de
Donbertran a est avitaill. Je crains certes d'avoir faict trop
vritable jugement de l'yssue, que ceulx cy donront aulx affres de la
dicte Dame, car j'entendz qu'ilz y procdent avec beaucoup de dfaveur
d'elle et de sa cause. Je ne cesse de la secourir, de la part de Voz
Majestez, envers ceste Royne et envers les seigneurs de son conseil,
par tous les bons et dilligens offices que je puys, et encores, 
ceste prochaine audience, j'en feray une bien vifve recharge, dont par
mes premires je vous manderay ce que, en cella et autres choses, elle
m'aura respondu, et prieray, en cest endroict, le Crateur, aprs
avoir trs humblement bais les mains de Votre Majest qu'il vous
doinct, Madame, en parfaite sant, trs longue vie et toute la
prosprit que vous desire.

     De Londres ce XVIIe de janvier 1569.


  RESPONSE DE L'AMBASSADEUR D'ESPAIGNE  la proclamacion faicte en
    Angleterre, le VIe de janvier 1569[44].

  [44] Die sexto januarii _Programma_ Londini editum est, de bonis
  Anglorum ab Albano detentis, in quo pleraque jam dicta
  explicantur, et culpa in De-Spesium conjicitur. Ille _Antigramma_
  opponit in quo innuit, Programma illud non  Regin emissum, sed
  Regin nomine  nonnullis, qui Hispano iniquiores, et Belgis
  rebellibus quiores. Pristinam Regin erg Hispanos benevolentiam
  collaudat, eamdem immerit abalienatam deplorat, non majorem
  fidem sibi legato, et Albani litteris adhibitam stomachatur,
  pecuniam illam detineri demiratur, cm magis interesset Regin,
  ut ipse dixit, pecuniam Hispano contr rebelles suppeditare, qum
  detrahere. Denique eam, quasi prima injuriam intulerit, taxat,
  Albanique factum et se excusat. (Camden, Anne 1569, in ppio.)

  Don Gueran d'Espes cavallero de la orden de Calatrava, del consejo
  de Su Magestad y su embaxador aerca de la Serenissima Reyna de
  Ingalaterra, a todos los que la presente veiren salud y amor.

  Por quanto por parte de la Serenissima Reyna de Ingalaterra y en
  nombre suyo se ha publicado una proclamaion imprimida a los VI de
  enero en la ciudad de Londres, queriendo dar alguna culpa a la
  Excelencia del Illustrissimo Duque d'Alva de haver hecho la
  general detenion de los bienes y personas de los Inglezes que
  fueron hallados en los Payses Baxos, porque parezca claro quan sin
  culpa esta dicho Illustrissimo Duque y assi mismo la verdad de
  todo el trato como passa, os hazemo saber que, a los XXIII de
  noviembre del ao passado, nos fue dado aviso como en la parte del
  weste avian aportado algunas naves y zabras que venian d'Espaa
  con el dinero que Su Magestad Catholica embiava a Flandes para la
  paga de su exerito y que llegavan y estavan con algun peligro por
  causa de los cossarios franeses y inglezes que juntos por alli
  robavan todas las naves assi de Franeses como d'Espaoles,
  Flamencos y otros subditos y vassallos de Su Magestad.

  Y assi nos determinamos de pedir audienia d'esta Serenissima
  Reyna, la qual nos fue dada a los 29 del dicho mes de noviembre,
  en la qual le supplicamos que, conforme a la confederaion y
  amistad, qu'entre el Rey nuestro Seor y Su Magestad avia,
  mandasse deffender en sus puertos dichos nuestros navios y dar
  passaporte, si fuesse menester, para traer el dinero por tierra
  hasta Dobla o algunas naves de las de Su Magestad armadas a
  nuestra cuesta para conduzir este dinero a salviamento en Anvers.
  Loqual todo conedio Su Magestad muy benignamente y nos lo hizimos
  saber al dicho Illustrissimo Duque, el qual se hallava en Cambrezy
  acabando de hechar de aquellos estados los rebeldes de Su Magestad
  Catholica, para que Su Excelencia escogiesse el partido que mejr
  le pareiesse. Y entretanto que tardava a venir su respuesta,
  recreciendose que Kerkem y Cortene piratas inglezes, que pocos
  dias antes avian armado en compaia de otros franeses, avian
  tomado tres ulcas flamencas y una nave espaola muy ricas y
  traidas al puerto de Plemua y otros de aquella costa, y dividida,
  y vendida a su voluntad la preda y robo, y assi mismo que en los
  puertos de aquellas partes los cossarios y otras personas de la
  tierra probavan a invadir dichos navios y defensores dellos, sin
  que se pusiesse en ello general y conveniente remedio.

  Viendo que los cossarios paseavan publicamente por la isla, y
  tenian favor en corte y sacavan libranas y mandamientos para la
  seguridad de algunas depredaiones que avian hecho, dimos razon
  dello al muy illustre Roberto conde de Leester y al magnifico ser
  Guillelmo Cecil principal secretario d'esta Serenissima Reyna,
  personas importantes en su consejo, la qual fue a los XII de
  deciembre, monstrandoles los grandes inconvenientes que de sufrir
  semejantes piratas se podrian seguir, y como era contra la paz
  publica, amistad y confederaion de la Casa d'Ingalaterra y de
  Borgoa; y embiamos a pedir audienia a esta Serenissima Reyna que
  nos fue conedida para los XIIII siguientes.

  Este mismo dia de los XII; Su Magestad firmo el passaporte para
  hacer traer todo este dinero por mar o por tierra con toda
  seguridad conviniente, y assi, tambien en la audienia de los
  XIIII refirmo su palabra y seguridad real, di nuevas cartas y mas
  encaresidas que las primeras a todos sus ministros en aquellas
  partes y otras para Guilielmo Wynter, capitan de muchas naves
  suyas, que se pensava entones se hallaria en aquellas partes del
  weste, y assi nos despachamos a Pedro de Madariaga y Pedro
  Martinez habitantes d'esta iudad de Londres, los quales, al XVIII
  del mes passado, llegaron a Antona y en el otro dia, de maana,
  presentaron y registraron su passaporte y advertido Lope de la
  Sierra, capitan de una nave qu'estava en aquel puerto con
  cinquenta y nueve caxas de moneda, passaron adelante camino de
  Plemmua para hazer lo mismo alli y en Fabique y hablar con el
  capitan Winter.

  El mismo dia qu'ellos partieron de Antona, lleg alli Horsy
  capitan de la isla de Wicht y otros embiados por la Serenissima
  Reyna de Ingalaterra y con muchos barcos y gente en ellos,
  entraron en la nave del dicho Lope de la Sierra, y sin respeto del
  passaporte y securidad sobredicha, contra voluntad del dicho Lope
  de la Sierra, sacaron todas las caxas de la moneda en tierra y las
  encomendaron a los que les parescieron, sin permittir al dicho
  Lope de la Sierra ni ninguno de los suyos que assistiessen a la
  guarda de las dichas caxas. De lo qual el dicho Lope de la Sierra
  nos dio luego aviso, y assi, a los XXI del passado, nos
  despachamos correo advertiendo de tan grande novedad al
  Illustrissimo Duque d'Alva. Ya en este tiempo eramos bien
  ertificados de muchas personas de gran authoridad en esta isla
  como la Serenissima Reyna determinava de tomarse este dinero con
  achaque de dezir que era de particulares personas, aunque fuessen
  vassallos de Su Magestad Catholica.

  Todavia, el mismo dia de XXI, escrivimos a la dicha Serenissima
  Reyna, quexandonos d'este aggravio y supplicandola nos teniesse su
  palabra y passaporte paraque este dinero fuesse a Anvers como
  estava conertado. En la misma carta tambien nos quexamos a Su
  Magestad que siendo en el dicho puerto de Antona mandada detener
  por justicia ordinaria una nave robada de los piratas, cargada de
  mercadurias de vassallos de la Magestad Catholica por cartas y
  mandamientos suyos fuesse librada y vuelta en poder de los
  piratas. Su Magestad Serenissima no nos mando responder por
  escritto y algunos de sus ministros dixeron de palabra que Su
  Magestad guardava aquel dinero para el Rey nuestro Seor y que
  despues de dado el passaporte avia sabido otras cosas y a mis
  criados que pidieron audienia no les quizieron aquel dia dar
  respuesta resoluta ni certificar si en las zabras de Plemua y
  Fabique avian innovado otro tanto loqual despues ha parescido ser
  assi y que avian en aquel tiempo quitado tambien las velas y
  xaria de los dichos navios, poniendo en cada nao guarda de
  Inglezes y quitando a los maestros todas las escrituras de cartas,
  y conosimientos, y el otro dia despues que fue a los XXIII envie
  a insistir a pedir audienia la qual nos fue prorogada hasta los
  XXIX del dicho mes, en la qual, con todo acatamiento, nos quexamos
  a la dicha Serenissima Reyna de la dicha novedad cometida en
  Antona, suplicandola la mandasse remediar conforme a sus
  ofreimientos, a la razon y justiia, confederaion y amistad que
  con el Rey nuestro Seor tenia.

  A todo lo qual Su Magestad, con muy suaves palabras, respondio
  que el sacar en tierra los dichos dineros avia sido para mejor
  guardar los para serviio del Rey su buen hermano, encareiendo
  mucho la determinaion y atrevimiento de los cossarios.

  Lo qual todo le aeptemos por parte del Rey nuestro Seor y se lo
  agradeimos infinitamente ofreiendole que Su Magestad ternia
  perpetua memoria dello y passamos adelante a suplicarla que diese
  las naves prometidas para la guarda d'este dinero y conduzir le
  hasta Anvers como antes, con tanto amor, avia conedido.

  A lo qual Su Magestad se muestr luego renitente, significando que
  dos Ginoveses le havian hecho entender qu'este dinero no era de Su
  Magestad Catholica, sino de algunos mercaderes y que assi ella le
  queria retener para su uso, pagando alguna cosa por el interesse a
  sus dueos.

  A lo qual nos le replicamos instantemente, assi por la autoridad
  de nuestro cargo y la obligaion que Su Magestad tiene por el de
  creer nos, como en virtud de una carta de creenia del
  Illustrissimo Duque d'Alva, la qual entones le dimos en sus
  manos, que aquel dinero era de Su Magestad Catholica y venia para
  serviio de su campo, traydo d'Espaa para la sola paga de su
  gente. En lo qual Su Magestad estuvo muy dura y muy differente de
  lo que en las otras audienias la haviamos hallado con gran
  maravilla nuestra de que una Reyna tan exellente, por
  induzimiento de persona alguna, en tal tiempo en que ella auria de
  socorrer, con su proprio dinero, las cosas del Rey nuestro Seor
  en Flandes, le quisiesse detener o tomar sin tener respetto a la
  amistad que deve a un tan grande prinipe. Y assi quedamos sin
  otra resoluion alguna d'esta audienia, sino que dentro de III o
  IIII dias nos haria informar como aquellos dineros eran de
  mercaderes; en lo qual hasta oy no ha hecho nada quedamos d'esta
  respuesta muy mal satishechos y despachamos un secretario nuestro
  a dar razon dello al Illustrissimo Duque d'Alva, mal contentos
  tambien de los consejos que en estos dias se tenian continuos con
  los agentes de los rebeldes del Rey, nuestro Seor, en perjuyzio,
  segun paree, de la amistad antigua.

  El Duque entretanto con el primero aviso nuestro de la detenion
  de la moneda y relaion de algunos soldados de la nave del dicho
  Lope de la Sierra que alla fueron, viendo un aggravio tan
  manifesto, y que a todos los d'esta isla, assi catholicos como de
  la nueva relligion, paree mal y creiendo qu'esta detenion no
  partia de la mente d'esta Serenissima Reyna, sino de algunas otras
  personas que no tienen aquel zelo que conviene, pass a mandar a
  detener los bienes y personas de los Inglezes, como a camino
  qu'esta Serenissima Reyna avia antes hallado, sin provocar la
  persona alguna a ello por el Rey nuestro Seor, atendido que por
  parte de Su Magestad Catholica y de sus governantes y subditos se
  le ha guardado siempre buena vezindad y amistad y esta Serenissima
  y Nobilissimo Reyno han recibido de la mano de la Magestad
  Catholica todo favor y amparo, por lo qual siendo tan claro y
  notorio lo hazemos saber a todo el mundo para que conste
  eternamente de la verdad y buenos progressos assi del
  Illustrissimo Duque d'Alva como nuestros, observando enteramente
  el respetto y fe devida a los amigos y ampararando con neessarios
  presidios y fueras los subditos del Rey nuestro Seor defendiendo
  su authoridad y grandeza por los medios que para ello el tiempo
  muestrara ser convenientes.




XIIIe DPESCHE

--du XXe de janvier 1569.--

(_Envoye par Jehan Vallet jusques  Calais._)

  Premire entrevue de l'ambassadeur et d'lisabeth aprs la saisie
    des Pays-Bas.--Protestation de la reine qu'elle veut maintenir
    la paix.--Ses plaintes contre l'ambassadeur d'Espagne.--Elle
    justifie son arrestation, contre laquelle rclame l'ambassadeur
    de France.--Elle se plaint d'un acte d'hostilit exerc sur les
    ctes de Bretagne contre la flotte anglaise.--L'ambassadeur
    demande des explications sur un ordre qui aurait t donn par
    la reine d'arrter quelques navires franais.--Excution en
    France de plusieurs Anglais, pris les armes  la main.--Marie
    Stuart fait demander communication des pices que l'on prtend
    lui opposer.--_Relation_ envoye par les protestants de leurs
    oprations militaires.--_Lettre_ crite de la Rochelle sur le
    mme sujet.


     AU ROY.

Sire, ayant est, ces jours passs, devers la Royne d'Angleterre 
Antoncourt, encor que je l'aye trouve comme en deuilh pour la mort
de madame de Quaynelles, sa cousine, qu'elle aymoit sur toutes les
femmes du monde, elle n'a layss pourtant de me recepvoir avec
beaucoup de faveur et de gracieuset, et, aprs m'avoir dict quelque
peu de motz du regrect qu'elle avoit  la perte d'une si bonne
parente, et que son habit de dueil, qu'elle avoit prins, n'exprimoit
que bien peu de la grandeur du mal qu'elle en sentoit, elle m'a
demand incontinent de voz novelles:  quoy je luy ay respondu que
j'estois venu expressment pour luy conter celles que Voz Majestez
m'avoient escriptes, du XXVIIe du pass, et du premier de cestuy cy,
n'en ayant point de plus fraisches, et que, par voz deux lettres, me
commandis luy donner bon compte de voz vnemans et du succez de vos
affres, comme chose que vous estims estre deuhe  l'entretennement
de la bonne paix et sincre amyti, que vous aviez avecques elle; qui
aussi aviez heu grand playsir d'entendre, par aucunes de mes lettres,
qu'elle se ft resjouye de les savoir bonnes, et eust monstr desirer
le bien et advantaige de voz affres; dont me commandiez l'asseurer de
votre bonne correspondance en cella, et que, de tout ce qu'entendrs 
jamais de sa prosprit et de ses bonnes fortunes, vous en auriez
pareil playsir que des vostres prospres. Puis suyviz  luy dire les
particularitez que me mandis de l'exploict de votre arme, que
conduict Monsieur, frre de Votre Majest, contre le prince de Cond,
et de celle que conduict monsieur d'Aumalle contre le prince d'Orange,
avec quelque discours du retardement, que l'aspret de l'yver, et la
difficult des passaiges, et l'avantaige des lieux avoit donn  mon
dict Sieur de ne pouvoir sitost excuter son entreprinse, et aussi du
temporisement du dict prince de Cond pour esprance de se joindre 
l'arme du prince d'Orange, ce que n'avoit si peu de difficult qu'il
ne semblt estre impossible, desduysant les bons advantaiges que Dieu
vous avoit donns en ceste guerre.

A quoy elle m'a respondu qu'elle ne vouloit faillir de vous rendre ung
bien grand mercys pour le compte en quoy vous monstriez la tenir, et
encores ung autre grand mercys, dont il vous playsoit satisfre en
cest endroict bien fort  son affection, qui desiroit en ce temps
savoir souvent de voz nouvelles, priant toutesfoys Dieu qu'elle en
peust ouyr bien tost de meilleures que celles qu'on luy avoit dictes
despuys deux jours, lesquelles luy faisoient regrecter que Voz
Majestez eussent mespris son conseil, encor que ne ft que d'une
femme, sur ce qu'elle vous avoit pri pour la paix de votre royaume.
Et s'eslargit ung peu avec parolles aigres contre les autheurs et
semeurs de guerres, disant que les princes les debvoient poursuyvre de
mort, comme ennemys conjurs contre eulx et pernicieux  leurs estatz.
A quoy je ne luy voluz incister sinon en tant qu'il sembloit qu'elle
volust charger sur aucuns catholicques, et je miz peyne de rejecter
cella sur ceulx de l'autre party, qui vouloient tenir trop ferme, et
trop s'opposer au vouloir et intention des princes; dont luy diz
qu'elle savoit bien  quoy s'en tenir, et qu'elle pouvoit mieulx
juger que nul aultre si les catholicques de son royaulme n'estoient
pas bien patiens et bien obyssantz.

Elle poursuyvit encores quelques parolles de cette matire, et puys
vint  dire qu'il ne tenoit  l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy,
qu'il n'y eust desj guerre allume entre les pays de son maistre et
les sciens, et qu'elle avoit est trompe en ce personnaige, quelle
avoit estim bien honneste et bien modr, et n'eust jamais penc
que, pendant qu'elle estoit  tretter doulcement avecques luy de la
conduicte de ces ralles d'Espaigne, et de les mectre  seuret, les
ayant desj sauves de la main des pirates, il eust, par ses lettres
dont elle avoit la coppie, faict arrester les biens et personnes des
Angloix en Envers, mandant de dell le contraire des bonnes parolles
qui avoient est tenues entre eulx; et avoit encore escript d'elle en
aultre sorte qu'il ne debvoit, l'ayant nomme _Oriane_ en aulcunes de
ses lettres, de quoy elle n'estoit moins offence que du demeurant: et
que, s'il eust est son subject, elle l'eust desj faict poursuyvre
par la rigueur de justice, et que le duc d'Alve, aussi, avoit est
trop soubdain  le croire, duquel ne se pouvoit dire qu'il n'eust
procd, et arrogamment, et lgirement en ce faict; arrogamment, de
n'avoir daign luy escripre q'une petite lettre que la dicte Dame
compara  ung _valentin_[45], o il n'y avoit que cinq ou six motz
portans crance sur le dict ambassadeur; et lgirement, de ce que,
sans occasion, il avoit excut ung acte trop universel, non seulement
de saysie, mais comme d'hostillit sur ses subjectz; et que le dict
duc n'estoit si grand, ny elle si petite, ny l'affre si peu
important, qu'il ne peust bien avoir prins la peyne de luy en escripre
au long, et d'avoir envoy savoir commant les choses alloient de
de, avant attempter ainsi cest outrage contre elle, et les sciens de
dell; mais qu'elle esproit tant de la bont et vertu du Roy
Catholique, et de la vraye amyti, qui est de si long temps confirme
entre eulx et leurs estatz, qu'il n'advouhera ny ce que le duc d'Alve
a faict, ny ce que l'ambassadeur luy a escript.

  [45] Ce terme, que les Anglais emploient dans le style familier,
  se rapporte exactement  notre mot _poulet_, billet de
  galanterie.

A quoy j'ay respondu que je la supplioys de considrer qu'il importoit
grandement au duc d'Alve que ses deniers ne luy fussent ny empeschs,
ni retards, estant en ung pays o plusieurs choses luy estoient
suspectes, et o il avoit une arme en estat, compose de diverses
nations asss accoustumes de faire mutination ou de deffaillir, quant
argent deffailloit. Mais je m'asseurois que se ressouvenantz, devant
six sepmaines, le Roy d'Espaigne et elle, de l'ancienne alliance qui a
est toutjour entre ce royaume et la maison de Bourgoigne, qu'ilz
demeureront de bon accord, et que, quant mesmes il y auroit quelque
occasion d'aigreur entre eulx, que leurs pays et subjectz ne
permectroient qu'ilz passassent  nulz exploictz de guerre l'un contre
l'aultre. Et j'adjouxtay, qu'estant,  ceste heure, le Roy Catholique
veufve et pour sercher party, qu'il ne vouldroit, pour chose du monde,
offencer une telle princesse  marier comme elle estoit, ny elle
pareillement luy, tant qu'il seroit en ce pourchaz.

Elle respondit, en ryant, qu'elle s'asseuroit bien fort de l'amyti du
Roy d'Espaigne, et que comme, de sa part, elle seroit bien marrye de
luy commancer la guerre, qu'aussi pensoit elle qu'il ne la luy
mouveroit jamais sur ung si mauvais fondement comme cestuy cy, que le
duc d'Alve et son ambassadeur luy vouloient fre prendre; et qu'elle
avoit envoy le vray discours de tout au Sr. Norrys, son ambassadeur,
pour le bailler au Sr. don Francs d'Alava, affin de le fre tenir au
Roy d'Espaigne, son Maistre; et qu'elle ne dlibroit point, pour la
longueur du chemin, envoyer autrement devers luy, me priant escripre 
Voz Majestez Trs Chrestiennes vouloir croire le compte trs
vritable de ces choses, tel que son dict ambassadeur Norrys vous
l'aura dict, et qu'elle vous prye ne vouloir, par aulcune de voz
actions, ny dmonstrations, justiffier ceste entreprinse du duc
d'Alve, comme contraire au respect qu'on doibt avoir  n'altrer ny
enfraindre les bonnes et sincres amytis des princes.

A quoy luy ayant dict que son ambassadeur n'auroit pas failly de fre
si bien cest office que ce que j'en dirois maintenant n'y pourroit
rien adjouxter, elle me fit une bien expresse recharge que je ne le
volusse oblyer par mes premires. Puis, je suiviz  luy dire que, si
le duc d'Alve estoit son prisonnier, j'attendrois que quelque autre
duc commant de parler pour luy, mais que je la supplioys ne trouver
mauvais si, pour l'ambassadeur d'Espaigne, par ce que telles
personnes, pour rayson de la charge, m'estoient recommands, je luy
disois que, despuys que Dieu avoit estably les puyssances au monde,
les ambassadeurs avoient est toutjour respectez, et leurs personnes
demeurez intactes, mesmes l'on avoit, au millieu des plus aspres
guerres, toutjour heu esgard de ne toucher  eulx, ny tretter leurs
personnes que bien fort honnorablement, et qu'elle avoit accept
cestuy cy pour ambassadeur d'ung grand Roy sur les lettres de sa
lgation; par ainsy, qu'elle vollust avoir esgard  luy, non qu'il
m'eust pry, ny faict prier d'en parler, mais qu'ainsy le requroit le
pareil office que nous avions tous deux, en ung mesme temps, devers
elle, et qu'il luy pleust me permectre de le visiter au moins une fois
la sepmaine, en prsence des gentilshommes qui l'avoient en garde.

Elle m'a respondu que, veu les termes en quoy il s'estoit efforc de
la mettre avec le Roy son Maistre, il n'estoit pas rayson qu'il vet
les appareilz qu'elle feroit pour se deffendre, si l'on la vouloit
assaillir; par ainsi, qu'on l'avoit seulement resserr en son logis
soubz la garde de trois gentilshommes,  qui elle avoit command de se
depporter honnestement envers luy, et que d'autres foys l'on avoit, 
moindre occasion, plus mal trett son ambassadeur Trocmarthon[46] en
France: au reste, qu'elle me pryoit de ne le visiter encores de
quelques jours, non qu'elle se deffit de moy, mais affin qu'elle ne
ft veue approuver ny justiffier rien de ce qu'il avoit si mal faict,
en luy permectant la visite d'ung qui tenoit, icy, pour Votre Majest,
ce lieu que je tiens.

  [46] Pendant le sige du Havre (juillet 1563), Thomas Smith fut
  envoy comme ambassadeur rsident, et Nicolas Trokmorton le
  suivit bientt avec le titre d'ambassadeur extraordinaire; mais
  tant arrivs en France aprs la prise de la ville, ils furent
  arrts tous deux par Michel de Castelnau, sur un ordre du roi.
  Trokmorton fut conduit prisonnier au chteau de
  Saint-Germain-en-Laie. On se borna  donner des gardes  Smith,
  qui fit bientt des ouvertures de paix. Le trait de Troie, sign
  par les deux ambassadeurs (11 et 12 avril 1564), dclara par un
  article exprs que Trokmorton serait,  partir de ce jour,
  dlivr des gardes qui lui avaient t laisss; mais il
  s'engageait, sur sa parole,  ne pas sortir de France sans la
  permission du roi, tant que les deux actes, des 11 et 12 avril,
  n'auraient pas t expressment ratifis par la reine
  d'Angleterre.

Aprs ce propos, voyant que je luy voulois parler de son visadmiral
Me. Ouynter, elle s'advana de me dire qu'elle s'esbassoit fort
comme, passans naguires ses navyres, soubz la conduicte du dict Me.
Ouynter, prz du Conquest en Bretaigne, on luy avoit, en temps de
bonne paix, faict une si aspre dmonstration de guerre de luy avoir
tir cent soixante coups de canon; mais que, grce  Dieu, nul n'avoit
est thu ny bless; seulement, l'on l'avoit contrainct de se mectre
en deffance, et il avoit repouss ceulx qui l'assailloient.

Je luy respondiz que ce m'estoit ung propoz tout nouveau duquel je
n'avois ci devant rien entendu; par ainsi, que je ne pouvois savoir
qui avoit est l'assaillant ny l'assailly, mais que je la voulois bien
supplier me dire quelle satisfaction je pourrois donner  Voz Majestez
du voyage que le dict Me. Ouynter avoit faict  la Rochelle, et de ce
qu'on disoit, tout publicquement, qu'il avoit secouru le prince de
Cond de pouldres, d'artillerye, de munitions de guerre, et encores
mesmes d'argent, l o, sur la parolle de la dicte Dame, j'avois
naguires escript  Voz Majestez qu'elle n'avoit envoy le dict Me.
Ouynter, ny ses navyres, sur mer que pour asseurer la navigation de
ses subjectz; et qu'est ce aussi que je vous respondrois sur ce que
les prinses, qui se faisoient en mer sur voz subjectz, et les preneurs
d'icelles, se retiroient ez portz d'Angleterre et sortoient des mesmes
portz, quant ilz alloient excuter leurs entreprinses; et que j'avoys
aussi entendu qu'elle avoit faict dpescher une commission, vers son
pays d'Ouest, pour arrester tous navyres franoys qui y aborderoient
jusques  la valleur et concurrence de certaines prinses qu'aulcuns
Anglois et Yrlandois se plaignoient leur avoir est faictes par des
Bretons, des quelles ilz disoient n'avoir peu avoir justice en France;
ce que n'estoit sellon l'ordre prescript par les trettez, et dont la
rayson vouloit qu'on rvocqut la dicte commission, si elle avoit est
dpesche, pour recourir aulx termes accoustumez de justice.

A ces choses la dicte Dame m'a respondu que, touchant Me Ouynter, elle
l'estimoit trop saige et advis pour avoir faict rien de semblable 
ce que je luy disois, et que,  la vrit, elle estoit non seulement
par le debvoir, mais aussi par pacte exprs oblige  ses subjectz, 
cause de quelque subcide, d'asseurer, avec ses navyres de guerre,
leurs voyages et navigations, dont n'avoit peu fre de moins que de
leur bailler en ce temps ce cappitaine, avec quatre de ses navyres,
pour asseurer leur flotte, qui estoit d'environ deux cens vaysseaulx,
dpeschs pour le vin; laquelle flotte, voyant ne pouvoir charger 
Bourdeaux  cause des difficultez qu'on avoit faict auparavant 
aulcuns d'icelle, ilz avoient est contrainctz, pour ne demeurer sans
vin, d'aller charger  la Rochelle et en la rivire de Charante, o
ceulx de ce quartier l s'estoient donns quelque allarme de les veoir
venir; mais en fin, il leur avoit est permiz de marchander des vins,
et le dict Me. Ouynter avoit prins des vivres au dict lieu de la
Rochelle les plus chers qu'il eust onques achapt; mais qu'au reste,
elle, de sa part, n'avoit donn ny envoy aucun secours, petit ny
grand, au dict prince de Cond, et vous pryoit que ceulx, qui vous le
diroient autrement, fussent chastiez, s'ilz ne le pouvoient vriffier,
et s'ilz le vriffioient, qu'il luy en ft  elle faict un grand
reproche, et que mesmes elle avoit reffuz de donner cong  plus de
trois cens gentilzhommes angloix, qui vouloient aller voluntairement
trouver le dict prince: et, touchant les prinses de mer, que, estant
ses portz libres, ung chacun y estoit bien receu  tiltre de bonne
foy, et les pirates ne pourtoient merque pour estre recognuz, mais,
quant il se feroit quelque prinse sur voz subjectz, et qu'ilz la
suyvroient, et en demanderoient justice par de, qu'elle la leur
feroit administrer sans difficult: au regard de la commission
d'arrester les navyres franoys, qu'elle ne se souvenoit bien de
l'avoir donne, touteffoys, qu' faulte d'administrer justice en
France  ses subjectz, elle leur vouloit bien remdier par de le
mieulx qu'elle pourroit.

Il y eut plusieurs autres choses dictes, d'ung cost et d'autre, et
mesmes sur ce cong qu'elle disoit avoir reffuz aulx gentilshommes
anglois, o je luy fiz entendre les bonnes parolles que Votre Majest
me mandoit touchant le rapport qu'on luy avoit faict qu'ilz avoient
est prins et excutez. Mais, en tout, elle a monstr vous vouloir
satisfre, et demeurer en bonne paix et amyti avec Voz Majestez.

Et pour aultant que les affres de la Royne d'Escosse estoient lors
sur le bureau, je luy diz que j'avois charge de la supplier qu'elle
volt fre avoir  la dicte Royne d'Escosse, sa bonne soeur, la
communication de tout ce qu'aucuns ses subjectz, et ses contraires,
avoient dict et produict contre elle, affin que, pour son innocence et
justiffication, elle leur peust respondre au mesme lieu o ilz
l'avoient deffre, et qu'elle ne volust permectre que l'honneur, la
personne et l'estat de cette princesse, que Dieu avoit envoye 
recours  elle, fussent opprimez entre ses mains, et que Voz Majestez
la pryoient, bien affectueusement, de vouloir si bien pourveoir  son
faict qu'elle n'eust besoing d'aucun aultre secours que du scien pour
estre bien tost remise en son dict estat et grandeur, comme la Royne
d'Escosse vous avoit faict entendre qu'elle le luy avoit promiz, et
comme vous espriez que, pour la compassion de sa prsente ncessit,
et pour l'obligation du prochain parentaige qui estoit entre elles,
elle l'accompliroit; et que, quant vous verriez son dict secours luy
deffaillir, je luy voulois bien dire, encores ceste foys, que vous
vous efforceriez, nonobstant voz prsents affres, de luy bailler le
vostre, et que Voz Majestez estimoient qu'il seroit bon, pendant
qu'elle avoit icy en ses pays les principalles personnes intresses
au dict affre, qu'elle ne permt qu'ilz s'en retournassent, sans
qu'elle les eust accomods; car autrement ce ne seroit qu'un
recommancement de troubles et de guerre dans l'Escosse, aussi tost
qu'ilz y arriveroient; et, au reste, qu'il luy pleust faire trouver le
garon[47] qui avoit donn moyen  la dicte Dame de sortir hors de
prison, lequel on avoit enlev, estant icy  la suyte de sa court,
n'ayant le bon acte de fidelle subject, qu'il avoit faict pour sa
Royne Souveraine, mrit qu'il recet que faveur et bon trettement de
tous les princes de la terre.

  [47] William Douglas, qui avait fait vader Marie Stuart du
  chteau de Lochleven, le 2 mai 1568.

Ce propos fut ententivement escout de la dicte Dame, et sembla que de
quelque partie d'icelluy elle s'esmeut, et, parce que sa responce fut
en forme d'ung discours des choses qui s'estoient en cella passes
devant elle, lesquelles seroient trop longues  mectre icy, je vous
diray en substance, Sire, qu'elle me promit que le lendemain elle
accorderoit aulx depputez de la dicte Dame la dicte communicquation,
bien me vouloit advertir qu'elle craignoit que telle chose seroit
dommageable  la dicte Royne d'Escosse, si elle n'y pouvoit si bien
respondre que l'on cogneust que ce n'estoit par manire d'acquit, ains
une vraye et lgitime descharge du crime qu'on luy imposoit, et
qu'elle avoit expressment vocqu la confrance de ce faict devant
elle, pour tirer les escriptz et le dire de ses parties, affin de fre
secrectement entendre le tout  la dicte Dame, et qu'elle s'y peust
prparer de quelque honneste satisfaction: mais maintenant que,  la
rquisition des depputez des parties, les choses avoient est publies
en prsence de 33 personnaiges de son conseil, il sembloit estre
meilleur qu'elle dict ne se vouloir tant abaysser de respondre aux
parolles et invantions de ses mauvais subjectz, que de demander la
communicquation de leur dire: au reste, qu'elle vouldroit la pouvoir,
avec son propre sang, laver et justiffier de ce faict, et qu'elle
seroit toutjour preste de fre, sans offencer sa conscience, tout ce
qu'elle pourroit pour la dicte Dame, ny ne seroit besoing q'un aultre
s'en meslt; et que volontiers elle eust retenu encores ces seigneurs
d'Escosse, mais, voyant que les choses alloient en longueur, elle ne
leur avoit peu honnestement desnyer leur retour; et, quant au garon,
qu'elle avoit faict telle dmonstration d'estre marrye d'un tel acte,
qu'en fin il avoit est trouv et rendu.

Voyl, Sire, ce qui a est principalement trett en ceste audience, de
laquelle je vous ay bien vollu reprsanter les mesmes parolles de la
dicte Dame, affin que tiriez d'icelles ce qu'elles peuvent monstrer de
son intention. Elle ne me volut dire les novelles qu'elle avoit de
France, me priant l'excuser si, de tant qu'elle ne les tenoit pour
certaines et qu'elles n'estoient bonnes, elle ne les permectoit
publier, mais que bien tost, elle ou moy, en aurions la certitude, et
puis les pourrions faire savoir l'ung  l'aultre. Or, Sire, je sceuz,
avant partir d'Anthoncourt, que ce sont celles que verrez dans ces
discours qui sont venuz de la Rochelle que j'ay despuys miz peine de
recouvrer; priant Dieu, etc.

     De Londres ce XXe de janvier 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, de ces propos et responces de la Royne d'Angleterre, qui sont
contenuz en la lettre que j'escriptz prsantement au Roy, Vostre
Majest pourra aucunement juger quelle est son intention sur les
matires que j'ay trett avecques elle en ceste audience; et encor
que, quant  celles qui peuvent concerner Vos Majestez Trs
Chrtiennes, son parler n'ayt est que bien accompaign de
dmonstration de paix et d'amyti, si n'oz je dire, Madame, qu'il s'y
faille du tout reposer, car il est raysonnable d'avoir aucunement
suspect l'aprest de guerre qui se faict icy; et mesmes ne sera que bon
qu'on s'en donne ung peu d'allarme pour seulement faire tenir voz
villes et places, de sur la mer, si prpares et pourveues qu'il ne
puisse venir  ceulx cy ny le vouloir, ny le pouvoir d'y rien
entreprendre. Je ne veulx pourtant, Madame, vous mectre en doubte de
la volont de ceste Royne; car, certes, je ne la cognois pour encores
que bonne; et sy, ay toutjour desir, tant que ses parolles n'ont rien
monstr plus que ses dicts aprestz, que vous n'en heussis aucune
souspeon ny deffiance. Mais  ceste heure que iceulx aprestz sont
aultres, bien que ses parolles demeurent toutjour unes, et que ce
qu'elle entreprend icy concourt avec le temps et la cause des
entreprinses de dell, et qu'il est ays,  ceste heure, de luy donner
des inpressions, n'y ayant faulte de gens, icy, pour les luy
persuader, et pour luy fre changer, en une heure, ses dellibrations,
je ne puys dire sinon qu'il sera toutjour saigement faict de se
pourveoir du cost qu'on veoyt prparer les armes; et je mectray peyne
de vous advertyr soigneusement, et souvant, de ce qui se pourra, de
jour en jour, descouvrir plus avant de son entreprinse, mesmement s'il
se monstre rien qui touche le service de Voz Majestez.

Il semble bien que la dicte Dame m'ayt vollu faire cognoistre que cecy
s'adressoit contre le duc d'Alve, monstrant estre fort irrite contre
luy, l'appellant arrogant, et que sa superbe estoit assez cogneue,
mesmes de son Maistre, et que, possible, il avoit remu en cecy une
besoigne, qui l'abaysseroit aultant qu'il pensoit estre hault lev.
Mais, au reste, elle a parl avec grand respect, et en fort bonne
reste, elle a parl avec grand respect, et en fortsorte, du Roy
Catholique, et a monstr qu'elle avoit toute seurt et confiance de
son amyti. Je luy ay demand s'il ne seroit loysible d'envoyer mes
gens et pacquetz devers Voz Majestez, sans saufconduict ny passeport,
et si les portz et hvres de ses pays seroient ouvertz et de seur
accez  vos subjectz, pour y trafficquer, et aller, et venir
librement, comme auparavant. A quoy m'a respondu qu'elle me pryoit de
prendre passeportz pour mes gens et despesches, affin d'aller plus
seurement, et qu'elle m'en feroit bailler  toutes les heures que je
vouldrois: au reste, qu'elle entendoit que les Franoys eussent toute
libert et seur accez en son royaulme; mais ne failloit prendre  mal
si, sur le commancement de ceste noveault de Flandres, elle avoit,
pour quelques jours, faict estoupper ses passaiges affin de pourveoir
 ses affres, ayant command de les ovryr maintenant pour France. Qui
est ce que, pour le prsent, j'ay  dire  Vostre Majest,  laquelle
baysant trs humblement les mains, je prieray Dieu, etc.

     De Londres ce XXe de janvier 1569.


DISCOURS ENVOY DE LA ROCHELLE

Ayant la bont et providence de Dieu, avec une assistance manifeste et
soing paternel, retir, comme chacun a sceu, Mr. le prince de Cond et
Mr. l'Admiral du pril et extrme dangier presque invitable de leurs
vyes, auquel ilz estoient  Noyers et Tanlay, les a guids et
conduictz jusques  la Rochelle, d'ung boult du royaulme  l'aultre,
sans aucun mal ni dangier, ensemble leurs femmes et enfans, et jusques
aulx breceaux et norrices, avec fort petit train, et  grandes
journes, et par guays difficiles et dangereux, et par chemins et
villaiges esgars, incommodes et peu logeables. Puis aprs, continuant
sa bont et faveur  l'endroict de Mr. Dandellot qui estoit en
Bretaigne, luy a assist tellement que, encores qu'il ft poursuyvy
par les Srs. de Montpensier et de Martigues, accompaigns de grandes
forces de gens de pied et de cheval, pour l'empescher de s'aller
joindre au dict Sr. Prince, il ne layssa nantmoins de passer, contre
toute esprance, avec ses trouppes la rivire de Loyre,  leur veue,
par un guay qui n'avoit jamais est remarqu ny visit par les
habitans mesmes du pays.

Ceste mesme faveur de Dieu s'est veue aussi au passaige de la Royne de
Navarre et de Mr. le Prince, son filz, qui ont travers tout le pays
de Gascoigne, pass la Garonne et Dordoigne, et aultres rivires, gayz
et destroictz prilleux, quoy qu'ilz eussent sur les bras les Srs. de
Monluc, Tarride, d'Escars et Losse, avec grandz forces, sans avoir
nantmoins peu estre empeschez.

Le mesme aussi s'est veu au passaige de Mr. d'Assier qui a chemin
avec ses trouppes par tout le pays de Dauphin, de Languedoc et de
Gascoigne, pour venir trouver les dicts sieurs Princes, au veu et sceu
du Sr. de Joyeuse qui avoit charge expresse de l'empescher.

En sorte que, malgr les ennemys des dicts sieurs Princes, ilz ont
receuilliz et amasss, de tous les coings de ce royaulme, jusques au
nombre de 25 mille harquebouziers et 5  6 mille chevaulx, quelque bon
ordre que les dicts ennemys eussent donn  tous leurs portz, pontz,
destroictz et passaiges, et qu'ilz eussent leur arme toute preste, il
y avoit quatre moys; de laquelle ilz n'ont encores, grces  Dieu, peu
endommaiger les dicts sieurs Princes ny empescher seulement qu'ilz
n'ayent prins les villes de St Messant, Nyort, Fontenay, Coignac,
Xainctes, St Jean d'Angely, Angoulesme, Pons, Bourg, Taillebourg et
Tallemont; aucunes par composition, autres par force, encores que
cella se soit faict  leur veue, sinon que les dicts sieurs Princes,
estans au sige devant la ville de Pons, eurent advertissement que le
dict Sr. d'Assier estoit arriv avec ses trouppes  Aubeterre, et que
les ennemys avoient surprins le cappitaine Mouvans et le cappitaine
Pierregourdes  leurs logis, et qu'ilz les avoient deffaictz et
quelque nombre de leurs soldatz. Ce qui fut cause que les dicts sieurs
Princes, craignans quelque plus grand dsastre, [se portrent] avec
leurs armes, vers le dict lieu d'Aubeterre, en intention de combattre
leurs ennemys s'ilz se prsentoient; lesquelz deslogrent incontinent
qu'ilz eurent novelles de la venue des dicts sieurs Princes. Et, par
ce qu'on entendoit qu'ilz prenoient le chemin de Poictiers, il fut
rsolu de les devancer, s'il estoit possible, aulx plus grandes
journes qu'on pourroit, et sercher tous moyens de les faire venir au
combat; en quoy on usa de telle dilligence que, le IIIe jour, on
s'aprocha si prs d'eulx que, l o l'avantgarde des ditcs sieurs
Princes logeoit, les ennemys en estoient deslogs peu auparavant, et y
trouvoit on asss souvant de leur pain de munition et de leurs
bagaiges; de sorte que, se voyants suyviz de si prs, ilz furent
contraintz de faire leur retraicte  Chastellerault et ez environs, o
ilz se retranchrent avec leur artillerye, et y trouvarent Monsieur,
frre du Roy, avec novelles forces.

Et d'aultant qu'il fut rapport par les gentilshommes, qui avoient
est envoys pour les recognoistre de prez, que les advenues estoient
si facheuzes et difficiles que ce eust est mal  propoz, et sans
rayson, de les assaillir dedans ung camp qu'ilz avoient fortiffi de
trenches, et bien pourveu et muny d'artillerye, qui battoit tellement
les dictes advenues qu'il eust est inpossible de se mectre en
batailhe, sans estre par trop offencs, il fut rsolu de se prsenter
seulement  la vue de leur arme pour veoir s'ilz vouloient sortir de
leur fort; ce que fut faict par le dict sieur Admyral, avec son
avantgarde, laquelle il tint en bataille, ung jour, entier, sur ung
hault; duquel on descouvroit la dicte ville de Chastellerault, sans
que les dicts ennemys fissent aucune contenance de vouloir paroistre.
Pour ceste cause, on advisa, pour les attirer hors de leur dict fort,
et en lieu o les dicts Princes les peussent combattre, de faire
acheminer l'arme vers Myrebaloys, qui est un pays fort bon et fertil,
dont les dicts ennemys tyroient la plus grande commodit de vivres, et
o les dicts sieurs Princes pourroient plus aysment fre vivre leur
arme, en incommodant celle de leur ennemy. En tirant vers lequel
pays, advint que les ennemis prindrent ung mesme rends vous et mesme
logis que l'arme des dicts sieurs Princes, et que monsieur l'Admyral,
s'aprochant avec Mr. Dandellot, son frre, de leurs logis,
accompaigns de quatre  cinq cens chevaulx au plus, descouvrirent les
ennemys, qui avoient toute la cavallerye de leur avantgarde jusques au
nombre de deux mille chevaulx; de faon que le dit sieur Admiral manda
incontinent, de toutes partz, pour fre marcher vers luy toutes les
trouppes tant de la bataille que de l'avantgarde, temporisant
tousjours jusques  ce que les dicts sieurs Princes commancrent 
paroistre, avec leurs batailles et autres trouppes de l'avantgarde,
qui donna quelque effroy aulx ennemys. Et lors, on commana  fre
aprocher des dicts ennemys quelque nombre d'arquebouziers, et fut
tir, d'une part et d'aultre; mais pour ce que c'estoit sur l'entre
de la nuict, et que l'obscurit commanoyt desj d'estre fort grande,
la partie fut diffre et remise au lendemain matin, que les dicts
sieurs Princes, avec toute leur arme, commancrent  marcher, dez
l'aube du jour, droict au lieu o ilz avoient layss les ennemys le
seoir; et, s'apercevant, les dicts sieurs Princes, qu'ilz en estoient
partiz, on feyt advancer quelques cornettes sur la piste de leurs
dicts ennemys pour les suyvre et veoyr la roulte qu'ilz avoient
prinse, et pour essayer encores de les trouver pour les combattre; ce
que fut faict jusques  un villaige, nomm Sansay, o les Srs. de
Guise, Martigues, Brissac, Thavanes, Sansac et plusieurs aultres
avoient couch; qui ne furent pas des derniers  se retirer, et le
plus tost qu'ilz peurent, layssant leurs bagaiges, qui ne valloit pas
moins de deux cens mil escuz, et huict ou neuf vingtz chevaulx
d'artillerye et quelques pouldres  canon.

De quoy estans advertys les dicts sieurs Princes, et que toute
l'avantgarde des dicts ennemys s'en alloit en dsordre et confuzion,
et que Monsaleys, entre autres, avoit t miz en routte, et la plus
part de sa compaignie thus et prisonniers, dont on a heu les
cornettes et enseignes, commencrent  marcher, le plus tost qu'ilz
peurent, pour les accousuyvre; ce qu'ilz ne peurent fre plustost que
 un villaige, nomm _Jasseneuil_, o les ennemys feirent leur
retraicte, et dans lequel Monsieur, frre du Roy, s'estoit encores
retranch et fortiffi avec l'artillerye, o les dicts sieurs Princes
feirent attacquer une escarmouche, la plus gailharde qu'ayt est
faicte de mmoire d'homme, qui ne dura pas moins de quatre  cinq
grandes heures; en laquelle il fut tir, d'ung cost ou d'aultre, plus
de quatre-vingtz mil coups d'arquebouzades, et trois cent trente sept
coups d'artillerye de leur part seulement, d'aultant que celle des
dicts sieurs Princes n'avoit est ramene du sige de Pons. Et se
trouve, par la confession mesmes des ennemys, qu'ilz perdirent, 
ceste escarmouche, cinq ou six cens soldatz et quinze ou sze
cappitaines, et, du cost du dict sieur Prince, il s'en trouve deux
cens ou thus, ou blesss, tant y a qu'il fut escript  la Royne, par
aucuns de ses confidans, qui sont au camp des ennemys, que jamais filz
de France n'avoit est en si grand dangier que Monsieur, frre du Roy,
avoit est durant trois jours et trois nuictz. Et, de faict, il est
bien certain qu' la dicte escarmouche l'infanterye des dicts sieurs
Princes gaigna les trenches, par deux ou trois foys, et qu'elle donna
jusques  l'artillerye, et qu'il en y eust de thus jusques sur leurs
pices; mesmement qu'il y eust beaucoup de soldatz qui entrrent
jusques dans les maysons, o estoient les fortz des ennemys, dont ils
rapportrent des armes, et y beurent et mangrent; ce que leur vint
bien  propoz pour ce qu'il y avoit trois jours qu'ilz avoient faulte
de vivres, et estoient nanmoins si patiens que l'envye et desir,
qu'ilz avoient de combattre, leur faisoit oblyer la ncessit qu'ilz
souffroient.

Ceste escarmouche estant cesse par le moyen de la nuict, les dicts
sieurs Princes ordonnrent, le lendemain au poinct du jour, qu'on
retourneroit encores se prsenter au dict lieu de Jasseneuil pour
tenter encores si on pouvoit contraindre l'ennemy de combattre, ce que
fut faict, sans que les ennemys pareussent que envyron de cent  six
vingtz chevaulx, et si prs de leur fort qu'il estoit inpossible de
rien attacquer. Despuys, l'on eust novelles qu'ilz s'estoient retirez
 Luzinan, et de l  Poictiers, ce qui feyt que les dicts sieurs
Princes vindrent loger leur arme au pays de Myrebaloys, o ils
trouvrent grand quantit de pain de munition que l'ennemy avoit fait
faire; et ayant eu adviz qu'il s'estoit venu loger  Auzances, qui est
une lieue prs de Poictiers, ilz dressrent une entreprinse, qui a
tellement russy, que le dict sieur Admyral, avec mille chevaulx
seulement, et deux mil harquebouziers, fora les dicts ennemys dans le
dict villaige d'Auzance, les contraignant d'abandonner un pont qui y
estoit, et mectant toute l'arme  banderoutte, qui se retira 
Poictiers en grand dsordre et confuzion, et avec une perte de
beaucoup de leurs gens et leurs dicts bagaiges.

Et, combien que les choses soyent passes de ceste faon, il y a
toutesfoys une inpudence aux dicts ennemys, qui font courir des
bruictz du tout contrres  la vrit, et jusques  fre des dpesches
 la Court, par lesquelles ilz ozent bien mander qu'ilz font teste aus
dicts sieurs Princes, quant,  tous propos, [ceux-cy] les mectent en
fuyte, et qu'ils recherchent tous moyens de les tirer au combat,
duquel les dicts sieurs Princes, voyant leurs dicts ennemys estre
entirement dgoustez  cause des mauvais succez, que les prcdantes
rencontres leur ont apport, pour leur fre venir l'envye de
combattre, et o ilz ne le vouldroient, coupper chemin aux inpostures
et dguysemens, dont ilz ont accoustum d'uzer, ont, ces derniers
jours, attacqu et prins,  la veue des dicts ennemys et de leur dict
camp, une ville et chateau, appartenant  ung des principaulx chefs de
leur arme; bien que la dicte ville ft garnye d'hommes, d'artillerye
et de toute autre espce de munition, comme celluy  qui elle
appartenoit en a heu bon loysir et moyens: la prinse de laquelle
portera tesmoignage, de soy mesmes si clair et vident, du peu d'envye
qu'ilz ont de combattre, qu'il ne sera plus en leur puyssance de
dguiser les affres, comme ils ont faict cy devant.

Despuys, voyant les dicts sieurs Princes que, pour prinse de la dicte
ville et chateau, ny pour occasion qu'on eust presente aulx ennemys,
il n'y avoit eu moyen de les fre venir au combat, et qu'il se tenoit
tousjours dell la rivierre du Clain, o ilz avoient est rduictz 
la route d'Auzance, ayant, oultre cella, une bonne rivire au devant
d'eulx, et faict enfoncer tous les batteaux pour empescher qu'on ne
peust faire quelque entreprinse contre eulx, faisant courir le bruict
qu'ilz actendoient les forces que admenoit le Sr. de Joyeuse, qu'ilz
disoient estre de six mille harquebouziers et de quinze cens chevaulx,
avec lesquelz ils esproient combattre l'arme des dicts sieurs
Princes: cella fut cause que, pour leur donner tousjours novelle
occasion de repasser la dicte rivire, et leur augmenter la volunt de
combattre, les dicts sieurs Princes prindrent rsolution de forcer
encores,  leur veue, la ville de Saumur, qui est un passaige de la
rivire de Loyre; de quoy les ennemys ne fauldroient d'entrer en
jalouzie, et de se mectre en tout devoir d'empescher que les dicts
sieurs Princes s'en saysissent; lesquelz pour ceste cause y feirent
acheminer leur dicte arme, faysant loger leur infanterye dans l'ung
des faulx bourgs; mais, comme la batterie estoit toute preste, on eust
adviz que les dicts ennemys avoient repass la rivire du Clain,
faisant contenance de venir secourir Saumur, avec les forces du dict
Sr. de Joyeuse, qui estoient arrives deux ou trois jours auparavant;
ce qui feyt que les dicts sieurs Princes levrent incontinent le sige
du dict Saumur, faisant rebrousser chemin  leur arme, droict  leurs
ennemys, bien fort ayses d'entendre qu'il n'y avoit plus de rivire
entre eulx et leurs dicts ennemys; lesquelz ils rencontrrent devant
la ville de Lodun, qu'ilz avoient desj somm de se rendre, pretz  se
loger dans les faulx bourgs, o leurs logis estoient ordonnez; dont
monsieur l'Admiral les deslogea, de sorte qu'ilz se retirrent et
camprent aulx lieux et villaiges circonvoysins du dict Lodun.

Le lendemain, les deux armes s'affrontarent, estans leurs centinelles
 cent pas l'une de l'autre, et feirent jouer l'artillerye d'une part
et d'autre, se passant ainsy tout le jour, avecques quelques
escarmouches lgires seulement, combien que les ennemys fussent
camps en lieux advantaigeux, comme font ordinairement ceulx qui les
premiers choisissent la place, et qui pensoient aprocher l'arme des
dicts sieurs Princes sans estre endommaigs; ce que les dicts sieurs
Princes n'eussent peu fre. Toutes foys, s'ilz faisoient deux pas,
l'arme des dicts sieurs Princes en faisoit quatre pour les joindre.

Deux jours aprs, les deux armes se retrouvarent encores aulx mesmes
lieux, comme aussi feirent elles, le jour encores ensuyvant, sans que
les dicts sieurs Princes les peussent attirer hors leur advantaige; de
quoy on s'esmerveille bien fort, veu les bruictz qu'ilz faisoient
courir qu'ilz se sentoient tellement renforcs des trouppes du dict
Sr. de Joyeuse, qu'ilz estoient rsoluz de ne dpartir, qu'ilz
n'eussent combattu l'arme des dicts sieurs Princes; comme aussi,
disoient ils qu'ils en avoient commandement exprs; ou qu'ilz ne les
eussent,  tout le moins, contraincts de desloger; pour ce que de l
deppendoit l'honneur de l'une et de l'aultre arme. Et, toutes foys,
ceste volunt si fervente se rfroydit, comme il est ays  juger par
la retraicte qu'ilz firent soubdain une lieue loin de la place, qu'ilz
avoient auparavant prinse, en mectant un ruysseau entre eulx et
l'arme des dicts sieurs Princes; lesquelz non contantz de l'avantaige
qu'ilz avoient gaign sur nos dicts ennemys, pour les avoir faictz
dbusquer du lieu qu'ilz disoient avoir choysy pour combattre, les
allarent attaquer  leur second logis, et ores qu'il ft advantaigeux
pour leurs dicts ennemys, lesquelz avoient un ruysseau qui rendoit les
aproches  eulx malayses, si est ce que,  coups de canon et par le
moyen des escarmouches qu'on leur donnoit  toute heure, on les
contraignist, de rechef, d'abandonner icelluy second logis, et se
retirer, mesmes Monsieur, frre du Roy, devers Chinon, et passer la
rivierre de Vienne, layssant et abandonnant les mallades et beaucoup
de leurs bagaiges et munitions. Quoy voyant, les dicts sieurs Princes
ordonnrent quelques trouppes de cavallerye et infanterye pour les
suyvre, qui donnrent sur un des logis des ennemys, o il y avoit sept
enseignes, dont il en y eust quatre, qui furent mises en routte, et
trois deffaictes entirement, et leurs enseignes brusles dans une
mayson o partie des dicts soldats s'estoient retirez. Et despuys, les
dicts sieurs Princes, voyans tous moyens de combattre leur estre
tolluz et ostez, pour avoir une grande et forte rivire entre eulx,
s'avysarent de fre cheminer leur arme vers Thouars et Montrubelay,
tant pour l'eslargir et luy donner moyen, comme dict est, des vivres,
dont elle a eu grande faulte, pendant cinq ou six jours, que pour
costoyer tousjours les ennemys.

Voil l'heureux succez qu'il a pleu  Dieu donner, jusques  ceste
heure, aulx affres des dicts sieurs Princes, et le loyer et la
rcompence que ont receu les ennemys de leur prgidye[48] et
desloyaut, laquelle est plus que suffizamment vriffie par le
contenu d'une bulle papalle, qui a est poursuyvye par noz adversaires
dez le mois de juing et juillet derniers, et expdie  Rome dez le
premier jour d'aoust ensuyvant; dont le dict pourchas convaincra
tousjours videmment de n'avoir eu jamais autre intention que de
rompre et enfraindre la foy et seuret publicque, qui avoit est
promise et jure, et encores plus la renunciation de l'edict, qui
s'en est ensuyvye bien tost aprs, que ce rapport[49] en substance 
la dicte bulle, par lequel ilz rvocquent tous les edictz qui ont
est cy devant faitz en France, comme ayans est faictz en assembles
les plus solempnelles qui ayent jamais est faictes en ce royaume,
mesmement l'edict de janvier, o tous les princes et seigneurs du
conseil, de l'une et l'aultre religion, et les plus grandz et notables
personnaiges de toutes les courtz souveraines de ce royaulme,
assistrent, ayant, oultre cella, son fondement sur la rquisition
des estatz. Et, affin de mectre hors de toute peyne ceulx de la
religion de prouver qu'ilz n'ont jamais tendu que aboutir et anantir
la dicte religion, ilz dclairent, en termes exprs, par le mesmes
edict, que leur volunt et intention a tousjour est telles, quelques
mandemens, lettres patentes et dclarations qui ayent est expdies
au contraire, et quelques grandes asseurances et parolles, que Sa
Majest ayt donn, tant  ses subjectz que aulx hommes estrangiers[50].

  [48] Perfidie.

  [49] Qui se rapporte.

  [50] La fin de cette relation se trouve annexe  la XVe Dpche
  (p. 172).


COPPIE D'UNE LETTRE ENVOYE DE LA ROCHELLE, QUI SEMBLE S'ADRESSER AU
CONSEILLER CAVAIGNES.

Puis votre despart, nous n'avons faict que courir et assiger villes
et chasteaulx, et tout ce qu'avons entreprins est venu  souhait. Dieu
grces, encores pensons nous mieulx fre avec voz canons envoys, avec
les quelz nous aurons douze pices grosses de batterie. Nostre camp
est de 30 mille hommes, pitons, o il y a vingt cinq mille
harquebouziers, et de sept  huict mille chevaulx, sans la trouppe de
Montauban qui doibt venir. Par force ont est prins St Jehan d'Angely,
Nyort, Fontenay, Angolesme, Pons, Chaviny prs Poictiers, Partenay,
Champiny, Tallemont, Thouars, Loduin, Montrobelay prs Sameur, Blaye,
Aubeterre, Barbezieulx, Taillebourg, Xainctes, Mesle et plusieurs
aultres villes comme Coignac, Chasteauneuf et autres par surprinse;
brief, despuys la Garonne jusques  Loyre du cost de Sameur.

Quant aulx batailles et escarmouches, nous nous sommes aprochez de
noz ennemys, par deux ou trois foys; en quelque place de bataille
qu'ilz eussent  leur advantaige sceu choysir, ilz ont est si bien
bourrs qu'ilz n'ozent plus aprocher, nous sentant de loing comme le
renard les cordes du pige. Au rencontre du Panpre, qui fut, il y a
cinq sepmaines ou envyron, ils perdirent sept  huict cens hommes et
prs de deux cens mille escuz de bagaige, ou envyron, et se saulvrent
par les moyens des rivires qu'ilz ont accoustumes, partie dans
Poictiers, les aultres  Luzinhan. Monsieur le prince de Cond a heu
le chappeau de Strocy, monsieur l'Admyral la robbe de Brissac, Mr. le
comte de Montgommery a les estrires et esperons de Mr. de Guyse; ung
lacquay de monsieur l'Admyral a eu, pour sa part du butin, trente six
pices de vaisselle d'argent, appartenant au dict Sr. de Guyse: en
somme, il n'y a homme qui ne soit enrichy.

Messieurs les Princes, pensant les faire venir au combat,
attacqurent,  leur veue et prsence, la ville et chasteau de
Champigny, appartenant au duc de Montpensier, [et] le chasteau de
Chavinhy qui est au plus favory qu'ilz ayent en leur camp; mais ces
bonnes gens ayment mieulx saulver leurs vies par bien fouyr que
deffendre leurs villes ni chasteaulx, ny se prsenter au combat, car
ilz disent qu'il y faict dangereux. Suyvant la rsolution qu'ilz
feirent courir lors en leur camp, et qui a est despuys bien suyvy,
pour aymer mieulx hazarder leurs biens et leurs villes, pensant avoir
quelque revenche, estant le dict sieur Prince prs Sameur pour
l'assiger, ilz sommrent la ville de Lodun, commanant d'en aprocher
d'envyron ung quart de lieue avec leur artillerye pour y mectre le
sige; de quoy advertys, les dicts sieurs Princes rebrosrent chemin,
et s'en vont droict  eulx, les contraignant lever le sige et
recourir  leur remde accoustum de passer la rivire, et vindrent
sur les pontz de Schebin. Vray est qu'avant d'y venir deux centz de
leurs gens y furent thus, et l, la nuict proche, y eust sept
enseignes deffaictes.

Encores devant hyer la compaignie de Mr. Dyvoye surprint, aulx faulx
bourgs du dict Schebin, et meict en pices 60 ou 80 Suysses, les
prvostz et archers de Monsieur, frre du Roy, qui estoit dans la
dicte ville, et de l l'eaue eust l'allarme bien chault. Ce jourduy,
l'on a receu novelles par deux gentishommes, qui sont arrivez de la
part de Mr. le prince d'Orange et duc de Deux Ponts, qui ont layss le
dict sieur Prince  27 lieues de Paris, avec 10 ou 12 mille reistres
et quatre mille chevaulx franoys, et 16  17 mille hommes de pied,
qui prend le chemin droict  Paris, duquel Mr. de Genliz mne l'avant
garde. Le dict sieur de Deux Pontz marche, despuys le 10 de ce moys,
pour s'aller joindre avec Mr. le prince d'Orange.

Il arriva hyer novelles, tant en nostre camp que  celluy des ennemys,
que Mr. d'Aumalle a perdu 4 mille hommes, ayant est contrainct par le
dict prince d'Orange qui aprochoit au duc de Deux Pontz pour s'i
joindre, se retirer de vistesse, avec deux mille hommes qui luy
restent, dans la ville de Reins. L'on tient pour certain que Mr. de
Guyse s'en va en poste trouver le Roy. L'on dict aussi que la plus
part de leur camp s'en va devant Paris pour s'opposer aulx princes
estrangiers; je croys que nous les suyvrons bien tost.




XIVe DPESCHE

--du XXIVe de janvier 1569.--

(_Envoye par homme exprs jusques  Calais._)

  Arrive du sieur d'Assoleville, envoy par le duc d'Albe pour
    ngocier.--Saisie faite  Rouen de tous les biens et
    marchandises appartenant aux Anglais.--Explication demande 
    ce sujet par la reine d'Angleterre.--Dispositions des seigneurs
    anglais protestants  faire dclarer la guerre.--Dpart du
    comte de Murray pour l'cosse.


     AU ROY.

Sire, il est arriv, tout  une heure, deux diverses novelles  ceste
Royne, l'une de paix du cost qu'elle actendoit la guerre, et l'aultre
la guerre du cost qu'elle esproit la paix; car a sceu que le Sr.
d'Assoleville estoit desj arriv  Douvres, de la part du duc d'Alva,
pour venir tretter avecques elle de remectre en bons termes les choses
qui commanoient mal passer entre eulx; et, au contraire, l'on luy a
mand de Roan qu'on y avoit faict un gnral arrest des biens et
marchandises de ses subjectz; de quoy ayant le Sr. Cecille confr
avecques moy, et luy ayant dict que je ne panoys point que ce ft de
vostre commandement, nous avons arrest que j'en escriprois
promptement  Vostre Majest, affin qu'il vous plet en fre entendre
vostre intention  l'ambassadeur de la dicte Dame par dell; duquel,
attandant la responce, l'on ne mouveroit ny ne seroit rien attempt,
icy, contre les Franoys; dont vous playra, Sire, fre rsouldre l
dessus le dict ambassadeur, et, si tant est que veuills remectre les
choses  la premire libert pour continuer la bonne paix d'entre ces
deux royaulmes sera bon qu'il luy soit remonstr comme telle chose
n'est advenu  Roan que par ce que les officiers de la dicte ville
sont advertys de plusieurs saysies, arrestz, pilleryes, support de
pirates, deschargement de prinses, et larrecins, et autres
depportemens biens durs, que les Angloys usent maintenant contre les
Normans et Brethons, voz subjectz; ce qu'ilz ont estim ne devoir
estre aucunement souffert, et qu'il est besoing que la Royne, sa
Maistresse, y pourvoye.

Ceulx cy continuent tousjours les prparatifs de guerre, mais semble
que non si grandz, comme ilz monstroient du commancement. J'espre
que, par mes premires, je vous pourray  peu prs mander l'estat au
vray de leur dict appareil. Et par ce que la responce de la Royne
d'Angleterre, qu'avez veu en mes prcdantes, touchant le voyage de
ces navyres  la Rochelle, ne m'avoit satisfaict, saichant
certainement que Me. Ouynter y avoit descharg des pouldres, de
l'artillerye, des munitions de guerre, et baill de l'argent, j'ay
bien vollu dire  aucuns principaulx de ce conseil, que je voyois bien
que les bonnes parolles de paix de leur Maistresse ne produysoient que
de bien mauvais effectz de guerre contre Vostre Majest, et qu'on ne
sauroit prendre ce que Me. Ouynter avoit faict que pour une manifeste
infraction des tretts; dont seris contrainct,  la fin, de fre
venir au clair ceste guerre qu'elle vous menoit  couvert. A quoy ilz
m'ont respondu, par grande expression et srement, que la Royne, leur
Maistresse, n'avoit secouru ny assist d'aucune chose, qui ft au
monde, le prince de Cond en ceste guerre; mais ne vouloient nyer q'un
grand nombre de seigneurs, gentishommes, et gens de bonne qualit de
ce royaulme, n'eussent faict, et ne fussent encore prestz de fre tout
ce qu'ilz pouvoient pour maintenir la cause de leur religion ez mains
de ceulx qui la deffendoient avecques les armes en France; estant
mesmement notoire que ceste guerre n'estoit commance que pour
l'oprimer, comme de ce faysoit foy la bulle expdie en juillet, o le
Pape narre qu'il l'a concde,  la rquisition de Vostre Majest,
pour exterminer les huguenotz; et que vostre edict de septembre
dernier monstroit aussi que vostre intention, et celle de la Royne,
n'avoit jamais est d'observer l'edict de paciffication. Par o
disoient que le dict prince de Cond et l'Admiral demeuroient
entirement justiffiez envers Dieu et les hommes de ceste reprinse
d'armes, comme juste et lgitime, et du tout exempte de rbellion; et
qu'ilz mritoient d'estre secouruz, mesmes de ceulx de ce royaulme qui
sont de leur mesmes religion, lesquelz voyent bien qu'il ne leur fault
aller ngligemment en la sollicitation et maintien de ceste cause,
pendant qu'elle est sur le bureau des armes par dell; car, si elle y
estoit une foys vaincue, tout l'orage retumberoit aprs sur eulx.

Je n'ay vollu entrer avec eulx en contestation de ces choses, si n'est
de les asseurer que vous ne cherchiez que de ravoyr l'obyssance de
voz subjectz, et conserver vostre auctorit, et que Voz Majestez
n'avoient, en faon du monde, donn commancement  ceste guerre. Il
est vray que eulx mesmes, et toutes personnes de bon jugement,
cognoissoient asss que, par ncessit et  regrect, vous aviez permiz
deux religions dans vostre royaulme; ce que voyant despuys n'y aporter
le repos que vous espriez, ains estre une vraye semence de guerre et
de division parmi voz subjectz, qui faisoient par l des monopolles,
assembles d'hommes, d'armes, de chevaulx, cuillette de deniers, et
infinyes rsistances  vostre justice et commandement, vous vous
estiez rsolu de ne souffrir plus q'une religion, les priant de ne
poulser pour cella leur Maistresse  nulz exploitz de guerre,
ouvertement, ny soubz main, contre vous, qui ne luy en aviez donn
aucune occasion, et qui estiez de trop bonne race pour estre picqu
sans le sentir: car ilz ne la pourroient, puis aprs, si bien excuser
qu'on ne luy inputt tousjours tous les exploictz de guerre, que ses
navyres et ses subjectz feroient.

Ilz m'ont recconfirm, de rechef, avec beaucoup d'asseurance, que leur
dicte Maistresse n'avoit donn, ny n'estoit en volont de donner aucun
secours au prince de Cond; ains favorisoit de grande affection le
party de Vostre Majest, et s'esbassoient commant vous aviez reject
sa bonne affection, quant elle s'estoit offerte de s'employer pour la
paix de vostre royaulme: car avoit tel crdit envers ceulx de sa
religion que, quant ne vous heussiez vollu abaisser de tretter rien
avecques voz subjectz, il vous eust nantmoins est bien ays de les
conduyre, par le moyen d'elle,  ce que vous eussiez voullu; et que,
pour leur regard, ilz ne pouvoient tant ghenner leurs consciences
qu'ilz peussent laysser de desirer et procurer l'avantaige du prince
de Cond en la cause de la religion; mais, qu'au demeurant, ilz
estoient pretz d'ayder et tenir la main en tout ce qu'ilz pourroient,
de eulx mesmes et envers leur Maistresse, que vous demeurissiez
Maistre, Roy et Seigneur sur le dict prince de Cond, et sur tous
ceulx que Dieu avoit soubzmiz  vostre puyssance et authorit.

Je n'ay pu tirer aultre chose de plus particulier d'eulx, mais j'ay
sceu d'ailleurs que, vritablement, le dict Me. Ouynter a dlivr 
ceulx de la Rochelle six canons, avec leur rouage et quipaige, vingt
cinq lestz de pouldre, qui sont trois cent barrilz, et quatre mille
bouletz, et sept mille livres esterlin, qui sont vingt trois mille
escuz, et a prins, pour les deniers et pour la valleur des autres
choses, quelque obligation d'en avoir cy aprs le rembourcement par
de. Il semble que le dict Me. Ouynter, voyant du commencement
n'avoir autre lettre de commission que pour asseurer la navigation des
subjectz de ce royaulme, feyt grand difficult d'aller accomplir ceste
aultre commission, s'il n'en avoit mandat par escript de la dicte
Dame, ce qu'elle refuzoit asss de bailler; mais en fin elle fut tant
persuade qu'elle luy en bailla ung mot,  part, sign de sa main et
escript de celle du susdict Cecille. La Royne de Navarre fut veoir ses
navyres, et luy dict que, si elle eust peu souffrir la mer, qu'elle
ft venue veoir la Royne d'Angleterre. J'entends que ceulx du dict
party avoient une foys dpesch le vydame de Chartres pour venir
renouveller et conclurre aulcunes leurs cappitulations par de; mais
son voyage s'est diffr, et ont envoy cependant un secrtaire de
l'Amyral, qui se nomme Le Queulx, lequel le cardinal de Chatillon a
admen devers ceste Royne pour luy donner compte des choses de dell.


Chiffre.--[J'ay adviz que, pour le faict de ces guerres, il y a
beaucoup de contradiction dans ce conseil, ne voulant aucuns des
principaulx seigneurs qui en sont, et mesmement les catholiques, que
ceste Royne provocque en rien Vostre Majest, ny le Roy Catholique: 
quoy semble qu'elle, de sa volunt, incline grandement, l o ceulx de
la nouvelle religion, estimans que c'est  ceste heure le poinct de la
fre dclairer, lui donnent beaucoup d'impressions, tantost de peur,
tantost de grandes esprances; et est  craindre que pour rvocquer le
prince d'Orange  la guerre de Flandres, ilz l'induysent en fin de
fre quelque trop expresse dmonstration en faveur du dict prince de
Cond, affin de vous fre condescendre  quelque paix, ou bien pour
vous contraindre de divertyr aucunes de voz forces vers ce cost, pour
donner tant plus de moyen aulx autres de mieulx entreprendre un
hazardeux et dernier combat par dell; car semble que les princes
d'Allemaigne ne veulent permectre que le dict prince d'Orange laysse
l'entreprinse de France, tant que le prince de Cond sera en dangier.
J'entends qu'on est aprs, icy,  despescher Quillegrey devers les
dicts princes d'Allemaigne, et devers le Roy de Dennemarcq et villes
imperialles, qui sont de ceste intelligence, pour avoir leur
rsolution du faict de ces guerres de France et de Flandres; et
cependant, ilz font grand dilligence de praticquer deniers de tous
costs. Mesmes j'entendz que de la blanque, qu'on a tire ces jours
passs en ceste ville, ceste Royne retirera pour elle plus de cent
mille livres esterlin, qui sont 33,000 escuz; de quoy le monde murmure
asss pour la diminution qu'ilz trouvent aulx bnfices qu'ilz
esproient de leurs billetz.]


Mais il a est faict certaine publication l dessus qui leur en rend
quelque rayson. Je mectray peyne de ne laysser passer rien
d'inportance, dont n'en ays promptement adviz, et prendray garde  ce
qui ruscira de la lgation du dict Sr. d'Assoleville.

Le comte de Mora a heu cong de s'en retourner en Escosse, et est
desj party, et le duc de Chatellerault est,  ceste heure, 
pourchasser le sien. Je vous manderay, par mes premires, en quoy
sont demeurs les affres de la Royne d'Escosse, priant Dieu, etc.

     De Londres ce XXIIIIe de janvier 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, ayant la Royne d'Angleterre heu adviz de quelque dtention et
saysye faicte  Roan sur les biens et navyres de ses subjectz, elle
m'a faict demander par le Sr. Cecille si Voz Majestez avoient command
de le fre, et qu'elle n'avoit espr que toute continuation d'amyti
avec vous et persvrance de bonne paix entre voz payz et subjectz. A
quoy j'ay respondu que je n'avois heu charge, quant je vins icy, que
d'y avouer paix et amyti, et qu'encores par voz lettres, du premier
de ce moys, vous m'en refraichissiez le commandement; mais ne savois
si elle, ou les sciens, avoient provocqu Voz Majestez, et voz
subjectz, de fre aultre dmonstration, et que je n'avois rien entendu
de la dicte saysye, ny ne penoys que vous l'eussiez command; mais
qu'il estoit  croyre que ceulx de Roan, entendans les passaiges de ce
royaulme estre ferms, et en ignorans l'occasion, avoient advis de
pourveoir, par ce moyen,  l'indempnit des leurs qui s'y trouvoient
enferms, desquelz ilz ne pouvoient avoir novelles, et que,  ceste
heure, saichans l'ouverture des dicts passaiges, j'esprois qu'ilz
lveroient aussi la dicte saysye et arrest. Si, avons arrest, Madame,
que j'en escriprois incontinent  Voz Majestez, et cella est cause que
j'ay hast ceste dpesche, en laquelle je n'ay  vous dire, oultre le
contenu en la lettre du Roy, sinon que j'ay entendu qu'encor que ceulx
cy soyent trs ayses de la venue du Sr. d'Assoleville, qu'ilz veulent
nantmoins mettre en dlibration si ceste Royne le doibt recepvoir
comme ambassadeur, n'estant envoy de la part d'ung prince souverain,
ou si elle le renvoyera sans l'ouyr, pour ne tretter rien avecques le
duc d'Alve, et actandre qu'il vienne lettre, ou homme, dpesch du Roy
Catholique, qui ayt expresse charge et mandement de parler de ces
affres. Quoy que soit, je croy qu'on luy usera de quelques
crmonies, et qu'on l'observera comme envoy par celluy  qui l'on
veult bien monstrer qu'on se prpare de luy fre la guerre. Je ne
laysseray pourtant de l'envoyer visiter et saluer, et mesmes de le
convyer  mon logis,  cause de l'aliance de Voz Majestez avecques le
Roy, son Maistre; bien que je crains qu'on ne me permectra d'acomplir
les dicts offices. Je mectray toutesfoys toute la peyne que je pourray
d'entendre quelque chose de sa lgation, et de toutes aultres
occurrences, pour vous en donner les plus certains et les plus promptz
adviz qu'il me sera possible: priant Dieu, etc.

     De Londres ce XXIIIIe de janvier 1569.


Je vous supplie trs humblement commander que mes gens, que j'ay par
dell, me soyent renvoys, et que nous faciez consoler d'aulcunes de
voz bonnes novelles, car il en court icy qui ne sont  l'advantaige
des affres de Voz Majestez.




XVe DPESCHE

--du XXXe de janvier 1569.--

(_Envoye par La Vergne jusques  la Court._)

  Arrestation du sieur d'Assoleville.--Grands prparatifs de
    guerre.--Secours d'hommes et d'argent donns par lisabeth au
    comte de Murray, en cosse.--Dclaration de la reine que si,
    dans les quinze jours, elle n'est pas satisfaite au sujet de la
    saisie de Rouen, elle usera elle-mme de reprsailles  l'gard
    des Franais.--_Mmoire_ renfermant les explications donnes
    par le vice-amiral Winter sur son voyage  la
    Rochelle.--_Mmoire secret_ pour la reine-mre.--_Fin de la
    relation_ envoye de la Rochelle.--_Rclamation_ des marchands
    anglais contre la saisie de Rouen.--_Proclamation de la reine_,
    portant dfense de vendre dans les ports d'Angleterre les
    prises faites sur les Franais.


     AU ROY.

Sire, il ne fault doubter que la Royne d'Angleterre n'ayt ung grand
playsir de veoir que le duc d'Alve a maintenant envoy devers elle, et
qu'elle ayt gaign l'avantaige de le fre parler le premier sur le
faict de ces saysies, ce qui est bien fort advenu sellon son desir et
expectation. Nantmoins, pour monstrer qu'elle se prparoit  la
guerre, comme la luy ayant dj le dict duc commanc par cest exploict
excut en Anvers sur les Anglois, elle a envoy arrester le sieur
d'Assoleville, son ambassadeur,  Rochestre, et le dtenir l deux
jours; o, par ce que c'est le principal arsenal de ce royaulme, il a
peu veoir et entendre quel grand nombre d'ouvriers elle a ordonn pour
besoigner en dilligence  ses grandz navyres de guerre. Despuis, il a
est, soubz la garde de quelques ungs, conduict en ceste ville et
resserr incontinent en ung logis, et ses gens separs de luy, sans
qu'il parle  personne, ny mesmes n'a est permiz  ung des miens de
le veoir ny de le saluer de ma part; tant y a que luy, prvoyant ceste
rigueur, avoit pourveu, de bonne heure, d'escripre deux lettres, l'une
 l'ambassadeur d'Espaigne rsidant icy, dont l'adresse estoit  moy,
qui a est rendue, et l'autre  la dicte Royne pour savoir le temps,
le lieu et l'ordre de l'audience, qu'elle luy vouldroit donner;
laquelle lettre le Sr. Cecille a prinse des mains d'ung de ses gens,
qui actandoit en la salle de prsence,  Antoncourt, l'occasion de la
prsenter, et luy a asss rudement deffandu de ne se trouver plus en
tel lieu, et qu'on manderoit  son Maistre ce qu'il auroit  fre,
sans qu'il envoyast le savoir; et de tant que le dict d'Assoleville a
tenu ferme de ne vouloir rien dire de sa commission, qu'il n'ayt
premirement confr avec le dict ambassadeur, et mesmes sans qu'il
soit prsent lors qu'il parlera  la dicte Dame, comme il en a faict
la dclaration au Sr. Drury marchal de Baruich, qui avec deux
aldremans l'estoient all qurir, de la part des seigneurs de ce
conseil, pour le mener en ung lieu o ils estoient assemblez pour
l'ouyr, lesquelz cependant y avoient faict venir l'ambassadeur
rsidant icy, qui semblablement n'a rien volu dire sans l'autre. Ilz
sont maintenant  dellibrer comme ilz en useront.

Par ainsi cest affre prend quelque longueur, et cependant aucuns de
ces Anglois, qui estoient dettenuz en Anvers, ayans baill pleiges par
dell, sont arrivez icy, ensemble le corrier ordinaire d'Angleterre et
celluy des marchans, qui ont apport deux pleynes malles de paquetz,
qui ont demeur deux jours ez mains du dict Sr. Cecille; mais ce
jourduy il les a faictz distribuer, et a l'on entendu, par ceulx qui
sont venuz, que le duc manyoit les choses plus doulcement qu'ilz ne
cuydoient, dont j'espre que, la sepmaine prochaine, les dicts deux
ambassadeurs seront ouys conjoinctement par la dicte Dame. Cependant
elle faict continuer l'armement qu'elle a commanc, lequel, sellon que
j'ay adviz, est de quatre de ses plus grandz navyres, oultre les
quatre qui sont desj sur mer, et de deux grandes naves venitiennes,
qui se sont trouves dans ceste rivire de Londres prestes  partir;
lesquelles, par ce qu'elles sont bien artillies et en tout aultre bon
quipage de guerre, elle les a mandes arrester pour s'en servir, et
ung aultre bien bon navyre de Me. Ouynter; de sorte qu'il y aura unze
grandz navyres, du premier jour, hors ceste rivire, soubz la
conduicte du Sr. Christophe Haulstoc, contrerolleur de la marine. Et
m'a l'on dict que, oultre ce qu'il y a desj de particuliers avec
leurs navyres sur mer, il a est escript  plus de soixante aultres
d'armer promptement leurs vaysseaulx pour s'y mectre. Il est vray que
je n'entendz point qu'on fasse aucune leve de soldatz, et seulement
l'on a mand venir du nort mille marinyers pour la conduicte des dicts
grandz navyres, dont la commission de l'avitaillement ne porte que
pour ung mois, dedans lequel la dicte Dame mande qu'elle espre avoir
accomod ce faict de Flandres, et que cependant ilz ayent  se tenir
sur l'emboucheure de ceste rivire et ez environs de ses portz. Mesmes
j'entends que, secrtement, elle a mand retirer ung nombre de ses
ouvriers, qui travailloient au reste de ses navyres, tant elle espre
que ceste guerre sera plus tost paciffie, qu'il ne s'y sera tir ung
seul coup.

Il est vray qu'on m'a adverty, que vers Barruich et sur les confins
d'Escosse, a est command fre une leve de huict cens lances 
cheval et de deux mille harquebuziers  pied, pour secourir le comte
de Mora, s'il en a besoing, ce que je croy qu'il aura; car se dict
qu'on s'est desj battu en Escosse, mais le particullier encores ne se
sait, et que le comte d'Arguil et les Ameltons sont fortz en
campaigne et rsoluz d'empescher que le dict comte ne rentre dans le
pays; dont semble,  la vrit, qu'il trouvera de la rsistance, et,
possible, quelque encontre, sellon l'opinion d'aucuns, qu'il n'a
poinct prveu. Il est party,  ce que j'entends, bien contant et
satisfaict de ceste court, ayant heu quasi une dclaration d'avoir
bien procd en tout ce qu'il a faict pour la poursuyte de la mort du
feu Roy d'Escosse contre le conte Baudouel, et ce qu'il a entreprins
du gouvernement du pays sous l'auctorit du petit prince, dont semble
que ceste noveault de Flandres luy ayt beaucoup ayd en cella. Car
estimant la Royne d'Angleterre ne se pouvoyr jamais asseurer de la
Royne d'Escosse, elle a conclud avec cestuy cy, par lequel elle pense
avoir suffizamment pourveu  tout ce qui luy pourroit survenir de ce
cost d'Escosse; et j'entendz que, soubz le trett de la tutelle et
garde du dict petit prince, ilz se sont mutuellement promiz tout
secours ez autres choses, et qu'il a eu quelques deniers contantz, et
promesse d'aultre somme jusques  XV mille livres esterlin en tout,
qui sont XLVII mille Ve escuz.

La dicte dame a octroy aussi au duc de Chastellerault son cong, sans
toutesfoys qu'il puisse passer devers la Royne sa Mestresse, mais elle
l'a refuz  l'vesque de Ros et au millord Herriz, leur disant que la
dicte Royne d'Escosse avoit escript une lettre  aucuns seigneurs
escoussoys, laquelle luy est venue entre les mains, par o elle la
taxe d'estre partialle pour ses adversaires, et qu'ilz trettent
avecques elle de mectre les Anglois dedans l'Escoce, et de luy
dlivrer le petit prince et aucunes places dans le pays, dont les
semond de prendre incontinent les armes pour s'y opposer; laquelle
invention elle n'estimoit procder de la dicte Royne d'Escosse, sa
bonne s&#339;ur, ains de eulx, ses depputez, qui auroient  luy rendre
compte de ceste calompnie, premier qu'ilz s'en allassent; et quant 
la communiquation des choses qui avoient est dictes et produictes
contre la dicte Royne d'Escosse, qu'elle la leur feroit avoir, ainsi
que en la dernire audience elle me l'avoit accord, pourveu que la
dicte Royne, leur Mestresse, promt d'y respondre si pertinemant, que
le monde ne peust plus dobter de son innocence et justiffication,
autrement qu'elle s'abstnt de luy demander jamais plus secours pour
estre remise en son estat, ne le luy pouvant, aprs cecy, bailler sans
grever sa conscience et son honneur.

Ce que surviendra en cest affre et autres, de jour en jour, je
mectray peyne, Sire, que vous en soyez dilligeament adverty, ayant eu
grand consolation d'entendre, par le retour d'ung des miens et par voz
lettres du XVe du prsent, le bon portement et sant de Voz Majestez,
et le bon succez de vos affres, tout au contraire de plusieurs faulx
bruictz qu'on faisoit courir icy, et qui me sera ung bon argument d'en
entretenir ceste princesse, laquelle se dlibre venir bien tost en
ceste ville. Cependant je supplie Vostre Majest de donner
satisfaction  son ambassadeur de dell sur ces saysies de Roan,
lesquelles, s'il vous plaict mander lever, et ordonner toute indemnit
pour les Anglois en France, l'on me promect, fort expressment, faire
le semblable icy pour les Franoys, comme desj ilz ont donn
plusieurs provisions de justice  ceulx que je leur ay requis. Sur ce,
etc.

     De Londres ce XXXe de janvier 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, oultre le contenu en la lettre du Roy, il vous playra entendre
de mon secrtaire, prsent pourteur, comme les seigneurs de ce conseil
m'ont envoy prier par le Sr. Anton, principal clerc de leur bureau,
et deux notables marchandz de ceste ville, de vouloir promptement
dpescher ung des miens devers Voz Majestez, pour vous advertir
qu'estant la Royne, leur Mestresse, fort presse par ses marchantz de
pourveoir  la saysie qui a est faicte de leurs biens et marchandises
 Roan, elle les a priez d'avoir pacience pour quinze jours, affin
qu'elle puisse savoir l dessus votre intention, tant par son
ambassadeur qui est de dell, que par moy, de qui elle leur a dict
avoir heu toutjour si bonnes parolles de paix qu'elle ne faisoit
doubte que Voz Majestez ne remdyssis dans les dicts quinze jours, 
la dicte saysye; ou, qu' deffault de ce, elle leur promectoit, pour
leur indempnit, fre pareille saysye par de sur les biens que s'y
trouveront appartenir aulx Franoys. Dont, Madame, est a considrer
que, sellon la rsolution que vous donrs  ceste affre, ilz
rsouldront les leurs, qu'ilz ont avecques le duc d'Alve; car, si la
dicte saysie de Roan passe en avant, ne fault doubter que, pour ne se
trouver en deux guerres tout  la foys, ilz tretteront incontinent de
paix avec les Flamans, en dangier de se dclairer ouvertement contre
nous. Mais, si vous levez la dicte saysie, semble qu'ilz se tiendront
ferme contre l'aultre party, et qu'ilz convertiront l tout leur
prsent armement, m'ayans offert iceulx seigneurs de ce conseil telles
provisions de justice que je vouldrois contre les pirates et une
gnralle dclaration de ceste Royne, de n'en retirer ung seul dans
ses portz, ny permectre de dbiter leurs prinses qu'ilz feront sur voz
subjectz par de, affin d'entretenir ung bien asseur et libre
commerce, et toute bonne paix avecques la France.

Sur quoy il vous plaira, Madame, me renvoyer promptement ung des
miens, bien instruict de ce qu'il vous plairra que je leur responde,
affin que je ne faille de suyvre en cella, comme en toutes aultres
choses, l'intention de Vostre Majest,  laquelle je bayse trs
humblement les mains, et prie Dieu qu'il vous doinct, etc.

     De Londres ce XXXe de janvier 1569.


MMOIRE BAILL A LA VERGNE.

De faire entendre  Leurs Majestez comme Me. Ouynter, voulant
justiffier la Royne, sa Mestresse, et soy mesmes, de ce voyage qu'il a
faict  la Rochelle, a envoy saluer le dict Sr. de La Mothe par un
marchant de Londres, bon catholique, et luy dire comme, pour les
difficultez qu'on avoit faict  Bourdeaulx de recevoir et fornir leur
premire flotte, il avoit est contrainct de conduyre ceste seconde
vers la Rochelle, et en la Charante, affin de ne s'en retourner sans
vin, o il n'avoit assist qu' son regrect le prince de Cond, et non
sans qu'aulcuns luy eussent reproch par de qu'il estoit trop
papiste;

Tant y a, qu'estant l, et entendant que Chatellier Pourtault et ses
complices avoient commission de courir la mer, et piller ce qu'ilz
pourroient, en raportant le tiers du butin au prince de Cond, et le
cinquime  l'Amyral, il leur avoit remonstr que la Royne, sa
Mestresse, n'estoit pour endurer, et encores moins pour tenir la main,
 une telle violence, qui ne s'exerceoit que contre les pouvres
marchans, et qu'elle mectroit peyne d'en nettoyer la mer;

Comme me pryoit de croire que, tant qu'il avoit est en ce voyage, il
avoit deffandu les Franoys catholiques, et tous aultres navigans, de
l'oppression des dicts pirates, et mesmes ayant surprins ung Anglois
sur ung pillage qu'il faisoit en une navyre brethon, qui venoit
d'Espaigne charg de quelques provisions, il l'avoit faict pendre;

Et que, passant au Conquet, encor que ceulx du lieu l'eussent cannon,
et luy eussent thu cinq des sciens, et bless d'aultres, il ne leur
avoit toutesfoys jamais vollu tirer ung seul coup, affin de ne
contrevenir au commandement, que la dicte Dame luy avoit faict, de
maintenir, en tout ce qu'il pourroit, la paix qu'elle avoit avecques
la France.

Lesquelz propos susdicts le dict Sr. de La Mothe a gratiffis au dict
Me. Ouynter, luy mandant qu'ilz estoient conformes  ce que la Royne,
sa Mestresse, luy en avoit dict, mais qu'il savoit bien que le Roy
imputeroit tousjours  la dicte Dame ce que ses navyres et ses
subjectz feroient contre luy.

Il semble que la saysie, faicte  Roan sur les Anglois, les fera aller
plus retenuz contre nous, se voyant mesmement estre entrez en mauvais
mesnaige avec les Pays Bas; mais ilz sont maintenant  se rsouldre
d'ung party ou d'aultre, et monstrent qu'ilz seroient trs ayses de
demeurer en paix avecques nous pour se rescentir contre les aultres,
aultrement est  craindre qu'ilz accorderont avecques les aultres pour
se dclairer contre nous.


Chiffre.--[Il s'entend toutes foys qu'aulcuns principaulx seigneurs de
ce royaulme rsistent, tant qu'ilz peuvent, qu'on ne provocque ny
Leurs Majestez Trs Chrtiennes, ny le Roy Catholique, et sont fort
indigns contre ceulx qui semblent s'authoriser trop arrogamment
contre l'observance et le respect qu'on doibt avoir  l'amyti de si
grandz princes; et se tiennent loing des conseilz et dellibrations
que ceux cy font; et les layssent tout exprs dborder davantaige 
leur playsir, affin qu'allant les choses de mal en pis, ilz ayent tant
meilleur argument de leur fre bien tost une bien vifve charge pour
les dsaronner;

Car s'estime que, si Leurs Majestez Trs Chrtiennes et Catholique
vont de telle intelligence en cecy, qu'ilz serrent de tous costez
leurs pays  ceulx de ce royaulme, sans permectre qu'eulx ny leurs
marchans y ayent aucun accez, ilz se trouveront, en peu de temps, si
despourveuz de toutes choses, et leurs trafficz tant retards, qui est
le seul soubstien du pays, qu'ilz s'eslveront incontinent contre
ceulx qui auront est cause de ce mal; et ne sera, sellon l'opinion
d'aucuns, que cella n'admne quelque rvolution aulx choses de l'estat
et de la religion. Il est vray qu'il y a grande apparance que le Roy
d'Espaigne procurera d'avoir la paix avecques eulx et il vauldra
mieulx la conserver pour nous.]


Or ceulx cy, voulans pourveoir  cella, prparent desj de dresser
leur traffic et estape  Endem, et tretter, avec les villes maritimes
du Stertan, de la descharge et dbittement de leurs marchandises,
ayans en cella favorable le Roy de Dannemarc.

Lequel Roy de Dannemarc, et le Roy de Sude, avec les dictes villes
maritimes, et les princes protestans, et villes imprialles
d'Allemaigne, les Suysses, les Franoys et Flamans huguenotz, et
autres de la confusion[51] d'Auguste et de Genve, sont,  ce qu'on
dict, ligus avec ceste Royne pour maintenir ces princes qui sont en
armes pour la deffance de leur religion.

  [51] Confession d'Augsbourg et de Genve.--Le MS. porte
  _confusion_, terme que les catholiques employaient pour tourner
  en drision les cultes dissidents.

Quillegrey, soubz colleur d'un voyage devers l'Empereur, est prest 
partir pour aller devers les dicts princes et villes, affin de
conclurre leur capitulation, et rapporter la rsolution du tout 
ceste princesse, et cependant ilz font entre eulx grand dilligence de
practiquer deniers et monitions de guerre de tous costez.

Il est  esprer qu'on obtiendra maintenant prou choses de ceste Royne
pour tenir Leurs Majestez aucunement asseures et sollages de son
cost, au moins tant qu'elle sera broille avec les Pays Bas, dont
Leurs Majestez manderont au dict Sr. de La Mothe comme il leur plaira
qu'il en use; car il entend que ceulx cy ont desj envoy lettres et
commissions bien favorables, par leurs portz et hvres, pour tenir le
commerce libre et bien asseur aulx Franoys.


Chiffre.--[Bien que le dict Sr. de La Mothe a est, encores de rechef,
adverty par des Anglois mesmes, catholiques, que tout ce jeu et
armement d'icy s'estoit principallement commanc pour Callais, et que
ceulx cy se ventoient d'avoir quelque intelligence dedans]--et que la
place estoit fort peu garnye de gens de guerre: de quoy le dict La
Vergne advertira Leurs Majestez, et qu'il semble estre requis, voyant
ce pays en armes, qu'on la fornisse de quelque plus grand nombre de
gens de guerre qu'il n'y a, et prendre garde  la dicte intelligence;
ce qu'il dira aussi, en passant, au cappitaine Gordan.

S'entend q'un navyre a est naguyres charg en Anvers de corseletz,
morrions et d'arquebuses, lequel a abord  la Rye, et s'en va  la
Rochelle; il se pourrait bien donner ordre que ceulx de la Rochelle ne
tirassent telle commodit du dict Anvers;

Et que le conseiller Cavaignes a faict par de une aultre provision
de pouldres, pour envoyer au dict lieu de la Rochelle, et qu'il est
aprs  les fre embarquer.

Les dicts de la Rochelle ont envoy, comme on dict, un navyre charg
de vin  ceste Royne, et la Royne de Navarre a donn  Me. Ouynter une
chaine de quatre cens escuz, et ceulx de la ville six cens escuz en
or.

Il y a deux soldatz gascons, qui se sont desrobs du dict lieu de la
Rochelle, et sont venuz sur les navyres du dict Me. Ouynter, qui
veulent aller trouver Leurs Majestez, se disans estre catholiques.
L'on pourra par eulx entendre aulcunes choses du faict du prince de
Cond et du dict lieu de la Rochelle.

L'on a faict imprimer icy, en langaige anglois, la lettre escripte au
susdict Cavaignes, dont la coppie fut envoye par la dernire
dpesche, de quoy s'estant plainct le dict Sr. de La Mothe comme de
chose qui dsavantageoit les affres du Roy l'on luy a promiz de
chastier l'imprimeur.

L'on a faict veoir, par interposes personnes, au dict Sr. de La Mothe
l'aultre discours venu de la Rochelle, dont la coppie a est aussi
envoye en la dernire dpesche; mais y ont adjoust ce qui est
contenu en ung mmoire miz dans ce pacquet.

L'on monstre, despuis peu de jours, plus de rigueur qu'on ne souloit,
 la Royne d'Escosse, et c'est pour la presser de renoncer  sa
couronne, et l'a on menasse, si elle faict difficult, d'aller l o
l'on a ordonn de la remuer, comme  la vrit il luy griefve bien
fort, qu'on l'enlvera, elle et une aultre seule femme avecques elle,
dans leur lict, pour les y pourter par force dans une lityre bien
ferme  clef; de quoy elle a mand au dict Sr. de La Mothe d'en fre
instance, comme il fera la premire foys qu'il verra ceste Royne. Et
disent les depputs de la dicte Royne d'Escosse, qu'encor qu'on ne
doibve esprer nul bien de ce cost pour elle, si sera elle pirement
trette, si l'on sent qu'il y doibve avoir ropture entre ces deux
royaulmes. Ceulx cy ont quelque doubte qu'ilz ne la puissent remuer
sans qu'il y ayt quelque ellvation au quartier o elle est
maintenant.


AULTRE MMOIRE A PART AU DICT LA VERGNE.

Reprsentera  Leurs Majestez la disposition en quoy ceulx cy se
mectent pour soubstenir la guerre, qu'ilz disent que le duc d'Alve
leur a commance, et la rigueur qu'ilz ont tenu  son ambassadeur Mr.
d'Assoleville, et comme despuys cella ilz font plus de dmonstration
de vouloir garder la paix avecques nous qu'ilz ne souloient, et qu'ilz
sont promptz  nous bailler toutes provisions de justice qu'on leur
demande pour les Franoys;

Que la saysie de Roan les a aussi renduz plus modrs en nostre
endroict, et semblent qu'ilz favoriseront dorsenavant moins
ouvertement le prince de Cond, s'il plait  Leurs Majestez les
asseurer de la continuation de la paix et lever la dicte saysye.
Aultrement il semble qu'ilz accorderont avec les Pays Bas, en dangier
de se dclairer contre nous et d'employer leur prsant armement en la
faveur du prince de Cond.

Le cappitaine Franchot monstre porter grande affection au service du
Roy, et, encor qu'il soit de la novelle religion, semble qu'il ne
vouldroit que ceulx cy fissent aucune entreprinse sur le royaulme de
France; et parce qu'il trafique avec le comte de Belfort, Milme,
Trocmarton et autres de ce conseil, il pense avoir moyen de servir 
Leurs Majestez  quelque bonne occasion, et dict avoir comprins, par
le dire de ces seigneurs, que ceste Royne a toute auctorit envers ces
princes d'Allemaigne qui sont en armes, et envers tous ceulx de la
ligue de la religion novelle, et qu'elle divertiroit volontiers la
guerre de France sur les Pays Bas, et garderoit que les dicts princes
d'Allemaigne ne fissent plus aucun effort contre Leurs Majestez,
pourveu qu'elle se peult bien assurer du cost du Roy;

Bien dict qu'ayant est rapport  ceste princesse comme le prince de
Cond procuroit que, se faisant quelque paciffication en France, l'on
joignist toutes les forces qui y sont maintenant pour aller chasser
les Espaignolz de Flandres et remectre le pays  l'obyssance de la
couronne de France, qu'elle n'estoit bien contante de cella, car
seroit contraincte de s'opposer  une telle entreprinse qui luy serait
trop domageable, et qu'il ne failloit penser qu'elle embrasst les
affaires du dict prince, ayant une telle dellibration, bien qu'elle
dsire veoir les Hespaignols hors du pays;

Et que le dict Franchot a trs instamment requis le dict Sr. de La
Mothe de le recorder  Leurs Majestez pour estre secouru de sa
pencion, et qu'il semble qu'elle sera  prsent bien employe.

Procurera que Leurs Majestez envoyent, du premier jour, leur
dclaration, et qu'ilz mandent leur intention sur la requeste que les
marchans de Londres ont prsent aulx seigneurs de ce conseil,
laquelle ilz ont envoye communicquer au dict Sr. de La Mothe.

Et fera veoir  Leurs dictes Majestez la provision que ceste Royne a
envoy, par tous ses portz et hvres, pour l'indempnit des Franoys,
et qu'il leur playse en envoyer une semblable  leurs portz de dell
pour l'indempnit des Angloys;

Que, despuys les lettres escriptes, le dit Sr. de La Mothe a entendu
qu'on a remu la Royne d'Escosse en ung chasteau du comte de
Cherosbery, quarante mille plus avant dans le pays, assez
rigoureusement, dont, par la prochaine dpesche, le dict Sr. de La
Mothe en mandera les particularitez qu'il en aura entendu, ensemble de
ce qui se passe en Escosse, o l'on est bien avant aulx armes.

Advertira que, en cas de ropture, l'on veuille prendre garde  Mr.
Norris, ambassadeur pour ceste Royne par dell, qu'il ne s'en aille;
car luy seroit ays de se conduyre, en deux ou trois jours, par de
la mer.

Dira a Leurs Majestez que le discours venu de la Rochelle fut, la
premire foys, secrtement baill au dict Sr. de La Mothe par ung
catholique, qui ne contenoit que comme il a est desj envoy par les
prcdantes; mais despuys, on le luy a faict expressment
communicquer, avec l'addition qu'il envoye maintenant,  l'occasion de
quoy le tient pour suspect.


ADDITION AU DISCOURS ENVOY DE LA ROCHELLE CY DESSUS ESCRIPT.

S'entend que le camp de Monseigneur, frre du Roy, despuys s'estre
retir, se diminue et deffaict peu  peu, de sorte qu'on a adviz, de
plusieurs endroictz, qu'ilz sont en termes de repasser la rivire de
Loyre, pour mectre partie de leur arme dedans toutes les villes
assizes sur la dicte rivire, et la border de gens de guerre 
l'endroict de toutz les pontz, portz, passaiges et villaiges, et
l'autre partie de fre marcher au camp que le Roy veult dresser pour
fre teste  Mr. le prince d'Orange et au duc de Deux Pontz. Ce que a
faict maintenant rsouldre les dicts sieurs Princes, et aussi tost
qu'ilz auront recuilly les dix mille hommes de pied et douze cents
chevaulx, que les quatre viscontes de Borniquel, de Paulin, de
Montclar et de Caumont leur admennent de renfort, et qui sont sur le
poinct d'arriver en leur camp, de marcher incontinent pour aller
assiger et forcer une des dictes villes, qui sont sur la dicte
rivire, pour, le plus tost que fre se pourra, joindre tant le dict
Sr. prince d'Orange que le duc de Deux Pontz, desquelles ilz ont eu
novelles par gentishommes dpeschs de leur part, qu'ilz ne seront pas
moins de vingt cinq  trente mille chevaulx et soixante mille hommes
de pied, lors qu'ilz seront joinct ensemble.

Cependant les dicts sieurs Princes ont trente cinq enseignes de gens
de pied et douze guydons, qu'ilz ont gaign sur les ennemys, oultre
les sept enseignes des compaignyes qui furent deffaictes au partir de
devant Lodun, que furent brusles dedans les logis pour avoir les
soldatz qui estoient dedans; d'autre part les dicts quatre viscontes
n'ont perdu le temps o ilz estoient, ayant priz et miz  feu et 
sang la ville de Gaillac, en laquelle plusieurs cruaults avoient est
commises avec grande animosit contre ceulx de la religion. Comme
aussi la basse ville de Carcassonne a est prinse par eulx, et douze
et quinze aultres villes. Monsieur de Gramont, au pays de Basque, a
aussi deffaict le Sr. de Luxe qui avoit lev quatre mille hommes
contre ceulx de la religion, et a gaign sur luy quelques pices
d'artillerye qu'il avoit.

Quelques jours au paravant, le cardinal de Lorraine voyant que, de son
cost, les affres n'avoient le succez qu'il avoit espr et
desseign, fut cause que la Royne dpescha le sieur Portal pour faire
quelque ouverture de paix avec les dicts sieurs Princes; auquel a est
faict responce pareille de celle du maistre des requestes Malassize,
que avoit aussi est envoy  ceste mesme fin de la part de la dicte
Dame; qui est telle que, pendant que le cardinal de Lorraine et ses
adhrans tyranniseront sur la France, et mesmes sur le conseil du Roy,
duquel ilz ont chass et esloign monsieur le Chancellier et les
principaulx officiers de la coronne, on n'acceptera aulcunes lettres
ny mandemens faictz soubz le nom de Sa Majest, sinon comme venans de
la forge et invention du dict cardinal; et qu'on avoit tram tant de
perfidies ez trettez de paix prcdans, que ceulx de la religion ont
est rduictz  ceste extrmit de croire qu'il n'y a aucune sret
pour eulx, que par le moyen des armes.

Despuys, la compaignye de Mr. Divoy surprint, le pnultiesme de
dcembre, aulx faulx bourgs de Chinon, 80 Suysses, et le prvost, et
les archiers de Monsieur, frre du Roy, lequel estoit dell l'eaue,
prenant l'alarme, deslogea de vistesse.


  COPIE DE REQUESTE prsente aulx Seigneurs du conseil
    d'Angleterre, qu'ilz ont communique au Sr. de La Mothe.

  Aux illustres et nobles Seigneurs, prsidant et aultres, du
    conseil priv de la Majest de la Royne d'Angleterre.

  Remonstrent trs humblement  Vos Seigneuries illustres, Jehan
  Olyve, viconte de la cit de Londres, Guillaume Hobson, Robert
  Foyar, Jehan Hardings, Thomas Starkie, Richard Patrik, Richard
  Sumthe, Jehan Millar, Jehan Tynbie, Robert Sadler, Hunyfroy
  Brovne, Jehan Allot, Hugues Offley, Olivier Ficher, Jehan
  Marsshal, Guilhaume Haufort, Robert Cambelle, Jehan Dent, Henry
  Vuayt et Thomas Persons, marchans anglois, trafficans  Roan en
  Normandie, tant en leurs noms que pour tous aultres marchans
  angloys intresss,

  Que, nonobstant la bonne paix entre les princes d'Angleterre et de
  France, laquelle Nostre Seigneur veuille maintenir et prserver 
  sa gloire, au XIIIe jour du mois de dcembre devant pass, les
  magistrats du dict Roan ont deffendu aulx facteurs et serviteurs
  des dicts supplians, et  aultres marchantz anglois, la libre
  traficque au dict Roan; lesquels magistrats, ne leur contantant ce
  que dessus, usant de plus grande rigueur, ont despuys, assavoir le
  XIIIe de ce prsent moys de janvier, sollicit et obtenu lettres
  du Roy Trs Chrtien, en vertu desquelles ilz ont arrest tous les
  biens, marchandises et debtes des dicts supplians, et de tous
  aultres Anglois, au dict Roan,  leur trs grand dommaige et
  totalle ruyne, si sur ce n'est pourveu.

  Pour ce, est-il que les dicts supplient trs humblement qu'il
  playse  Voz Seigneuries illustres, comme leurs protecteurs, de
  confrer, les dicts rudesses et dsordres estant de mauvaise
  consquence, avec le Sieur ambassadeur du dict Roy Trs Chrtien,
  pour le prsent en Angleterre, affin qu'il soit ordonn que les
  dicts supplians, leurs facteurs et autres marchandz angloys,
  puissent aussi librement trafficquer au dict Roan et royaulme de
  France, comme il est permiz aux Franoys en ce royaulme
  d'Angleterre, et que leurs marchandises et biens arrestez soyent
  librement relaxs.

  Ce faisant, fers bien et obligers les dicts supplians de prier
  Nostre Seigneur pour la prosprit de ce royaulme et de Voz
  Seigneuries.


  ORDONNANCE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE, envoye aulx portz et hvres
    de son royaulme, que a envoy communiquer au dict Sr. de La
    Mothe.

  Ayant est faict remonstrance  la Majest de la Royne par
  l'ambassadeur, icy rsidant pour le Roy de France, son bon frre,
  comme plusieurs Franoys, ses subjectz, ayant est violentement
  prins, avec leurs navyres et biens, par gens de guerre sur mer,
  ont est despuys naguires amenez en aucuns portz de ce royaulme,
  o a est souffert  ceulx qui les avoient prins de fre dpart et
  vante des dicts biens et marchandises  leur playsir et volont;
  et, pour aultant que Sa Majest n'entend point qu'il soyt faict ny
  us de telz dportemens par ses subjectz, au prjudice et nuysance
  de la bonne amyti, qui est entre le dict Roy de France, son dict
  bon frre, et elle, le playsir et commandement de Sa Majest est
  que doresenavant ne soit permiz ni souffert  aucune personne,
  quel qu'il soit, d'exposer en vante, ny mectre en terre, en aucun
  port, dedans ce royaulme, aucuns biens ny marchandises, qui ayent
  est ainsi prinses sur mer, d'aucuns des subjectz du Roy de
  France; et, s'il y en a aucuns ainsi admens, ou miz en terre,
  qu'ilz soyent miz en seuret et sauvegarde, de tout pillage et
  dgast, jusques  ce que ceulx  qui ilz appartiendront ayent
  commodit de les recouvrer par ordre de justice. Par quoy vous n'y
  ferez faulte sur peyne d'en respondre  vos prilz de tout ce qui
  sera faict au contraire.

     A Londres, le XXIXe jour de janvier 1569.

  Et plus bas est cript:

  A tous majeurs, cherives, baillifs, connestables, coustumiers,
  enregistreurs, contrerolleurs, chercheurs et aultres officiers et
  ministres, et tous aultres subjectz de la Majest de la Royne, 
  qui il apartiendra, et  ung chacun d'iceulx.

     Soubz sign, BACON, CUST, T. NORFOLC, R. LEYCESTER,
     E. CLINTON, W. CECILLE, R. SADLER, VUAL. MILMAY.




XVIe DPESCHE

--du VIe de fvrier 1569.--

(_Envoye par Olivyer jusques  Calais._)

  Refus du sieur d'Assoleville de dclarer sa mission devant le
    conseil.--Explications que donne lisabeth dans une lettre au
    roi d'Espagne.--Secours fournis secrtement par elle aux
    protestants de France.--_Dsastre_ prouv par sir John Hawkins
    dans le golfe du Mexique.


     AU ROY.

Sire, par la dpesche, que mon secrtaire vous a apporte, du
pnultiesme du pass, Vostre Majest aura veu en quel estat estoient
les choses de de; et despuys, ceste Royne et ceulx de son conseil
ont continu de fre au Sr. d'Assoleville la mesmes difficult, que je
vous ay desj mande, de ne le laisser confrer avec l'ambassadeur
d'Espaigne, rsidant icy, et lui, de son cost, encor que ceulx du
dict conseil l'ayent faict venir en leur assemble, a persvr de ne
vouloir rien dire de sa commission, sans avoir premirement parl au
dict ambassadeur. Par ainsi, ilz sont encores  se rsouldre comme ilz
en useront.

Cependant la dicte Dame a faict conduyre, avec escorte, jusques en
ceste ville de Londres, l'argent dont est question, et semble que ce
n'est que pour plus seurement le garder, et qu'elle a intention de le
rendre, se contantant de l'avoir retard quelque temps au dict duc.
Car j'entendz qu'elle a escript, du dernier du pass, une lettre en
latin, au Roy d'Espaigne, par laquelle, aprs luy avoir rcit le bon
ordre qu'elle a miz de saulver ses deniers des mains des pirates et
de les mectre hors de dangier, elle luy mande qu'elle les faict
conduyre en ceste ville de Londres pour plus seuremant les luy garder,
esprant qu'il prendra de bonne part, et mesmes qu'il lui gratiffiera
ceste scienne dilligence et bonne affection, et adjouxte plusieurs
aultres bonnes parolles d'amyti, accommodes au dsir qu'elle a de
demeurer en la bonne paix et ancienne alliance d'entre eulx et leurs
estatz, et de la confirmer, et estraindre davantaige par tous les
meilleurs offices de bonne soeur qu'elle pourra; et qu'elle impute ce
que le duc d'Alve et son ambassadeur ont faict au mauvais conseil que
ceulx qui vouldroient veoir la ropture de leur bonne paix et amyti
leur ont donn, le priant de persvrer de son cost en icelle, comme
du scien elle l'asseure de la rendre inviolable. Et a adress la dicte
lettre  son ambassadeur en France, pour la bailler  don Francs
d'Alava, affin de la fre tenir le plus tost qu'il pourra au Roy, son
Maistre, n'ayant,  ce qu'elle dict, voye plus seure que celle l ny
par mer, ny par terre, pour la luy envoyer,  cause des troubles de
France.

Et semble qu'en confiance de ce, la dicte Dame faict cesser le reste
de son armement de mer, si n'est pour parfornir les huict navyres
dont, en mes prcdantes, j'ay faict mention, qui ne sont encores hors
de ceste rivire, mais n'attendent que le bon vent. Et ne veois, Sire,
que, pour vostre regard, la dicte Dame fasse aucune dmonstration de
se vouloir dclairer ouvertement contre Votre Majest, bien qu'il soit
desj all d'icy beaucoup de deniers et d'autres moyens de secours en
Allemaigne et en France, en faveur de ceulx de sa religion; ayant
adviz que, par l'enregistrement, qui a est faict, comme est de
coustume, au commancement de ceste anne, des mises de l'anne passe,
il s'y trouve trois articles: l'ung de soixante mille et l'autre de
trente mille livres esterlin envoys en Allemaigne, et le troysiesme
de vingt mille livres esterlin portes  la Rochelle, qui est, en
tout, trois cent soixante trois mille escuz, en ce comprins le subcide
et subjention des esglizes et des particulliers de ce royaulme et le
proffict de la blanque, lesquelles deux parties sont entres en
l'espargne de la dicte Dame, laquelle, par ce moyen, se trouve n'avoir
guires advanc du scien, mesmes semble qu'elle y gaignera; car on m'a
dict y avoir obligation de rembourcement sinon expciallement en son
nom, c'est toutesfoys  son proffict. Et par ainsi l'on s'ayde de son
crdit et moyen, et la conduict on, soubz l'aparance de ce guein, 
donner tout le support que, sans se dclairer, elle peult  ceulx de
sa dicte religion.

Comme  ceste heure aussi, l'on l'a persuade de laysser aller asss
bon nombre de particulliers de son royaulme avec chacun ung navyre sur
mer, soubz l'adveu et faveur du prince de Cond, et sont desj plus de
cinquante ensemble, luy faisant acroyre qu'elle sera quicte en les
dsadvouhant. A quoy je luy incisteray vifvement en ma premire
audience; bien qu'on mect peyne de m'asseurer que ce n'est aucunement
contre Vostre Majest, ni contre voz subjectz, comme,  la vrit,
l'on leur faict despuys quelques jours meilleur trettement aux portz
et hvres de de, et leur administre l'on meilleure justice qu'on ne
souloit. Tant y a qu'on doibt avoir pour suspect le nombre de tous ces
navyres anglois et quelques aultres d'escoussois, qui sont toutz
joinctz  Chatellier Pourtault, et font ensemble quasi une juste arme
de mer, dont est  desirer qu'il s'en puisse prendre quelcun pour
mectre en peyne ceste princesse ou de le dsadvouher, ou de le
laysser excuter.

Haquens, principal homme de mer de de, qui estoit all, l'anne
passe, aux Indes avec sept navyres et douze cens hommes, dont y en
avoit quatre cens des meilleurs de ce royaulme, est revenu, ces jours
passs, avec ung seul vaysseau, dans lequel il a saulv quelque
richesse et trente hommes seulement, ayant perdu le surplus  Mexico
par une fortune non guires dissemblable  celle de Lodonyres et
Jehan Ribault[52]  la Floride; de quoy les principaulx de ce
royaulme, qui avoient contribu  l'entreprinse de son voyage, restent
asss offancs contre les Espaignolz, non sans dsir de s'en venger.

  [52] Jean de Ribault et Rn de Laudonnire, tous deux
  protestants, avaient form un tablissement franais  la
  Floride, avec l'autorisation et le secours de Charles IX. En
  1565, Ribault arriva dans la colonie pour remplacer Laudonnire,
  qui en tait gouverneur. Le 4 septembre, don Pedro Menezez se
  prsente  la tte d'une flotte espagnole, et, quoique l'on ft
  en pleine paix, il attaque quatre vaisseaux franais. Ribault se
  met aussitt en mer pour aller  la recherche de Menezez, mais
  ses navires sont dtruits par la tempte. Les naufrags furent
  accueillis par les Espagnols avec de vives assurances d'amiti.
  Ribault accepta pour lui et les siens la protection qui lui tait
  offerte; mais Valmont, le commandant espagnol, ne les eut pas
  plus tt en son pouvoir qu'il les fit tous pendre, au nombre de
  six cents, non comme Franais, _mais comme hrtiques_.
  Laudonnire, qui avait t oblig d'abandonner le fort franais
  aux Espagnols, s'tait enfui dans l'intrieur du pays: il parvint
   rentrer en France.--Trois annes plus tard, vengeance fut tire
  de cette excution. Dominique de Gourgues parut  l'improviste
  avec quelques vaisseaux sur les ctes de la Floride, au mois de
  mai 1568; il attaque les forts espagnols, s'en empare, et fait
  mettre tous les prisonniers  mort, _non comme Espagnols, mais
  comme assassins_.

La Royne d'Escoce a est en fin conduicte, contre son gr, plus avant
au dedans de ce royaulme; et parce que le chasteau de Tytbery n'estoit
encores en asss bon estat pour la loger, y estantz les massons et
ouvriers besoignans en dilligence, elle a est mene en une mayson du
comte de Cherosbery, qui s'appelle Cheffel, o la comtesse s'est
trouve pour la recepvoir. Je ne fauldray de remonstrer  la Royne
d'Angleterre le tort que font  sa rputation ceulx qui la conseillent
de contraindre et forcer en rien la volont d'une telle souveraine, et
royalle personne, et sa proche parente, comme est ceste princesse. Le
comte de Mora s'est arrest aulx confins de ce royaulme, entendant que
ceulx de l'aultre party estoient en campaigne envyron douze mille
hommes; et se dict qu'ilz ont reprins quelques chasteaulx. Je verray
dimanche prochain la Royne d'Angleterre sur l'occasion de vostre
dernire dpesche, du XXe du pass, et incontinent aprs je vous
donray compte de ce qu'elle m'aura dict et respondu, et prieray Dieu,
etc.

     De Londres ce VIe de fvrier 1569.


J'entans que Guillegrey part demain, et que sa principale adresse est
au comte Palatin, mais il feinct d'aller vers l'Empereur, et peult
estre qu'il porte des lettres qui ont la superscription au dict
seigneur Empereur, lesquelles je ne say s'il luy prsentera, ny s'il
y a rien d'escript dedans, et qu'il les porte seulement pour
saufconduit.


     A LA ROYNE.

Madame, ayant avec grand plsir et contantement receu la dpesche de
Voz Majestez, du XXe du pass, o j'ay veu l'effect qu'a produict
vostre heureux acheminement en ce voyage d'avoir ainsi chass
soubdainement, et miz du tout hors de vostre royaulme le prince
d'Orange, avec la dlibration qu'avez prinse de tenir le passaige si
bien ferm, que luy ny aultre n'y puisse rentrer, et de ce qu'avez
envoy renforcer Monsieur, frre et filz de Voz Majestez, contre le
prince de Cond.

J'en yray, dimenche prochain, entretenir la Royne d'Angleterre,
laquelle, j'espre, se confirmera par l en l'opinion qu'elle a bien
toutjour eue de ne se dclairer ouvertement pour le party d'iceulx
princes; et, possible, se retiendra encores d'une partie du support
qu'en secret elle leur faisoit. Dont par mes premires je vous donray
adviz de ce qu'elle m'aura respondu et de toutes aultres choses qui
seront cependant survenues, n'ayant, pour le prsent, rien que
adjouxter  ce que Vostre Majest verra en la lettre du Roy, si n'est
de vous supplier trs humblement, Madame, que d'aultant que mon dict
seigneur vostre filz me taxe en une lettre qu'il m'a escripte, du
dernier de dcembre, que je ne l'ay adverty du secours des gens de
guerre que ceste Royne a envoy avec cinquante ou soixante navyres 
la Rochelle, et qu'il a plustost adviz des choses de de de tous
aultres endroictz que du mien, qu'il vous playse que je luy fasse
quelque foys un duplicata de mes dpesches, comme je luy en envoye
prsantement ung, que je vous supplie commander luy fre tenir. Et
sans ce que je panoys qu'on lui envoyt, toutes les sepmaines, ung
recueil des principalles choses qui sont escriptes  Voz Majestez,
comme certes il seroit bien raysonnable de le fre, je n'eusse tant
diffr de luy escripre; mais je n'y fauldray plus dorsenavant, aydant
le Crateur, auquel je prie, etc.

     De Londres ce VIe de fvrier 1569.


CE QUI EST ADVENEU A HAQUENS, ANGLOIS, EN SON VOYAGE DES INDES.

Ayant Haquens navigu, aulcuns moys, assez heureusement vers les
Indes, et ayant amass quelques richesses, il arriva  la veue de
Mexico[53], avec cinq bons navyres et deux petitz vaysseaulx, environ
le XXe du moys d'aoust dernier, 1568, aux mesmes temps qu'on y
attendoit le Visce Roy d'Espaigne; et cuydant ceulx de la ville que ce
ft le dict Vice Roy, ilz sortirent en grand nombre avec allgresse au
devant de luy, et entre aultres le recepveur du lieu, avec ung esquif,
ne feyt difficult, voyant les croix rouges, d'aprocher le principal
navyre o estoit le dict Haquens, et entra dedans. Mais cognoissant
qu'ils estoient estrangiers, il se trouva estonn; toutesfoys, ne feyt
semblant qu'il ft de rien dceu, et monstra le meilleur visaige et
semblant qu'il peust au dict Haquens: lequel, s'estant toutjour
cependant aproch du port et entr dedans, remonstra gracieusement au
dict recepveur que la bonne paix et ancienne alliance, qui estoit
entre l'Angleterre et l'Espaigne, avoit est cause dont il s'estoit
franchement et librement adress au dict lieu pour rafrchir ses
navyres d'auculnes choses qui luy estoient ncessaires, en les bien
payant et non autrement. Laquelle venue et occasion le dict recepveur
monstra trouver fort raisonnable et l'avoir fort agrable, luy
promectant de le fre pourveoir de tout ce qu'il auroit besoing.

  [53] Il s'agit du port de la Vera-Cruz et de l'le de
  Saint-Jean-d'Ulloa.

Et ainsi, le dict Haquens fut amyablement receu et bien trett au dict
lieu, o il accommoda ses navyres, en faon qu'il tenoit le port, le
quartier de la ville qui est sur icelluy et une isle qui commande au
dict port,  sa dvotion; et ses gens descendirent en la dicte isle
pour rabiller leurs vaysseaulx, et s'y logrent et y demeurrent bien
paysiblement jusques  ce que le dict Visce Roy arriva, avec une arme
beaucoup plus grande que celle des Anglois; lequel ayant, du
commancement, faict tout bon accueil et monstr beaucoup de faveur au
susdict Haquens, parce qu'il le voyoit mestre de l'isle et du port, et
que le dict port avoit l'entre si troite qu'il la pouvoit deffendre
contre une bien grande arme, il meyt cependant ordre de praticquer
ceulx de la ville contre luy et luy dresser une telle entreprinse que,
le XXIIIIe du dict moys d'aoust, sur la mynuict, que le dict Haquens
et ses gens reposoient, ilz se sentirent soubdainement charger d'une
bapterie de sze pices d'artillerye et d'une infinit de migres[54]
de sorte qu'ilz furent plus tost deffaictz et rompuz qu'ilz ne fussent
advertys ny souspeonnassent qu'on les volt assaillyr, de sorte que
le dict Haquens, voyant n'y avoir aultre remde, s'esfora de sortir
du port dans ung des dicts vaisseaulx, appell _le Mignon_, avec
quelque partie de son butin, et environ quarante de ses hommes, avec
lesquelz, aprs avoir veu brusler et deffre tout le reste, il s'en
est revenu en Angleterre.

  [54] Grenades.




XVIIe DPESCHE

--du Xe de febvrier 1569.--

(_Envoye jusques  Calais par Jehan de Verliny._)

  Nouvelle entrevue de l'ambassadeur et d'lisabeth.--Plaintes de
    la reine au sujet de l'affaire du Conquet et de la saisie de
    Rouen.--Plaintes de l'ambassadeur au sujet des armements faits
    en Angleterre pour la Rochelle.--Protestation d'lisabeth,
    qu'elle dsavoue toutes les expditions qui partent de ses
    ports.--Remontrance de l'ambassadeur sur ce que la reine
    d'cosse a t conduite dans le chteau de Tutbury.--Colre
    d'lisabeth, qui s'emporte en reproches et en accusations
    contre Marie Stuart.


     AU ROY.

Sire, entendant qu'on avoit parl en asss mauvaise faon de vostre
voyage de Lorrayne  la Royne d'Angleterre, comme si l'on vous eust
admen  un manifeste dangier de vostre personne et estat, je luy ay
bien vollu dire, ceste dernire foys que j'ay parl  elle, qu'ayant
Voz Majestez Trez Chrtiennes eu grand plsir et contantement des bons
et sages propos qu'elle m'avoit toutjour tenu sur voz prsens affres,
et de la dmonstration dont elle avoit us de desirer la conservation
de vostre grandeur, vous aviez prins si bon augure de ceste sienne
royalle affection, conforme  celle qui vous estoit dmonstre de tous
les aultres principaulx et plus grandz princes chrtiens, que
postposant toute craincte de mal, vous aviez allgrement march, en
propre personne, droit  l'excution de vostre entreprinse, avec grand
confiance en Dieu et en l'quit de vostre cause que vouses chrtiens,
que postposant toute craincte de mal, vous aviez allgrement march,
en propre personne, droit  l'excution de vostre entreprinse, avec
grand confiance en Dieu et en l'quit de vostre cause que vous en
viendriez bien tost et bien heureusement  boult; et que desj l'on
avoit commanc de cognoistre l'effect de vostre acheminement, qui
avoit soubdain chass et miz du tout hors de vostre royaulme le prince
d'Orange, et aussitost saysy les passaiges de la Mozelle, avec
rsolution d'aller si bien serrer les aultres passaiges d'Allemaigne
qu'il ne ft plus au pouvoir du dict prince ni d'aultre de rentrer
ainsi aysement en vostre royaulme, comme ilz avoient cy devant faict;
et que vous aviez en mesme temps envoy deux mille V{c} reytres de
renfort  Monsieur, frre de Vostre Majest. Et continuay  luy
raconter ce qu'il vous playsoit m'escripre du XXe du pass, et que,
grces  Dieu, voz affres estoient en meilleur estat que, possible,
ceulx qui n'en vouloient la prosprit ne le luy donnoient entendre;
et qu'il ne faisoit si beau pour ceulx qui vous menoient la guerre en
vostre royaulme qu'elle, ny aultre, peussent estre convys de se
joindre  leur party.

La dicte Dame, aprs m'avoir curieusement enquis de la retrette du
dict prince d'Orange, et du chemin qu'il tenoit, et s'il estoit ays
d'empescher que luy et le duc de Deux Pontz ne peussent revenir, s'ilz
le vouloient fre, et que je luy heuz satisfaict  tout cella sellon
qu'il vous plaisoit me le mander, elle me pria que, par mes premires,
je fisse ses reccommendations  Voz Majestez Trs Chrtiennes, et
qu'elle vous remercyoit grandement de la communication que luy faizis
de vos prosprits, desquelles elle estoit aussi ayse, comme Dieu luy
est tesmoing, et le monde sayt, qu'elle avoit est trs marrye de
vous veoir renchoir aulx adversitez et troubles de vostre royaulme; et
qu'elle prioit Dieu de conduyre si bien voz entreprinses qu'il en ft
russir l'yssue  son honneur, et  sa gloire, et  la conservation de
vostre grandeur et couronne. Puis adjouxta qu'elle ne savoit commant
prendre ce que l'on avoit faict au Conquet contre son visamyral et
contre ses navyres de les avoir ainsi, en temps de bonne paix,
canonns l o de son cost, pour ne contrevenir au commandement
qu'elle luy avoit faict de n'attempter rien contre ses amys, et
mesmement de ne violler, en faon du monde, la paix qu'elle avoit
avecques la France, il avoit endur d'estre octrag sans en prendre la
revenche qu'il eust peu bien tost avoir; et qu'elle avoit aussi
entendu la saysie faicte  Roan sur les biens de ses subjectz, dont ne
savoit si Voz Majestez vouloient user de mesme que le duc d'Alve
envers elle, bien qu'il n'y eust rien de semblable, car ne vouloit
fre comparaison d'aulcune chose de luy  Vostre Majest; qui
toutesfois n'estoit sans qu'il se repentt desj bien fort de ce qu'il
avoit attempt contre elle; et que, du cost de Voz Majestez, elle
n'avoit espr que continuation d'amyti, et entretennement de bonne
paix entre voz pays et subjectz.

Je luy rpondis que, pour le regard de son visamyral, il estoit
raysonnable qu'elle satisft premirement  ce que Monsieur, frre de
Vostre Majest, m'avoit escript du premier de janvier, c'est qu'ayant
est bien ayse d'avoir sceu des bonnes novelles d'elle et de son bon
portement et sant, il s'estoit, au reste, bien fort esmerveill comme
elle avoit envoy, avec quarante ou cinquante navyres, ung renfort de
gens de guerre, d'artillerye et d'amonition  la Rochelle, et que, luy
ayant toutjour est bien affectionn parant et bon serviteur, il avoit
plus tost espr que sa faveur et secours seroient en son ayde, que de
les voir ainsi employez contre luy; de quoy aussi il me taxoit
grandement de ne luy en avoir donn adviz, dont la pryois me dire ce
que je luy en avois  respondre.

Elle me dict qu'il ne se trouveroit point qu'elle eust est ainsi
contraire  mon dict seigneur, comme l'on luy avoit rapport, et
qu'elle esproit que la cognoissance de la vrit luy auroit despuys
satisfaict pour elle et pour moy.

Je luy advouay que ouy, quant aulx gens de guerre, mais que je
desirerois que ce peust estre si pleynement du reste qu'il n'eust
aucune occasion de s'en plaindre. Et au regard de la saysie de Roan,
je luy diz qu'elle pouvoit bien panser que si Vostre Majest l'avoit
ordonn, que ce n'avoit est qu' l'instance de voz subjectz dprdez
sur mer, qui avoient veu admener et vendre leurs biens par de, et
que de telle satisfaction qu'elle useroit de son cost envers vos
dicts subjectz, j'esprois que vous useris de mesmes envers les
siens; mais que je me plaignois de plusieurs de ses dits subjectz, qui
se mectoient encores chacun jour en mer avec navyres quips en
guerre, soubz l'adveu et faveur du prince de Cond, pour endommager
les Franoys, et que cella admneroit beaucoup d'altration en la paix
de ces deux royaulmes.

Elle me respondit qu'elle n'avoit donn cong de ce fre  nul de ses
subjectz, et qu'elle dtestoit infinyement ces larrecyns et pilleryes,
dont me prioyt de tretter de cella avec les seigneurs de son conseil,
et que je leur cotasse les noms que j'avois entendu de telz pirates
affin de les fre punir, et qu'ilz m'avoient aussi  parler de
quelques dprdations que les Bretons avoient faictes sur des Anglois
et Irlandoys.

Pour la fin, je luy diz q'un des gentishommes de la Royne d'Escoce
m'avoit adverty de la rigueur qu'on avoit us  sa Mestresse  la
tirer de l o elle estoit pour l'admener en ung aultre lieu, sans luy
avoir vollu permectre qu'elle en peust escripre ung mot  la dicte
Dame, ny  ses depputez qui estoient en sa court, de quoy elle
s'estoit donn quelque peur; et que ceulx qui la conseilloient de fre
force  la volont d'une telle personne royalle, et souveraine, et sa
parante, faisoient tort  sa rputation, et que je la supplioys de luy
fre si bon trettement l o elle l'avoit faicte conduyre, qu'elle
eust occasion de s'en louer, et moy d'en escripre  Voz Majestez.

Elle me respondit, ung peu en collre, qu'elle n'avoit point faict
force ny violence  la Royne d'Escoce, et qu'elle l'avoit faicte venir
en ung lieu pour estre mieulx trette que l o elle estoit au
paravant, o toutes monitions de vivres avoient deffailly, et aussi,
par ce qu'ayant est surprinse une lettre que la dicte Dame escripvoit
en Escoce, elle a veu qu'elle mandoit  aucuns seigneurs du pays de
prendre les armes pour fre une course jusques l o elle estoit, et
la taxoit au reste d'avoir trett avec le comte de Mora de le fre
dclairer lgitime, et de plusieurs aultres choses toutes faulces et
controuves; mais que j'asseurasse Voz Majestez que la dicte Royne
d'Escoce n'estoit pour recevoir que tout bon trettement entre ses
mains, et qu'encor qu'elle n'eust  rendre compte  personne du monde
de ses actions, nantmoins qu'elle vouloit si bien justiffier toutes
celles dont elle uzeroit envers la dicte Royne d'Escoce, que tous les
aultres princes cognoistroient qu'elle y auroit procd de telle
droicture qu'elle n'en changeroit sa palle colleur pour chose qu'on
luy en peust reprocher, et Dieu volt que la dicte Royne d'Escoce
n'eust occasion de rougir de ce qu'on verroit d'elle.

Je luy respondiz que le bon ordre qu'elle mectroit  manifester au
monde la malicieuse ambition des adversaires de la dicte Dame, et
d'excuser, et couvrir ce qu'il y pourroit avoir de deffault d'elle,
comme le devoir de Royne  Royne, et de parante  parante l'y
obligeoient, la rendroit innocente et descharge de tout ce qu'on luy
imposoit.

Sur quoy la dicte Dame, pour monstrer que la dicte Royne d'Escoce
n'avoit qu' se louer des bons tours qu'elle luy faisoit, suyvit asss
long temps son propoz, puis retourna  ceulx de la susdite saysie de
Roan; mais il suffira, Sire, que vous entendiez, pour le prsent, les
dessus dictes, qui vous feront asss cognoistre la volont de la dicte
Dame sur l'observation de la paix, et comme elle n'advouhe rien de ce
qui est attempt au contraire. Sur ce, etc.

     De Londres ce Xe de fvrier 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, j'espre que, par le contenu en la lettre du Roy, Vostre
Majest sera satisfaicte des choses que j'avois particulirement 
respondre sur voz deux dernires dpesches, du XVe et du XXe du pass;
de sorte qu'il n'y aura lieu que je fasse ceste cy longue, si n'est
pour vous dire, Madame, que je cognois bien qu'il sert beaucoup envers
ceste Royne de luy fre toutjour entendre le bon succez et vnement
de voz affres, affin que, par quelque contraire apparance des
adversitez de vostre royaulme, elle ne soit convye d'y entreprendre
plus appertement qu'elle n'a faict jusques icy; et semble qu'elle se
contantera seulement d'appuyer et fortiffier en secret ceulx de sa
religion, en sorte qu'on ne le luy puisse imputer  ropture de paix.

Je vous ay mand, par mes prcdantes, que j'avois pour suspecte ceste
arme et assemble de pirates, qui est avec Chatellier Pourtault. Et
despuys, l'on m'a adverty que quelcun de sa trouppe a dict qu'ilz
portoient des pouldres et monitions de guerre en Normandye, comme
s'ilz avoient entreprinse ou quelque intelligence dans aucunes places
du dict pays. A quoy j'estime que Vostre Majest a donn si bon ordre,
et l, et en toute la frontire de la mer, despuys le temps qu'on a
commanc d'armer de ce cost, que j'espre qu'il n'en adviendra aulcun
inconvniant. Et sera mal ays que je vous puisse dorsenavant donner
plus exprs adviz des faictz des dicts pirates, par ce que rien n'en
procdera d'icy, n'y ne s'en fera icy aprest ny ordonnance.

Il vous plairra me mander vostre intention sur ceste nouveault
d'entre les Pays Bas et l'Angleterre, et aussi sur ceste saysie de
Roan, de laquelle saysie ceulx ci sont en grand suspens comme vous y
vouldrez procder. Sur ce, etc.

     De Londres, ce Xe de fvrier 1569.




XVIIIe DPESCHE

--du XVe de fvrier 1569.--

(_Envoye par Nicolas Estoo, chevaulcheur._)

  Assurances de paix donnes par le conseil de la reine.--Nouvelles
    rclamations contre la saisie de Rouen et l'arrestation de
    plusieurs Anglais  Bordeaux.--Le sieur d'Assoleville est
    autoris  communiquer avec l'ambassadeur d'Espagne.--Marie
    Stuart au chteau de Tutbury.--Troubles en Irlande.--Mesures
    prises par le conseil  l'gard du comte d'Oxford et de milord
    Southampton.--_Proclamation_ de la reine ordonnant aux Anglais
    de se tenir prts  prendre les armes.


     AU ROY.

Sire, ayant confr avec les seigneurs de ce conseil sur les
particularits que la Royne d'Angleterre m'avoit, en ma dernire
audience, renvoy  eulx, ilz m'ont en gnral confirm les mesmes
propoz de leur Mestresse de vouloir persvrer en la bonne paix
qu'elle a avec Vostre Magest, et qu'il ne fault que vous teniez
suspect l'armement qu'elle faict, ny celluy d'aulcuns particuliers,
ses subjectz, qui se fera par son commandement; car voyant ses voysins
en armes, et ne voulant laysser les siens dsarms, elle considre
davantaige que ses affres avec les Pays Bas demeurent en tel suspens
qu'elle a grand occasion de se pourveoir; mais qu'il ne fault craindre
que vous viegne mal ny dommaige d'aulcune entreprinse, qui procde de
son cost. Il est vray qu'elle ne peult,  ce qu'ilz disent, remdier
en ce temps  ung grand nombre de pirates qui courent la mer, desquelz
ne veulent nyer qu'il n'y en ayt aucuns Anglois; mais la plus part
sont Franoys, Escossoys, Flamans et saulvaiges Irlandoys, dont
estiment toucher aussi bien  Vostre Magest d'en purger la mer, comme
 elle, et que j'avois desj veu l'ordonnance qu'elle, pour son
regard, avoit faict fre contre eulx, en faveur de vos subjectz.

Et, touchant la saisye de Roan, et dtention d'aulcuns Anglois 
Bourdeaux, qu'elle ne vous avoit donn aulcune occasion de ce faire,
ayant toutjours est prompte de faire avoir rayson  ceulx de voz
subjectz, qui avoient eu recours  elle et  sa justice; dont prenoit
pour ung grand attemptat ce que l'on avoit ainsi excut contre ses
subjectz, et qu'elle actandoit vostre dclaration, l dessus, dans les
quinze jours qui avoient est arrestez entre nous, lesquelz seroient
tantost passs, pour, puis aprs, y pourveoir de son cost.

Et, quant  la rvocation que je demandois de l'ordonnance, qui avoit
est faicte, d'arester les navyres bretons qui aborderoient de de,
que cella avoit est une procdure de justice pour aulcuns Anglois et
Irlandoys qui faisoient apparoir que les dicts Bretons les avoient
pills, et n'en avoient peu avoir raison en France; se prouvant
manifestement que le juge participoit au butin et pillage. Par ainsi
me prioyent fre en sorte qu'on pourveust en France  l'indempnit des
Anglois, et qu'on pourvoirroyt trs bien icy  l'indempnit des
Franoys.

Je leur remonstray que, despuis le dernier trett de paix, vous
n'aviez, directement ny indirectememt, us que de tous bons
dportemens de paix et d'amyti envers la Royne leur Mestresse, ce qui
n'avoit est de mesmes observ d'elle envers vous, ayant assist et
donn support et faveur en plusieurs sortes  ceulx qui vous menoient
la guerre dans vostre royaulme, et tenu la main  infinyes pilleries
qui s'estoient faictes en mer sur voz subjectz, d'o ne failloit
dobter que ce commancement d'altration n'en ft procd; mais que
elle et eulx depposassent, de bonne foy, toutes ces simults, et ilz
pourroient estre certains de joyr d'une aussi entire et asseure paix
avecques vous et avecques vostre royaulme, comme ilz le savoient
desirer.

A cella le comte de Lestre, me tirant  part avec beaucoup de bonne
affection, m'a dict que, si je considrois de prs leurs actions, je
cognoistrois que nous mesmes les avions contrainctz d'avoir praticque
 la Rochelle pour recouvrer des vins,  cause du mauvais trettement
qu'on leur avoit faict  Bourdeaulx, et qu'ilz s'estoient premirement
adresss  ceulx qui tenoient votre party, dont leur avoit est bien
grief d'en estre rebouttez, et veoir que ceulx du party contraire les
eussent receuz avec faveur, ce qui avoit beaucoup touch au coeur de
la dicte Dame, laquelle, pour ceste occasion, et pour le peu de compte
qu'on avoit tenu du bon office qu'elle s'estoit esorce de fre pour
empescher le renouvellement des troubles de vostre royaulme, avoit
cogneu que vous ne vouliez prandre aulcune fiance d'elle. Nantmoins
elle n'avoit layss de persvrer en la foy et promesse des trettez
qu'elle avoit avecques Vostre Magest, et de rsister  ceulx qui
l'avoient asss presse et la pressoient encores de se dclairer
ouvertement pour sa religion; dont me prioyt, de tant que quelque
petit mal que vous peust advenir maintenant de cost que ce ft, ne
vous seroit que bien grand et, possible, trop dangereux que je ne la
volusse tant contraindre et gehenner qu'elle ft force d'advouher et
dclairer vous en vouloir fre; ains que comme il supplioyt Voz
Magestez Trs Chrtiennes d'estre bien asseures de la bonne affection
de la dicte Dame, que je vous disposasse aussi de l'avoir de mesmes
bonne et bien droicte envers elle: et m'a dict cella en telle faon
qu'il m'a sembl qu'il en exprimoit aultant que la dicte Royne et luy
mesmes en avoient dans le cueur, dont semble, Sire, que sur la
dclaration que Vostre Magest fera touchant la dicte saysye de Roan,
et touchant la dtention des Anglois  Bourdeaulx, ceulx ci se
rsouldront ou de paix, ou de guerre.

Cependant, il se faict tous prparatifz de guerre en ce royaulme, tant
 quiper navyres, ordonner monstres, fre provision d'armes et de
chevaulx, que de dresser toute aultre forme de milice, ainsi que en
verrs le commancement par une ordonnance que la dicte Dame a faict
publier ces jours passs, dont vous envoye la coppie; et surtout elle
est aprs  praticquer deniers. Mais j'espre que ce sera  la fin
plus pour dmonstration que pour effect, tant y a que je prendray
garde  ce qui surviendra de jour en jour pour en advertir Voz
Magestez.

La rigueur est encores continue  l'ambassadeur d'Espaigne, rsidant
icy, et au Sr. d'Assoleville, naguires venu de par le duc d'Alve, de
les tenir resserrs avecques garde, chacun sparment, en son logis.
Vray est que les seigneurs de ce conseil firent venir, vendredy
dernier, le dict d'Assoleville devers eulx pour entendre sa
commission, lequel persvra de ne la vouloir dire sans avoir confr
avec le susdict ambassadeur; dont il fut conduict, le lendemain, par
Me. Grassan au logis du dict ambassadeur, o ilz furent deux ou trois
heures ensemble, et aprs, spars et resserrs comme auparavant. Et
semble, de tant que le dict d'Assoleville a dict que sa charge ne
procdoit du Roi Catholique, ains seulement du duc d'Alve, et qu'il
faict  ceste heure novelle difficult de ne la vouloir dire qu' la
dicte Royne, qu'il s'en retournera sans la notiffier; m'ayant la
dicte Dame en ceste dernire audience, touch ce propos qu'elle avoit
faict tout ce qu'elle avoit peu et deu, pour sa dignit, de commectre
les principaulx seigneurs de son conseil  ouyr le dict d'Assoleville,
et qu'elle ne tenoit le duc d'Alve pour tant son amy qu'elle eust
occasion de recepvoir plus expciallement son message: tant y a qu'il
a est permiz aus dicts ambassadeurs de dpescher despuis ung corrier
devers le dict duc.

La Royne d'Escoce a est conduicte  Titbery o, sellon l'instance que
j'ay faicte  ceste Royne, j'espre qu'elle ne recepvra pire
trettement qu'elle a faict  Boolton, ayant, despuis ma dernire
audience, octroy cong  l'vesque de Roz,  millor Herriz et  ses
aultres depputez, qui estoient icy, de l'aller veoir avec permission
qu'elle puisse retenir telz d'entre eulx, ou d'aultres de ses
serviteurs et conseillers, prs d'elle qu'il luy plairra, en luy
mandant les noms, et que les aultres s'en puissent aller, si bon leur
semble, en Escoce; et s'estime que le comte de Cherosbery, qui a la
charge d'elle, luy portera tout l'honneur et respect, et luy usera de
toute la gracieuset et doulceur qu'il pourra, et qu'elle sera en
toute seuret de sa personne entre ses mains. A l'arrive du duc de
Chastellerault et du comte de Mora en Escoce, se cognoistra quel
acheminement prandront les affres du dict pays.

J'entendz qu'en Irlande, le chef Onniel a exploict quelque
entreprinse dedans la pallissade ez terres de ceste Royne, et qu'il a
prins quelques fortz et demeure maistre de la campaigne. L'on y
dpesche d'icy, du premier jour, le comte d'Ormont avec quelque
renfort de gens et d'argent.

Ceste dernire retrette du prince d'Orange en Allemaigne, laquelle
j'ay publie icy jouxte le contenu de voz dernires du XXVIIe du
pass, que le Sr. de La Croix m'a rendues, a faict venir du changement
aulx volonts et dellibrations de ceste Royne, et de ceulx de son
conseil, et cella est advenu quasi en mesme temps que le Sr. Du Doict
est arriv icy de la Rochelle, avec plusieurs lettres et mmoires,
desquelles je mectray peyne de descouvrir quelque chose, affin de vous
en donner adviz par mes prochaines. Cependant je prieray Dieu, etc.

     De Londres ce XVe de fvrier 1569.


Il est survenu novelles en ceste cour, que certaine pratique, que
ceulx de la novelle religion menoient pour surprandre Dieppe et le
Hvre de Grce, a est descouverte, et que plusieurs ont est faictz
prisonniers, dont ceulx ci font semblant de n'avoir en rien particip
 cella.


     A LA ROYNE.

Madame, par la confrance que j'ay eue avec les seigneurs de ce
conseil, et mesmement avec monsieur le comte de Lestre,  part, j'ay
cogneu que la Royne d'Angleterre desire que Voz Majestez Trs
Chrtiennes luy sachis gr de ce que, aulx troubles de l'anne
passe, elle dlayssa la deffanse et maintien de sa religion pour vous
rendre un bon debvoir d'amye et de bonne seur, ayant rprouv en
toutes sortes l'entreprinse de Meaulx; et qu'encores  prsent vous
mettiez en compte sa bonne volont de ce que, nonosbtant la ligue et
conjuration qu'elle croyt estre faicte contre tous ceulx de sa
religion, elle ne se laysse pourtant conduyre  nulle manifeste
dclaration contre vous; et qu'au reste vous ne faciez semblant de
veoir si, estant meue de quelque conscience, elle permect que ceulx,
qui sont perscutez pour sa mesme religion, ayent leur reffuge en son
royaulme, et si elle n'empesche que ses subjectz ne mectent du leur au
soubstien de la cause; et mesmes qu'ilz employent aulcunement le nom
et le crdict d'elle.

En quoy j'ay bien cogneu, Madame, qu'elle se trouvoit quelque foys
fort surprinse, et entroit en collre, quant je monstrois rvoquer 
infraction de paix le support et faveur que le prince de Cond tiroit
de ce royaulme; et encor qu'elle n'en advouht rien, elle ne layssoit
pourtant de signiffier, par aucunes parolles, que l'infraction estoit
premirement commance contre elle par la ferme persuasion, qu'elle se
donne, de la dicte ligue, et que, bien qu'elle ne l'estimt estre
principallement dresse contre elle, ny contre ses pays, que, toutes
foys, l'on l'avoit faicte si gnralle qu'elle s'y tenoit comme
comprinse au prjudice des prcdans trettez; et que, venant 
prvalloir ailleurs, elle ne faisoit dobte qu'on n'entreprint de
l'excuter, aprs, en son endroict. Et c'est le principal poinct o
j'ay toutjour incist  la dicte Dame, de luy fre veoir que ceste
matire n'estoit aulcunement de religion, ains toute pure de l'estat,
saichant qu'elle demeuroit en l'endroict mesmes de ceulx de son
conseil, et envers tous aultres, toutjour ferme et bien fort rsolue
pour l'auctorit des Roys; de sorte que, qui eust peu sparer l'aultre
cause, elle n'eust est que trs bien dispose pour ceste cy, et m'a
sembl quelque foys qu'elle s'y layssoit induyre, mais ceulx de
l'aultre party luy reprsantent tant d'argumens de plusieurs choses,
faictes au contraire, qu'elle ne sayt  quoy s'en tenir.

J'entendz, toutes foys, que, ces jours passs, au comte de Oxfort,
jeune seigneur, bien estim en ceste court, qui desiroit veoir de la
guerre, et inportunoit la dicte Dame de luy donner cong d'aller
trouver le prince de Cond, aprs plusieurs reffuz, elle luy a
respondu qu'elle ne vouloit q'un tel personnaige des siens se trouvt
avec ung qui estoit contre son Roy. Dont luy, despuys, devisant avec
d'aultres seigneurs de bonne volont, leur a dict qu'il desireroit que
la Royne, sa Mestresse, luy donnast cong d'aller servir le Roy, et
qu'il combatroit volontiers contre les rebelles, qui luy faisoient la
guerre; de quoy estant tax, il a est men devant les seigneurs du
conseil, devant lesquelz il s'est monstr si rsolu en son opinion,
qu'ilz ont estim que cella venoit d'aulcune pratique des Catholiques,
dont luy ont vollu user de quelque rigueur; mais, aprs leur avoir
dict franchement ce que la Royne luy avoit respondu, ilz sont demeurez
toutz estonnez, et ne luy ont rien plus rpliqu.

Et, despuys, ceux du dict conseil ayant aussi faict appeller devant
eulx ung aultre jeune seigneur, qui se nomme le millor de Somthampton,
sur ce qu'il avoit faict les obsques d'un sien prcepteur avec
torches et aultres crmonies de l'esglize romaine, voyans qu'il leur
respondoit fort vifvement, ont estim, veu sa jeunesse, que la mene
estoit faicte par aulcuns, qui sentoient leur partie bien forte;
mesmement que cestuy cy est gendre de millor Montegu, qui est tout
catholique, dont luy ont command seulement l'arrest, et envoy deux
des siens  la Tour.

Il vous plairra, Madame, nous mander, promptement, vostre intention
sur la saysye de Roan et dtention des Anglois  Bourdeaulx; car les
merchans pressent si fort ceste Royne, et ceulx de son conseil, d'y
pourveoir, qu'ilz sont contrainctz de fre bien tost l dessus quelque
dmonstration, dont, s'il vous plaict qu'on continue en la paix et au
commerce accoustum, et qu'au reste il soit faict restablissement et
justice administre d'ung cost et d'aultre, j'espre que ceulx cy y
entendront fort volontiers. Sur ce, je bayse trs humblement les
mains, etc.

     De Londres ce XVe de fvrier 1569.


PROCLAMATION FAICTE EN ANGLETERRE PAR LA ROYNE.

   La Majest de la Royne, pour aulcunes graves et ncessaires
   considrations tendantes, premirement  l'honneur de Dieu tout
   puissant, et puis  la seuret d'elle mesme et de l'estat de ses
   trs ayms subjectz de quelque degr qu'ilz soient, par trs
   bonne dellibration et adviz de son conseil, affin d'establir ses
   royaulmes, dominions et seigneuries, en quelque bonnes forces,
   tant pour la police civille que militaire, et pour avancer
   principallement les choses ncessaires au dict estat millitaire,
   donne cognoissance  toute manire de ses dicts subjectz, que,
   par des personnes de bonne fidellit, qu'elle commectra en toutes
   les parties de ce royaulme, seront faictes inquisitions sur
   l'observance des loix establyes pour l'entretien des chevaulx, et
   pour les avoir prestz et forniz en chevaulx de service, et
   guilledins, ensemble de toute manire d'armes, et bastons,
   entendant, Sa dicte Majest, aprs les dictes inquisitions, que
   monstres seront faictes affin que, par icelles, et par frquens
   exercisses, les faultes et erreurs qui s'y trouveront soyent
   corriges et suples.

   Et, de tant que Sa Majest considre que l'intermission du temps
   aura admen beaucoup de deffault en la forniture que, par les
   loix, sur grandes peynes, estoit en ce requise, n'estant
   toutesfoys en disposition d'user de rigueur envers ses subjectz,
   pour le regard des dictes peynes, mais d'avoir seulement tout son
   peuple en forces, comme le temps maintenant le requiert, elle
   enjoinct, et commande,  toute manire de personnes, de quelque
   estat qu'ilz soient, que, jouxte les loix et statutz accoustums,
   ou tel aultre expcial commandement, qui sera trouv bon de fre,
   ilz ayent  se pourveoir et fornir de chevaulx, guilledins,
   d'armes, et bastons capables  se servir d'iceulx, et d'avoir
   cecy faict et tout prest dans le premier jour d'apvril prochain
   vennant, sur telles peynes qui se trouveront ez lois, et ez
   aultres expcialles commissions, en toutes les parties de ce
   royaulme.

   En quoy Sa Majest, actendu son advertissement favorable,
   n'entend cy aprs espargner aulcune manire de paynes qui se
   trouveront deuhes, du pass, et par ainsi, pendant ce temps, Sa
   Majest a penc estre bon de le notiffier par ceste proclamation,
   ne doublant que d'aultres choses, que Sa Majest entend, de bref,
   cy aprs proposer  tous ses dictz subjectz, affin d'avoir
   davantaige des forces pour eulx, ne soient bien alloues et
   excutes comme tendans principallement  leur proffict, et 
   l'honneur et seuret de ce royaulme, contre toutes fortunes.

   Donn  Hamtoncourt le IIIe jour de febvrier 1568, et en l'an XIe
   du rgne de Sa Majest.




XIXe DPESCHE

--du XXe de febvrier 1569.--

(_Envoye par Anthoyne Teiller jusques  Calais._)

  Continuation des prparatifs de guerre.--Condamnation d'un livre
    publi  Londres sur la religion.--Graves divisions entre les
    principaux seigneurs d'Angleterre.--_Lettre de Marie Stuart 
    lisabeth_, dans laquelle elle dclare qu'elle ne consentira
    jamais  abandonner ses droits  la couronne d'cosse.


     AU ROY.

Sire, despuis mes dernires, qui sont du XVe du prsent, j'ay envoy
home exprs, au long de la coste et aulx hvres de de, pour veoir ce
qui s'y faict de prparatifz, et m'a est rapport que plusieurs
particuliers arment encores des vaisseaulx pour s'aller joindre 
ceulx qui sont desj en mer, qui peuvent estre de trente cinq 
quarante navyres desj sortiz, et que les meilleurs hommes de mer
d'Angleterre vont estre de la partie; mais je n'ay poinct entendu que
pas ung de tous ceulx l ayent commission de lever gens de guerre,
fors seulement ung, qui se nomme le capitaine Jonnes, qui a est mand
d'en prendre jusques  trois centz, qui est argument qu'ilz en veulent
mettre quelque petit nombre, en quelque lieu, en terre.

J'entendz qu'on est icy sur le poinct de dpescher deux flottes,
l'une, de quinze navyres chargs de draps, pour envoyer  Hembourc et
essayer si leur traffic succdera mieulx en la dicte ville, qui est
libre et de bonne descharge, qu'ilz n'esprent de le pouvoir
dorsenavant conduyre en Anvers soubz la domination des Espaignolz; et
l'autre flotte, de vingt cinq ou trente vaisseaulx, pour aller qurir
du sel en Broage, ne s'attandans d'en avoir pour ceste anne des Pays
Bas, o ilz avoient accoustum se fornir pour la plus part de sel
blanc. Et semble, sellon quelque description de grains que j'entendz
avoir est faicte vers le pays du Ouest, qu'on portera au dict Broage
quelque quantit de froment, lequel est icy  bon march, pour
eschanger avec le dict sel, et, possible, avecques du vin. L'on m'a
aussi rapport que, vers le dict pays du Ouest, se faisoit ung magazin
de quatre ou cinq mille paires de bottes, et de neuf ou dix mille
paires de solliers, et de quelques salptres, que je souspeonne estre
pour envoyer  la Rochelle.

Le Sr. Holstoc est prest de sortir au premier bon vent de ceste
rivire, avec sept ou huict grandz navyres de guerre, dont il yra, en
personne, avec deux seulement, conduyre la dicte flotte de Broage, et
les aultres feront escorte  la flotte de Hambourc, et l'une et
l'aultre seront favorizes de ces aultres particuliers, qui sont desj
en mer. Ce sera comme une grand arme de veoir tant de vaysseaulx
ensemble, mais je n'ay adviz qu'il y ayt autre appareil de guerre que
celluy que je vous ay desj mand.

Quillegrey et les homes du comte Pallatin, du prince d'Orange et du
duc de Deux Pontz, et deux Italliens de ceste court, qui sont asss
praticqz des choses de Germanye, et huict serviteurs avec eulx
s'embarqurent, lundy dernier, en une ourque de Hambourc, pour
accomplir leur voyage d'Allemagne; mais je croy quo, pour leur
seuret, ilz attendront de sortir de ceste rivire avec la flotte qui
prend la mesmes routte de Hambourc.

Ce que j'ay publi icy de la retrette du prince d'Orange en
Allemaigne, et de la ropture de son arme, a tir ceste Royne, et
ceulx de son conseil, en divers pensemens, dont j'entendz qu'ilz vont
despuys plus rfroydiz et retenuz sur les propositions du conseiller
Cavaignes et du Sr. Du Doict, et j'ay commanc descouvrir que le dict
Du Doict est venu principallement pour deux poinctz; l'ung, pour la
ligue, affin d'y fre entrer et soubzsigner ceste princesse; et
l'aultre, pour avoir de l'argent, ce que je travailheray de vriffier
davantaige: et mectray peyne, pour vostre service, de l'empescher en
l'ung et l'aultre, si je puys, et de luy randre aulmoins ses demandes
les plus difficiles et retardes qu'il me sera possible.

Il n'a est rien touch, despuys mes prcdantes, aulx choses des Pays
Bas, sinon d'avoir envoy inventorier et mectre soubz la main de
justice tous les biens des subjectz du Roy d'Espaigne, qui ont est
arrestez en ce royaulme. Mais estant cejourduy revenu le courrier, que
les ambassadeurs avoient dpesch devers le duc d'Alve, je croy que
bien tost l'on procdera  les ouyr et  rsouldre toutes choses de ce
cost. Ceulx cy couvrent et excusent les faictz de leurs pirates, et
les aultres armemens de ceste Royne et des particulliers de ce
royaulme, soubz l'incertitude et doubte de la guerre avec les dicts
Pays Bas et avec l'Espaigne, tant y a qu'ilz me promectent que, aussi
tost qu'on aura bonne responce de Vostre Majest sur la saysye de
Roan, qu'ilz pourvoirront si bien au faict de la mer que voz subjectz
n'en sentiront aulcun dommaige et qu'ilz pourront plus seurement, et
librement, trafiquer et naviguer, qu'ilz ne firent jamais.

Au regard de la Royne d'Escosse et de ses affres, la dicte Dame m'a
escript, du XIIIe de ce moys, et m'a faict communicquer une lettre
qu'elle a escript de mesmes datte  ceste Royne, par la coppie de
laquelle Vostre Majest entendra mieulx la disposition d'elle et la
vertueuse rsolution qu'elle prend de son faict, que ne feriez par ung
rcit  part; dont n'adjouxteray rien plus, icy, que une prire 
Dieu, etc.

     De Londres ce XXe de fvrier 1569.


L'on me vient d'advertir que, du bon vent de hier aprs midy, au
retour de la mare, les susdicts quatre grandz navyres de ceste Royne
sont sortiz de ceste rivire et sont sur le Pas de Callays.


     A LA ROYNE.

Madame, depuis huict jours en , que la Royne d'Angleterre est venue
en ceste ville de Londres, l'on a commanc d'y terminer les jours de
sa justice, ainsi qu'il est de coustume de le fre toutz les ans en
ceste sayson, et entre les causes qu'on y a expdies il y en a eu
aulcunes du faict de la religion touchant certain petit livre, que
l'universit de Louvain avoit envoy par de en langaige du pays,
confutant aulcunes opinions des ministres, lequel livre ayant est
bien receu et accept d'aulcuns gentishommes, ilz ont despuis publi
le contenu, dont il en a est prvenu huict d'entre eulx pardevant la
dicte justice, qui ont soubstenu constamment l'opinion du dict livre,
et cuydoit on qu'il s'en deust veoir quelque exemplaire punition, car
la matire estoit bien affecte; mais ilz ont est seulement
condampns en amandes pcuniaires, en suspention d'estatz et  tenir
l'arrest jusques  satisfaction. A quoy mesmes les grandz du conseil
n'ont vollu assister, lesquelz, pour n'intervenir  la dicte cause, ny
 celle des deniers d'Espaigne, ny  la proposition du Sr. Du Doict
pour ceulx de la Rochelle, ny encores  aulcuns faictz de la Royne
d'Escoce, ilz ont, dix jours durant, faict les mallades en leurs
logis, layssans conduyre au secrtaire Cecille toutes ces choses  son
playsir; mays n'ont layss de monstrer et fre entendre au peuple
qu'ilz n'en aprouvoient rien, dont ne fault doubter que ce ne soit
comme une desj forme division dans ce royaulme, et les signes en ont
est aparans au faict des dicts huict gentishommes qui, se sentans
bien fermement supportez des catholiques, ont monstr qu'ilz ne
craignoient guires l'apparante auctorit des aultres. Et le mesmes
s'est veu  l'arrive des ralles d'Espaigne en ceste ville, o
aulcuns ont monstre qu'ilz avoient grand pleysir de veoir serrer le
trsor espaignol dans la Tour de Londres, et d'aultres avec regrect
ont dict que c'estoit quatre vingtz et quinze brandons, car aultant y
avoit il de charges d'argent, qui allumeroient bien tost la guerre
dans ceste isle.

Il y en a beaucoup aussi qui dtestent les pratiques, que ceulx cy
mnent avec ceulx de la Rochelle, et les entreprinses de ces pirates,
ce qu'ilz font de tant plus ardiment qu'ilz voyent que ceste Royne, et
ceulx de son conseil, n'en advouent rien, et cella rend aulcunement
difficiles les choses au cardinal de Chatillon et  Cavaignes, qui
sont contrainctz de les conduyre en leur nom; et n'est sans qu'ilz y
sentent du rfroydissement, et souvant, de la contradiction. Mais
encores est l'on plus band sur le faict de la Royne d'Escoce, car n'y
a matire plus vifve dans le cueur des grandz, ny plus affecte de
presque tous ceulx de ce royaulme, que celle de la restitution ou de
la ruyne de ceste princesse. Dont la division de la religion donne
grand force  tous ces partys, mais l'ambition sera celle qui en
esmouvera le dbat; de quoy, Madame, je mectray peyne de vous mander,
d'heure  aultre, ce qui s'en manifestera, estant asss que
compreigns maintenant, par ce peu que je vous en mande, et par le
contenu de la lettre du Roy, ce que, en gnral, je vous puys dire de
la prsente disposition des choses de de.

Il est venu quelque adviz en ceste court qu'ayant le Roy d'Espaigne
mand au duc d'Alve de luy envoyer ung nombre de soldatz pour s'en
ayder en la guerre que les Mores luy ont esmeue vers Grenade, que le
duc luy a dpesch, par mer, ung de ses filz avec sept centz hommes
d'litte seulement, luy mandant qu'encor qu'il actande bien tost le
recommancement de la guerre, o il aura besoin de toutes ses gens,
qu'il luy envoye nantmoins son filz, et l'expose  ung manifeste
danger avec aultant d'hommes de guerre, comme il le peust  prsent
secourir, ce que ceulx ci estiment estre vray; mais je ne veoy qu'il y
ayt fondement de le croyre, et, en cest endroict, je supplieray le
Crateur qu'il vous doinct, etc.

     De Londres ce XXe de febvrier 1569.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

Madame ma bonne seur, j'ay entendu, par l'vesque de Rosse et mylor
d'Hris, la bonne affection dont avez procd avec eulx en toutes mes
affres, chose non moins confortable qu'espr de vostre bon naturel;
espciallement, ayant sceu par eulx que c'estoit vostre bon playsir
que je fusse trette avec les honnorables respectz et gracieulx
entretennement, que j'ay receuz, despuis que j'arrivay  Bolon, de
maister Knolis et mylor Scrop, desquelz je ne puis moins fre que vous
tesmoigner la dilligence et grande affection d'accomplir voz
commandemens, et l'occasion que j'ay de me louer de leurs honestes
desportemens vers moy jusques  mon transportement, la faon duquel je
ne puys seller m'avoir sembl dure; de quoy, ne dsirant vous enuyer,
je me tairay pour vous dire qu'il vous plet au dict Boulon m'accorder
non seulement ung certain nombre de serviteurs desquelz,  vostre
playsir, je me contante pour prsentement me servir, mais aussi
quelques aultres qui pourroient, avec passeport du gardien et
commission de ceulx qu'avez miz en charge avec moy, aller et venir
d'Escoce vers moy ou en Escoce ou vers vous, quant j'auray quelque
chose  vous remonstrer. Lesquelles licences par vous de nouveau
permises  mes dicts commissionnaires en ma faveur, j'ay faict
entendre  Mr. le conte de Cherosbery et maister Knolis, qui disent
n'avoir telle commission de vous, ains m'ont reffuz de vous envoyer
aulcun jusques  ce que je leur ay monstr vostre lettre, faisant
mention de quelque rsolution requise sur les pointz proposs par mes
commissaires; ausquelz ilz ont command de despartir sans dlay,
sellon leurs passeportz, avec dclaration qu'ilz n'auront nul accez
dorsenavant  moy sans vostre exprs commandement.

Sur quoy j'ay pri maister Knolis vous fre remonstrance et des
austres petites ncessitez, ensemble avec la dclaration de ma bonne
volont vers vous, avec lequel j'ay envoy ce pourteur pour me
rapporter vostre bon playsir, quant aurez veu et entendu les choses
requizes par moy au mmoire adress  Mr. le comte de Lecester et
maister Cecile, vous suppliant que par luy vostre bon playsir soit,
sur tous ces poinctz entenduz de moy, commander  Mr. le comte de
Cherusbery ce qu'il vous plairra qu'il en fasse. Et, pour ce que
maister Knolis m'a promiz de vous fre veoir mon mmoire et requeste
adresse  voz dicts deux conseillers, je ne vous inportuneray par la
prsente de mes particularitez, me rapportant au mmoire et rapport de
maister Knolis.

Quant  ce qu'il vous plaict toucher, en vostre lettre, que trouvs
estrange que mes commissaires ne sont condescenduz sur les
spciallitez, aprs avoir entendu leurs raysons, j'ay adviz avec eulx
que celluy qui retourneroit en Escoce proposera aulx aultres de mon
conseil et noblesse donner commission suffizante pour, sans scrupulle,
confrer les spciallitez que nous penserons vous estre plus
agrables, et  mon honneur et prservation de mon estat, en quoy
eulx ny moy ne pouvons entrer sans leur consentement de nouveau pour
les choses advenues despuys, qui mectent doubte en la force de mes
actions, estant dettenue comme ilz pourroient allguer; et asseurs
vous que je desireroys bien savoir vostre bon playsir pour me y
advancer.

Bien vous suppli je d'une chose qui est de ne permectre plus qu'il
soit miz en avant de si deshonestes et dsavantaigeuses ouvertures
pour moy que celles  quoy l'vesque de Rosse a est conseill prester
l'oreille; car, comme j'ay pri le dict maister Knolis vous
tesmoigner, j'ay faict voeu  Dieu solemnel de jamais ne me dmettre
de la place o Dieu m'a appelle, tant que pourray sentir mes forces
battantes pour ce fays, comme, je le remercye, je les sens augmenter
avecques l'envie de m'en acquitter mieulx que jamais, et avecques plus
de suffizance par le temps et exprience acquise, vous suppliant, en
toute aultre chose que ne inportera mon honneur et estat, estimer
qu'aprs Dieu je desire singulirement vous playre, et si j'osois vous
ramentevoir combien je suis aproche de vous et preste de m'aller
offrir  plus particullires conditions que je ne puys, en l'estat o
je suis, je diroys que c'est tout mon desir.

Cependant, avec l'adviz de mon conseil, je mettray peyne, en ayant
responce de vous, fre les offices  moy possibles pour obtenir vostre
faveur, laquel je proteste volontairement ne mettre jamais en hazard
de perdre, si je la puys acqurir. Quant  toutes aultres choses qui
me touchent, je m'en remectray au mmoire, pour ne vous inportuner,
seulement vous diray je que, quant aulx responces que dsirs, je
seray preste, quant il vous plairra m'admettre en vostre prsence, de
vous en rsouldre et fre paroistre la faulcet de leurs calumnies et
mon innocence, laquelle Dieu manifestera, comme mon espoir est en luy.
Cependant auquel je prie vous donner, Madame, en longue sant, bonne
et heureuse vie.

     De Tutebery ce Xe de febvrier 1569.


Je viens d'entendre, Madame, que mon cousin le duc de Chatellerault,
nonobstant vostre passeport, est arrest  York. Je m'asseure qu'il
n'a commis nulle offence, qui me fera vous supplier de concidrer sa
ncessit et le long temps qu'il a demeur, oultre son passeport, 
vostre commandement, et commander qu'il luy soit permiz passer oultre.
Il vous plairra excuser si j'escriptz si mal, car le logis non
habitable et froid me cause quelque rhume et dolleur de teste.




XXe DPESCHE

--du XXVe de febvrier 1569.--

(_Envoye jusques  Calais par Jehan Vallet._)

  Charles IX refuse de s'tablir mdiateur entre l'Angleterre et
    l'Espagne.--Ngociations de l'ambassadeur d'Espagne pour
    obtenir la restitution du trsor saisi par lisabeth.--Prises
    faites par les Anglais.--_Liste des capitaines_ de rputation
    qui se disposent  se mettre en mer.


     AU ROY.

Sire, bien peu d'heures aprs ma dpesche, du XXIe du prsent, je
receuz celle qu'il avoit pleu  Vostre Majest me fre, de Joynville,
le IXe auparavant, toute en chiffre, en laquelle j'ay comprins vostre
desir sur les affres d'entre ce pays et les Pays Bas, lequel je
mectray peyne d'accomplir, ainsi que je le verray bien  propos, et
comme j'avois desj commanc de le fre, n'ayant est mon intention
que fissiez office de mdiateur en cella, sinon pour vous obliger
l'ung party et l'aultre en ung faict duquel, aussi bien, ilz
demeureront d'accord; et affin aussi qu'estant la matire une foys
venue en voz mains vous la menissiez, ou au tard, ou au long, ainsi
que le bien de vos affres le requerroit, et eussis cependant ung
gaige pour vous fre requrir et observer des deux costs. En quoy,
possible, se fut trouv moyen de fre passer plus avant les choses,
que je crains qu'elles ne feront.

Tant y a que j'yray, du premier jour, veoir ceste Royne, et mettray
peyne de descouvrir si son intention en cella est conforme  la
dmonstration qu'elle et ceulx de son conseil en font; car les deniers
d'Espaigne sont toutjours resserrs en la Tour, ausquels toutesfoys
l'on ne touche point, et le Sr. d'Assoleville, encor que despuys le
retour du corrier qu'il avait envoy au duc d'Alve ayt eu permission
de communiquer de rechef avec l'ambassadeur d'Espaigne, ilz ne sont
toutesfoys, l'ung ny l'aultre, en termes d'estre encores ouys de ceste
Royne. Vray est que le dict d'Assoleville a est devers le mylor
Quiper, garde des sceaulx, et le secrtaire Cecille a est devers luy,
mais il ne leur a expos sa charge, sinon en gnral, c'est qu'il
estoit venu procurer la dlivrance des deniers, comme,  la vrit, il
semble que luy et le dict ambassadeur d'Espaigne ne prtendent que de
les avoyr et de dissimuler toutes aultres injures, mesmes, si ceulx cy
savoient tenir bon, je croy qu'il se contanteroit de la seule
asseurance des dicts deniers plus tost que de venir  nulle ropture.

La responce que le susdict ambassadeur d'Espaigne avoit faicte  la
proclamation de ceste Royne, dont vous envoyay naguires la coppie, a
est traduicte par quelcun en langaige de ce pays, qui l'a publi avec
des additions telles, que ceste Royne et tous ceulx de ce conseil en
sont fort escandalizs et en ont faict enqurir, dont plusieurs
notables personnaiges en ont est envoys en pryson, ce qui monstre
qu'il y a une bien aspre division, bien que encores lattante, dans ce
royaulme.

Cavaignes et Du Doict font grand dilligence, et la font fre aussi par
leur faulteurs, de trouver deniers par de, et offrent grand
asseurances; mais j'espre, Sire, qu'ilz en recouvreront si peu, ou
poinct du tout, qu'ilz n'auront dorsenavant, par les supportz d'icy,
guires moyen de se maintenir contre Vostre Majest.

Aulcuns des principaulx seigneurs de ce conseil entendant qu'on
soubspeonnoit les Anglois d'avoir eu intelligence en ces menes, qui
ont est dcouvertes en Normandie, et en quelques aultres de Callays,
m'ont envoy dire qu'ilz me prioyent de croire que cella n'estoit ny
ne pouvoit estre aulcunement procd de l'intention de la Royne, comme
pour leur regard ilz seroient prestz de se purger, quant il sera
besoing, qu'il n'en avoit est rien pratiqu de de, sinon que le
secrtaire Cecille l'eust faict tout seul, de quoy seroit  luy d'en
rendre compte, mais, ny en une faon ny aultre, je n'ay peu descouvrir
que les Anglois y ayent est meslez.

Au reste, Sire, de tout cest armement que ceste Royne a faict
prparer, il n'en est encores rien sorty hors de ceste rivire que
quatre grandz navyres. Vray est que les deux naves veniciennes sont
sur l'emboucheure d'icelle et ung nombre d'aultres particulliers sont
 Plemmue, qui ont encores freschement prins neuf ou dix ourques de
Flandres, retornans de la Rochelle, chargs de vins: mais ilz ne
trouvent guyres plus que prendre en mer, et entre les dicts
vaysseaulx particulliers il y en a qui pourroient estre de quelque
effect, estans  des cappitaines de mer qui sont en rputation par
de, desquelz j'ay miz peine de savoir les noms, et incisteray 
ceste Royne de les fre rvocquer, ou, si elle s'en excuse sur le
doubte de la guerre qu'elle crainct avoir avec les Pays Bas, que
aulmoings elle leur rgle tellement leurs entreprinses que voz payz et
subjectz n'en puissent estre aulcunement endommaigs; ce que j'espre
obtenir, pourveu, Sire, qu'il vous playse fre accommoder le faict de
la saysye de Roan.

L'on a commanc de fre les monstres gnralles et ordinaires en ung
quartier de ce royaulme, et se continuera de mesmes partout, mais je
n'entendz qu'il y ayt rien d'extraordinaire pour encores. Je
procureray, en ma premire audience d'inptrer de ceste Royne les
choses que la Royne d'Escoce luy a envoy requrir par ses lettres et
mmoires, du XIIIe du prsent, ainsi que, en mes prcdantes, je vous
en ay faict quelque mention, et, prieray, au reste, le Crateur, etc.

     De Londres ce XXVe de fvrier 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, ayant receu, le XXIe de ce moys, les lettres qu'il a pleu 
Voz Majestez m'escripre de Joynville, le VIIe et IXe auparavant, j'ay
trouv en celle du Roy une bonne instruction de ce que j'ay  dire et
fre s choses d'entre ce pays et les Pays Bas. A quoy je mectray
peine de satisfre jouxte voz intentions, lesquelles je vous puys
asseurer, Madame, que, pour les mesmes considrations que m'escripvs,
et aultres que le Sr. de La Croix  son retour m'avoit dictes, j'avois
desj miz peyne de les accomplir, dont, possible, s'en cognoistra
quelque effect au monde. Au moins n'aura t il tenu  moy de le
procurer, mais il se fut encores, ce me semble, mieulx conduict, si,
en vous faisantz mdiateurs entre les parties, l'affre eust est
remiz en voz mains, ainsi que j'en mande ung mot par la lettre du Roy;
et ay veu, au reste, en la lettre de Vostre Majest, la prudente et
vertueuse responce qu'avez faict  l'ambassadeur d'Angleterre,
laquelle est tant conforme  tout ce que j'ay ngoci jusques icy, et
si convenable  ce qui estoit requis de fre expressment entendre 
ceste Royne, que j'espre que les affres et service de Voz Majestez
par de s'en porteront beaulcoup mieulx. Et, affin d'en imprimer
mieulx le tout  la mmoire de la dicte Dame, je le luy rafreschiray
demain en aulcuns propoz que j'ay  luy tenir jouxte le contenu de
vostre dicte lettre, dont vous feray aprs entendre ce qu'elle m'aura
respondu. Et, pour la fin, je vous diray, Madame, que, sellon aulcunes
praticques que j'entendz se mener en ceste court, je seray bien tromp
si bien tost l'on ne veoyt advenir une notable noveault, et,
possible, quelque mutation d'aulcunes choses en ce royaulme, priant
Dieu, etc.

     De Londres ce XXVe de fvrier 1569.


NOMS D'AULCUNS CAPPITAINES DE MER ANGLOIX qui ont particullirement
arm des vaisseaulx.

     Le cappitaine Michel de Cornaille en a arms six,
     Le cappitaine Jonnes--deux,
     Le cappitaine Forbouches--trois,
     Le cappitaine Morice--deux,
     Le cappitaine Achellay--deux,
     Le cappitaine Boos--deux,
     Le cappitaine Kelle--deux,
     Le cappitaine Robunb--ung,
     Le cappitaine Marye Churqe--deux,
     Le cappitaine Pierre Adrian--ung,
     Le cappitaine Thomas Mores, Irlandoys,--ung,
     Le cappitaine Amand--ung,
     Le cappitaine Wjons--ung,
     Le cappitaine Wurte--ung,
     Le cappitaine Chambre--ung,
     Le cappitaine Richarson--ung.

Au nom de sire Artus Chambrenant, visamyral de Cornaille, en a est
arm deux;

     SOMME XXXI vaysseaulx, oultre plusieurs
     aultres, dont on n'a peu savoir le nom,

Et quatre grandz navyres de la Royne d'Angleterre, et les deux grandz
naves veniciennes.

Les aultres quatre, que Me. Ouynter avoit ramen de la Rochelle, sont
encores dans la rivire qui ne sont prestz de sortir.

Il s'apreste encores vingt navyres marchans pour aller en Broage
qurir du sel, qui seront conduictz par deux des dicts grandz de la
dicte Royne, et du contrerolleur de la marine, en personne.




XXIe DPESCHE

--du Ier jour de mars 1569.--

(_Envoye par La Vernhe._)

  Le secrtaire La Vergne, accus auprs de la reine-mre d'tre en
    correspondance avec les protestants de la Rochelle, se rend en
    France pour se justifier.


     A LA ROYNE.

Madame, attandant de vous dpescher ung aultre des miens aussi tost
que la Royne d'Angleterre m'aura respondu aulx choses, que je luy ay
dictes et dclaires de l'intention de Voz Majestez, sellon le contenu
de voz trois dernires dpesches, j'ay bien vollu cependant, pour le
regard du postille qui est en celle du Roy, du XIIIIe du pass, vous
dire trs confidemment, Madame, que jamais gentilhomme ne se porta
plus fidellement, ny avec plus de droicture et d'intgrit en vostre
service, en toutes les choses que m'avez commandes quelles qu'elles
ayent est, ny qui ayt miz plus de peyne, en tout ce qu'il m'a est
possible, que les miens fissent de mesmes que j'ay toutjour faict;
dont si l'on vous a rapport, ou donn adviz, qu'un de mes secrtaires
rvelle toutes choses  voz rebelles, je ne vous puys dire aultre
chose, Madame, sinon qu'encor que ce soit sans aulcune mienne coulpe,
que nantmoins je serois dollant  mort qu'il ft aulcunement vray.
Et affin que par le mesmes qui est accus, qui est le pourteur de la
prsente, lequel a seul tenu mon registre, et seul escript toutes mes
dpesches, Vostre Majest en soit esclarcye, il s'en va consigner
entre voz mains, affin que vous en fassiez l'examen et vriffication
telle qu'il vous plairra.

J'espre, que, demain ou aprs demain, ceste Royne me fera sa responce
ou bien renvoyera le filz de Mr. Norrys pour la vous fre fre par son
ambassadeur de dell, et croy qu'elle sera assez bonne, encor que son
conseil soit aprs  la digrer, et qu'on luy reprsente de grandz
maulx  venir sur elle et sur son royaulme de la fin de ceste guerre,
si les catholiques demeurent suprieurs. Mais j'ay miz peyne de luy en
diminuer la peur, dont, par mes prochaines, Vostre Majest entendra le
tout,  laquelle baysant, en cest endroict, trs humblement les mains,
je prieray le Crateur qu'il vous doinct, etc.

     De Londres ce Ier de mars 1569.




XXIIe DPESCHE

--du VIIIe de mars 1569.--

(_Envoye par le Sr. de Sabran._)

  Sommation faite au nom du roi de France, par l'ambassadeur,  la
    reine d'Angleterre, de se prononcer, dans le dlai de quinze
    jours, pour la paix ou pour la guerre avec la France.--Rponse
    d'lisabeth que, malgr le desir qu'elle a de maintenir la
    paix, elle doit en rfrer  son conseil.--Hsitation du
    conseil, qui se trouve  la fois menac de la guerre avec la
    France et avec l'Espagne.--Aprs sept jours, dclaration est
    faite  l'ambassadeur, que l'Angleterre demeurera en paix avec
    la France.--_Mmoire au roi_ sur les affaires de France,
    d'Espagne et d'cosse.--_Mmoire secret_ renfermant des dtails
    particuliers sur la coalition des seigneurs d'Angleterre pour
    renverser sir William Cecil.--_Remontrances_ prsentes par
    l'ambassadeur au conseil, numrant les actes d'hostilit que
    le roi de France a d prendre pour une dclaration de
    guerre.--_Plainte_ des marchands franais tablis en Angleterre
    contre diverses exactions.--_Dclaration_ de paix et d'amiti
    faite par le conseil en rponse aux remontrances.


     AU ROY.

Sire, m'ayant Vostre Magest, par ses lettres du VIIIe, XIIe et
XIIIIe du pass, baill de quoy pouvoir largement tretter de paix ou
de guerre avecques ceste Royne, je luy ay, par les mesmes termes de
voz lettres, faict entendre que vous estiez trs desireux de demeurer
en l'ung et bien fort dispos de vous prparer  l'aultre, avec
commmoration des bons dportemens, dont aviez uz envers elle pour la
continuation de ce qui estoit le meilleur, et de ne luy avoir onques
donn occasion de venir au pire; ce qui a est poursuyvy avec des
propos qui seroient longs  mettre icy, mais si urgens, sellon vos
dictes lettres, que, joinct ce que Voz Magestez en avoient desj dict
 son ambassadeur, elle s'est trouve en grande perplexit de m'y
respondre.

Vray est que pour ne luy donner occasion, si je la pressoys ou
conveinquoys par trop, de venir  parolles plus dures et de moindre
satisfaction que je n'en voulois ouyr pour Vostre Magest, j'ay
toutjour reject sur aultre que sur elle la coulpe du tout, luy
gratiffiant aulcuns bons offices dont elle avoit us envers vous; qui
aussi, pour l'amour d'elle, aviez support des choses qu'elle savoit
bien qui vous estoient dommaigeables, et qui en fin vous alloient
estre si griefves que vous aviez est contrainct de luy fre ceste
dclaration que je luy faisois: c'est qu'estant vostre volont tout
entirement de demeurer en la bonne paix, amyti et confdration, que
vous aviez avecques elle, et avec ses pays et subjectz, vous vouliez
estre rsolu et esclaircy, dans quinze jours, si elle vouloit
persvrer de son cost, ou aultrement, que vous regarderiez de
pourvoir  vos affres sellon les moyens qu'il a pleu  Dieu vous en
donner, par ainsy qu'il ne tenoit plus qu' elle qu'elle ne jouyst et
ft joyr ses subjectz d'une bien ferme et trs proffitable paix
avecques ung grand Roy et ung grand royaume, tel comme vous et le
vostre.

La dicte Dame, ayant paciemment, et avec attention, escoutt toutz mes
propoz, a miz peyne d'en admener plusieurs, pour elle, de sa bonne
volont et droicte intention en l'entretennement de la paix, de la
commmoration de ses bons offices envers Voz Magestez Trs
Chrtiennes, de la justiffication de ses actions, et plusieurs
aultres, qui tendoient toutz  vous vouloir contanter, dont la
substance estoit de vous remercyer de la bonne responce que Voz
Magestez avoient faicte  son ambassadeur sur le rcit des tortz et
mauvais trettement que ses subjectz ont receu du duc d'Alve, de
laquelle elle demeuroit satisfaicte; ensemble de ce qu'aviez, command
lever la saysye de Roan, offrant, de son cost, fre fre rayson  voz
subjectz, et qu'elle n'avoit jamais que bien fort dtest les
exploictz des pirates, et avoit souvant command de les punir; dont
respondroit tousjours pour ceulx de ses subjectz qu'elle avoit envoy
sur mer, car ne les avoit layss sortir sans caution; mais que des
aultres elle ne pouvoit fre aultre chose, sinon d'employer sa force
et sa justice, en faveur de voz subjectz et des siens, en tous les
endroicts qu'elle en seroit requise, ce qu'elle offroit trs
volontiers de fre; et qu'au reste Voz Magestez ne debvoient
aulcunement croyre, ce qu'on s'esforoyt de vous persuader, qu'elle
eust envoy secours  ceulx de la Rochelle, ny eu intelligence aulx
entreprises de Dipe et du Hvre; car elle n'avoit si peu de prudence
qu'elle vollt acqurir l'inimyti de Voz Magestez pour avoir l'amyti
d'ung de voz subjectz, ny luy ayder  mener sa guerre pour perdre la
paix qu'elle avoit avecques vous, et s'il s'en estoit vant que ce
avoit est pour authoriser davantaige ses affres; dont estoit preste
de luy escripre qu'il dclarast quel secours elle luy avoit baill,
affin de le conveincre de ce qu'il en pourroit avoir cy devant publi;
et que, quant elle vous eust vollu nuyre, que vous eussiez autrement
que par six cannons, et ung peu de pouldre, senty les moyens qu'elle
avoit de le fre tant en force d'hommes, d'armes, de vaysseaulx,
d'artillerye que d'argent, dont elle disoit en avoir bonne somme, et
que les belles occasions ne luy avoient poinct manqu; mais qu'elle
s'estoit propose, contre toutes persuasions qu'on luy pouvoit donner
du contraire, de garder trs constamment vostre amyti; de quoy, si
ne luy vouliez savoir gr, elle ozeroit dire que vous vous rendriez
indigne qu'elle vous en deust tant porter comme de bon cueur et
d'affection elle faisoit. Et quant  la faveur trop grande que je luy
disois que ceulx de l'aultre party recepvoient prez d'elle, que,  la
vrit, elle avoit humainement receu et admiz quelquefoys  parler 
elle le cardinal de Chatillon, qui estoit venu en son royaulme pour
saulver sa personne, lequel luy sembloit estre homme de bien et bon,
qui luy avoit toujours parl honnorablement et avec grand humilit et
respect de Vostre Magest et de la Royne, vostre mre; car aultrement
ne l'eust souffert ung jour en son pays, et que, sellon son parler, il
ne tenoit  luy que toutes les choses n'allassent bien; et q'un aultre
gentilhomme aussi estoit naguires venu de la Rochelle, qui disoit
avoir  tretter aulcunes choses avecques elle, mais qu'elle ne l'avoit
encores veu, ny ouy, ny n'estoit preste d'entendre  rien qu'il luy
scet proposer  vostre prjudice, et que d'avoir est capitul par
eulx de luy mettre en ses mains une de voz places de Normandye ou
Picardye, que cella pouvoit bien estre en leur intention, mais qu'elle
n'en avoit jamais ouy parler.

Et continua en plusieurs aultres propoz, desquelz, comme je luy
gratiffiay grandement, de la part de Voz Majestez, ceulx qui
revenoient  vostre satisfaction et contantement et  l'entretennement
de la paix, aussi ne volluz je laysser passer sans quelque rplique
les aultres, o elle vouloit que vous ne vissiez ny sentissiez rien du
support qu'avoient receu ceulx de la Rochelle; car, si ce n'avoit est
d'elle, au moins il estoit sorty de son royaulme, et sinon tant qu'on
leur en eust bien peu bailler, au moins, possible, autant comme ilz
en avoient demand; et que, si la guerre ne vous avoit est
ouvertement commance du cost de son royaulme, qu'on avoit nantmoins
pass  telles dmonstrations que vous aviez est contrainct de
demander l dessus la dclaration de sa volont, dont la pryois
qu'elle me rsolt de ce que j'avois  vous en mander.

A quoy m'a respondu qu'elle venoit de recepvoir, depuys deux heures,
des lettres de son ambassadeur, lesquelles n'avoit encores ouvertes,
et que, possible, aprs les avoir veues, elle auroit de quoy mieulx
satisfre  ceste et aultres particularitez que je luy avois
proposes, desquelles je luy pourrois cependant bailler ung mmoire,
et que, ayant sur le tout prins adviz de son conseil, elle m'y
respondroit.

Et par ce que, Sire, parmy ses discours elle m'avoit dict ne fre
doubte que le duc d'Alve ne vous persuadt de fre quelque
dmonstration en sa faveur, pour les choses qu'il avoit mal commances
contre elle, et que je voyois qu'elle estoit sur le poinct de se
rsouldre ou du dict affre ou du faict de France, je luy volluz bien
dire qu' la vrit il ne pouvoit estre que Voz Magestez Trs
Chrtiennes n'eussiez est trs marriz de veoir naistre diffrend
entre deux telz princes, voz alliez et confdrez, comme le Roy
Catholique et elle, et entre deux estatz si voysins, comme estoient
les leurs du vostre; mais que le duc d'Alve s'estimoit si suffizant,
et estimoit son Maistre si puissant et si saige, qu'il n'avoit garde
de vous demander ny conseil, ny secours, pour sortir de ceste affre;
et considreroit aussi que comme son dict Matre ne vouldroit rompre
une de ses bonnes alliances pour vous, qu'il luy seroit mal honeste de
vous requrir de rompre les vostres pour luy; et ainsy je me licentiay
de la dicte Dame.

Mais estant, le jour mesme, adverty que aulcuns voulans aigrir la
matire estoient aprs pour luy imprimer qu'elle ne se debvoit
aulcunement soubzmettre  ceste dclaration de paix ou de guerre, 
quoy vous la sommiez, et que c'estoient ses ennemys qui vous
incitoient de luy fre, sans occasion, ceste bravade, je me hastay de
luy envoyer, bien peu d'heures aprs, mon mmoire, avec ung sommaire
rcit, au premier article d'icelluy, de toutes les occasions qui vous
avoient meu de ce fre. Lequel mmoire, aprs l'avoir leu, elle le fit
translater en anglois pour l'envoyer  ceulx de son conseil; et au
boult de sept jours, aprs avoir respondu au Sr. d'Assoleville ce que
Vostre Majest verra en mon mmoire, elle m'a envoy par le Sr.
Sommer, clerc de son conseil, ceste sienne responce en anglois, que je
vous envoye traduicte en franois; en laquelle, encor que, parmy
beaulcoup de paroles obscures, j'y aye trouv aulcunes choses qui vous
pourroient contanter, j'ay nantmoins vollu avoir d'elle mesmes sa
responce.

Et ainsy estant, hyer au soir, retourn devers la dicte Dame, aprs
plusieurs propoz j'ay eu ceste dclaration d'elle que pour le desir de
conserver l'amyti qu'elle a contracte, dez son avnement  sa
couronne, avecques le feu Roy vostre pre, et continue avecques Vous
et avec la Royne, vostre mre, elle est rsolue de demeurer
entirement aux trettez et capitulations de la bonne paix, qui est
entre Voz Majestez et voz pays et subjectz, tout ainsy que vous dictes
y vouloir persvrer de vostre cost, et que de ce elle vous en a, en
trois occasions, rendu trois si bons tesmoignages que jamais Roy
d'Angleterre n'en a rendu de semblables  nul de voz prdcesseurs. Et
puys m'a pry de fre ses recommendations  Voz Majestez, et qu'elle
desiroit vous pouvoir fre aultant de bien comme elle vous en
vouloit, qui ne pouvoit tant oblyer sa qualit qu'elle ne se sentt
bien affectionne  la cause de ses semblables, et qu'elle vous feroit
encores entendre sa responce par son ambassadeur; laquelle sera bon,
Sire, que Vostre Majest montre avoir bien agrable et que la
gratiffiez par toutes bonnes parolles envers la dicte Dame, vous
suppliant au surplus donner foy  ce que ce gentilhomme, prsent
pourteur, nomm le Sr. de Sabran, vous dira, lequel j'ay dpesch
exprs pour aller rendre bon et fidelle compte de toutes choses d'icy
 Vostre Majest,  laquelle, etc.

     De Londres ce VIIIe de mars 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, par la prsente dpesche Vostre Majest verra l'ordre que j'ay
tenu pour remonstrer  ceste Royne les mauvais dportemens dont elle
et ses subjectz avoient uz contre Voz Majestez, et les vostres, ainsi
que par voz dernires me commandiez de le fre, en quoy y a eu asss 
craindre qu'elle ne me donnast d'aussi mauvaises responces que ses
effectz avoient est mauvais; car a est extrmement presse de se
dclairer ouvertement pour la deffense de sa religion, estimans ceulx
qui la possdent que cella fortiffieroit et donroit grand faveur 
leur cause, et considroient aussi, qu'estant la guerre dclaire tant
contre la France que l'Espaigne, ilz demeureroient plus asseurez
qu'ilz ne sont du dedans de ce royaulme contre l'entreprinse des
catholiques naturelz du pays, qui, par ce moyen, ne pourroient, sans
lze majest, pratiquer ny estre pratiqus des aultres catholiques
estrangiers.

Et, d'ailleurs, ma remonstrance estoit venue en temps qu'on trettoit
des affres des Pays Bas, et que la plus part de ceulx de ce conseil
opinoient toutes aultres choses leur estre plus expdientes que de
rompre, en faon du monde, l'ancienne alliance de Bourgoigne, laquelle
leur avoit est toutjour trs proffitable; l o ilz n'avoient jamais
eu que perte et dommaige de la France: et aulcuns s'esforoient
d'imprimer  ceste Royne qu'il n'y avoit lieu qu'elle se soubzmt 
vous fre ceste dclaration de paix ou de guerre,  quoy vous la
vouliez contraindre, et que c'estoient ses ennemys qui vous
induysoient de la braver de ceste faon. Dont estant ceste affre
trett en ce conseil en mesme temps que celluy de Flandres, non sans
beaulcoup de contention, ny sans qu'il ayt fallu veiller et bien
travailler de nostre cost, en fin, estant demeur celluy de Flandres
au mesmes suspens qu'il estoit, le vostre a eu, grces  Dieu, telle
yssue que, gardant l'avantaige du Roy et vostre, et faisant cesser,
aultant que j'ay peu, toutes mauvaises entreprinses et mauvais
exploitz des deux costez, la paix vous est conserve, pour ceste foys,
avec ceste Royne et son royaulme, ainsy que Vostre Majest le verra en
la lettre du Roy et en la responce que la dicte Dame et ceulx de son
conseil m'ont faict bailler par escript. En quoy, Madame, j'ay miz
peyne de fre ruscyr le tout  ce que j'ai cogneu estre du service de
Voz Majestez et de vostre intention, que, j'espre, trouvers estre
bien accomplys.

Il est vray que de tant que toutes choses, pour la malice du temps,
ont  estre maintenant suspectes, je ne vous veulx prier de vous
asseurer tant, du cost de ceulx cy, que vous ne pourvoys, Madame,
qu'ilz ayent toutjours moins de moyen que de volont de vous nuyre; et
je les observeray de bien prez, pour vous pouvoir mander, heure pour
heure, leurs mouvemens et entreprinses, vous priant, au reste, donner
foy  ce que ce gentilhomme, prsent pourteur, nomm le Sr. de Sabran,
vous dira, lequel j'ay dpesch exprs pour vous aller rendre bon et
fidelle compte de toutes choses d'icy, auquel me remectant, je prieray
le Crateur, etc.

     De Londres ce VIIIe de mars 1569.


La Royne d'Angleterre m'a pri vous escripre particullirement que la
seule bonne affection qu'elle porte  Voz Majestez et  la
conservation de vostre grandeur, l'ont meue de vous fre ceste
dclaration de paix et d'amyti, et non qu'elle vous pense estre tant
hors d'affres que vous luy puissiez maintenant commencer la guerre;
car ou elle n'a aulcune cognoissance des entreprinses du monde, ou
elle vous peult asseurer qu'il s'apreste encores de bien fort grandes
forces pour ceulx de sa religion, et qu'elle est bien marrye qu'il en
doibve rien tumber sur Voz Majestez ny sur vostre royaulme.


MMOIRE BAILL AU SIEUR DE SABRAN,

_Pour dire  Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres_,

Que l'on n'augmente en rien l'armement et appareil de guerre, que le
Sr. de La Mothe leur a mand qui s'aprestoit par de, si n'est de
continuer, encores pour ung mois, l'avytaillement des grandz navyres
de ceste Royne, et que les monstres, gnralles et ordinaires, qui ont
commanc d'estre faictes en aulcuns endroictz de ce royaulme, se
continueront partout avec, possible, plus de rigueur, en l'observance
des ordonnances de la guerre, qu'on n'avoit accoustum d'y tenir,
mesmement pour avoir des haquebuttes et entretenir des grandz
chevaulx;

Que l'insolence des pirates a commanc d'estre aulcunement restrainte
despuys qu'il a reprsant  la dicte Dame les propos que Leurs
Majestez Trs Chrestiennes avoient tenu l dessus  son ambassadeur.
Et, mesmes,  certains particulliers, qui estoient icy, attandans
d'avoir commission pour aller armer leurs vaysseaulx, on la leur a
maintenant reffuze, ny n'est plus permiz aus dictz pirates de dbiter
ny vendre par de les prinses qu'ilz font sur les Franoys, et semble
qu'on rvoquera ceulx qui ont malvers sur mer ou qui ne sont
cautionns.

L'on a envoy arrester ung grand nombre de vaysseaulx par toutz les
portz de de, comme pour aller  quelque grand entreprinse, de quoy
le dict Sr. de La Mothe a eu grand souspeon et a est en peyne de
descouvrir ce qu'on prtandoit de fre, qui a trouv qu'on vouloit
dresser une flotte d'envyron cent navyres marchantz pour envoyer en
Broage qurir du sel, sollicitant cella le conseiller Cavaignes; mais
il n'y en yra, pour ceste foys, que trente, conduictz par deux de
ceulx de la Royne, ayant,  ce qu'on dict, est faict par ceulx cy
quelque contract l dessus, avec le maire et habitans de la Rochelle,
de se payer et rembourcer, en sel et aussi en vin, des deniers et de
l'artillerye, pouldres et aultres rafreschissemens, qui leur ont est
apportez d'icy; ainsy que, par une de ses prcdantes, le dict Sr. de
La Mothe a desj donn adviz du dict contract, bien qu'ilz le
coulorent aultrement. Et semble que ceulx cy entreprendront de
conduyre quelque traffic du dict sel vers les rgions et endroictz qui
avoient accoustum s'en fornir au dict Broage, qui meintenant,  cause
des troubles, n'y ozent aller; ce qui pourra revenir  quelque somme
d'argent, mais non guires grande, car pour peu d'escuz l'on charge
grand nombre de sel; sur quoy le dict Sr. de La Mothe a remonstr  la
dicte Dame ce qui est contenu au IIIIe des articles qu'il luy a
prsentez.

Ceulx ci entendans que le duc d'Alve a faict certaine ordonnance pour
empescher le commerce qu'ilz vont dresser en Hembourc, en ont publi
un aultre par o ilz deffandent  toutz naturelz et estrangiers de ne
charger aulcune marchandise en son royaulme, sinon pour la transporter
l o yra la flotte des marchantz anglois prvilligs qu'ilz apellent
_avanturers_.

Dont craignant que la gnrallit de la dicte ordonnance prjudicit 
la libert du traffic d'entre la France et l'Angleterre, le dict Sr.
de La Mothe a remonstr ce qui est contenu au Ve de ses dicts
articles.

Tout ce royaulme est en suspens de la guerre, craignant l'avoir tout 
la foys avec la France et l'Espaigne, ou sparment avec l'une ou
l'aultre, et craignent beaulcoup plus de l'avoir  la France, car ne
font doubte qu'ilz ne s'accommodent toutjours aysement avec le Roy
Catholique; et si estiment que,  prsent, le dict Roy Catholique
n'est pour leur pouvoir tant nuyre comme feroit le Roy. Vray est que
pour l'opinion que le peuple a qu'on ayt provoqu l'ung et l'aultre
sans occasion, il se manifeste beaucoup de division et de
contradiction parmy eulx, et mesmes ceulx de ce conseil reffuzent de
se trouver aulx dellibrations qui se font l dessus.

Tant y a, qu'en ce qui concerne la France, encor qu'il y en ayt assez,
icy, qui confessent qu'on a uz de mauvais dportements et non
excusable contre le Roy, en faveur de ceulx de la Rochelle, toutz,
nantmoins, d'ung accord, protestent, avecques grand srement, de
n'avoir jamais rien entendu de la pratique que ceulx de la novle
religion menoient pour prendre Dipe et le Hvre, mesmes les plus
grandz et plus auctoriss ont dict au dict Sr. de La Mothe, qu'ilz
veulent estre estimez meschantz et infmes, au cas qu'il se trouve que
les Anglois y ayent est aulcunement meslez.

Toutesfoys, il sera bon, durant le temps que ceulx cy seront en armes,
d'avoir l'oeil au guet de leur cost, et, parce qu'il s'entend qu'en
ung de leurs portz, du quartier d'Ouest, se font, par mandement de
ceulx de la novelle religion, deux barques longues, couppes en
travers, comme pour les porter dans des navyres, qui se peuvent
rejoindre incontinent, suffizantes  mettre deux centz soldatz en
terre, lesquelles monstrent estre pour aulcune entreprinse, en quelque
lieu, sur la mer, et qu'on a entendu qu'en certain lieu s'est parl de
Cherbourc, comme d'une place non garde, et toutesfoys ayse 
fortiffier, sera bon d'advertir l, et ailheurs, le long de la mer,
d'y prendre garde.

Le Sr. Du Doict n'a encores rien expos en ce conseil, ny n'a est ouy
de ceste Royne, dont est malays de savoir  quoy tend sa
ngociation, bien que, sellon la conjecture qui se peult prendre de
certain pouvoir qui a est veu en quelque lieu despuys son arrive,
lequel est en quatre fuilletz de parchemin, les trois et demy escriptz
et le reste blanc, attaichez d'ung ruban noir, o pend en queue le
sceau de la Royne de Navarre en cire rouge, et soubzsign de trente ou
quarante noms des principaulx de leur party, commenant _Jehanne_,
etc., _Henry_, etc., et conscutivement au nom d'eulx, et de Loys de
Bourbon, duc d'Anguien, de l'amyral Andellot, La Rochefoucault et
aultres, faisant narrature des choses advenues despuys six ou sept
ans, desquelles infrent y avoir ligue des potentatz catholiques
contre les potentatz protestans, conclue au concille de Trente, et
despuys confirme aulx voyages de Bayonne et de Picardye, ainsy que
plus  plain le dmonstre la cession que la Royne d'Escoce a faicte du
droict qu'elle a  la couronne d'Angleterre[55], et encores plus
expressment les faulces paix, la ropture de l'dict de paciffication,
l'imptration de la bulle de Juilhet, et aultres pratiques contre
ceulx de la religion, choses qui doibvent esmouvoir les princes,
potentatz et aultres, de leur party, de faire ligue contraire; et
dont, pour y pourveoir, ilz ont estim bon d'envoyer devers les dicts
princes protestans et principallement devers la Majest de la Royne
d'Angleterre, pour luy fre entendre ce que dessus par Mr. le cardinal
de Chatillon, avec puissance de tretter et capituler pour cest effect
avecques elle, et d'obliger, pour l'entretennement des promesses qu'il
luy fera ez noms que dessus, oultre leur foy et parolle, toutz leur
royaume, duchez, comtez et baronnyes, terres et seigneuries. Il semble
que la charge du dict Du Doict soit de fre entrer ceste Royne en la
dicte ligue. Et s'est aussi descouvert d'ailleurs qu'il prtend
d'avoir, par emprunt, les deniers que la dicte Dame a arrestez du Roy
Catholique, offrant conjoinctement, au nom des princes d'Allemaigne et
de ceulx qui l'ont envoy, de rembourcer le dict Roy Catholique et le
contanter, tant du principal que des intrestz raysonnables, et de
relever indempne la dicte Dame de tout dommaige que, pour rayson de
ce, elle pourroit soffrir. Ausquelles deux prtentions du dict Du
Doict, le dict Sr. de La Mothe a miz et mettra encores tout l'obstacle
qu'il luy sera possible pour les luy rendre difficiles et diffres,
et encores, s'il peult, reffuzes.

  [55] Le concile de Trente, ouvert le 13 dcembre 1545, contre
  Luther et les autres hrtiques, s'tait prolong sous les trois
  papes, Paul III, Jules III et Pie IV, pendant vingt-un ans; il
  fut termin, aprs vingt-cinq sessions, dans la sance du 4
  dcembre 1563. Tous les parlements du royaume se refusrent 
  l'admettre; cependant les protestants soutenaient qu'on voulait
  leur en faire l'application en France, o leur extermination
  tait rsolue. Le voyage, entrepris par le roi et la reine-mre
  en 1564 et 1565, n'avait pas, disait-on, d'autre objet. Charles
  IX et Catherine de Mdicis avaient alors parcouru tout le royaume
  en commenant par la Lorraine et la Bourgogne. Aprs avoir pass
  l'hiver en Languedoc, ils s'taient rendus  Bayonne, o ils se
  trouvrent runis, le 10 juin, avec lisabeth, reine d'Espagne,
  et le duc d'Albe. On a dit que ce fut dans cette confrence, et
  surtout par l'instigation du duc d'Albe, que fut arrte la
  rsolution du massacre des protestants, qui s'excuta sept ans
  aprs, le 24 aot 1572, jour de la _Saint-Barthlemy_. Quoi qu'il
  en soit, il n'est pas douteux que des mesures violentes n'aient
  t alors proposes contre eux et les nouvelles confrences
  tenues, peu de temps aprs, sur les frontires de Picardie, alors
  que le duc d'Albe avait dj commenc une guerre de religion,
  vinrent encore ajouter  leurs inquitudes.--A l'gard de la
  cession prtendue faite par la reine d'cosse au duc d'Anjou de
  ses droits au trne d'Angleterre, ce point d'histoire n'a jamais
  t bien clairci: la suite de cette correspondance nous
  permettra de faire connatre toute la vrit sur un fait aussi
  important. _Voyez_ la XXXVIIIe Dpche.

L'ambassadeur d'Espaigne, rsidant icy, et le Sr. d'Assoleville ne
pouvans inptrer audience de ceste Royne, ont enfin propos  aulcuns
de son conseil que, ayant la dicte Dame, avant toutes choses, faict
dellivrance des deniers arrestez, le duc d'Alve sera, puys aprs,
tout prest d'entendre  ce qui sera veu bon de tretter pour
l'entretennement de l'ancienne alliance et confdration d'entre ces
deux estatz, et de le fre entirement accomplir par le Roy son
Maistre. A quoy semble qu'on leur ayt respondu de mesmes: c'est que,
aprs que le Roy, leur Maistre, aura renouvell et confirm, par
srement solemnel, les anciens trettez et confdrations d'entre ceste
couronne et la maison de Bourgoigne, lesquelles le dict duc s'est
esforc d'enfraindre, que la dicte Dame entendra aulx moyens qui
seront cogneuz raisonnables pour la restitution des dicts deniers. Et
despuys, ayant le dict d'Assoleville mand  la dicte Dame qu'il avoit
 luy dire des choses qui inportoient grandement  elle et  son
estat, lesquelles il ne pouvoit encores communiquer  ceulx de son
conseil, dont elle auroit playsir et proffict de les savoir, elle luy
a faict respondre que rien ne pouvoit concerner ni elle ny son dict
estat qui ne concernt ceulx de son conseil et ses subjectz, lesquelz
elle aymoit mieulx que soy mesmes; et par ainsy qu'il ne ft
difficult de leur dire ce qu'il vouldroit dire  elle mesmes.
Lesquelles responces les dictz ambassadeurs n'ont encores faict
entendre au dict Sr. de La Mothe, bien qu'ilz se soient aydez de luy
pour les mander au dict duc,  qui icelluy d'Assoleville a escript de
le vouloir rvoquer, cognoissant que sa demeure par de ne faisoit
que donner cueur et ampirer davantaige ceulx cy, qui vouloient garder
la rputation, et estre priez. Et ainsy le dict d'Assoleville prpare
son retour, lequel, ayant desj son passeport, monstre se vouloir
acheminer dans deux jours. Ne say si le dict duc luy mandera de
demeurer pour entrer en une novelle ngociation et mettre quelque
aultre party en avant. Tant y a qu'il est desj licenti pour s'en
retourner, sans avoir parl  ceste Royne, et sans avoir rien excut
de sa charge; dont la dicte Dame attandra que ce soit le Roy
Catholique mesmes qui envoye devers elle, et advouhe cognoistre que ce
qu'elle a faict en cest endroict n'a est que pour luy conserver ses
deniers, et qu'il la prie de les lui rendre avec continuation de la
paix et bonne alliance qui est entre eulx, et elle y satisfera
entirement; bien que ceulx de la novelle religion esprent pouvoir
empescher que des dicts deniers, et aultres riches prinses qui ont
est faictes sur les subjectz du Roy d'Espaigne, mesmes d'une, tout
freschement, de dix ourques chargez de cuyrs et de cochenille, qui
vallent plus de deux centz mille escuz, et o s'est trouv plus de six
vingtz mille escuz en espces et cinq ou six caysses de perles et
aultres richesses, rien n'en soit rendu qu'on ne voye ung accord et
paix gnralle pour leur religion, dont ne tient  ceulx cy que le duc
d'Alve ne soit bien piqu de plusieurs prinses qu'ilz font, encores
toutz les jours, sur les Espaignolz et Flamans, s'il s'en vouloit
aulcunement rescentir.

Mylord Housdon, gouverneur de Varvic, a escript que l'Escoce s'apreste
d'estre toute en armes dans le XXe de ce moys, et que le comte de Mora
espre d'estre le premier en campaigne pour contraindre les Ameltons
et Hontelletz, et ceulx du comte d'Arguil et aultres, de recognoistre
le petit prince pour leur Roy, et les aultres au contraire pour le
contraindre, luy et ses adhrans, de recognoistre la Royne, et que le
dict comte de Mora luy a envoy demander deux cens harquebuziers
seulement, lesquelz il ne luy a encores accordez, attandant le
commandement de ceste Royne. Et semble que le dict comte trouvera une
grande et ferme rsistance dans le pays, et qu'on fera icy meintennant
plus de difficult de luy envoyer du secours qu'il n'y en eust de le
luy promettre quant il partit; bien qu'il y a asss icy qui
sollicitent vifvement pour luy, et qui procurent qu'un personnaige de
ceste court, nomm Milmor, soit bien tost dpesch pour aller, de la
part de ceste Royne, devers luy, en Escoce.

Sur le faict des prinses ceulx cy remonstrent que les Anglois et
Irlandoys n'ont jamais peu avoir justice en Bretaigne de celles que
les Bretons ont faictes sur eulx, parce que les officiers participent
au butin, et qu'il s'y commect de grandes violences, injures, et toute
espce d'iniquit et d'injustice, en l'endroict de ceulx qui les vont
poursuyvre et solliciter au dict pays, tellement qu'ilz ne s'y veulent
plus adresser, et que, par la mesme rayson que la Royne d'Angleterre
est requise de pourvoir de de  l'indempnit des Franoys, la mesme
doibt mouvoir le Roy de pourvoir de dell, et mesmement en Bretaigne,
 l'indempnit des Anglois.

Le dict Sr. de la Mothe vient d'estre adverty que Le Queux, secrtaire
de monsieur l'Amyral, lequel a demeur quelque temps par de, a est
dpesch ce matin pour s'en retourner devers son maistre  la
Rochelle.


AULTRE MMOIRE A PART AU Sr. DE SABRAN.

Que estans aulcuns des plus grandz et principaulx seigneurs
d'Angleterre marrys de la forme du gouvernement du royaulme, conduict
par le seul secrtaire Ccille, lequel s'est empar de l'auctorit
d'ordonner toutes choses  son seul adviz, et voyantz qu'il
s'esforceoit meintennant de fre entrer la Royne sa Mestresse, sans
besoing, en la guerre de ces troubles, qui sont aujourd'huy dans la
chrestient, et la mettre desj en quelques fraiz, provoquant sans
occasion le Roy et le Roy Catholique pour favoriser ceulx qui leur
mnent la guerre en leurs pays; dont s'en sont ensuyvyes ces
dmonstrations de saysies faictes  Roan et au Pays Bas, au grand
mescontantement de tout ce royaume, ilz ont estim qu'il se prsentoit
occasion de pouvoir, par vifves remonstrances des choses apartenant 
la dignit et grandeur de ceste Royne, et au bien et honneur de sa
coronne, dsaronner le dict Cecille, et recovrer pour eulx
l'auctorit et manyement de l'estat.

A quoy encor que plusieurs eussent prtandu de longtems, toutesfoys
pour ne s'entendre, et pour ne s'ozer descouvrir l'ung  l'aultre,
nul, jusques  ceste heure, ne l'avoit entreprins, et attandoient les
plus nobles et ceulx qui ont meilleure part au Royaulme que le peuple,
cognoissant leur intention, ft celluy qui, par la multiplication des
dsordres et ncessitez qui adviendroient de ces choses, commant de
crier, et ainsy est advenu meintennant que sur les dictes saysies, et,
pour redresser le traffic de ce royaulme en quelque aultre lieu qu'en
Envers, les merchans et bourgeois de ceste ville sont venuz fre
plusieurs remonstrances  ceste Royne; et aulcuns, aussi, bien
notables personnaiges, et de respect, ont est prvenuz pour la
religion, aultres ont est emprysonns pour le faict de l'ambassadeur
d'Espaigne, aultres ont murmur de la fraulde de la blanque, et le
maire et officiers de ceste ville ont est naguires taxs par le dict
Cecille, en prsence de la dicte Dame, de ne fre leur debvoir 
chastier ceulx qui parlent irrvremment et dtractent d'elle, et des
seigneurs de son conseil.

Dont voyant la dicte Dame qu'il estoit besoing de pourvoir promptement
 ces choses, lesquelles concernoient la tranquillit de son royaulme,
et qu'il failloit aussi se rsouldre de la paix ou de la guerre
avecques le Roy, et pareillement avecques le Roy Catholique, et que
le faict de la Royne d'Escoce et des Escooys estoit bien press,
pareillement celluy d'Irlande, et que d'ailleurs le cardinal de
Chatillon sollicitoit que le Sr. Du Doict ft ouy et respondu en ses
demandes, elle a faict convoquer les seigneurs de son conseil pour
rsouldre toutes ces matires, sentant icelluy Cecille,  la froideur
et contennance d'iceulx seigneurs, qu'il ne les pourroit ordonner
seul. Mais ilz ont faict les mallades en leurs logis, et n'a est
possible  la dicte Dame de les assembler aulcunement, despuys qu'elle
est en ceste ville. Et de tant que le comte de Lestre a est tir  ce
party, il s'est aussi servy, d'un petit rhume qu'il avoit, pour excuse
de ne se pouvoir trouver aulx heures convenables du dict conseil. De
quoy le mcredy des cendres, estant tout exprs venu ung peu avant
soupper en la chambre de la dicte Dame, lors que le dict Cecille y
estoit, et s'y estant trouv  poste le duc de Norfolc, principal de
toutz, il fust bien ayse que la dicte Dame, en prsence du dict
Cecille, luy commencea  tenir propos de ses affres et se douloir de
ce que tous ces seigneurs ne se vouloient trouver au conseil pour
rsouldre ce que en debvoit estre faict; lequel, aprs avoir, avec
grande humilit et respect, suppli, trs humblement, la dicte Dame de
l'excuser, si, pour le debvoir et infinye obligation qu'il avoit  son
service, il luy disoit, en chevalier de bien et d'honneur, que la
meilleure et principalle part de ses subjectz voyoient les choses
estre si mal conduictes, et tant contre leur desir, qu'il craignoit,
ou que son estat eust  courir quelque dangier, ou que le dict Cecille
eust  leur rendre compte, sur sa teste, des choses qui avoient pass
jusques aujourduy. Duquel propos estant le dict Cecille fort troubl
et la dicte Dame esmeue, elle entra en grand collre contre le dict
comte dont le duc, qui estoit loing, adressant sa parolle asss hault
au marquis de Norampthon, qui n'estoit encores de ce party,--Voys,
dict il, mylor, comme le comte de Lestre, quant il a suyvy et aprov
les opinions du secrtaire, il a est favoris et bien venu de la
Royne, et maintennant qu'il luy veult remonstrer vertueusement ses
bonnes raisons contre celles de l'autre, elle lui faict ung trs
mauvais visaige et le veult envoyer  la Tour: non, non, il n'y yra
pas tout seul.--A quoy le dict de Norampthon respondit,--Je loue
Dieu que vous, qui estes le principal subject de ce royaulme, voulez
enfin monstrer votre vertu, laquelle je suis prest de suyvre et ayder
de tout ce qu'il me sera possible, car aussi suis je icy pour me
plaindre.

Et ainsy, la pluspart des grandz se sont faictz entendre, et se sont
uniz, dont, sur la proposition de ces importantes matires dessus
dictes, ilz ont requis que le dict Cecille eust  monstrer au vray en
quel estat elles estoient, et comme il les avoit conduictes despuys
huict ans en ; car ne vouloient plus opiner sur fondement de
mensonges, comme jusques icy le dict Cecille leur avoit dguis les
choses qu'il avoit proposes au conseil. Et semble que le dict Cecille
ayt despuys cerch de racointer ces seigneurs, mesmement le comte de
Lestre, luy remonstrant qu'il ne se debvoit aulcunement joindre aulx
autres, mesmement en ce qu'ils demandoient rendre compte des choses
passes despuys huict ans, car il s'y trouveroit aultant mesl que
luy. A quoy il a respondu que ce seroit luy seul qui auroit  rendre
compte des faultes de toutz deux, car il n'avoit rien fait que par le
conseil et induction du dict Cecille, qui pourtant debvoit regarder 
ses affres, car il avoit desj pourveu aulx siens. Dont le dict
Cecille a despuys panc qu'il luy serviroit beaulcoup de fre examiner
ce qui s'est pass au faict de la Royne d'Escoce, car ayant ceste
Royne et les siens, en gnral, beaucoup de desseings sur elle et sur
son royaulme, qui semblent utilles  l'Angleterre, il espre que ces
seigneurs se trouveront aulcunement copables d'avoir, contre
l'intention de la dicte Dame, port le faict et affres de la dicte
Royne d'Escoce; dont est  craindre que la pouvre princesse n'en soit
de quelque chose, pour aulcuns jours, plus mal et plus estroictement
tenue, ayant est mand de resserrer aussi l'vesque de Rosse. Et si,
a est, ces jours passez, ung aultre Escooys miz  la Tour, ce que
ces seigneurs craignent aulcunement, mais ilz se sentent si appuyez
qu'ilz disent qu'ilz se sauront bien descharger de cella.


  ARTICLES PRSANTEZ A LA ROYNE D'ANGLETERRE PAR LE Sr. DE LA MOTHE,
    ambassadeur du Roy, en forme de remonstrance.

Le Roy a mand  son dict ambassadeur que, ayant Sa Majest devant les
yeulx le voyage de Me. Oynter, qui soubz couleur d'accompaigner ceulx
qui alloient charger vin et aultres choses, librement, en son pays,
avoit conduict ung rafreschissement de pouldres, d'artillerye,
d'argent et aultres munitions  la Rochelle, pour secourir ceulx qui
luy mnent la guerre en son royaulme,--ainsy que eulx mesmes l'ont
despuys faict entendre  Monsieur, frre de Sa Majest,--et s'en sont
vantez,--et entendant la faveur que les leurs ont prez de la Majest
de la Royne d'Angleterre,--lesquelz il estoit adverty que, pour
l'induyre  estre de leur party, luy offroient de demeurer ses
ostages ou luy en bailler d'aultres, jusques  ce qu'ilz eussent miz
entre ses mains une de ses places de Normandie ou Picardie.--A quoy a
entendu que le Sr. Norriss, ambassadeur de la dicte Dame, rsidant en
France, tenoit la main,--et qu'ilz se servoient de la couverture de
ses paquetz pour s'entrecommuniquer leurs practiques.

Considr aussi que, sur le point que la conspiration de prandre le
Hvre de Grce et Dieppe, laquelle a est descouverte, se debvoit
excuter, ung nombre de vaysseaulx anglois, quipez en guerre, avoient
apparu sur la coste de Normandie comme pour favoriser la dicte
entreprinse;--et que les dicts vaysseaulx avoient, devant et despuys,
excut plusieurs pilleries et violences sur ses subjectz et
transport leurs biens par de;--davantaige, que sur la souspeon
que, oultre les choses dessus dictes, il pouvoit prendre de l'armement
et appareil de guerre qu'il entendoit se fre en ce royaulme, sans
avoir la guerre dclaire contre nul prince, le dict Sr. de Norryss
luy allgoit seulement qu'on le faisoit pour l'occasion des troubles
de France et d'Escoce, l o, pour estre la Royne d'Escoce dans
l'Angleterre, l'on ne debvoit rien craindre de son cost, et moins
encores du sien  cause de la bonne paix qu'il a avecques ce royaulme;
laquelle il n'avoit jamais pens d'enfraindre, pour estre d'ailleurs
assez occupp  la division de ses subjectz, seule cause des armes o
l'on estoit meintennant en son royaulme;

Sa dicte Majest, pour ne demeurer en suspens de ces choses,
n'estimant que la dicte Dame veuille attampter sur luy par armes sans
le deffier, comme il n'est descent  nul prince de le fre, avoit, dez
le XIIIe de ce moys, dict au dict Sr. Norryss, et ainsy l'a escript,
du XIIIIe  son dict ambassadeur de de, que, aprs avoir, l'ung par
lettres, et l'aultre de parolle, dclair de sa part  la Majest de
la dicte Dame qu'il veult exactement persvrer en la bonne paix,
confdration et amyti, qu'il a avecques elle et ses pays et
subjectz, ainsy qu'il l'a seinctement jur et promiz, sans aulcunement
l'enfraindre, que elle, de son coust, le veuille, dans quinze jours,
rsouldre l dessus de son intention; dedans lequel temps, s'il n'en
est esclarcy, qu'il regardera de pourvoir  ses affres sellon les
moyens qu'il avoit pleu  Dieu luy en donner: dont desire le dict
ambassadeur que la Majest de la dicte Dame luy fasse entendre quelle
responce il aura  fre en cella au Roy, son Seigneur, pour luy donner
contantement et satisfaction.

Et, touchant la saysie faicte  Roan sur les biens des Anglois, Sa
Majest Trs Chrestienne a escript, du XIIe de ce mois, au dict
ambassadeur ces propres motz:--Puisque vous me rendez ung si bon
tesmoignage de la sincre intention de la Royne d'Angleterre, ma bonne
soeur,  l'entretennement et observance de la paix, et que toutes
choses ont est remises en libert par dell pour le regard de mes
subjectz, j'ay donn charge  mon cousin le marchal de Coss, qui
s'en va mon lieutenant gnral en Normandie et Picardye, qu'il fasse
relascher et mettre en libert tout ce qui a est saysy au dict Roan,
et aultres endroictz, sur les Anglois, y ayant consenty trs
volontiers sur la premire instance que m'en ayez faicte, ne me
pouvant aysement persuader que la dicte Dame vollt entrer en
querelle avecques moy, de qui elle n'a jamais receu que toutz bons
offices; comme je vous prie la bien asseurer que je seray toutjour
prest d'y persvrer, si elle continue en la volont qu'elle vous a
dclair le vouloir fre de mesmes envers moy; et, affin de fre
cesser toutes pleinctes, vous la prierez qu'elle veuille fre fre
raison et restitution  mes dicts subjectz, et je luy promectz, et
l'asseure que je feray de mesmes en l'endroict des siens.

Quant  plusieurs particulliers, qui courent la mer de de avec leurs
vaysseaulx quipez en guerre, dont aulcuns se sont randuz pirates, Sa
Majest Trs Chrestienne escript aussi au dict ambassadeur ce qui s'en
suyt:--Vous le debvez remonstrer  la Royne d'Angleterre, ma bonne
seur, affin de les fre rvoquer et leur deffandre telle manire de
fre, laquelle ne peult compatir avec la bonne paix, amyti et
intelligence, qui est entre nous, laquelle ayant observe sincrement
de mon coust, comme je l'entendz fre pour l'advenir, je me promectz
que la dicte Dame vouldra aussi, de sa part, oster toutes occasions
qui y pourroient apporter altration, ne se pouvant ceste manire de
fre aultrement baptizer que me commancer la guerre, sans la
dclairer.--Dont requiert le dict ambassadeur qu'il playse  la dicte
Dame rvoquer les dicts particuliers ses subjectz, ou bien rgler de
telle faon leurs entreprinses que les pays et subjectz du Roy n'en
puissent recepvoir aulcun dommaige.

Le dict ambassadeur a entendu qu'il se prpare, de rechef, une flotte
de navyres marchandz pour aller vers la Rochelle, dont remonstre que,
si la Majest de la Royne d'Angleterre ou ses subjectz ont besoing
d'aulcunes choses desquelles le Roy, son Seigneur, les puisse
accommoder en aultre endroict de son royaulme, sans aller contracter
ez lieux d'o,  prsent, il pourroit avoir jalouzie ou soubspeon,
qu'il offre d'en escripre promptement  Sa Majest et d'en avoir bien
tost sa responce.

Entend aussi qu'il a est deffandu de ne charger marchandises en ce
royaulme pour les transporter ailleurs que l o yra la flotte des
Anglois prvilligez, qu'ilz appellent _Avanturers_; dont remonstre
que la dicte ordonnance, estant ainsy gnralle, pourroit prjudicier
aulx articles des trettez faictz sur la pleyne libert du traffic
d'entre le royaulme de France et cestuy cy. Si, requiert qu'il ne soit
faict aulcune restrinction ny noveault en cella; ains que le commerce
se continue, d'icy en France, tant par les Anglois, Italliens que
toutz aultres marchandz, en la faon qu'il a est cy devant
accoustum.

Requiert aussi qu'il soit pourveu sur une remonstrance qui luy a est
baille par aulcuns subjectz du Roy, touchant le traffic et commerce
des vins, laquelle est cy attaiche.

Et qu'il playse  la dicte Dame ottroyer  la Royne d'Escoce aulcunes
choses qu'elle luy a naguires envoy requrir, luy donnant toutjours
occasion de se louer des bons et honnorables dportemens, dont elle
usera en son endroict.


   REMONSTRANCE FAICTE AU DICT Sr. DE LA MOTHE.

     _Par aulcuns subjectz du Roy._

   A monsieur l'ambassadeur de France.

   Par la coustume gnralle de ce pays, toutz merchandz franoys,
   qui y font leur traffic et commerce de vins, sont tenus et
   contrainctz payer  la Majest de la Royne, ou ses officiers,
   cinq solz sterlins; assavoir, trois solz pour le droict de
   coustume, et les deux aultres pour le boteillerage de chacun
   tonneau.

   Et combien que telz droictz diminuent grandement les proffictz
   que les marchandz debvroient rapporter de leur marchandise,
   nantmoins aulcuns gentishommes des lieux de Beaumares et
   Lerpour, en Galles, mesmes ung nomm Richard Boucler, se sont
   efforcez, et, de faict, ont contrainctz plusieurs des dicts
   marchands  leur bailler et fornir deux tonneaux de vin pour
   chacun navyre qui y descend; et, entre aultres, Pierre du Perrey,
   marchand de Bourdeaulx, y ayant faict conduyre, despuys deux ou
   trois ans, deux navyres, a est contrainct, oultre les dictz
   droictz de coustume et boteillerage, fornir quatre tonneaulx de
   vin, dont il s'est cy devant plainct  monsieur le grand
   thrzorier, lequel, en ayant communiqu  Mr. de Trocmarthon, en
   la prsence du dict Boucler, luy auroit promiz de luy en fre
   justice et les luy fre rendre, ce que toutes foys n'a est
   faict.

   Et d'aultant que c'est un faict qui conciste principallement en
   la conservation des privilliges, franchises et libertez des
   subjectz du Roy de France, desquelz vous estes icy estably comme
   protecteur et deffanceur, le dict du Perrey vous supplie
   humblement, Monsieur, luy en fre justice, non seulement pour son
   faict particullier, mais aussi pour le faict gnral, qui est de
   la descharge entire, pour l'advenir, des dicts deux tonneaulx,
   pour chacun navyre, ainsi prins par les dicts gentishommes, ou
   des dicts droictz de boteillerage payez aulx officiers de Sa
   dicte Majest, affin qu'ilz ne soyent contrainctz payer d'ung sac
   deux mouldures contre tout droict et quit.

   Et vous ferez une faveur singulire et grand soulaigement  toute
   nostre nation franoyse, qui tiendra ce bien faict de vous, et
   priera Dieu perptuellement vous conserver et accroistre en tout
   honneur et prosprit.


  COPPIE DU MESSAIGE qui a est declair par la Majest de la Royne
    et son conseil, par parolle de bouche,  l'ambassadeur du Roy
    de France, par Jehan Somer, clerc du signet de Sa Majest, le
    IIIe jour de mars 1568 (suivant le compte d'Angleterre), pour
    respondre  certains articles dlivrez par luy au dict conseil.

La Majest de la Royne, confrant avec son conseil sur certaine
escripture, dlivre par vous, contenant certaines matires,  quoy
vous requriez d'avoir responce, les a trouves estre en grand partie
les mesmes choses, lesquelles,  vostre dernier langaige, vous
communiquastes avec Sa Majest, et de ce entendtes, comme la
briefvet du temps souffroit, l'intention de Sa Majest; et,
nantmoins, considrant meintennant que vous avez exib le mesme par
escript, et requis particulire responce  chacun des motz dedans
contenuz, Sa Majest, pour vostre ample satisfaction, aprs avoir sur
ce confr avec son conseil, a command  son dict conseil vous
envoyer responce aus dicts poinctz, comme s'en suyt:

Premier, comme ainsy soit que le voyage de Me. Oynter a est
interprt et prsent aulx yeulx du Roy de France, la vrit est que
la cause de son aller  la mer estoit pour la saufconduicte de la
flotte angloyse qui alloit  Bourdeaulx; laquelle est notoirement
cogneue  toutz les principaulx marchandz de ceste ville de Londres,
qui avoient advantur, aulx dernires vendanges, de fre apporter des
vins de Bourdeaulx: lesquelz firent leur longue poursuyte  Winsor, en
octobre dernier,  Sa Majest et  son conseil, pour le mesme effect;
et, par grande inportunit, obtindrent icelluy, et comme ainsy soit
qu'il debvroit avoir conduict la dicte flotte  Bourdeaulx pour y
estre charge et en retourner, il est aussi notoire, que aulcuns
subjectz de Sa Majest, comme ilz estoient en Bourdeaulx devant la
venue du dict Oynter, estoient si mal trettez, et quelques ungs d'eulx
miz en prison et leurs dictz biens saysis, que la flotte angloyse,
oyant cella, avoient est contrainctz de ressortir  la Rochelle pour
leur charge,  leur grand perte et dsavantaige. Et, le dict Me.
Oynter estant forc prendre port, et se trouvant mal trett en aultres
places, entra dedans la Rochelle avecques eulx; auquel lieu, comme il
dict, les gouverneurs de la dicte ville trettrent tellement avecques
luy de leur vendre ou prester quelques pices d'artillerye, desquelles
il se pouvoit passer, et quelque pouldre, que enfin, considrant luy
mesmes et toute la flotte des marchands estre en leur pouvoir, il
trouva ncessaire pour luy de condescendre en partie  leurs demandes,
combien que ce ft contre sa volont; car il s'apercevoit
manifestement que aultrement la flotte angloyse n'eust est charge
l, ny luy mesmes ou eulx s'en fussent paysiblement despartys sans
user de force, dont il craignoit,  bonne cause, l'vnement; et par
ce, il le trouvoit meilleur d'accorder  leurs demandes et d'obtenir
quelque chose pour la valleur des choses qu'ilz requroient de luy. Et
ainsy, o il est dict qu'il dlivroit de l'argent, il dict et jure
qu'il n'y layssa pas un denier, sinon que pour ses despences
ncessaires, mais plustost apporte avec luy, du dict lieu, en argent,
ou en valleur, suffizant pour fre rcompence de tout de qu'il avoit
l layss; et ainsy vritablement est il charg de fre pour le
proffict de Sa Majest pour les choses faillantes, accordantes  la
valleur. Si l'ambassadeur veult ouyr combien de foys le dict Me.
Oynter (nonobstant son mauvais trettement par les subjectz du Roy de
France) a faict playsir et ayd plusieurs subjectz du Roy contre ceulx
de la religion, il peult alors aussi estre manifeste aulx yeulx du Roy
combien ceste suggession de son voyage est esloigne de la vrit.

Secondement, o c'est qu'il est dict que ostaiges sont offertz par
quelques ungs des subjectz du Roy, icy, pour dlivrer quelques fortz 
Sa Majest en Normandie, ou Picardye, d'aultant que,  la vrit,
telle chose n'a est offerte, Sa Majest directement nye cest surmyse
estre vritable; et encores si aulcunes telles offres avoient est
faictes, Sa Majest, ne les allouant ou recepvant, ne pense que ce
ft rompre la bonne amyti, combien qu'elle ne les eust dclares. Et,
en ce que son ambassadeur en France est charg d'y avoir tenu la main,
Sa Majest n'en cognoist rien, mais pense q'une telle fable, et les
semblables, comme d'avoir faict tenir le paquet des subjectz du Roy de
France par le moyen de son dict ambassadeur, sont de jalouzie
inventes pour ce que le dict ambassadeur, par advanture, plainement
dclaire, en plusieurs places, ce que ne luy sembloit pas bon des
cruaults uses contre ceulx de la religion; lequel (peult estre) en
son langaige en faict quelque pity pour ce que sa conscience aulx
causes de la religion est cogneue  toutes personnes avec qui il est
accoinct. Et davantaige a juste cause se plaindre de plusieurs
deffaveurs  luy monstres par ceulx, qui sont les ennemys jurs de
ceulx de la religion, comme particullirement ung jeune homme anglois,
nomm Rogers, estant docte et le servant, fut, despuys peu de temps,
mallicieusement prins en Paris et avoit est miz en prison, et
[auroit], par advanture, perdu sa vye comme, communment, il est
rapport que peu eschappent d'estre noys, ou aultrement murtriz,
estant prins en telle sorte comme il fut; mais, par cas d'advanture,
il a est ayd et recouvert hors de leurs mains par les instantes
prires de Mr. de Mauvissire, qui mrite louange et grces. Le
semblable fut dernirement faict par ceulx de Paris meintennant, en
l'absence de l'ambassadeur, prenant ung mdecin, que se tenoit prez de
madame, femme du dict ambassadeur, estant mallade. Cest homme est
constitu prisonnier seulement pour fre despict  l'ambassadeur; de
quoy, si la profession de l'amyti du Roy estoit cogneue, comme il est
rapport, il s'en ensuyvra rparation.

Tiercement, pour le souspeon d'une matire mentionne pour prendre le
Hvre et Dieppe, et de navyres angloys apparoissant dessus la coste de
Normandie, tout cella est si loing de la cognoissance de Sa Majest,
ou d'aulcuns de son conseil, que, jusques  ce que l'ambassadeur de
France l'eust envoy dire  la court, on n'en avoit poinct ouy parler,
et ainsy, consquemment, le rapport entirement faulx.

Quartement, comme il soit qu'on aye conu sousbpeon d'une
prparation, pour les guerres, de Sa Majest, et plusieurs raisons
allgues, qu'elle n'auroit besoing de ce fre, esprant qu'elle ne
veuille attempter aulcune chose par armes, sans premirement en donner
deffiance;

Il est vray que Sa Majest a desj commanc  donner advertissement 
ses subjectz de se mettre toutz en aprest, comme par une publicque
proclamation, imprime et publie en febvrier dernier, peult apparoir
 toutes personnes, et, quelques argumentz qu'on fasse qu'elle n'a
besoing de ce fre, Sa Majest toutesfoys entend d'y procder pour
causes sufficientes et bien cogneues  elle mesmes et  son estat; et
elle ne peult penser comme telz comme ceulx qui sont autour du Roy,
ses principaulx conseillers, quoy qu'ilz trouvent mauvais de ces
prparations, encores en leurs consciences ilz ne sont ignorans que Sa
Majest faict en cecy sagement pour respectz qui n'ont pas besoing
d'estre expciffiez; et encores certainement elle n'a intention ni
disposition fre guerre contre aulcune personne, mais, comme elle sera
provoque, pour deffance de son estat employer son pouvoir: et pour
ce, de mencionner l'affre de deffiance estre faicte par elle  aulcun
prince est superflu, combien que, du temps du pre du Roy de France,
ceste honnorable rgle ne fut bien observe envers le Roy
Edouard[56].

  [56] lisabeth fait ici allusion  ce qui s'tait pass en 1548
  et 1549. Le duc de Sommerset, rgent du royaume pendant la
  minorit d'douard VI, avait rsolu de marier ce prince avec
  Marie Stuart; il avait eu recours aux armes pour vaincre les
  rsistances des cossais, qui ne voulaient pas que leur reine
  poust le roi d'Angleterre. Lon de Strozzy, qui tait en Ecosse
  comme volontaire, tant parvenu  arrter les Anglais dans leur
  conqute, Henri II envoya aussitt aux cossais un secours de six
  mille hommes commands par d'Ess, qui, aprs avoir repris aux
  Anglais les places dont ils s'taient dj empars, fit conduire
  la jeune reine  la cour de France, o elle fut leve jusqu'
  son mariage avec le Dauphin, depuis Franois II.--Au mois d'aot
  1549, pendant que les Anglais taient occups en cosse, Henri II
  envahit lui-mme, sans dclaration pralable de guerre, la
  Picardie et le Boulonnais, qui se trouvaient alors, pour la plus
  grande partie, sous la domination de l'Angleterre.

Et o le Roy de France, ne voulant estre en suspens de ces choses, a,
par parolle de sa bouche, dclair  l'ambassadeur de Sa Majest, le
XIIIe de febvrier, et, par escript,  son ambassadeur, le XIIIIe,
qu'il veult continuer en bonne paix et amyti, sans la rompre en
aulcune manire, et desiroit avoir la rsolution de Sa Majest l
dessus, dedans quinze jours, auquel temps, si elle n'estoit dclaire,
il pourvoirroit  ce qu'il auroit  fre, dont le dict ambassadeur de
France a requis responce, laquelle Sa Majest ne vouloit reffuser de
fre, comme peult apparoir par les parolles de Sa Majest au dict
ambassadeur, quand il les luy remonstra; mais en ce que ce messaige
est comme premptoirement requrir responce dedans quinze jours, o
elle n'a donn occasion de concevoir aulcun doubte, ains qu'elle a
aultant constante intantion de garder l'amyti avec le Roy, comme il
a, ou peult avoir, de la garder envers elle, Sa Majest est marrye
fre aulcune sinistre interprtation d'une telle premptoire requeste
par limitation de jours, imputant icelle  quelque deffaillance
d'escripture, considrant le lieu o le Roy estoit si esloign, comme
en Lorraine, au temps que le Roy tint ces propos au dict ambassadeur,
de sorte qu'il estoit manifestement inpossible d'envoyer responce
d'icy dedans ce temps; ou bien qu'il falloit qu'il vnt de quelque
mauvaise intention de ceulx qui gouvernent les affres du Roy: de
quoy, si Sa Majest estoit certaine, elle pourroit leur fre une plus
dobteuse responce, mais, pour ceste heure, elle choysit plustost
respondre sincrement et playnement, comme celle qui adresse sa
responce seulement au Roy, son frre, pour demeurer en bonne paix et
amyti avecques luy, comme il dict vouloir persvrer en la sienne.

Sur le faict de la saysye de Roan, quoy qu'il est dict que le Roy, par
ses lettres du XIIe du mois pass, ayt donn ordre pour la relascher,
Sa Majest se loue des escriptz du Roy, mais elle se mescontante de la
paresse et mespriz de ses officiers, car elle est continuellement
trouble des plainctes de ses subjectz pour la continuation des dictes
saysies.

Touchant la requeste du Roy, qu'aulcuns particulliers, estantz sur la
mer avec navyres de guerre, soyent rvoqus et arrestez, Sa Majest a
desj eu esgard en cella par les meilleurs moyens ordinaires qui se
peuvent adviser, qui est que nulle personne ne sera soufferte apporter
aulcune chose en aulcun de ses portz pour y estre miz en vante, qui
sera prins par aulcun, soubz colleur de guerre; dont elle a donn
particullire charge  toutz les portz de son royaulme. Et outre
cella, Sa Majest veult que le dict Roy de France soit asseur que, ny
elle, ny aulcun de son conseil, ministres ou officiers, n'ont
authoris ou licenci aulcunes personnes de s'armer en mer, aultres
que ses propres vaysseaulx, pour la deffance de ses pouvres marchands,
lesquelz, s'ilz ne peuvent recepvoir, cy aprs, meilleur trettement
par les subjectz du Roy de France, il fault que Sa Majest les
deffande avec plus grand pouvoir de ses propres gens de guerre. Mais,
de l'aultre cost, il se trouve de ses subjectz qui ont est despuys
[peu] de temps desrobez, de leurs navyres et marchandises de grand
valleur, par aulcuns des subjectz du Roy, advouans l'avoir faict par
commission du Roy; et comme il soit vray [que] les hommes spoliez
monstrent plusieurs testimonials, faictz par certains notaires et
aultres officiers de crdict demeurans en divers portz du Roy,
desquelz Sa Majest ne doubte que le Roy ne se peuve souvenir des
expcialles complainctes, que l'ambassadeur de Sa Majest luy a
faictes (au dernier a est pour certains marchandz irlandoys et
aultres) dont rparation n'estant faicte, tout le reste des subjectz
de Sa Majest, lesquelz sont beaucoup, qui ont est despouillez par
ceulx qui font ouverte profession l'avoir faict par commission du Roy,
reffuzent entirement d'aller en France sercher restitution comme en
estantz hors d'esprance, n'ayans aussi le moyen, en ce temps des
guerres civilles, de fre telles difficiles poursuyttes ez lieux plus
loingtains de France, o c'est que le Roy est meintennant, prtendans,
pour les aultres lgitimes respectz, ayantz veu les dictz
tesmoignages, faictz en France par les publicqz ministres du Roy, de
leurs despouilles et par ordre de justice, [qu']ilz doibvent avoir
quelque rcompense icy, par l'ordre de Sa Majest, de la valleur de
leurs pertes, par arrest ou saysye, ou,  tout le moins, par
squestration de quelques aultres des subjectz du Roy estantz par
de. De quoy Sa Majest desire instemmant qu'on aye quelque bon
esgard, avecques dilligence que son ambassadeur peult avoir authorit
d'ouyr, et considrer de ces choses et en fre quelque bonne fin; car
aultrement Sa Majest ne sayt comme estoupper les aureilles aulx
piteuses plainctes de ses subjectz pour telles grandes et manifestes
injures, spciallement se trouvant tant de difficultez  poursuyvre
par justice et d'impossibilitez  obtenir.

Quant  ne trouver pas bon le commerce de certains de noz marchandz 
la Rochelle pour y sercher des commoditez, lesquelles l'ambassadeur
dict se pouvoir trouver en aultres lieux par l'ordre du Roy, et fait
offre d'en escripre au Roy, et procurer une dilligente responce. Il
est  considrer que c'est le train des marchandz de trafficquer aulx
lieux o ilz peuvent esprer d'estre bien trettez, et de se garder du
contraire. Et ayans est, despuys peu de temps, mal trettez 
Bourdeaulx et aultres portz, ilz ont, comme il se dict, faict certains
marchez pour les commoditez de France estantz  la Rochelle,
lesquelles ilz esprent leur estre bien dlivres, si bien qu'ilz ne
peuvent changer ceste roulte, sans estre premirement asseurez de ce
qui est dict en l'escript de l'ambassadeur, qu'ilz puyssent estre
forniz, par l'ordre du Roy, des dictes commoditez s aultres portz de
son royaulme, dont les marchandz de Sa Majest seroient fort
contemptz; et en leur bailhant les dictes commoditez  semblable priz,
en aultres places commodes, ils consigneront  ceulx, que le Roy
vouldra ordonner  la Rochelle, tout l'intrest des besoignes ou
commoditez qu'ilz y ont desj ascheptes pour semblable valleur; car
le recours des marchandz angloys  la Rochelle n'est pas pour le lieu,
mais pour les commoditez qui y sont, et le bon trettement, lequel ilz
esprent d'y trouver.

Le dernier poinct, concernant ung doubte consceu que Sa Majest aye
deffandu la transportation d'aulcunes marchandises en aulcuns aultres
endroictz que l o les Angloys yront, Sa Majest n'entend pas bien
comme ce doubte est consceu, mais respond que les subjectz du Roy de
France ne seront empeschez  transporter aulcunes marchandises hors de
ce royaulme, comme ilz ont accoustum de fre, entendant par cecy,
que, considrant la mutuelle surcance faicte entre le pays du Roy
d'Espaigne et d'elle, en quoy les subjectz du Roy ne se sont jamais
entremeslez, ilz ne debvront meintennant frauduleusement fre aulcune
innovation de traffic pour servir au Pays Bas, au prjudice de l'estat
du royaulme de Sa Majest: en quoy s'ilz attemptoient aulcune chose,
il ne peult estre que frauduleusement entendu par eulx, dont le reffuz
est si raysonnable et allouable que Sa Majest espre que le Roy, ny
aulcuns des siens, ne le trouveront mauvais sans pleine dclaration de
leur intention  cercher l'offance de Sa Majest.




XXIIIe DPESCHE

--du XIIIe de mars 1569.--

(_Envoye par Olyvier Champernon jusques  Calais._)

  Plaintes de l'ambassadeur  la reine d'Angleterre contre la
    conduite que tient le sieur Norrys, son ambassadeur en
    France.--Prises nouvelles faites par les Anglais sur les
    Espagnols.--Dpart du sieur d'Assoleville, sans qu'il ait pu
    remplir sa mission.--Nouvelles saisies faites en France sur les
    Anglais  Calais, Rouen et Dieppe.--Proposition d'arrangement
    entre la France et l'Angleterre,  raison des prises
    respectivement faites.--_Mmoire pour la reine-mre_, dans
    lequel est dvoil, sous le sceau du plus grand secret, la
    conspiration forme en Angleterre pour enlever  sir William
    Ccil la direction des affaires, et pour rtablir la religion
    catholique dans le royaume.


     AU ROY.

Sire, despuys vous avoir dpesch le Sr. de Sabran, le VIIIe de ce
moys, avec la dclaration et responce de ceste Royne sur la sommation
que m'aviez command luy fre, et avec instruction des aultres choses
de de, j'ay reeu les vostres, du XXIIe du pass, ensemble la coppie
de celle qu'on escripvoit de Paris  l'ambassadeur d'Angleterre, et ay
est incontinent devers ceste Royne pour luy remonstrer que les
mauvais offices de son ambassadeur vous donnoient quelque argument de
doubter de l'intention d'elle en l'entretennement de la payx, et de
l'estimer luy trompeur, et moy manteur, de toutes ces bonnes parolles
que nous vous avons dictes et escriptes de la part de la dicte Dame,
et que le contenu de la dicte lettre vous donnoit juste occasion de
penser que son dict ambassadeur pratiquoit avec ceulx qui vous mnent
la guerre en vostre royaulme, et qu'il sollicitoit les Allemans de la
vous venir fre pour les secourir, et qu'il conduysoit leurs
intelligences et lettres, luy faisant l dessus lecture de la dicte
coppie avec expression de desplaysir et offance que vous en sentiez.

De quoy se trouvant la dicte Dame aulcunement esmeue, m'a dict asss
en collre qu'elle voyt bien qu'il ne se passe jour qu'on ne luy fasse
quelque mauvais trt envers Voz Majestez pour gaster vostre mutuelle
amyti, et ceulx qui en sont autheurs la veulent en fin contraindre de
venir  ce qu'elle a miz grand peyne d'vitter, puys s'est teue. Dont
j'ay continu luy dire qu'elle ne debvoit prendre en mauvaise part si
Voz Majestez procdoient ainsy, d'ung cueur ouvert et avec ceste
franchise, en son endroict, affin de ne garder les offances dans
l'estommac, qui n'y feroient que nourrir ung plus aspre desir de vous
en venger; et qu'elle considre que vous ne la requriez, en cecy, que
de commander  son ambassadeur de s'abstenir des choses qui sont
contre le debvoir de la charge qu'elle luy a donne prez de Voz
Majestez.

Sur quoy, m'ayant pri de veoir encores la dicte coppie, et, aprs
l'avoir curieusement leue, m'a respondu que cecy pouvoit estre une
invention semblable  l'imposture de Dipe et du Hvre, de laquelle,
si je n'avois rien entendu, elle me vouloit dire comment le tout avoit
pass, et m'a faict ung long rcit comme les clefs de ces deux villes
avoient est formes en cyre, que les mesmes qui avoient induict ceulx
de la novelle religion de les contrefre, les avoient despuys accuzs,
et avoient excit ceste tragdie sur eulx; et que, d'avanture, il
avoit comparu lors ung seul petit vaysseau de pcheur anglois sur la
coste de dell, dont aulcuns vous avoient vollu persuader que c'estoit
elle qui avoit men ceste praticque, qui se trouvoient maintennant
conveincuz par la vrit; mais, pour le regard de son ambassadeur,
qu'il importoit trop  l'honneur et rputation d'elle qu'en lieu
d'estre officieulx, et bon ministre de paix et d'amyti, comme tout le
monde sayt qu' telle intention elle le tient prez de Voz Majestez,
on le vyst s'entremettre d'oeuvres ennemyes contre vous; car ce seroit
une espce de trayson qu'elle ne luy pardonneroit jamais, et aymeroit
mieulx l'avoir veu mort que de l'avoir jamais faict son ambassadeur;
mais qu'elle l'estimoit si homme de bien, de si bon lieu, et si
prudent, et desireulx de la paix, qu'elle ne se pouvoit persuader ung
si grand mal ny une si grande erreur de luy, et qu'elle luy escriproit
de recorder les commandemens qu' son partement elle luy avoit faict,
et de les observer si exactement que vous n'eussiez jamais plus  vous
plaindre de luy; ains qu'il mt peyne de vous rendre sa ngociation et
son service si agrables, que vous eussiez occasion de vous en louer.
D'une chose vous pryoit avec grand affection, c'est de ne vouloir en
cecy user de mesmes, comme despuys ung an en a, l'on a fait en
Espaigne en l'endroict d'un sien ambassadeur[57], lequel ayant est
calompni n'a peu jamais obtenir audience du Roy Catholique pour se
justiffier, ains a t renvoy sans l'ouyr; de quoy elle s'estoit
tenue plus offance que de chose qui luy soit advenue despuys qu'elle
est Royne, et s'en sont despuys ensuyviz assez de maulx: mais que
votre bon playsir soit de donner lieu  cestuy cy de vous pouvoir
monstrer son innocence, et que Votre Majest considre que c'est ung
tiers qui a escript la dicte lettre, duquel la mauvaise affection ne
doibt nuyre  la sincrit de celle de son dict ambassadeur. Puys
m'ayant tir en d'autres propos touchant les choses d'Allemaigne, et
comme il n'a jamais est qu'elle et ses prdcesseurs n'ayent eu
amytis et intelligences avec les princes de l'empire, dont ne doibt
estre veu nouveau si elle les continue, et si elle s'en veult
prvaloir pour la seuret de ses affaires, comme font bien les autres
princes; mais que vous soys tout asseur qu'elle n'y meut auculne
pratique, qui soit contre vous ny contre votre couronne. Et m'ayant,
au reste, racompt le bon ordre qu'elle a miz contre les pirates, et 
pourvoir que voz subjectz n'en reoipvent plus dommaige, le propos
s'est finy avec grand doulceur et contentement.

  [57] Mann, son ambassadeur  Madrid en 1568. _Voyez_ la note p.
  97.

Et bien q'un des principaulx de son conseil ayt naguires dict qu'elle
n'est pour laysser deffinir la cause de sa religion par la force des
armes, sans y joindre et oposer les siennes, je ne cognois toutesfois,
ny  ses paroles, ny  ses dmonstrations, ny  son appareil, qu'elle
soit pour commancer encores ouvertement la guerre; bien que je
prendray garde  toutz les mouvemens et aprestz, de de pour vous en
donner, heure pour heure, les plus certains adviz que je pourray, et
pareillement  monsieur le mareschal de Coss, qui est desj  Roan.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est toutjour resserr en son logis, me
faict entendre, par ung mot de chiffre, comme il a eu relation
touchant les ourques qui venoient d'Espaigne, qu'il en a est prins
trze  la foys, et que les quatre plus riches ont est menes  la
Rochelle, qui vallent plus de 450,000 ducatz, et, ce qui est le piz,
qu'il y a dedans beaulcoup d'argent en espces pour s'en pouvoir
promptement ayder, outre les autres riches marchandises; et que les
Angloys ont trouv bon que les pirates franoys en ayent admen ceste
partie de la prinse, affin d'estre excuss de la restitution: et me
mande aussi que ceste Royne attend response du Roy Catholique s'il luy
veult laysser ses deniers pour quelque temps  l'intrest, et que je
vous sollicite d'escripre promptement en Espaigne d'y donner
empeschement, veu le mal et dommaige qui vous en pourroit advenir, et
qu'il vous playse mander  Mr. de Forquevaulx de faire quelque mencion
au dict Roy Catholique des bons offices que le dict ambassadeur faict
icy pour le commun service de Voz Majestez, priant  tant le Crateur,
etc.

     De Londres ce XIIIe de mars 1569.


Le Sr. d'Assoleville, s'estant quelques jours dtenu  Douvres pour
attandre novelles du duc d'Alve et pour ne s'ozer mettre en mer 
cause des pirates, qui estoient au Pas de Callais, est enfin repass
de dell soubz la conduicte de trois vaysseaulx de guerre, que ceste
Royne luy a baillez. Je ne say comment le dict duc prendra maintenant
la malle satisfaction qu'on a donn icy  luy et  son ambassadeur.


     A LA ROYNE.

Madame, je n'ay failly de faire bien entendre  la Royne d'Angleterre
le desplaysir que Voz Majestez ont receu de veoir que son ambassadeur
ft mesl en des pratiques si contraires et prjudiciables  voz
intentions, comme sont celles de la lettre qu'on luy a escripte de
Paris, et luy en ay fait la remonstrance de tant plus vifve que j'ay
bien vollu luy faire cognoistre, par l, que vous ne seriez sans
prendre bien  cueur les autres plus mauvais dportemens et mauvaises
entreprinses qu'elle et ses subjectz vouldront faire, soit
secrtement, ou ouvertement, contre vous. Sur quoy, encor que, du
commancement, elle ayt faict la courrouce, elle, enfin, a monstr
qu'elle ne vouloit que Voz Magestez demeurassent sans entire
satisfaction de son ambassadeur, et  cest effect, elle luy escript,
dont vous plairra commander que la lettre luy soit rendue, et Votre
Magest verra, s'il luy playt, ce que j'en mande en celle du Roy.

Et de tant que ung [nomm] Corten, Anglois, ayant freschement prins
deux vaysseaulx franoys en la rade de Callais, chargez de vins,
apartennans  des marchans de Paris, a donn occasion que au dict
Callais, et  Roan, et  Dipe, l'on a encores faict ung nouveau
arrest sur les biens et personnes des Anglois, la dicte Dame et ceulx
de son conseil ont monstr d'en estre bien fort marrys, et ont mand 
mylor Coban de prendre le dict Corten et faire incontinent randre la
dicte prinse qu'il a faicte, et m'ont faict dire qu'ilz envoyeront
devers moy aulcuns du dict conseil pour adviser quelque expdiant pour
accommoder le faict de ces prinses tant pour leurs subjectz, qui ont
est dprdez, que pour les ntres, affin de continuer la bonne paix
et le commerce accoustum entre ces deux royaulmes; et cependant ont
expdi une novelle ordonnance aulx capitaines et gardiens de leurs
portz contre les pirates, laquelle je ne say si sera bien excute,
et me la doibt on bailler en franoys affin de procurer qu'il en soit
faicte une semblable du cost de France.

J'ay faict part  la dicte Dame des bonnes novelles que m'avez mandes
du XXIIe du pass, tant du cost de Monseigneur que de Monsieur
d'Aumale, les quelles elle a faict semblant de n'avoir que bien
agrables; mais qu'elle me vouloit toutjour prdire qu'il apparoistra
bien tost de plus grandes forces qu'on n'a encores veu pour le
soubstien de sa religion, et qu'elle prioyt Dieu que rien n'en vnt 
vostre dommaige. Et en cest endroict, je prieray Dieu qu'il vous
doinct, etc.

     De Londres ce XIIIe de mars 1569.


Ceste Royne faict dpescher ung homme exprs devers son ambassadeur
qui luy apportera les lettres qu'elle luy escript.


MMOIRE POUR COMMUNIQUER A LA ROYNE,

_Prenant promesse d'elle que n'en parlera  personne du monde._

Le Sr. _Roberto Ridolfy, Florentin_[58], ayant receu charge et
commandement, de la propre personne du pape, de tretter de la
restitution et restablissement de la religion catholique en Angleterre
avec les seigneurs catholiques du pays, il s'est principallement
adress au _comte d'Arondel_ et  _milhord de Lomeley_, ausquelz
auparavant il avoit eu affaire pour quelques sommes qu'il leur avoit
prestes, ce qui luy a donn grand moyen de pouvoir, sans soubspeon,
ngocier meintennant avec eulx, lesquelz il a trouv fort disposs 
son dsir, mais non asss hardiz pour y ozer rien entreprendre, si le
_duc de Norfolc_ ne se mettoit de la partie, lequel a est trs
difficille  gaigner; mais enfin s'estant layss persuader, il prend,
 ceste heure, plus  cueur la matire que ne faisoient les aultres
deux; et, pour la bonne part qu'il a en ce royaume, les comtes Derby,
_de Cherosbery_, _de Pembrot_, _de Northomberland_, et aultres
plusieurs, qui ne sont encores confirmez en la novelle religion, ont
monstr, aussitost qu'il s'est layss entendre, qu'ilz seroient prestz
de le suyvre. Mais, pour ne donner desplaysir  leur Royne, la quelle
ilz honnorent et rvrent grandement, et, pour n'admener l'affaire
aulx armes et au sang, ilz ont estim que, devant manifester rien de
ce qu'ilz prtandoient pour la religion catholique, il estoit besoing
de retirer des mains du _secrtaire Cecille_, et de ceulx de son
party, qui sont toutz passionez pour la novelle religion, le maniement
de l'estat, qu'ilz ont occupp despuys l'advnement de ceste Royne 
la couronne, affin que, l'ayant eulx en leurs mains, ilz puyssent, par
aprs, de leur seule authorit et sans contradict, bien conduyre le
faict de la dicte religion catholique.

  [58] Tous les noms mis en _italique_ avaient t laisss en blanc
  par le secrtaire; ils ont t remplis ensuite, sur le registre,
  de la propre main de l'ambassadeur.

A quoy les poulsant l'ambition et la recordation aussi de quelques
offances que le dict _Cecille_ leur a faictes, ilz ont espr que,
pour la diffrence de ce qu'ilz sont des plus nobles et des plus
puyssans du pays et bien ayms du peuple, au regard des autres, qui
sont presque toutz gens noveaulx mal appuys, et qu'ilz ont  faire 
_une princesse_ laquelle, encore qu'ilz veuillent mener doulcement, la
sentent nantmoins timide et en crainte d'estre abandonne, qu'ilz
conduyront, sans grand peyne, au poinct qu'ilz desirent leur
entreprinse; pour laquelle facilliter davantaige ont adviz qu'il
failloit, en ce qui estoit du manyement de l'estat, gaigner le _comte
de Lestre_, sans luy dclarer, pour encores, rien de l'aultre cause,
et de monstrer toutz ensemble, par certaine froideur et reculement de
n'entrer au conseil, qu'ilz n'aprouvent rien de ce qui s'y dtermine,
ce qu'ilz ont excut bien  propos. Et, s'estans au reste prparez de
plusieurs grandes remonstrances  la dicte Dame touchant sa grandeur
et rputation, et l'honneur de sa couronne, et, pour se descharger de
tant d'affaires, de dangiers et de despences, que le dict _Cecille_ et
les siens luy ont, sans besoing, attir sur les bras,  quoy ont
dispos le peuple de crier avecques eulx, et esprent aussi que les
princes voysins leur assisteront.

Ilz ont faict commancer le jeu au dict _comte de Lestre_, ainsi qu'il
est contenu en l'aultre mmoire, et s'asseurent que, dans peu de
jours, ilz seront parvenuz l o ilz prtendent, et que, puys aprs,
ilz pourvoyrront  la religion et  la paix du dedans et du dehors de
ce royaume.

Laquelle mene ayant est descouverte par _le seigneur de La Mothe_,
il s'est bien vollu ayder, en tout ce qu'il a peu, d'une telle
occasion pour le service du Roy, et luy a si bien succd que, joinct
la dilligence qu'il a mise de contenir _ceste Royne_ en la foy et
observance des trettez, il a empesch que ceulx de la Rochelle n'ont
obtenu autre secours d'icy que celluy, qui estoit desj accord et
dpesch par elle et les siens avant qu'il arrivt, et qu'ilz n'en
auront dsormais guires plus; et qu'il a vitt la dclaration de
guerre qui estoit rsolue ou contre la France, ou contre les Pays Bas,
ou contre toutz deux, et l'a aulcunement rejecte sur les dictz Pays
Bas, y ayant trouv _la dicte Dame_ assez dispose.

Et aussi ces seigneurs ont estim pouvoir mieulx conduyre leur faict,
s'ilz n'empeschoient que le dict _Cecille_ n'exasprt davantaige les
choses des Pays Bas, affin que le duc d'Alve eust occasion de
continuer la saysie et autres rigueurs sur les Anglois; mesmes avoient
desir le semblable du cost de France, et s'estoient resjouys de ce
qui en avoit est commanc  Roan. Mais il a est besoing de ne passer
plus oultre, car ceste Royne eust incontinent accord avec les dicts
Pays Bas pour se dclarer contre nous, et eust employ, et employeroit
encores, son armement, qu'elle a tout prest, en faveur de ceulx de la
Rochelle. Nantmoins il sera bon que Mr. le mareschal de Coss ne se
haste de lever la dicte saysie de Roan, sinon ainsy qu'il entendra par
le Sr. de La Mothe que les choses se conduyront de de.

Il est vray que iceulx seigneurs et le susdict _Ridolfy_ ont toutjour
procur qu'il y eust bonne intelligence entre les deux ambassadeurs de
France et d'Espaigne, affin que, par la jalouzie et compectance de la
grandeur de leurs Maistres, l'ung ne traverst l'ayde que l'autre
donroit  ceste entreprinse; en quoy le dict Sr. de La Mothe s'est
gouvern de faon que les ungs et les autres demeurent contentz de
luy, et si, a faict servir ceste occasion au bien des affaires de la
Royne d'Escoce, laquelle certes eust est fort mal trette sans le
support _du dict duc_.

Et au reste, il a dict au dict _Ridolfy_ qu'il avoit charge de la
Royne, sa Mestresse, de servir, en tout ce qu'il pourroit, par de,
au restablissement de la religion catholique; lequel, pour ceste
occasion, a trouv bon que l dicte Dame entendt tout ce dmen, la
conjurant toutes foys, au nom de Dieu, de ne le reveller  personne du
monde, car se souvient que, pour n'avoir quelque foys ung principal
personnage de France, peu tenir secrte certaine entreprinse qui se
faisoit sur _la Toscane_ pour le feu Roy Henry, il avoit est cause
dont le duc de Florance avoit faict excuter six gentishommes, et il
seroit en pareil dangier de de[59]. Mais que bien tost luy mesmes,
_allant  Rome_, passeroit devers la dicte Dame avec, possible,
lettres et commission de ces seigneurs, et lui rendroit compte du
tout, et prandroit argument de tretter entre le pape et elle ce qui
seroit requis pour ceste affaire, desirant cependant que Sa Magest
donne charge au dict Sr. de La Mothe de pouvoir, de la part du Roy et
sienne, conforter l'intention et volont des dicts seigneurs, et qu'il
les secourra quand il sera besoing. Et espre le dict _seigneur
Ridolphy_, qu'au retour de _Rome_, il portera _ung brief du pape_ pour
_ceste Royne_, lequel ces seigneurs, estantz lors en l'authorit, luy
prsenteront ardiment, et par cest ordre commanceront de besoigner au
restablissement de la religion catholique.

  [59] Ce fait, qui se trouve ainsi fix entre les annes 1547 
  1559 (rgne de Henri II), se rapporte probablement  l'expdition
  tente sur la Toscane, pendant la guerre de Sienne, en 1554, par
  Pierre Strozzi, avec le secours de la France. Cosme 1er de
  Mdicis, duc de Florence en 1537, duc de Sienne en 1555 et
  grand-duc de Toscane en 1569, gouvernait alors. Son rgne, qui
  s'est prolong jusqu'en 1574, a t signal par une suite non
  interrompue de proscriptions et de supplices.




XXIVe DPESCHE

--du XVIe de mars 1569--

(_Envoye par homme exprs, Jehan de Lisle, jusques  Calais._)

  Plaintes de l'ambassadeur contre les dprdations commises en mer
    par les Anglais.--Mesures prises en Angleterre pour les
    rprimer.--lisabeth demande que les mmes mesures soient
    prises en France pour protger le commerce
    d'Angleterre.--_Ordonnance de la reine_ contre les pirates.


     AU ROY.

Sire, hier, assez tard, la Royne d'Angleterre m'envoya dire, par le
Juge de son amyrault et par le sieur Somer, clerc de son conseil,
que, continuant au bon propos qu'elle m'avoit dict de vouloir demeurer
en paix et bonne amyti avec Voz Magestez Trs Chrestiennes, et, pour
oster toute occasion d'altration d'entre vous, desirant pourvoir, de
sa part, aux dsordres de la mer, affin que ses subjectz n'exploictent
rien hostillement contre les vtres, elle avoit advis d'envoyer en
dilligence notiffier, par toutz ses portz et hvres, une ordonnance
que, par adviz des seigneurs de son conseil, elle avoit sur ce faicte,
de laquelle elle m'envoyoit la coppie, affin que je procurasse qu'il
ft faict le semblable du cost de France: et qu'au reste, que tout
ainsy que je luy estois bon tesmoing que des provisions de justice,
que je luy avois requise pour vos subjectz, despuys que j'estois par
de, il ne m'en avoit est reffuz pas une, que je vous suppliasse,
de sa part, faire de mesmes avoir raison  ceulx de ses subjectz qui
la vous requerroient pour les dprdations que les vtres leur
avoient faictes; dont avoit command m'en bailler ung mmoire, le quel
ilz m'ont dlivr, en latin, avec la coppie de la sus dicte ordonnance
en franois, que j'ay tout miz dans ce paquet[60], et ay pri les
dicts Juge, et Somer, de bien asseurer la Royne, leur Mestresse, qu'en
tout ce qu'elle usera bien envers Voz Magestez et voz subjectz, que
vous luy correspondrez et y ferez correspondre les vtres.

  [60] Le mmoire contenant les plaintes des Anglais n'a pas t
  transcrit sur le registre de l'ambassadeur, qui renferme
  seulement la copie de l'ordonnance.

J'ay desj envoy la coppie de la dicte ordonnance  Mr. le marchal
de Coss  Roan, avec adviz des choses de de, sellon lesquelles il
pourra procder en ce que luy avez ordonn pour le faict des Anglois.

Ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy, ont est fort esmeuz
d'entendre l'excution qui a est faicte au dict Roan, et ont sur
cella tenu plusieurs conseils et dellibrations en leurs consistoires.
J'espre vous escripre plus amplement toutes novelles dans quatre ou
cinq jours: dont, aprs avoir, en cest endroit, trs humblement bays
les mains de Votre Magest, je supplieray le Crateur qu'il vous
doinct, etc.

     De Londres ce XVIe de mars 1569.


Je viens, tout  ceste heure, d'estre adverty qu'on faict secrtement
une description d'homes pour envoyer sur mer; je mettray peine de
descouvrir plus avant et l'occasion, et l'entreprinse.


     A LA ROYNE.

Madame, il y a seulement trois jours que j'ay faict une dpesche  Voz
Magestez des occurrences survenues aprs le partement du Sr. de
Sabran, et m'ayant despuys la Royne d'Angleterre envoy la coppie
d'une ordonnance qu'elle a faicte touchans les pirates, avec ung
rcit,  part, de certaines dprdations que les Franoys ont
excutes sur ses subjectz, je vous ay bien vollu incontinent envoyer
le tout, affin que Votre Magest commande de mettre ung semblable
ordre sur la mer, et faire de mesmes administrer justice aulx subjectz
de la dicte Dame, comme elle monstrera vouloir rendre aulx vtres.
Elle et ceulx de son conseil m'ont fort protest qu'ilz veulent aller
de bon pied en notre endroict, et, que tout ainsy qu'ilz ont commanc
de le faire, que nous monstrions de nostre cost que nous voulons
aussi marcher de mesmes envers eulx; dont vous plairra, Madame,
commander  Mr. de Morvillier et  Mr de Limoges de confrer avec
l'ambassadeur de la dicte Dame sur le faict des dictes pleinctes et de
la dicte ordonnance, comme elle faict icy dmonstration de satisfaire
 Vos Magestez. Et, esprant vous mander bien tost toutes autres
novelles, je n'adjouxteray icy qu'une prire  Dieu, etc.

     De Londres ce XVIe de mars 1569.


Ceste Royne escript  son ambassadeur, et croy que c'est affin qu'il
vigne se justiffier envers Voz Magestez touchant la lettre, qu'on luy
envoyoit de Paris, qui a est surprinse.


  ORDRE A ESTRE MONSTR ET DCLAR  tous visamyraulx et  toutz
    les principaulx officiers, ez portz et passaiges de la Royne
    d'Angleterre, pour les causes ensuyvantes:

  Comme il soit que Sa Majest ayt entendu que plusieurs de ses
  subjectz auroient, despuys naguires, sans cong arm quelques
  vaisseaulx comme en guerre, et se seroient avec iceulx miz sur la
  mer, accompaignez de bon nombre de mariniers et autres ses
  subjectz, dont Sa Majest s'en pourra servir, quant l'occasion se
  prsentera pour le service publique d'elle et de son royaume, et
  que aussi eulx estantz en mer prtendans servir l'une partie ou
  l'autre en ces guerres civilles en France, dont Sa Majest a
  tousjours desir la paciffication, sont par plusieurs plainctes
  chargez d'avoir perptrez plusieurs dsordres sur la mer, tendans
   la nature de piracies, ce que Sa Magest ne peult soffrir sans y
  pourvoir par rformation ou punition.

  A ceste cause, Sa Magest veult et commande, comme nous vous
  enjoingnons, au nom de Sa Magest, si comme vouldrez en respondre
  que, comme par cy devant il vous ayt est command que nulle
  personne, soubz colleur d'aulcune prinse faicte sur la mer, seroit
  permise d'entrer en aulcuns de ses portz avec icelle pour y en
  faire vente, ains seroit arreste, et les biens ainsy prins miz 
  sauvett. Ainsy meintennant vous pourvoyerez et donrez ordre
  estroict que doresenavant il ne soit permiz  aulcune personne
  d'aller en mer avec aulcun navyre ou vaysseau, autre que pour la
  transportation des merchandises, en manire deuhe et accoustume,
  et quiconque vouldra en autre sorte quipper aulcun navyre ou
  vaysseau, vous lui en fers deffance, et, avant qu'il sorte hors
  d'aulcun des portz de Sa Magest, luy restraindrez et reffuserez
  la sortye jusques  ce qu'il vous apparoistra qu'il soit ainsi
  advou et permiz par Sa Magest, ou en son nom, par nous de son
  conseil priv, ou bien par moy l'Admiral d'Angleterre.

  Et quant aulcune personne, qui sont ainsy desj all en mer, sans
  expresse licence de Sa Magest, ou bien advou par nous de son
  conseil, n'estant en ouvert et accoustum train de marchandise,
  arrivera en aulcuns des portz ou lieux de Sa Magest, o arrest
  s'en puisse faire, pour y estre vittailhez, ou pour faire vant
  des biens prins: Nous voulons que fassiez arrester les parties,
  vaysseaulx, et biens, et iceulx mettre en saulvett  estre
  responsables sur l'information  nous sur ce faicte comme le cas
  requerra, voulans et commendans, au nom de Sa Magest, que ce que
  dessus soit estroictement gard et observ, sur la peyne que le
  mespriz en mritera.

  Et encores que rien ne soit, par cecy, command que ce que toutz
  officiers et ministres sont desj tenuz d'observer, et faire
  garder, et obyr, si est ce, que pour en faire plus manifeste
  dclaration, que Sa Magest entent d'user de toutz bons moyens
  d'obvier et prvenir  ceste facon de dsordre, et pour vitter
  toutes excuses des officiers, qui pourroient prtendre faulte
  d'advertissement, avons bien vollu despescher ce pourteur, l'ung
  des messagiers de Sa Magest, avec noz prsentes lettres ouvertes
   estre monstres  tous visamyraulx et officiers des portz, leur
  commandant d'en considrer le contenu, et, sellon qu'ilz verront
  ncessaire, d'en prendre double et extraict, et sur ce permettre
  au dict messagier de se transporter au long des costes de la mer
  avec la prsente, comme il luy est ordonn et enjoinct, sans
  aulcun retardement non ncessaire, affin que des prsentes il soit
  faicte plus prompte excution.

     Faict  Wesmestre, le XIe jour de mars 1568 (suyvant le
     nombre d'Angleterre).

     Sign T. NORFOLC, PEMBROK, R. LEYCESTER, C. CLINTON,
       F. KNOLLIS, W. CECILLE, R. SADELLER, WA. MILDMAY.




XXVe DPESCHE

--du XXIe de mars 1569.--

(_Envoye par Jehan Pigon jusques  Calais._)

  Instances des protestants de France, auprs d'lisabeth, pour
    obtenir un secours d'argent,  titre d'emprunt.--Revues
    gnrales faites en Angleterre.--Dpart de la flotte destine
    pour la Rochelle.


     AU ROY.

Sire, j'ay  faire entendre  Votre Majest, despuys mes prcdantes,
lesquelles sont du XVIe de ce mois, que le cardinal de Chatillon, le
conseiller Cavaignes et le Sr. Du Doict mnent de bien fort
dilligentes et estroictes praticques avec aulcuns de leur religion,
d'auprez de ceste Royne, pour faire promptement fornir des deniers en
Allemaigne, et proposent des moyens facilles et secretz pour en faire
faire l'avance par d'autres que par elle, ou bien de la faire
promptement rembourcer, de sorte qu'il est trs difficille de les
empescher; et croy que, en France mesmes, ou en Flandres, ou en
Hespaigne, ils seroient pour trouver des deniers en ceste faon,
joinct que, pour estre ce royaume en telz termes qu'il est avecques le
duc d'Alve et avec les Pays Bas, l'on a de quoy colorer toute
forniture de deniers et autres pratiques qui se mnent d'icy en
Allemaigne, estant sans doubte qu'ilz vouldroient attirer la guerre
sur le dict duc d'Alve et sur les Espaignolz, pour les getter hors du
dict pays, s'il leur estoit possible, et s'ilz ne craignoient plus que
Votre Majest s'y oppose qu'ilz ne pensent que le Roy Catholique ne
soit meintennant pour les en pouvoir engarder. Tant y a que je leur
mettray aus dicts deniers toutz les obstacles que je pourray, et, si
la matire en est ouvertement propose  la dicte Dame ou en son
conseil, j'espre qu'ilz n'obtiendront tout ce qu'ilz demandent.

J'avoys grande craincte, la sepmaine passe, ayant le dict Sr.
Cardinal et les siens est conduictz par aulcuns seigneurs de ce
conseil  la Tour, o ilz les festoyarent, que ce ft pour leur
consigner quelque somme. Mais aprs leur avoir monstr l'artillerye,
les pouldres et les armes, l'on ne leur a pas faict seulement voir les
quaysses de l'argent d'Espaigne, non que de le leur avoir dlivr, et
semble que ceulx mesmes, qui leur sont mieulx affectionns, trouvent
assez de difficult  la seuret du rembourcement.

Les monstres des pencionnaires et gens de cheval de ceste Royne sont
mandez au premier jour d'apvril, et les autres gnralles et
ordinaires de tout le royaume au XVe du dict moys, et [est] command
aulx ungs et aulx autres d'estre toutz prparez au mandement que la
dicte Dame leur fera faire le dict XVe, et ont ceulx de la nouvelle
religion essay de luy persuader qu'elle deust faire de nouveaulx
capitaines et de nouvelles leves extraordinaires; mais les
principaulx de ce conseil ont rompu ce coup. Vray est que le jeune
comte d'Oxfort s'est monstr plusieurs jours tout prest, avec ung
nombre de jeunes gentishommes anglois, pour aller trouver le prince de
Cond ou quelque prince d'Allemaigne, affin de veoir de la guerre,
mais il n'en a peu obtenir la permission de la dicte Dame. Bien a
sembl qu'aulcuns luy conseilloient d'y aller voluntaire, et qu'ilz
luy respondoient que pour cella il n'incourroit l'indignation de la
dicte Dame; mais en fin elle le luy a deffandu expressment et luy a
baill lettres pour passer en Irlande. Je ne say si quelque contraire
vent le poulsera, de son gr,  la Rochelle.

Les flottes dont vous ay, cy devant, faict mencion, que ceulx cy
prparoient pour aller en Hembourg et au dict lieu de la Rochelle,
encor qu'on ls ayt mand retarder toutes deux pour quelques jours,
celle nantmoins de la Rochelle commence meintennant  sortir de ceste
rivire et en plus grand nombre de vaysseaulx que ne portoit mon
premier adviz, et toutz  demy quipez en guerre, comme est la
coustume des Anglois; et est on  dlibrer si ce sera Me. Oynter
visamyral, ou Me. Olstoc contrerolleur de la marine, qui conduyra la
dicte flott de la Rochelle, et si ce sera avec plus grand nombre de
grandz vaysseaulx de ceste Royne qu'il n'avoit est propos du
commancement, que l'on n'en avoit ordonn que deux. En quoy, encore
que je ne descouvre qu'il y ayt aulcune dtermine entreprinse cache
l dessoubz, si n'est d'apporter des commoditez et rafrchissemens de
grains, de chers salles, et grand nombre de bottes, de soliers, de
suyf, et, possible, de quelques salptres,  ceulx de la Rochelle, et
de se payer en sel et vin tant du premier rafreschissement qu'on leur
porta en dcembre que de cestuy cy, si crains je qu'il y ait quelque
aultre entreprinse; de tant qu'on m'a dict qu'en toutz les vaysseaulx
qui s'aprestent d'aller en mer, l'on y redouble les hommes, oultre le
nombre et quipage accoustum, et que j'ay adviz que ceulx de la
nouvelle religion, Franoys, qui sont icy, ayans long temps retenu
deux navyres, en faulx affret, toutz prestz dans ceste rivire,
pressent meintennant de les faire partir, et que la description
d'hommes dont, en mes prcdantes, je vous ay, par postille, faict
mention, se poursuyt au nom du prince d'Orange et du prince de Cond,
la plus part de Flamans, sans leur dire aultre chose sinon qu'on leur
baillera de bons capitaines pour les conduyre, lesquelz ilz auront
bien agrables et les mneront en lieu o ilz seront bien receuz, et
qu'ilz auront six deniers de ceste monnoye, qui est ung ral, par
jour, leur baillant pour ceste heure  chacun douze deniers d'avance
seulement, s'acheminans en dilligence vers la Rie et Plemmue et autres
portz du cost de France, et qu'on a faict faire ung nombre de mandilz
vertz, comme de livre pour soldatz.

Il sera bon, Syre, d'advertir tout le long de vostre coste de mer
qu'on preigne garde non seulement  ce que les dictz deux navyres de
faulx affret pourroient entreprendre, mais aussi au passaige de la
dicte flotte des Anglois, ainsy que je l'ay desj mand  monsieur le
mareschal de Coss, sans toutes foys qu'on face aulcune dmonstration
d'hostillit aus dicts Anglois, s'ilz n'en donnent occasion, et si
Vostre Majest ne se veult attirer encores une novelle guerre toute
dclaire de leur cost,  quoy ilz ne sont que trop promptz. Mais ilz
sont plus irritez meintennant et prestz de la commencer au duc d'Alve
que  nous, si nous ne les provoquons, et se pourra faire qu'ilz
layssent dorsenavant la route de la Rochelle et de Broage si de ces
choses ncessaires, qu'ilz y vont qurir, il vous playt les en faire
fornir en aultres endroictz de votre royaume, ainsy que ceste Royne
m'a aulcunement dclar par sa responce, que je vous ay envoye le
VIIIe de ce moys, qu'elle en estoit contante; et se trouvera, icy, des
marchantz qui en dresseront le commerce, pourveu qu'aprs que vous me
l'aurez command je le puysse bien rsouldre avecques elle, et qu'il
vous playse, puys aprs, leur y tenir la main de dell.

Ce qui se descouvre le plus de l'intention de ceulx cy, touchant leur
prsent appareil de mer, est qu'ilz prtandent  trois entreprinses:
l'une d'aller, comme je vous ay desj dict,  la Rochelle, et que ce
soit avec tant de seuret qu'il ne leur puysse venir aulcun
inconveniant, ny  l'aller, ny au retour, et je crains qu'ilz y
mettent en terre les dicts Flamans. L'aultre est de conduyre la flotte
de leurs draps en Hembourg, laquelle sera riche de quatre  cinq cens
mille escuz vaillant, et la passer  la veue de Olande et Zlande,
avec le meilleur quipage et avec la plus grande bravade qu'il leur
sera possible de faire au duc d'Alve, lequel ilz entendent qu'il arme
bon nombre de ourques et roberges pour essayer de les empescher. Et la
troisiesme est, qu'ayant Haquens entreprins se revancher du mal que
les Espaignolz luy ont faict  Mexico, dlibre d'aller attendre, en
l'isle de los Assores, la venue de la flotte des Indes d'Espaigne, 
ce prochain juillet, avec un bon quipage de mer, et cependant
surprendre, s'il peult, celle des Indes de Portugal qui a accoustum
d'arriver en may; qui seroient deux grand eschecz et o se trouveroit
de quoy faire, puis aprs, de plus grandes entreprinses.

Hier au soir, le comte de Lestre m'envoya ung sien gentilhomme pour me
faire, avec beaucoup d'affection, entendre certains tortz et oltrages
qu'on a faict  Paris  ung des gens de l'ambassadeur de ceste Royne,
luy ostant, avec grand violence, les pacquetz d'elle et le menassant
de le faire pendre, et que, encor qu'il soit trs asseur que cella
n'est procd ny de votre volont, ny de votre commandement, ains de
la mene de ceulx qui vouldroient voir desj la guerre entre ces deux
royaumes,  quoy la dicte Royne, sa Mestresse, vouldroit bien obvier,
si elle pouvoit, et luy en destorner et le commancement et le mal par
toutz les moyens qu'il luy seroit possible, si me vouloit il prdire
que la dicte Dame n'en pourroit dissimuler l'offance, qu'elle en
sentoit trop plus griefve dans le cueur que de nul autre oltrage qu'on
luy eust sceu faire, si Votre Majest ne commandoit expressment de
faire cesser telles violences en l'endroict des gens de son dict
ambassadeur et de ceulx de madame de Norrys, sa femme, et se ne feziez
faire justice de celles qu'on avoit desj commises  cestuy cy et 
quelques autres qu'il m'a allgu, et  voller ainsy ses pacquetz,
lesquelz elle desiroit sur tout qui fussent randuz; et que cella en
fin pourroit tant toucher  moy, qu'il m'en avoit bien vollu advertir,
comme m'estant le meilleur amy de ceste court. A quoy, aprs le
mercyement de l'adviz et de sa bonne dmonstration envers moy, j'ay
respondu que je n'avois rien entendu de ce faict, et que Voz Majestez
avoient accoustum de bien honnorer et porter toute faveur aulx
ambassadeurs de la dicte Dame et  toutz ceulx qui venoient de sa
part, dont estoit  croyre, ou que celluy qui avoit est oltrag
n'avoit est cogneu pour homme du dict sieur ambassadeur, ou qu'il
avoit, en ce temps si suspect, donn occasion de ce faire. Mais que je
vous l'escriprois et m'asseurois que Votre Majest y remdieroit; que,
pour mon regard, j'esprois qu'ilz ne pourroient prendre aulcune
raisonnable occasion d'excuter le semblable sur moy, ny sur les
miens, car je craignois plus votre indignation que la leur, si
j'excdois en rien le debvoir de ma charge, et si je ne la rendois,
jouxte votre commandement, et pour votre service, la plus agrable que
je pourrois  la dicte Dame.

J'ay sceu, Sire, que ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy, se
sont beaulcoup resjouys d'entendre qu'on eust mal trett l'homme du
dict ambassadeur, et qu'on luy eust ost les pacquetz de la dicte
Dame; car ilz ne desirent rien tant que de la veoir provoquer  vous
dclarer la guerre; mais j'espre que Dieu y pourvoyra, auquel je
prie, etc.

     De Londres ce XXIe de mars 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, il vous plairra voir en la lettre du Roy ce qui se offre
meintennant icy digne de vous estre mand,  quoy je adjouxteray
davantaige que, oultre la pleincte, que le comte de Lestre m'a envoy
faire de la rigueur qu'on a tenu  Paris  un des gens de leur
ambassadeur, et du peu de respect qu'on a port aulx pacquetz de ceste
Royne, qui luy ont est ostez, le secrtaire Cecille m'a mand dire,
de la part de la dicte Dame, qu'on a freschement adjouxt  ceste
offance encores une autre trs grande contre elle  Dipe, y ayant
arest prisonnier ung de ses subjectz, agent de Me. Grassan son
facteur, qui avoit trouv moyen de se saulver de Flandres pour venir
devers elle, avec lettres d'aulcuns ses serviteurs et avec relation
des choses de dell, qui concernoient grandement son service, et luy a
l'on reproch qu'il estoit traistre et qu'on le renvoyeroit, piedz et
poings liez, au duc d'Alve; de quoy me prioyt croire que la dicte Dame
en estoit trop plus marrye qu'il ne me le pouvoit bien exprimer, et
qu'elle disoit que ce n'estoit sellon les bonnes responces que Votre
Majest avoit faictes  son ambassadeur, quant il vous avoit donn
compte des tortz et maulvais trettemens que le duc d'Alve avoit faict
 ses dicts subjectz en Envers, et qu'elle voyoit bien qu'on
entreprenoit en France de pourter le faict du dict duc contre elle, et
que mesmes l'on avoit constitu prisonniers en son nom aulcuns Anglois
 Bouloigne, qui estoient l eschappez de ses mains; dont elle avoit
grande occasion de regarder de prez  ses affaires, et que, sans
doubte, elle essayeroit toutz les moyens et remdes qu'elle pourroit
pour les bien asseurer.

A quoy j'ay respondu que la dicte Dame ne se debvoit aulcunement
esmouvoir pour ces petitz accidens, qui estoient advenuz, sans votre
sceu et contre votre volont, par le seul dsordre des temps, et que
l, o il faudra faire preuve de votre intention en ses affaires,
qu'elle l'y trouvera bonne et droicte, jouxte la dclaration de paix
et d'amyti que Voz Majestez luy ont faicte: et ay miz toute la peyne
que j'ay peu de luy diminuer l'impression qu'elle pouvoit prendre du
contraire, vous suppliant, Madame, faire encores quelque bonne
dmonstration  son ambassadeur pour m'ayder  la luy oster du tout;
car ayant icy plusieurs choses prez d'elle qui me sont toutes
contraires, soit de sa religion, ou de l'ancienne inclination de ce
royaume contre la France, ou de la rcente mmoire de Calais, ou des
traverses qu'elle crainct advenir de votre cost ez choses d'Escoce ou
ez propres de son royaume, quant ceulx de la novelle religion seront
veincuz, ou bien encores l'occasion qui luy semble se prsenter fort
bonne meintennant de la division et adversit de votre royaume pour y
pouvoir entreprendre quelque chose, et sur tout la vifve sollicitation
de ceulx qui ont auctorit et crdict prez d'elle, tant siens que
estrangiers, qui la vouldroient desj voir aulx meins et toute
dclaire contre vous,  peyne la puys je retenir en l'observance de
la paix; et bien que jusques icy j'aye eu certains moyens qui m'ont
faict prendre quelque asseurance d'elle, et qui m'en asseurent encores
assez aujourduy, je voy nantmoins les choses tant prestes  recepvoir
changement, que je vous supplie trs humblement, Madame, obvier  ce
qui le pourroit causer, comme j'espre que Votre Majest, par sa
prudence et modration, le fera en donnant quelque satisfaction  la
dicte Dame: m'estant, au reste, bien fort resjouy d'entendre, par
aulcunes de voz prcdantes, qu'ayez miz bon ordre  la frontire de
ce cost, voyant ceux cy en armes, et qu'ayez pourveu qu'ilz n'ayent
moyen de descendre, ny rien entreprendre, qu' leur dommaige et
confuzion, et sera bon, Madame, que rafreschissiez l dessus voz
commandemens aulx gouverneurs et capitaines qui en ont la charge, tant
en Normandie, Picardye que Guyenne, le long de la mer, et que ce soit
du premier jour, affin qu'ilz y soient encores plus vigilans  ceste
heure que l'armement et appareil de ceulx cy sort dehors, et que leurs
entreprinses se vont descouvrir. Car ne fault doubter que ceulx de la
nouvelle religion, qui sont icy, n'en ayent secrtement tram quelques
unes tout cest yver, et qu'ilz ne s'esforcent de se prvaloir du
malcontantement et deffiance, o semble que ceste Royne soit entre
pour les deux occasions que j'escriptz  Voz Majestez. A quoy je
remdieray de ma part, aultant qu'il me sera possible, avec l'ayde de
Dieu, lequel je prie, etc.

     De Londres ce XXIe de mars 1569.




XXVIe DPESCHE

--du XXVe de mars 1569.--

(_Envoye par homme exprs jusques  Calais._)

  Remontrances de l'ambassadeur, tant au sujet du voyage de la
    Rochelle, pour lequel se font de grands prparatifs, que des
    leves de Flamands qui ont lieu  Londres pour la mme
    destination.--Protestation d'lisabeth qu'elle veut conserver
    la neutralit et maintenir la paix.--Mesures prises pour
    arrter les enrlemens.--_Lettres_ de Marie Stuart  lisabeth
    et  l'ambassadeur.


     AU ROY.

Sire, affin de vriffier les adviz que, par mes prcdantes, du XXIe
du prsent, j'ay donn  Voz Majestez touchant ceste flotte qui va 
la Rochelle, j'ay envoy recognoistre l'embarquement d'icelle par
homme exprs, lequel m'a rapport que les choses y sont toutes telles
que je les vous ay desj mandes. Dont, pensant que une partie en
peust bien venir du malcontantement que ceste Royne a prins des deux
occasions dont en mes dictes prcdantes je vous ay faicte mencion, je
la suis all trouver pour luy en donner quelque satisfaction, et,
encore que du commancement elle ne m'ayt du tout receu avec le bon
visage accoustum, ains ayt incontinent commanc de se plaindre et me
dire que, par la deffiance que vous monstriez avoir d'elle, il se
cognoissoit assez qu'il n'y avoit lieu qu'elle se deubt grandement
confier en votre amyti;  quoy j'ay oppos plusieurs dmonstrations
et bons tesmoignages de votre trop plus certaine amyti envers elle
que ces deux petites occasions, les quelles n'estant aulcunement
procdes de vous ne luy debvoient rien faire extimer du contraire; et
ayant reject, le mieulx que j'ay peu, tout le mal sur le seul
dsordre du temps, aprs l'avoir par aulcunes bonnes parolles assez
bien remise, je luy ay remonstr bien vifvement qu'estant ma charge de
regarder que prez d'elle n'advienne chose qui puisse gaster ceste
votre mutuelle et commune amyti, je luy voulois bien dire que Voz
Majestez Trs Chrestiennes ne pourroient prendre que bien fort  mal
ce que j'entendois du voyage de ses subjectz  la Rochelle, qui y
alloient en grand nombre de vaysseaulx quipez en guerre, o ilz
redoubloient les hommes, oultre le nombre accoustum, et y
transportoient beaulcoup de grains, de chers salles, de bottes, de
souliers, de pouldres, et tant d'aultres rafreschissemens qu'il
sembloit qu'ilz y allassent plus pour remdier aulx ncessitez de
ceulx qui vous mnent la guerre en votre royaume, que pour pourvoir 
celles de ce pays; et surtout que je me plaignois de ce qu'on faisoit
une description et leve de Flamans pour les embarquer et les aller
mettre en terre de dell, dont la supplioys de juger, en bonne
conscience, si je n'avois assez de quoy, en tout cella, luy protester
de l'infraction des trettez.

A quoy elle m'a respondu asss soubdain que, touchant aller en
quipaige de guerre  la Rochelle, le temps ne portoit qu'on le deubt
faire autrement, mais que la teste d'ung chacun de la flotte
respondroit de tout ce qu'ilz entreprendroient hostillement, sur voz
pays et subjectz, contre l'expresse deffance qu'elle leur en avoit
faicte. En quoy, Sire, j'ay bien sceu qu'elle a ainsy permiz d'armer
ces vaysseaulx marchantz affin d'espargner l'armement d'autres deux
de ses grandz navyres, que Me Oynter, lequel en fin a est ordonn
pour conduyre la dicte flotte de la Rochelle, luy demandoit, oultre
les deux qui sont desj toutz prestz.

Et, quant au reste, m'a respondu que ce qu'on transportoit de dell
estoit pour accomplir certains marchez qui estoient faictz, despuys
longtemps, entre les marchantz, de quoy elle ne se mesloit
aulcunement; et s'il se faisoit nulle leve de Flamans c'estoit sans
son sceu, mais qu'au moins elle garderoit bien que ses subjectz ne
vous yroient pas faire la guerre.

J'ay rpliqu qu'entendant partir tant de rafreschissemens
d'Angleterre pour les apporter  ceulx de la Rochelle, et s'embarquer
des Flamans pour les aller secourir, desquelz la leve ne se pouvoit
faire en son royaume sans crime de lze magest, sinon avec son sceu
et permission, il estoit possible que Voz Majestez Trs Chrestiennes
ne l'inputassent tout  elle seule sans luy en pouvoir admettre
aulcune excuse; dont la suplioys d'y bien penser, et luy ay poursuivy
cella en telle faon que ne s'en pouvant bien desmeller elle a appell
aulcuns seigneurs de son conseil, qui estoient dans la chambre, aus
quelz ayant, quasi mot  mot, rcit tout ce que je luy avois dict et
monstr ne trouver aulcunement bon, qu'on charget toutes ces
provisions pour la Rochelle, oultre l'avytaillement ordinaire des
navyres, ny qu'on fist ceste leve de Flamans, qui estoit encores
moins excusable, de quoy eulx aussi ont faict semblant ne savoir
rien, sinon le secrtaire Cecille qui a dict que trois Angloys avoient
est miz en prison pour avoir vollu accepter quelque soulde, elle leur
a command bien expressment de donner ordre qu'il ne soit rien permiz
ny souffert en ceste flotte, dont Votre Majest ayt occasion d'estre
mal contant; et, haulssant la parolle, a dict que quiconque la mettra
en guerre, ou la conseillera de l'avoir avecques Votre Majest qu'elle
le rputera pour traistre.

Et m'estant l dessus, avec bonnes parolles et toutes bonnes
dmonstrations, licenci d'elle, elle m'a encores rappell de la porte
pour me dire qu'elle me prioyt de descouvrir mieulx ce qui estoit de
la dicte leve de Flamans, et au nom de qui elle se faisoit, car ne
vouloit que ceulx, qui estoient venuz  son reffuge pour saulver leurs
vyes, prinssent ainsy les armes pour attirer la guerre en son royaume,
et qu'elle pensoit que l'homme du prince d'Orange luy faisoit si
mauvais tour, dont y vouloit remdier; et qu'elle juroit Dieu, le
Crateur, qu'elle n'avoit rien entendu de cella jusques  ce que je le
luy avois dict, et qu'elle ne vous vouloit aulcunement provoquer, bien
pensoit envoyer, du premier jour, quelque personnaige, exprs devers
Voz Majestez, pour vous faire entendre aulcune sienne intention.

Ainsy, Sire, je ne puys que bien juger, pour encores, de la volont de
ceste princesse en la continuation de la paix; mais je n'ay pourtant
layss de donner adviz de tout cest armement  Mr. le marchal de
Coss afin d'obvier  toutes surprinses. Et semble que le faict des
pirates se va fort modrant et se rgle, de jour en jour, pour la
seuret de voz subjectz, dont fauldra aussi qu'on commance de procder
en France, mesmement  Roan,  quelque bonne dmonstration envers les
Angloys.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, demeure toutjour resserr, et
les affaires de Flandres en suspens, bien qu'il semble qu'on n'attend
sinon que le Roy Catholique envoye personnaige exprs pour tretter, de
sa part, avecques ceste princesse de toutz ces diffrantz, et elle
luy satisfera.

Il n'y a encores novelles s'il a est rien exploict en Escoce, tant y
a qu'on y est bien avant aulx armes, et bien tost l'on y dpeschera
d'icy celluy que je vous ay desj mand, nomm Me. Milmor. Je vous
envoye la coppie d'aulcunes lettres, que la Royne d'Escosse a
naguires escriptes  ceste Royne et  moy, par o vous pourrez
entendre amplement de ses novelles. Et sur ce, etc.

     De Londres ce XXVe de mars 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, j'ay est en grand doubte comme je debvois uzer envers ceste
Royne touchant ceste flotte de ses subjectz qui va  la Rochelle,
craignant que si j'en venois avec elle en termes rigoureux, elle en
ft, possible, provoque de me faire quelque dclaration plus ouverte
que la grandeur et rputation du Roy, et Vtre, ne pourroit puis aprs
suporter ni dissimuler que ne luy en protestissiez la guerre, ce que
j'estime ne convenir bien au prsent proffict de voz affaires; aussi,
si je ne luy en parloys, que je luy layssasse trop ngligemment passer
les choses de votre service en dangier qu'elle les tnt, puis aprs,
trop  mespriz ou les fyct doresenavant venir  de pires consquences,
dont en ay us, ainsy que Votre Majest verra en la lettre du Roy. En
quoy, grce  Dieu, il m'a beaulcoup mieulx succd que je ne pensoys,
et comme j'ay miz peyne de luy dire beaulcoup de choses de
contantement sur ce qu'elle se plaignoit, aussi m'en a elle dict
plusieurs autres pour contanter Voz Majestez, et ne reste que de les
excuter et donner charge, d'ung cost et d'aultre, aulx capitaines
et gouverneurs des places, le long de la mer, en la frontire des deux
royaumes, qu'ilz usent de toutz bons dportemens, et fassent cesser
les mauvais. Dont vous plairra, Madame, en faire rafreschir le
commandement  Mr. le mareschal de Coss, et comme l'on a depputt,
icy, quatre des seigneurs de ce conseil commissaires pour pourvoir
aulx pleinctes de voz subjectz sur toutes ces prinses de mer, qu'il en
soit aussi ordonn d'autres en Normandie et Picardye, et en Bretaigne,
pour pourvoir aux pleinctes des Anglois; et que, en la premire
audience que Voz Majestez donront  l'ambassadeur d'Angleterre, il
vous playse luy gratiffier l'affection et bonne volont que la Royne,
sa Mestresse, monstre avoir  l'entretnement de la paix, et l'exorter
aussi qu'elle veuille restraindre et modrer les affections et les
actions d'aulcuns des siens, qui les usent trop apertement contre Voz
Majestez en faveur de ceulx qui vous mnent la guerre en votre
royaume.

La dicte Dame m'a touch confuzment aulcuns propos, par lesquelz j'ay
comprins qu'elle vouloit envoyer ung personnage exprs devers vous
pour s'esclairer de quelques doubtes, et m'a l'on dict qu'elle avoit
dj parl du Sr. de Trocmarton pour y aller. Je mettray peyne
d'entendre plus avant l'occasion du dict voyage et de vous envoyer,
devant, ung des miens pour vous en donner adviz, et pour vous rendre
compte de toutes choses de de, Dieu aydant; au quel je prie, etc.

     De Londres ce XXVe de mars 1569.


Je vous supplie faire donner adviz  Monseigneur, votre filz, du
contenu en ceste dpesche affin que celle que je luy ay faicte du
XXIe du prsent, qui est assez diverse de ceste cy, ne soit cause de
luy faire rien changer de ses dellibrations.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du XIIIIe de mars 1569.--

Madame ma bonne soeur, l'honneur et naturelle amyti que je vous porte
faisant son office me faict craindre et fouyr de vous inportuner, ou
sembler me deffier aulcunement de votre bon naturel par mes plainctes,
qui vous ont est quelque foys dsagrables, et, d'autre part, ma
conscience et naturelle pity de sang espandu de mes obyssantz
subjectz me meust vous remonstrer ce en quoy je me sens oblige. Par
quoy je vous prieray, premirement, de considrer le juste soing que
je doibz avoir de mon peuple, qui doibt prcder toutz humains ou
particuliers respectz; secondement, le temps que constamment j'ay
pass en pacience soubz l'espoir de votre faveur, et, sans le prendre
de moy comme offence ou reproche, lire mes dolances, et sur icelles
me mander votre rsolution, pour laquelle entendre j'envoye Borthuic,
prsent pourteur, devers vous, avec le double de quelques poinctz
contenuz en une proclamation faicte par mes rebelles, o ilz font
mencion d'une sentence par vous donne sur les choses disputes et par
eulx faulcement allgues dernirement en votre prsence et de votre
conseil; lesquelz poinctz je vous supplie considrer pour m'en faire
entendre votre volont par ce pourteur, ne pouvant la ncessit de la
cause si importante souffrir plus long dlay, sans entendre votre
rsolution tant en cella qu'en ce qui suyt, pour remdier aulx
partiaulx dportemens de voz ministres des frontires, lesquelz ont,
 Carlisle, prins mes serviteurs, ost et ouvert leurs lettres et puys
envoyes en court, bien loin de ce qui m'a est promiz et escript, qui
n'entendiez que j'eusse moins de libert que par cy devant, mais trop
plus esloign du racueil faict  mes rebelles, avec lesquelz je ne
pensay jamais estre esgalle. Car ilz ont est bien receuz en votre
prsence, avec libert d'aller et venir, et continuellement envoyer
supportz d'argent, et, comme ilz disent, ainsi qu'il vous plairra voir
par ceste autre lettre, asseurez de support d'hommes  leur besoing.
Par ainsy, ilz sont meintenuz pour m'avoir vollu faulcement accuser et
tacher d'infamye, et moy, qui me suis venue jetter entre voz braz,
comme de ma plus asseure amye, reffuzant le support de ceulx
lesquelz, offancs de ce, je seray contraincte,  mon regrt, de
rechercher, si sellon mon esprance et desir n'y remdiez par prompt
secours, ay est esloigne de mon pays, retenue, vostre prsence
requise pour ma justiffication dnye, et enfin toutz moyens coupez et
retrenchez d'ouyr des miens ou leur faire entendre ma volont.

Je ne pense avoir mrit telz trettemens pour m'estre fye en vous, et
vous avoir compleu, deffendant  mes subjectz rien n'entreprendre
quant ainsy me l'avez conseill, et ne recherchant  vostre requeste
et promise amyti aultre que vous, non seulement desirant vous
complaire, mais obyr, comme fille  sa mre. Et, de fresche mmoire,
au retour des traystres, sans l'advertissement de l'vesque de Rosse
et de maister Knollis, qui me persuadrent que ne pouviez trouver bon
que mon party commenceast, je les eusse bien salus  l'entre des
frontires, sans leur donner si bonne commodit de lever soldatz pour
ruyner mon povre peuple. Bref, j'ay, jusques icy, deppendu de vous
seule, et desire faire encores, s'il vous playt accepter ma bonne
volunt, la rcompensant par vostre amyable confort et prompt secours,
pour obvier  la tirannye de ces rebelles subjectz. Pour la craincte
desquelz[61] contre mes fidelles subjectz, et contre mon honneur et
estat, je seray contraincte vous requrir secours, ou d'en chercher o
Dieu me conseillera; sellon vostre responce, que je veulx esprer
bonne, je me desporteray.

  [61] C'est--dire de ce qu'ils peuvent entreprendre contre mes
  fidles sujets.

J'ay aussi charg ce pourteur de savoir vostre rsolution sur ce que
l'vesque de Rosse et lord Boyd auront  faire, ne l'ayant encores peu
savoir, ny aultres certaines particullaritez, desquelles je vous
supplie le croyre, et ne prendre en mauvaise part si, en chose si
inportante, je vous presse plus que peult estre (veu que je suys entre
voz mains) il ne vous semble  propos; mais je ne puys plus longuement
diffrer ny supporter partial trettement, sans ruyne de mon estat et
offence de ma conscience: car, comme naturellement je vous suys
addonne, vostre peu amyable trettement m'en pourroit retirer, ce que,
je vous supplie, ne me contraignez faire, me layssant une opinion
aultre que je n'ay jusques icy vollu confirmer d'une parente si
proche, et de qui je desire tant la bonne grce,  laquelle prsentant
mes affectionnes recommendations, je prieray Dieu vous donner, Madame
ma bonne soeur, en sant, longue et heureuse vie.

     De Tutebery ce XIIIIe de mars 1569.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FNLON.

--du XVe de mars 1569.--

Monsieur de La Mothe, je renvoye Borthuik, prsent pourteur, devers la
Royne d'Angleterre, madame ma bonne soeur, pour les occasions qu'il
vous dira et que vous verrez par le double de mes lettres, ce qui me
gardera faire la prsente plus longue que pour vous prier continuer
les bons offices, que vous faictes pour moy  l'endroict d'icelle,
ainsy que vous cognoistrez les choses le requrir. Au reste, je ne
veulx oblyer vous dire que, au change des mauvaises nouvelles qui,
dernirement, ung peu devant le retour de ce dict pourteur, m'avoient
est dictes de France, j'ay rendu les bonnes que m'avez escriptes par
luy, du XXIIIe de l'aultre moys,  ceulx qui avoient eu lettres de la
cour d'Angleterre bien diverses et esloignes du bon succez que,
grces  Dieu, se peult esprer des affaires du Roy, monsieur mon bon
frre.

Il ne fault, monsieur de La Mothe, que je vous dye le contentement
que, pour plusieurs respectz, je reoy, quant je puys entendre ce qui
se passe par dell, de quoy je suis tousjours en doubte jusques  ce
que je reoy quelques lettres de vous, car, encores que je n'adjouxte
foy  toutz les bruictz et allarmes que l'on me donne, si ne sauroys
je me garder cependant d'en estre en peyne.

Je suis estroictement garde, comme vous dira ce dict pourteur, et
sont arrestez ou visitez toutz messagiers que l'on estime avoir
lettres pour moy ou de moy. Toutesfoys, si j'avoys chiffre avec vous,
je ne lairroy d'en mettre quelques unes  l'adventure et vous
escripre, sellon les occasions, comme de vostre part j'estime que
vous feriez. J'escriptz  l'archevesque de Glasco, mon ambassadeur,
auquel je vous prie faire tenir le pacquet que ce dict pourteur vous
baillera par la premire commodit, et atant, monsieur de La Mothe, je
prie Dieu qu'il vous donne ce que desirez.

     Escript  Tutbery le XVe de mars 1569.
       Vostre bien bonne amye,
         MARIE R.




XXVIIe DPESCHE

--du XXIXe de mars 1569.--

(_Envoye par Olivyer jusques  Calais._)

  Effet produit  Londres par la premire nouvelle de la victoire
    de Jarnac et de la mort du prince de Cond.


     AU ROY.

Sire,  peyne estoit hors des faulx bourgs de ceste ville celluy par
lequel je vous dpeschay les miennes, du XXe du prsent, que je receuz
celles de Votre Majest, du VIIe auparavant, par ung des clercz de ce
conseil, que le secrtaire Cecile m'envoya, avec des excuses d'avoir
arrest  Canturbery celluy qui me les aportoit, parce qu'il s'estoit,
 ce qu'il me manda, randu suspect, et qu'on luy avoit trouv
plusieurs lettres vennantz de Flandres, mais qu'il m'envoyoit le
pacquet de Votre Majest entier et bien conserv; auquel pacquet,
Sire, j'espre que mes deux prcdantes despesches vous auront
amplement respondu et satisfaict.

Et, estant, le mesme jour, arrive la bonne nouvelle de la grande et
notable victoire qu'il a pleu  Dieu vous donner en Guyenne[62], soubz
le bon heur et conduicte de Monsieur, frre de Votre Majest, je ne
vous saurois bien exprimer la mutation et changement qu'elle a
apport aulx dellibracions et entreprinses, et aulx contennances
mesmes de tous les principaulx de ceste court, qui ont monstr, les
ungs d'en estre extrmement faschez, et les autres ont prins cueur
d'en ozer ouvertement fre resjouyssance: et a est incontinent, l
dessus, assembl le conseil, o, entre autres choses, ceulx, qui
estoient marrys du bon succez, ont vollu persuader que c'estoit une
invention que j'avois faicte  poste, pour retarder le partement de la
flotte qui alloit  la Rochelle, dont les bien affectionns ont envoy
secrtement devers moy pour en savoir le certain. Ausquelz j'ai faict
part de ce que monsieur le marchal de Coss m'en avoit mand et de la
coppie d'une dpesche que monsieur le duc, frre de Votre Majest, lui
en avoit faicte sur le rapport de monsieur de Losse.

  [62] Remporte  Jarnac, sur la Charente, le 13 mars 1569.

Et, estant, le mesme jour, milor Chamberlan venu prendre son disner en
mon logis, il m'a faict, par ses discours, encores mieulx apercevoir
de la perplexit o, pour ceste occasion, ceulx cy se trouvoient,
m'ayant dict qu'il pensoit que eulx toutz, du conseil de ceste Royne,
la conseilleroient d'armer promptement six autres de ses plus grandz
navyres de guerre pour les mettre, du premier jour, en mer, outre les
quatre premiers, et les quatre de ceste heure, et les deux grandz
navires de Venise, qu'elle y a desj, et ce,  cause de ceste
nouvelle; et qu'ilz ont aussi entendu que monsieur le marchal de
Coss arme quelque nombre de vaysseaulx dans la rivire de Roan, et le
duc d'Alve ung grand nombre de ourques en Zlande, ce que j'ay miz
peine de luy dissuader. Et ne say encores ce qu'ilz en dtermineront,
bien que je pense qu'il y aura asss  fre  dmouvoir la dicte Dame
du bon propos, o je la layssay en ma dernire audience, qu'elle me
promist de demeurer ferme en la continuation de la paix.

En quoy j'ay sceu despuys, qu'aprs que je fuz party, elle rsolut,
avec l'opinion de deux contre celle de toutz les autres, d'envoyer
deux personnaiges en France sur le faict de la restitution des prinses
d'ung cost et d'aultre, ainsy que je l'en avois requise, affin
d'entretenir la paix et le commerce d'entre les deux royaulmes,
nonobstant qu'ilz luy remonstrrent n'avoir jamais est envoy des
depputez d'icy en France, ains toutjour de France par de, et qu'il
inportoit grandement  la dignit de sa couronne de ne perdre cest
advantaige, et faisoient quelque fondement sur le poinct de l'honneur,
esprans qu'elle se tiendroit aussi ferme sur sa rputation en cest
endroict, comme elle l'avoit faict ez choses de Flandres. Mais j'ay
sceu qu'il fut ainsy lors rsolu, touchant les dictes choses de
Flandres, qu'elle attandroit la responce du Roy Catholique sur la
bonne lettre qu'elle luy avoit escripte, en latin, par la voye de dom
Francs d'Alava, et, ou ft qu'il respondt gracieusement et en
parolles de paix et d'amyti, ou bien qu'il ft le courrouc et mal
contant, elle commanceroit, incontinent aprs, d'entendre aulx moyens
de rconcilliation avecques luy, le plus tost qu'elle pourroit.
Ausquelles deux dellibracions je croy que la novelle de votre
victoire la fera encores mieulx rsouldre.

Il est vray qu'on m'a adverty que ceulx d'auprs d'elle, de la novelle
religion, qui la voyent ainsi destourne et dissuade de la guerre,
pratiquent de luy fre fre instance par la congrgation de ceulx de
la religion de ce royaulme, et la fre conjurer, au nom de Dieu,
qu'elle ne veuille habandonner la deffance de sa dicte religion; et en
cella leurs vesques, ministres et concistoires se monstrent fort
promptz, qui, pour ceste occasion, ont demand avoir la relation des
choses de France affin de dlibrer et juger si le prince de Cond a
justement prins les armes, ou non. Je ne say si, par ce moyen, elle
pourra estre induicte de fre quelque plus ouverte dclaration qu'elle
n'a encores faicte en leur faveur. Monsieur le cardinal de Chatillon,
entendant la novelle de la dicte victoire, s'en est retourn aulx
champs, attrist et afflig, ainsy qu'on m'a dict, outre mesure; et a
layss Cavaignes et Du Doict en ceste ville pour continuer leurs
sollicitations, ausquelles je prendray garde, du plus prez qu'il me
sera possible.

J'ay mand la dicte bonne novelle  la Royne d'Escoce, dont ne fault
doubter qu'elle ne recoipve grande consolation. Je viens d'estre
adverty que les Escouoys, ayant leurs forces, des deux costez, en
campaigne, ainsy qu'ilz estoient prestz de combattre, ilz se sont
accordez et ont renvoy les trouppes. Je mettray peyne de savoir la
forme de leur accord. Cella ay je sceu qu'il n'y a est faict aulcune
mencion de la Royne d'Angleterre, ny rien capitul de bien pour leur
propre Royne. Sur ce, etc.

     De Londres ce XXIXe de mars 1569.


Je viens d'estre adverty que ceste Royne, entendant la dicte victoire,
a tenu ung propos, comme si elle estoit contraincte d'entrer en
guerre. Je ne say encores si cella s'entend contre nous ou contre les
Pays Bas; tant y a, qu'ayant elle, aprs ma dernire audience, envoy
arrester, pour quelques jours, la flotte de la Rochelle et pourvoir
qu'il n'y eust rien dont peussiez estre offanc, qu'le a, de noveau,
mand qu'on diffrt le partement d'icelle, bien qu'il se peut que
c'est seulement pour veoir s'il viendra nulle confirmation de la dicte
novelle; car j'ay diffr de m'en aller conjoyr avecques elle jusques
 ce que j'en auray lettre de Votre Majest, et je croy que, bien tost
aprs, elle la fera partir, mesmement s'il vient quelcun, du dict
lieu, de ceulx qui peuvent estre restez de la bataille.


     A LA ROYNE.

Madame, je n'ay sceu l'indisposition de Votre Majest jusques au XXVe
de ce moys, au matin, que la dpesche du Roy, du VIIe auparavant,
m'est arrive, o s'estant trouv le deffault de voz lettres, j'ay eu
si grande apprhention de votre mal et de l'inconveniant qui en
pouvoit advenir  tout le royaulme, au plus important de noz affres,
que, joinct ce que j'en sentois en particullier pour l'infinye
obligacion que j'ay  Votre Majest, je n'ay peu, du commencement,
bien pleynement gouster la bonne novelle qui, peu d'heures aprs, m'a
est apporte de l'heureuse victoire que Dieu a donne au Roy, soubz
le bon heur et conduicte de Monsieur, filz et frre de Voz Majestez,
jusques auquel mesme jour, sur le tard, j'ay est asseur de votre
convalescence, dont j'ay remercy Dieu, de tout mon cueur, de l'ung et
l'autre bien, et l'ay suppli qu'en confirmant votre bonne sant, il
veuille fre si pleynement joyr et bien uzer le Roy, et Vous, et mon
dict Sieur, de ceste victoire que vous en puissiez establir ung bien
asseur repoz en votre royaulme, et fre vivre voz subjectz en toute
tranquillit, soubz la grandeur et authorit de Voz Majestez. Et,
parce qu'en la lettre du Roy je donne compte de ce qui occourt
meintenant icy, je ne ennuyeray votre novelle sant de plus longue
lettre. Ains, je supplieray, en cest endroict, le Crateur, etc.

     De Londres ce XXIXe de mars 1569.




XXVIIIe DPESCHE

--du VIe d'apvril 1569.--

(_Envoye par Jehan Pigon jusques  Calais._)

  Doutes rpandus sur la victoire de Jarnac.--Dclaration du comte
    de Leicester que la reine serait plus porte  dclarer la
    guerre contre l'Espagne que contre la France; qu'elle ne veut
    pas secourir des sujets rebelles  leur roi, et qu'elle fera
    ses efforts pour chasser les Espagnols des
    Pays-Bas.--Changement de conduite d'lisabeth  l'gard de
    Marie Stuart.--Combat entre les navires de guerre d'lisabeth
    et une flotte marchande espagnole, sur laquelle ont t faites
    des prises importantes.--Nouvelle que le roi d'Espagne a
    approuv la conduite du duc d'Albe, et qu'il a ordonn, dans
    tous ses tats, une saisie gnrale sur les
    Anglais.--_Convention de Glascow_ entre le comte de Murray et
    le duc de Chatellerault, qui consent  reconnatre le jeune
    roi.


     AU ROY.

Sire, il est arriv, despuys trois jours,  Mr. le cardinal de
Chastillon, ung gentilhomme, party le Xe du pass de la Rochelle,
nomm le seigneur de Voysin, lequel s'esforce de persuader  ceulx cy
tout le contraire de ce que je leur ay desj dict du bon succez de
voz affres en Guyenne, et qu'il n'est vraysemblable que, le XIIIe du
pass, il y ait eu bataille, ayant lors Monsieur, frre de Votre
Majest, spar,  ce qu'il dict, ses forces pour en envoyer une
partie avec Mr. de Montpensier au devant des Viscontes, qui
entreprenoient de se venir joindre  l'arme de Mr. le prince de
Cond, et que s'il y a eu combat, s'est sans doubte que Monseigneur
n'en aura eu du meilleur, veu les gaillardes forces qui estoient de
l'autre part; dont ceulx de ce conseil, ne pouvans, pour ceste
incertitude, se bien rsouldre d'aulcunes leurs dellibracions, m'ont
faict dilligemment, et par plusieurs foys, enqurir sur quelz argumens
je me fondois pour croire que la novelle de ceste victoire ft
vritable. A quoy je leur ay toutjour satisfaict par le contenu de la
lettre que Monseigneur le Duc, sur Duc, sur le rcit de monsieur de
Losse en avoit escript  mle rcit de monsieur de Losse en avoit
escript  monsieur le mareschal de Coss, qui m'en avoit envoy la
coppie.

Et, estantz, le mesme jour, messieurs le comte de Lestre, l'Admyral
d'Angleterre et autres seigneurs de ceste cour, venuz prendre leur
disner en mon logiz, j'ay bien voulu, en parlant de ce bon vnement
avec le dict sieur Comte, qui est arriv une heure et demye devant les
autres, m'esclarcyr aussi, avecques luy, d'ung doubte que j'avois que
ceste Royne, par l'importunit de ceulx de la novelle religion, se
vollust dclarer  la guerre, m'en ayant est donn ung si apparant
adviz que j'ay eu occasion de le craindre, joinct qu'on avoit veu,
toutz ces jours, le conseiller Cavaignes et le Sr. Du Doict presser,
par frquentes sollicitations, plus que de coustume, ceulx du dict
conseil; et que eulx,  leur instance, s'estoient desj assemblez
plusieurs foys, sans que ceulx qui tiennent pour la paix s'y fussent
trouvez, demeurans retirez et toutz mal contantz en leurs logis; avec
ce, que la flotte, qui estoit de long temps prpare pour aller  la
Rochelle, ayant est quelques jours retarde dans ceste rivire,
commanoyt  valler pour se mettre en mer. Et j'avois aussi sur le
cueur les propoz dont, au postille des prcdantes, que je vous ay
escriptes du XXIXe du pass, j'ay faict mention que ceste Royne avoit
tenuz, lesquelz j'ay mieulx aprins despuys; c'est qu'elle a dict ne
doubter aulcunement si ne se trouvoit ainsy bien saysye, comme elle
est, de ses prinses que l'on n'essayt de l'offencer et d'entreprendre
en plusieurs sortes sur elle et sur ses subjectz, et qu'elle se voyoit
contraincte  la guerre comme ncessaire  conserver son estat et sa
religion, dont vouloit qu'on prpart ung plus grand armement de mer
que celluy qu'elle a desj, et qu'on pourveust dilligemment  toutes
autres choses par terre.

Sur lesquelles particularitez j'ay, par autres propos assez esloignez
de ceulx l, tir du dict comte de Lestre ce qui s'ensuyt: en premier
lieu, qu'encor qu'il face bien mal  la Royne, sa Mestresse, de veoir
mal tretter et meurtir ceulx de sa religion en France, que nantmoins
estant Royne, comme elle est, sur beaulcoup de subjectz, elle ne
s'armera contre vous pour la querelle, que vous, estant Roy, combatts
contre les vtres, et qu'il me pouvoit asseurer, en foy de chevalier
d'honneur, qu'elle ne vous commencera la guerre, si elle n'y est bien
fort provoque; secondement, qu'encor qu'elle preigne grand confiance
de l'amyti du Roy Catholique, si se tient elle si offence du duc
d'Alve et l'estime si cruel, si superbe, et les Espaignolz si
intollrables, qu'il n'est rien qu'elle ne face pour chasser et luy,
et eulx, hors des Pays Bas; et qu'elle cognoist que leur voysinage
luy est fort dommageable, et qu'il est aussi peu proffitable  la
France, de tant mesmement qu'aprs ces guerres et troubles prsens,
lesquelz elle dict que ce sont eulx qui les ont suscitez et qui les
entretiennent, ilz ne fauldront d'en tramer bien tost d'autres pour
toutjour travailler les pays de de et les rduyre en aussy misrable
estat, s'ilz peuvent, comme ilz ont faict l'Itallie et le royaulme de
Naples, et qu'elle y remdiera, s'il luy est possible; et pour le
troisime, qu'entendant la dicte Dame l'accord des Escouoys, et comme
ceulx en qui la Royne d'Escoce avoit le plus de fiance, et qui,
possible, sont cause de la mesme fortune o elle est meintenant, se
sont trouvez ses plus contraires, qu'elle commance la justiffier en
son cueur de plusieurs choses du pass, et en tient pour coulpables
ses meschantz subjectz, dlibrant favoriser et porter dorsenavant son
faict en ce qu'elle pourra.

Je luy ay, de votre part, Sire, grandement gratiffi ses premier et
dernier propos, luy admenant beaulcoup de raisons du grand honneur et
proffict que ce sera  la Royne, sa Mestresse, si elle en uze ainsi
qu'il a dict; et, sur le propos du millieu, j'ay monstr ne doubter
aulcunement qu'il n'y ayt continuation de paix entre le Roy Catholique
et la dicte Dame, et ay conform mes responces  l'amyti que vous
avez avecques les deux. Sur quoy, Sire, je suis bien inform que la
dicte Dame, encor que plusieurs la persuadent  la guerre et qu'elle
veuille obtemprer, autant qu'il est possible,  ceulx de son conseil,
si donne elle ordre qu'il y en ayt toutjours quelques ungs d'eulx qui
luy conseillent la paix et l'espargne; et elle trouve moyen de fre
authoriser et approuver leurs oppinions, de sorte que si le Roy
d'Espaigne envoye quelque personnaige de qualit devers elle, je ne
fays doubte que tout leur diffrant, quoy que dye le dict comte de
Lestre, ne soit bien tost accommod, sinon que la restitution de tant
de prinses qu'ilz ont faictes y donnast empeschement, laquelle,  la
vrit, sera asss difficile  fre, mesmes q'une partie en est alle
 la Rochelle, et semble que quelques particulliers, grandz, de de,
en ayent butin une autre partie, et l'on vend le reste chacun jour 
vil prix.

Aussi, le mesme jour, comme nous sortions de table l'on vint dire aus
dictz sieurs Comte et Amyral, que quatre des grandz navyres de ceste
Royne avoient, le jour prcdant, au Pas de Callais, combattu quatorze
ourques, qui venoient d'Espaigne et de Portugal, bien riches de
deniers, d'espiceries et d'aultres bonnes marchandises, lesquelles,
encor que se fussent longuement deffendues, avoient enfin est suyvyes
et vaincues prez de Domquerque, et en avoit on admen huict dans ceste
rivire, dont soubdain ilz allrent trouver la dicte Dame pour
consulter de ceste novelle prinse. Et ainsy, encor qu'ilz veuillent
vitter la guerre avecques le Roy d'Espaigne, je ne say quel astre
les poulse de fre, chacun jour, quelque pas pour s'y mettre
davantaige; car ce dernier faict ne se peult excuser sur les pirates,
estantz les propres navyres de la dicte Dame qui l'ont excut.
Nantmoins ilz esprent que le Roy d'Espaigne, dissimulant tout cella,
envoyera devers eulx, ou qu'en fin ilz envoyeront devers luy et que la
rconcilliation se trettera. Ilz sont meintennant  rabiller les
quatre navyres, qui ont combattu les ourques, lesquelz ont est asss
endommaigez par la rsistance de quelques hommes de guerre espaignolz,
qui estoient sur icelles, qui ont tir souvant de quelques pices
qu'ilz avoient, et ont thu plusieurs des leurs. Et, aprs qu'ilz
seront prestz, j'entendz que mestre Ouynter partira, avec toutz les
quatre, pour conduyre la flotte de la Rochelle, ayant en fin ceulx cy
rsolu qu'elle yra qurir le sel et vin du payement des provisions
dont ilz rafreschirent ceulx du dict lieu, en dcembre dernier, et
autres qu'ilz ont meintennant prparez pour leu rapporter; ce que les
marchantz, qui en ont faict l'advance, sollicitent bien fort, affin de
se pouvoir rembourcer avant que la dicte ville soit rduicte  plus
grande extrmit, et aussi que ceulx de la novelle religion estiment
que cella pourra conforter et relever, de quelque chose, ceulx de leur
party, aprs la perte qu'ilz ont faicte. J'entendz que le dict Sr. de
Voysin a charge de passer oultre devers les princes et villes
protestantes d'Allemaigne, mais semble qu'il temporisera, icy, jusques
 ce qu'on ayt eu plus grand certitude des choses de dell.

Ceste Royne a favorablement respondu et escript, de sa main,  la
Royne d'Escoce sur aulcunes petites particullaritez qu'elle luy avoit
envoy demander, et le susdict comte de Lestre ayant faict traduyre en
franoys la capitulacion des Escouois me l'a envoye en la forme que
verrez: priant Dieu, etc.

     De Londres ce VIe d'apvril 1569.


Je viens d'estre adverty que ceulx cy renforcent de douze vaisseaulx
la flotte pour la Rochelle, oultre qu'on estime que les pirates s'y
joindront, quant elle sera en mer, et que l'on a encores aujourd'huy
secrtement distribu de l'argent  ceste leve de Flamans, dont je
vous ay cy devant escript, laquelle j'entendz estre de XIIIIe hommes
enrolls, ce qui me faict doubter de quelque entreprinse, ainsy que je
l'ay mand  Mr. le marchal de Coss, bien que je suis trs asseur
qu'il n'y a rien par ordonnance de ceste Royne, ny de son conseil, et
de tant que j'avois, cy devant, ouy parler de Blaye, et que le propos
en a est renouvell, despuys deux jours, en quelque lieu, sera bon
qu'on preigne garde vers cest endroict.


     A LA ROYNE.

Madame, ce que j'escriptz en la lettre du Roy est le principal de ce
que j'ay  fre entendre  Voz Majestez du prsent estat des choses de
de;  quoy je adjouxteray seulement que ceulx ci, cognoissant avoir,
en plusieurs sortes, pass trop oultre pour ceulx de la Rochelle, et
avoir, contre l'observance de la paix, mal trett voz subjectz en mer;
craignant bien fort avoir provoqu Voz Majestez d'en vouloir avoir la
revenche, dont, encores que ceste Royne n'advouhe rien de ce qui a mal
pass, et qu'elle monstre encores ne se mesler aulcunement du prsent
voyage qu'on va fre  la Rochelle, si n'est de prester seulement ses
quatre navyres pour asseurer la navigation de ses merchantz, ainsi
qu'elle y est oblige, sans qu'elle y envoie ny pouldres, ny
artillerye, ny hommes de guerre, ni argent, ainsi qu'elle dict, et
comme ung des principaulx de son conseil m'en a asseur, si luy
persuade l'on de procder de telle faon sur la restitution des biens
des Franoys, qu'en les entretennant de quelques formalitez de
justice, et monstrant les vouloir toutjour favoriser, elle diffre
nantmoins de leur octroyer la playne dlivrance de leurs dictz biens
jusques  ce que la main leve de Roan sera faicte, ou qu'elle se voye
asseure de la confirmation de voz communs trettez. En quoy l'on m'a
adverty qu'elle desire bien fort que Voz Majestez envoyent devers
elle; mais semble qu'il n'y ayt lieu, ou qu'aulmoins il n'en soyt
encores temps. Et je ne fauldray,  la premire foys que je l'yray
trouver, de prendre un autre rglement sur la restitution des dictes
prinses, qui soit plus brief que celluy, qu'elle avoit desj baill,
des quatre commissaires de son conseil.

Elle s'attand aussi que le Roy d'Espaigne envoyera icy quelque
principal personnaige, ainsy qu'il semble que le Sr d'Assoleville luy
en a faict dire quelque chose avant son partement, mais en cella il y
auroit plus de rayson, parce que le duc d'Alve a commenc d'exploicter
assez universellement contre elle et ses subjectz, en Anvers, premier
qu'elle ayt procd  l'arrestation des deniers d'Espaigne, l o Voz
Majestez n'ont rien attempt contre elle; ains ont incontinent
command la main leve que les officiers de Roan avoient faicte, en
faisant, de leur part, raison  voz subjectz. Et si, s'entend que le
Roy d'Espaigne en fin s'est rsolu de se rescentir des prinses et
viollences qu'ilz ont excutes sur ses subjectz, ayant desj faict
procder en Espaigne  la saysye et arrestation des biens et personnes
des Anglois, et deffandu ne transporter rien, ny mener aulcun traffic
de ses pays en Angleterre, aprouvant ce que le duc d'Alve et son
ambassadeur, rsidant icy, ont faict; de quoy le dict ambassadeur est
grandement resjouy, qui m'a mand que le Roy, son Mestre, n'envoyera,
ny permetra que le dict duc envoye plus, devers la dicte Dame. En
quoy, si la dicte rsolution tient, je croy qu'elle envoyera bien tost
devers luy, ainsy qu'il s'entend desj qu'elle se prpare de le fre,
bien que, pour maintenir la rputation, l'on faict icy courir ung
bruict que le duc de Feria est desj en chemin pour venir. Nantmoins
si ces choses demeurent guires en ce suspens, elles pourroient, par
continuation de ses prinses de mer, aller tant de mal en pis qu'en
fin il en sortiroit une guerre. J'entendz qu'on apreste dix des grandz
navyres de la dicte Dame pour conduyre la flotte de Hembourg, laquelle
sera riche de plus de cinq cens mille escuz de draps, ayantz entendu
que le duc d'Alve tient quarante cinq vaisseaulx, bien quipez en
guerre et toutz prestz, en Zlande, pour les empescher, mais ilz
monstrent ne le craindre guires. Sur ce, etc.

     De Londres ce VIe d'apvril 1569.


J'avois cloz ce pacquet quant le seigneur de Montafie est arriv,
lequel n'a trouv le passaige  propos. J'espre que ceste Royne
l'orra demain.


CONVENTION DE GLASCOW.

--du XIIIe de mars 1569.--


  L'EFFECT DU POURPARLER qui a est tenu  Glasco, le XIIIe de mars
    1569, entre le Rgent d'Escoce et ses amys d'une part, et le
    comte de Cassellis, le sieur de Herrys et l'abb de Kilwelming,
    au nom de monsieur le duc de Chastellerault, et autres ses
    adhrans de la noblesse, d'autre part.

  Il est requis par Monsieur le Rgent que le Duc et ses adhrans
  recognoistront le Roy et son authorit, et qu'ilz sont ses
  subjectz, et consquement de luy prester service, obdience et
  fidellit  l'advenir comme  leur Seigneur Souverain.

  Il est requis aussi, du cost de Mr. le Duc, que, ayant recognu le
  Roy, ainsy qu'il est expciffi cy dessus, que toutz et ung chacun
  de la noblesse seront restituez et remiz en leurs places de
  conseillers, ainsy que leurs prdcesseurs ont est durant le
  temps des autres Roys; mesmes ceulx qui sont nez hrditairement
  du conseil, et que Mr. le Rgent, portant l'authorit du Roy,
  jurera solempnellement, de l en avant, de se porter
  indiffremment et sainement, tant envers eulx comme aussi envers
  toutz autres de la noblesse, en toutes leurs honnestes et justes
  demandes, sans aulcune partiallit ou ressouvenance de leurs
  dportemens, durant le temps de la controverse.

  Item, que toutz ceulx qui ont faict faulte puis naguires, faisant
  service  la Royne, ou reffuz leur obdiance au Roy, promettent,
   l'advenir, de se porter envers luy comme ses loyaulx subjectz,
  avec toute humilit et obdiance, et seront remiz en leurs terres,
  offices et possessions, nonobstant quelconque confiscation, qui a
  est ordonne contre eulx, pourveu toutjour que toutz ceulx seront
  exemptz, qui ont est consentans  la mort du Roy.

  Item, que Monsieur le Rgent, ensemble touz ceulx de la noblesse,
  consentiront  toutz les articles qui se trouveront proffitables
  pour l'honneur, commodit et advancement de la Royne, mre du Roy,
  n'estant prjudiciables au Roi et  sa souverainet, dont deppend
  la seuret de toute icelle noblesse et de toutz ses subjetz, en ce
  comprins aussi la seuret d'iceulx.

  Et, pour ce que Monsieur le Rgent, de son cost, est aussi bien
  contempt de signer et jurer les conditions et accordz cy dessus,
  comme aussi de pourvoir  l'observation et entretnemant d'icelles
  par ceulx de l'autre party, il veult bien q'une assemble et
  convention se face, parce que le temps ne permect poinct
  prsentement de penser aulx affres de la Royne, mre du Roy; et
  est accord que, le Xe d'apvril prochainement vennant,
  s'assembleront et conviendront ensemble en la ville d'Edemborgh,
  en paysible manire, ces personnes cy aprs nommez, Monsieur le
  Rgent, Mr. le duc de Chatellerault, les comtes de Humteley,
  Arguile, Mourton, Athole et Glencarme, et le Sr. de Harriz, et en
  cas que aulcuns de ceulx cy seront absens, pour occasion de
  malladie ou autre affre urgent, q'ung autre de la noblesse sera
  esleu en sa place, et l, comme bons amys, tretteront ensemble et
  regarderont de conclurre, sur les articles et pointz qui
  concernent la Royne; et ce qu'ilz verront, ou la plus grand part
  d'iceulx, estre ncessaire de fre pour son honneur, sans
  prjudicier le Roy et son authorit, toute la noblesse y
  consentiront; et affin que la noblesse ayt seur accez pour ce
  fre, Mr. le Rgent promect, sur son honneur, qu'ilz viendront et
  retourneront, quand bon leur semblera, sans dangier ou
  empeschement.

  Cependant, il est accord que le Duc de Chatellerault et autres,
  ses adhrans, ne se mesleront point d'excuter aulcun office de
  lieuctenant ou autre authorit, soubz prtexte que la Royne Mre
  leur aura donn commission de ce fre, ny empescheront les
  officiers d'armes de fre leurs offices par tout le royaulme au
  nom du Roy et de Monsieur le Rgent, sellon que l'occasion se
  prsentera, promettant le dict sieur Rgent de ne procder en
  aulcune sorte, par lettres ou charges,  l'encontre du dict Duc et
  ses adhrans, dont ilz seroient prjudiciez ou touchez en leurs
  personnes, terres ou biens, mais seulement entend par cest article
  que nul empeschement se fera, de leur cost, contre l'auctorit du
  Roy.

  Or, pour ce que les forces doibvent estre prsentement dissipes
  et renvoyes, affin que les subjectz du Roy n'en ptissent, il est
  trs raysonnable que l'on baille asseurance  Monsieur le Rgent
  que les articles cy dessus expciffiez seront tenuz, comme il
  entend de fre de son cost. Il veult que Mr. le duc, le comte de
  Cassellis et le Sr. de Harrys, lui envoyent hotages pour demeurer
  auprs de luy jusques  tant que les dictz articles seront
  accompliz, c'est--dire, l'ung des filz de mon dict sieur le Duc,
  le comte de Cassellis ou son frre, et le dict sieur de Herriz ou
  son fils aisn.




XXIXe DPESCHE

--du XIIe d'avril 1569.--

(_Envoye par Mr. de Montafie, escuyer d'escuyerie du Roy._)

  Audience donne par lisabeth au sieur de Montafie, envoy de
    France auprs d'elle aprs la bataille de Jarnac, pour lui
    faire connatre tous les dtails du combat et toute
    l'importance de la victoire.


     AU ROY.

Sire, ayant le Sr. de Montafie tard huict jours  Dipe pour attandre
passaige, ceulx de la novelle religion, qui sont icy, ont cependant
calompni, en plusieurs sortes, les bonnes novelles de votre victoyre,
et ont dict que, puys qu'il n'en venoit confirmation de nulle part,
que je les avois controuves pour arrester la flotte de la Rochelle
et donner rputation  voz affres, et pour servir aussi aulx affres
de la Royne d'Escoce et  l'affection des catholiques de ce royaulme,
me mandant l dessus, par ung des miens, des parolles qui ne m'ont
aulcunement pleu. Et encores, estant desj le dict sieur de Montafie
arriv, ilz ont essay de procuper l'opinion de ceste Royne  luy
persuader qu'elle ne deust donner foy  ce qu'il luy en diroit.

Nantmoins estans, le mercredy de la sepmaine saincte, allez trouver
la dicte Dame, elle a fort bien et fort favorablement receu les
lettres de Voz Majestez, ensemble celluy qui les apportoit, et luy
ayant avec attention donn bien paysible audience sur tout le discours
que, de fort bonne faon, il luy en a faict, sans rien obmettre de ce
qui pouvoit bien exprimer la vrit, elle a monstr ne doubter plus du
succez de la bataille ny que la victoire ne vous en fust entirement
demeure. Et a respondu qu'elle ne pouvoit,  la vrit, se bien
resjouyr de la mort d'ung, votre parant, qui estoit si prochain de
votre sang comme feu Mr. le prince de Cond, sinon qu'il eust eu
quelque mauvaise intention contre les personnes de Voz Majestez Trs
Chrestiennes ou contre votre estat, auquel cas, s'il luy en estoit
onques tumb la moindre sintille du monde dans le cueur, elle vouloit
louer et remercyer Dieu, de bon cueur, du jugement qu'il en avoit
faict; mais qu'elle feroit grandement contre sa propre conscience si
elle l'en soubspeonnoit en rien, car a toutjour trs fermement creu,
qu'ainsy qu'il avoit l'honneur de vous appartenir, qu'aussi vous
estoit il trs bon et trs fidle subject et serviteur, et qu'elle ne
pouvoit qu'estre bien fort marrye de la continuation des troubles de
votre royaulme, de tant que, o que inclint en fin la victoire, ce
seroit toutjour la diminution de voz meilleures forces et la ruyne de
votre noblesse, rputant trs coupable envers Dieu, et fort
malheureux, pour l'estat de votre couronne et pour toute la
chrestient, ceulx qui en avoient est les autheurs et qui estoient
cause de les fre tant durer; mais qu'elle se resjouyssoit, comme
votre propre seur, et comme propre fille de la Royne, du bon
acheminement de voz affres, esquelz elle desiroit semblable
prosprit que aulx siens propres; et prioit Dieu que vous ne puyssiez
prendre jamais conseil sur iceulx de personnes qui ne portent aultant
de bonne affection  votre bien et  la conservation de voz personnes,
et estat, et authorit, comme elle faisoit; qu'elle pouvoit en cella
jurer son Dieu que vous [vous] en trouveriez bien.

Puys, s'est enquize curieusement si Monsieur, en personne, avoit faict
la charge; si le dict prince estoit mort au combat, ou bien si l'on
l'avoit thu, aprs l'avoir prins, estant seulement bless au bras; si
ce fut pour secourir monsieur l'Amyral qu'il vint ainsy sercher sa
male fortune; que le dict Sr. Amyral l'avait meilleure en ces troubles
que ez autres guerres, car jamais auparavant elle n'avoit ouy dire que
ez rencontres, ou combatz, o il s'estoit trouv, qu'il n'eust est
bless ou prins, mais croyoit, s'il eust est prisonnier ceste foys,
que ce eust est la dernire, car on ne l'eust espargn; si le comte
de Montgommery estoit mort; qu'elle avoit bien prdict ce qui estoit
advenu  Chatellier Pourtault; estimoit Estuard bon soldat, et qu'il
estoit dommaige qu'il n'eust suivy le bon party; qui commandoit
meintennant en l'arme du dict feu prince? et qu'il sembloit que, pour
la perte de luy, elle ne ft guires affoiblye, y restans plusieurs
bons capitaines pour commander; o estoit lors la Royne de Navarre, et
son filz?

Et ayant la dicte Dame de mesmes bien paysiblement escout ce que le
dict Sr. de Montafie luy a racompt du duc de Deux Pontz; o il
estoit; quel chemin il prenoit; comme, entendant la mort du dict
prince de Cond, il s'estoit arrest; comme Votre Majest luy avoit
envoy ung hrault pour luy deffandre d'entrer  mein arme dans votre
royaulme; les bonnes forces qu'aviez envoyes en Bourgoigne, soubz Mr.
d'Aumale et Mr. de Nemours, pour l'en empescher, s'il le vouloit
entreprendre; elle luy a faict rpter, par deux foys, le nombre des
dictes forces, tant de pied que de cheval, puis a adjouxt que ce
seroit  tort s'il y entroit, car n'avoit aulcune juste querelle de ce
fre, ny n'avoit ouy dire que vous l'eussiez onques offanc; et a
demand si le duc de Cazimir estoit avecques luy.

A toutes lesquelles particularitez, une  une, le dict Sr. de Montafie
a respondu de si bonne et prudente faon, et sellon qu'il convenoit 
votre service, qu'encor que les mal affectionnez fussent allez au
devant pour diminuer la rputation de voz affres et la grandeur de la
victoire, si a la dicte Dame, et ceulx de son conseil, toutjour
despuis tenu pour trs certain et vritable le rcit qu'il en a faict.
Mesmes que, bien tost aprs, par aulcunes lettres de Flandres, l'on
leur a tant augment le compte, qu'en fin ilz nous ont estimez toutz
deux fort modestes de ce que nous en avions dict, dont laisseray au
dict Sr. de Montafie de vous rendre compte des autres propoz de la
dicte Dame et du desplaysir qu'elle dict qu'elle aura, si dorsenavant
vous vous deffiez de sa bonne volont, parce que je me plaignois 
elle du voyage de ses navyres  la Rochelle; aussi d'une plaincte
qu'elle nous a faicte pour son ambassadeur, me menassant de me
tretter de mesmes qu'on le trettera de dell; du destroussement de ses
pacquetz; de l'excuse qu'elle luy a faicte pour ne le laysser passer
devers la Royne d'Escoce, et plusieurs particularitez qu'il a
comprinses de de, et autres, que je luy ay communiques, lesquelles
toutes je remectz  sa bonne suffizance, n'adjouxtant, icy, pour le
surplus, qu'une prire  Dieu, etc.

     De Londres ce XIIe d'apvril 1569.


Le Sr. de Gamaches m'a envoy prier que je veuille accompaigner de ce
mot sa trs humble suplication qu'il faict  Votre Majest, par le
dict Sr. de Montafie, qu'il vous playse le remettre en votre bonne
grce et en la possession de ses biens, suyvant la dellibration qu'il
dict avoir de demeurer  jamais votre trs obyssant et trs fidle
subject et serviteur, et que je vous donne tesmoignage de ses
dportemens par de. En quoy, ne l'ayant hant ny observ, pour
savoir comme il y a vescu, je puis au moins dire que je ne say qu'il
y ayt rien pratiqu contre votre service.


     A LA ROYNE.

Madame, ayant le Sr. de Montafie fort bien et fort sagement excut sa
charge,  laquelle je luy ay assist, ainsy que me commandiez, il vous
fera entendre les responces de la Royne d'Angleterre, lesquelles,
encor qu'elle les ayt mesures comme pour ne monstrer se resjouyr de
la mort de monsieur le prince de Cond, ny condempner l'intention de
son entreprinse, si les a elle accompaignez de plusieurs parolles qui
signiffient beaulcoup d'affection et de conjoyssance sur le bon
succez et prosprit de voz affres, et sur le desir qu'elle dict
avoir qu'ilz aillent tousjours bien. Ce qui monstre qu'elle ne se
repent poinct de la dclaration de paix qu'elle vous a naguires
faicte,  laquelle semble qu'elle persvrera, m'ayant donn entendre,
par aulcuns siens propoz, qu'ayant laiss passer plusieurs belles et
grandes occasions de vous fre la guerre en voz grandes adversitez,
qu'elle n'est si mal advise de la vous commencer,  ceste heure, sur
l'acheminement de voz victoires et prospritez; ains que de telle
conscience qu'elle a procd  ne vous accroistre votre mal, de la
mesmes procdera elle meintennant  ne vous empescher que n'en sortiez
du tout.

Il est vray que ceulx de sa religion sont,  ceste heure, si pressans
et si dilligens  procurer envers elle, et envers ceulx de son
conseil, quelque remde et secours, que je crains qu'il y aura bien 
fre d'empescher qu'ilz n'en obtiennent quelcun soubz mains, mesmes
qu'il est dangier que la ncessit et le dsespoir les face
condescendre  luy offrir de plus grandz partiz qu'ilz n'ont encores
faict. A quoy j'opposeray toutz les obstacles que je pourray, et
mettray peyne de descouvrir dilligemment ce qui en sera, affin de vous
en donner les plus promptz et les plus asseurez adviz qu'il me sera
possible. Et me remectant de toutes autres choses, pour le prsent, 
la lettre que j'escriptz au Roy et  la suffizance du dict Sr. de
Montafie, je n'adjouxteray, icy, qu'une prire  Dieu, etc.

     De Londres, ce XIIe d'apvril 1569.




XXXe DPESCHE

--du XVIIe d'avril 1569.--

(_Envoye par Olivier jusques  Calais._)

  Fausse nouvelle d'un chec prouv en France par les troupes du
    roi.--Pleine confirmation de la victoire de Jarnac.--Plaintes
    de l'ambassadeur  la reine d'Angleterre contre les leves de
    Flamands qui se font en son royaume, les secours de tout genre
    qu'on y prpare pour la Rochelle, et les prises faites en mer
    sur les Franais.--Protestation de la reine qu'elle ne veut
    porter aucune atteinte  la paix, que les enrlemens sont pour
    l'Allemagne, qu'elle n'autorise aucun secours, et que les
    prises sont faites par des corsaires.--Rclamation de
    l'ambassadeur en faveur de la reine d'cosse.--Remise du
    message du duc d'Anjou, qui a crit lui-mme  la reine
    d'Angleterre, le lendemain de la bataille, pour lui rendre
    compte de sa victoire.--Plaintes de l'ambassadeur Norrys, qui
    demande son rappel de France.


     AU ROY.

Sire, estant le Sr. de Montafie party, le XIIe de ce mois, pour s'en
retourner devers Votre Majest, l'on a aussi tost faict, icy,
artifficieusement courir ung bruict que le prince de Cond n'estoit
poinct mort, et qu'ung autre,  qui il avoit baill sa cazacque, comme
se faict asss souvant par les chefz d'arme, ung jour de bataille,
avoit est prins pour luy, et thu de sans froid, publians y avoir
hommes dignes de foy en ceste ville qui avoient veu des passeportz
signez de sa main, en datte subsquente du jour de la bataille, et de
ce y a eu gageures de plus de douze ou quinze mil escuz, en la court
ou  la ville; et adjouxtoit on qu'encor que Monsieur, frre de Votre
Majest, eust gaign la journe, du XIIIe du mois, il en avoit perdu
despuys une autre, le XVIe, que monsieur l'Amyral l'avoit surprins,
et deffaict entirement les Suisses, miz en routte le reste de l'arme
et retenu luy prisonnier: ce qui a cuyd admener du changement aulx
choses de de, comme elles y sont plus muables que guires en lieu du
monde, procurans, ceulx de la novelle religion, avec grand instance,
de fre partir la flotte de la Rochelle, la fre accroistre d'ung plus
grand nombre de vaisseaulx, les bien quiper en guerre, et embarquer
des Flamans pour les mettre en terre de dell.

Mais il est venu, tout  propos, que j'ay eu  prsenter  ceste Royne
des lettres de mon dict Sieur, lesquelles, encores que fussent du
XIIIIe du dict mois, il s'en est, dans le mesmes pacquet, trouv une
autre que monsieur de Fizes m'escripvoit, du XVIIe, en laquelle il ne
changeoit rien des premires novelles; ce qui a, asss soubdain,
estainct le faulx bruict, mesmes que j'ay donn  la dicte Dame tant
d'enseignes de ce qui estoit le vray, qu'elle n'en doubte plus, et luy
ai adjouxt que ce n'estoit une surprinse, ains une si pleine
victoire, gaigne comme en assignacion de bataille, que ceulx de
l'aultre party n'estoient pour comparoistre jamais plus en campaigne,
ayant Monsieur desj march pour aller forcer les places, o ce qui
estoit de remanant s'estoit saulv; et que je la pryois de considrer
que Votre Majest n'avoit acquiz cest avantaige sans beaulcoup de
difficultez, ny sans hazard de votre estat, ny sans une extrme
despence, ny sans la ruyne de beaulcoup de pays, ny encores sans
effuzion de beaulcoup de sang, dont vous costant si cher, vous le
vouldrez approfficter et en accommoder voz affres; ce qui me faisoit
la suplier, de rechef, touchant ce voyage de la Rochelle, de donner
ordre que rien n'y allt par o vous peussiez entrer en opinion
qu'elle se vollust opozer  votre victoire, ou arrester la prosprit
de voz affres; et que je luy disois cella parce que j'estois bien
adverty qu'encor, despuys huict jours, la leve des Flamans s'estoit
continue et leur avoit est de nouveau baill argent, estant eschapp
 aulcuns d'eulx de dire qu'ilz pensoient aller  la Rochelle.

A quoy la dicte Dame m'a respondu que, despuys l'aultre foys que je
luy en avois parl, elle avoit faict dilligemment enqurir de la dicte
leve, et qu'il avoit est prins six Flamans  Douvres qui avoient
confess que, n'ayantz moyen de vivre par de, ilz s'estoient
enrollez, envyron deux centz, pour passer en Allemaigne, et que
l'homme du prince d'Orange leur avoit baill  chacun ung peu
d'argent, mais qu'elle m'asseuroit que ce n'estoit rien contre Votre
Majest.

Je luy ay seulement rpliqu que je savois que l'enrollement estoit
de plus de deux mille, et que de cella n'en seroit jamais rien input
 l'home du prince d'Orange,  qui, sans lze magest, n'estoit
loysible lever gens en ce royaulme, sinon avec le cong de la dicte
Dame; et que vous ne vous pleindriez que d'elle de tout ce qui
sortiroit d'icy  votre prjudice. Puis, sur la restitution des biens
de voz subjectz, qui ont est prins en mer, je luy ay dict que je ne
savois que luy requrir davantaige pour en avoir raison, ny pour fre
cesser ce qui se commtoit encores toutz les jours de violent en mer,
de quoy je demeurois diffam et calompni, envers Votre Majest et
envers les gouverneurs de voz frontires, de ce que j'annonoys
toutjour la paix du cost de ce royaulme, jouxte l'asseurance qu'elle
m'en donnoit, et l'on n'en voyoit sortir qu'une continuelle guerre;
dont me reprochoient, ou que j'estoys mal advis de me fier en ses
parolles, ou qu'elle estoit mal obye; et que j'estoys prest de
renvoyer les povres marchantz franoys qui me sollicitoient, icy,
toutz les jours, pour sercher leurs remdes ailleurs, et mander de
dell de ne laysser plus sortir nulz navyres marchantz de noz portz et
rivires, jusques  tant que, par force, Votre Majest eust remdi
aulx volleries et otrages que les corsaires anglois vont fre jusques
dans voz portz.

Sur quoy la dicte Dame m'a jur qu'elle et ceulx de son conseil
avoient faict tout ce qu'ilz avoient peu pour rvoquer et aprhender
les pirates, et qu'encores freschement elle avoit envoy novelles
ordonnances et provisions contre eulx par toutz ses portz, dont estoit
trs marrye de n'y pouvoir mieulx remdier, car ilz pilloient,  ceste
heure, aussi bien ses subjectz que les vtres; et quant  la
restitution des prinses, qu'elle me promtoit, en parolle de Royne, de
fre rendre tout ce qui apparoistroit appartenir aulx Franoys, aussi
tost que je la pourrois asseurer que l'on auroit dlivr les biens des
Anglois en France.

Je luy ay dict que, comme elle estoit Royne, je m'asseurois qu'elle
vous estimoit estre Roy Souverain, et si ne vous vouloit dfrer en
cest endroict, qu'aumoins devoit elle offrir condicions esgalles 
fre la dicte restitution, d'ung cost et d'autre, tout  la foys. Sur
quoy, elle, appellant son amyral et le secrtaire Cecille, leur a
command, de bonne sorte, qu'ilz ayent  adjuger aulx Franoys toutz
les biens qu'ilz monstreroient leur apartenir, sans toutesfoys les
pouvoir encores transporter hors d'Angleterre, sinon qu'ilz fussent
telz qu'ilz se dprissent, ou ne fussent de bonne vante par de,
auquel cas vouloit qu'ilz fussent dlivrez, soubz caution, et qu'il
soit baill commission aulx autres pour aller recognoistre, le long de
la coste, toutes leurs prinses et icelles vriffier, et qu'au mesme
jour que Mr. le marchal de Coss mandera vouloir fre la dlivrance
aulx Angloix, elle veult qu'elle soit faicte aulx Franoys.

Aprs, je me suis plainct bien fort de ce qu'aprs plusieurs remises
et changemens de promesses, elle enfin a deny la visitation que Voz
Majestez Trs Chrestiennes envoys fre  la Royne d'Escoce, votre
parante et principalle allie, par le dict Sr. de Montafie, monstrant
en cella que ceste princesse est comme prisonnire, dont dorsenavant
ne failloit tretter que de sa renon; et qu'en lieu de bien esprer de
la confiance que la dicte Dame avoit miz en elle, l'on publioit
partout que, licentiant dernirement le duc de Chatellerault, elle luy
avoit dict, touchant les actions du comte de Mora, qu'elles demeurent
aprouves et justiffies, et que si luy, arrivant en Escoce, ne
recognoissoit  Roy le petit prince, qu'il n'esprt jamais avoir
support d'elle, ains qu'elle luy nuyroit en tout ce qu'elle pourroit;
ce qui a est cause dont le bon homme s'est despuys condescendu  fre
ce qu'il ne vouloit, ny debvoit, contre sa Mestresse.

A quoy la dicte Dame m'a respondu que, quoy qu'on m'eust donn
entendre, elle ne vous avoit dny la visitation de la Royne d'Escoce
(sur quoy, Sire, vous en entendrez le discours par le Sr. de
Montafie); et que, si je voulois, elle bailleroit encores le passeport
au gentilhomme pour l'aller trouver, et, au reste, que, tant s'en
falloit qu'elle eust faict nul mauvais office contre la Royne
d'Escoce, que c'estoit elle seule qui avoit port son faict, et que
tout le mal procdoit de ses mauvais subjectz, estant preste de
s'employer pour elle de toute affection de bonne et naturelle parante,
et qu'elle mesmes luy avoit escript lettre de grand contantement.

Despuis, elle a faict fre quelque meilleure dmonstration  Bortic,
escuyer de la dicte Dame, qui est icy, sollicitant sez affres, et
j'entendz aussi, Sire, qu'on a encores de nouveau diffr, pour
quelques jours, le partement de la flotte de la Rochelle, et que la
dicte leve de Flamans commance  se desbander, bien que, d'ailleurs,
j'ay adviz qu'ils arment et mettent en bon quipage toutz les
vaisseaulx de la dicte flotte et plusieurs aultres dans ceste rivire,
oultre sept aultres des grandz navyres de ceste Royne qu'on arme en
grand dilligence, mais il semble que ce soit pour aller en Hembourg,
o mesme plusieurs gentilshommes dlibrent de fre le voyage, car
s'espre qu'on y combatra, passant vers Olande et Zlande, o le duc
d'Alve a command d'armer bon nombre de vaysseaulx pour les empescher.
Ceulx cy esprent que le Roy de Danemarc et les Ostrelins feront armer
pour les venir recueillir, et y a grande apparance, veu la
proclamation que le duc d'Alve a faicte pour exclurre tout commerce
des subjectz du Roy Catholique avec les Anglois, que les matires
s'aigriront entre eulx; mais je vous donray plus grand notice de tout
cecy par le Sr de La Croix, que je dpescheray bien tost devers Votre
Majest,  laquelle, etc.

     De Londres ce XVIIe d'apvril 1569.


Rouvray et Valfenyre, qui estoient, naguires, passez d'Allemaigne
par de, partent aujourdhuy pour s'aller embarquer  Douvres avecques
le Sr. Du Doict pour aller  la Rochelle, et j'entendz que le Sr. de
Gamaches s'en va aussi pour jouyr du bien que vous luy faictes de le
remettre en votre bonne grce et en sa mayson.


     A LA ROYNE.

Madame, il ne pouvoit advenir rien mieulx  propos pour rabattre les
faulx bruictz qu'on semoit, icy, sur le succez des choses de Guyenne,
que la dpesche que Monseigneur votre filz m'a faicte, du XIIIIe du
pass, en laquelle ayant trouv une sienne lettre pour ceste Royne
avec ung discours de la faon et yssue du combat, sign de sa
main, je le luy ay prsent avec ses bien humbles et cordialles
reccommendations, et l'ay prye d'accepter la bonne volont dont ce
gnreulx et vaillant prince, et le mieulx nay qui soit aujourduy,
sans estre luy mesmes Roy, en nulle maison royalle de l'Europpe, avoit
uz  luy fre part, premier qu' nul prince de la chrestient, aprs
Voz Majestez, de l'heur de sa victoire, s'asseurant que, pour la
singulire affection qu'elle portoit au Roy, et  Vous, et au bien de
voz affres, et pour l'amour d'elle mesmes, elle s'en resjouyroit et
loueroit Dieu de ce sien jugement pour l'authorit des princes sur
leurs subjectz, estant elle, mesmement, du bon et lgitime rang des
souverains, et esproit aussy qu'elle seroit bien ayse que
l'accomplissement d'une si royalle entreprinse ft escheu  luy, qui
estoit son bien humble et bien affectionn parant, et qui avoit
toutjour desir l'aymer, l'honnorer et la servir, avec plusieurs
autres propoz qui servoient  la mettre hors de tout doubte que les
choses ne fussent bien vrayes.

La dicte Dame a de bon cueur accept les lettres et recommendations,
et tout le propoz de mon dict seigneur, et, ouvrant elle mesmes les
lettres, a regard incontinent le signe et la dathe, puys les a leues
entirement et m'a dict qu'elle avoit grand obligacion  Monsieur
d'avoir eu souvenance d'elle, en tel lieu et en tel temps, comme
celluy qu'il avoit prins la peyne de luy escripre; de quoy elle le
remercyoit de tout son cueur, et, qu'encor que, pour quelque
considration et pour aulcun compte, elle eust bien vollu qu'il ft
al autrement, et qu'il eust plus tost succd ung accord q'ung
combat, nantmoins, pour ne pouvoir desirer que tout bien  la cause
des Roys, elle se resjouyt et se resjouyra toutjour de la prosprit
et advantaige de Voz Majestez, et de la rputation, grandeur et bonne
estime de mon dict seigneur; et qu'elle verra et croyra mieulx le
discours du combat, puisque luy mesmes, qui en avoit eu la victoire,
le luy avoit envoy, et qu'elle me bailleroit sa responce pour la luy
fre tenir. Dont vous asseure, Madame, que j'ay eu si bonnes responces
de ceste princesse sur tout ce que je lui ay, ceste foys, propos, que
je ne puys conjecturer que bien de ses prsentes intentions envers Voz
Trs Chrestiennes Majestez, bien que je vous supplie ne fre desgarnir
rien, de ce cost, tant qu'on y sera en armes.

La dicte Dame m'a pry de vous reccomander bien fort son ambassadeur,
et qu'il vous playse garder qu'on ne luy donne occasion de demander,
ainsy instantement comme il faict, son cong pour beaulcoup
d'indignitez qu'il dict estre faictes  luy et aulx siens, toutz les
jours, et qu'il vous playse aussi escripre au gouverneur de Calais de
dlivrer ung sien subject, nomm Robins, de Douvres, lequel, ayant
port le secrtaire de l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, dans
ung sien navyre  Donquerque, il le fit arrester, luy et son navyre,
au dict lieu, d'o s'estant saulv  Callais, elle desire bien fort
luy estre randu, et desire aussi qu'il soit faict justice  certain
marchant anglois, nomm Baquer,  qui l'on dtient quelques biens en
Bretaigne, nonobstant que Voz Majestez luy ayent baill plusieurs
provisions pour les avoir. Et, me remectant de toutes autres choses 
la lettre que j'escriptz au Roy pour n'uzer icy de redictes, je
supplieray le Crateur, etc.

     De Londres ce XVIIe d'apvril 1569.




XXXIe DPESCHE

--du XXe d'avril 1569.--

(_Envoye par Mr. de La Croix._)

  Nouvelles importantes qui ncessitent le dpart du sieur de La
    Croix.--_Mmoire gnral_ sur les affaires de France, d'Espagne,
    d'Irlande et d'cosse.--Efforts des seigneurs anglais protestants
    pour faire dclarer la guerre.--Motifs donns dans le conseil
    d'Angleterre pour la guerre ou la paix avec la France.--La reine
    se prononce pour le maintien de la paix.--Rclamation des glises
    protestantes contre cette dtermination.--tat des ngociations
    avec l'Espagne.--Continuation des prises faites sur mer.--Complot
    form par les Espagnols, d'intelligence avec des catholiques
    d'Angleterre, pour oprer un dbarquement dans l'le.--Prparatifs
    de dpart d'une grande flotte arme pour Hambourg.--Continuation
    des prparatifs de dpart de la flotte pour la Rochelle.--Troubles
    en Irlande, o les catholiques sont en armes.--Troubles en cosse,
    o se tient la confrence de l'Ilebourg.--_Mmoire particulier et
    secret_ sur les affaires d'Angleterre.--Les protestants et les
    catholiques sont prts  en venir aux mains.--Remontrances des
    seigneurs catholiques pour le maintien de la paix avec la France
    et avec l'Espagne.--Leur retraite du conseil.--Projet qu'ils ont
    form de s'emparer du pouvoir.--Ils dclarent avoir l'appui du duc
    d'Albe et de l'Espagne, ainsi que l'approbation du pape, et
    demandent l'appui de la France.--Conditions du trait qu'ils
    proposent.--Ncessit de se concerter avec l'Espagne pour en
    rgler l'excution.--Avis de l'ambassadeur sur la conduite qui lui
    parat devoir tre suivie au sujet de ces propositions.


     AU ROY.

Sire, y ayant,  ceste heure, plusieurs choses icy qui se monstrent de
toute aultre faon qu'elle n'estoient auparavant les nouvelles de
votre victoire, et dont semble que ce royaulme soit beaulcoup agit et
que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil soient asss
incertains de ce qu'ilz y doibvent fre, changeans,  tout coup, de
dellibracions, j'ay estim qu'il estoit bon de vous envoyer le Sr. de
La Croix, pour vous aller reprsanter, de bouche, une partie de ce que
j'en voy et entendz icy, sur le lieu, qui ne se peult bonnement
escripre, affin que, le comprenant tel qu'il est, Votre Majest le
puisse mieulx aproprier  son service, et me commander comme j'auray 
m'y conduyre.

Il m'a sembl, par les derniers propos que j'ay eu avec ceste Royne,
qu'elle n'est tant pour la justice de ceulx qui vous mnent la guerre
en votre royaulme qu'elle ne les accuse de beaulcoup d'injustice; car,
ayans discouru ensemble asss ongtems, et quelque foys avec contraire
opinion l'ung  l'autre, du jugement qu'il a pleu  Dieu d'en fre par
les armes, elle en fin m'a dict que, comme elle eust bien vollu que
vous, Sire, et la Royne, eussiez est escrupuleux  ne vous laysser
persuader de fre ny souffrir que voz subjectz fussent perscutez en
serchant de jouyr de ce que leur aviez permiz pour leur religion,
qu'aussi eulx, de leur part, eussent, comme il est raison, faict moins
de conscience d'aller  la messe et aulx crmonies de l'esglize
romaine qu'ilz n'en ont vollu fre de s'eslever contre leur Roy et de
thuer leurs prochains, me priant de fre bien entendre  Voz Majestez
Trs Chrestiennes qu'elle ne peult, en faon du monde, vouloir que
tout bien  la cause des Roys, et que, partant, elle se resjouyt de
votre prosprit, et la desire comme la sienne propre; ce qui monstre,
Sire, qu'encor qu'elle escoutte asss volontiers ceulx de la novelle
religion, qu'elle ne leur souffre toutesfoys de mettre en avant nulz
partyz qui soient contre l'authorit des princes souverains, et
qu'elle ne se laysse, du tout, tant possder  eulx qu'elle ne se
rserve  estre possde aussi aulcunement par les catholiques. Et
ayant bien instruict et bailh amples mmoires de toutes aultres
choses de de au dict Sieur de La Croix, auquel je vous supplie
donner foy, je prieray, pour le surplus, bien dvottement le Crateur,
etc.

     De Londres ce XXe d'avril 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, ce que j'ay  vous dire de l'occasion du prsent voyage du Sr.
de La Croix et des novelles de de, Votre Majest l'entendra si
amplement de luy et de ce que j'en touche en la lettre du Roy, et
d'aulcunes aultres choses que je luy ay commises,  part, pour vous,
que j'en feray la prsente tant plus briefve. Seulement j'adjouxteray
que je ne vous saurois asss exprimer combien ceste Royne m'a pri de
vous recommander son ambassadeur, auquel je vous suplie trs
humblement tenir quelque bon propos de contantement, la premire foys
qu'il viendra  l'audience, affin qu'il n'escripve plus par de qu'on
le veuille rvoquer; et commands, s'il vous playt, Madame, que mon
pacquet pour Monseigneur votre filz, dans lequel y a une lettre que la
Royne d'Angleterre lui escript, luy soit promptement envoy, o je luy
rendz compte comme elle a eu ses lettres et ses reccommendacions, et
les propoz que je luy ay tenuz de sa part, trs agrables, et luy
mande ses responces: priant atant le Crateur, etc.

     De Londres ce XXe d'avril 1569.


DIRA LE SEIGNEUR DE LA CROIX A LEURS MAJESTEZ,

_Oultre le contenu de la dpesche:_

Que, despuys ung mois, il y a eu grand diffrant entre ceulx du
conseil de la Royne d'Angleterre sur ce que les ungs incitoient la
dicte Dame de fre la guerre, ou bien contre la France affin de
recouvrer les droictz de Calais et se saysir cependant de quelque
place en Normandie ou Picardie, ou bien de l'avoir contre les Pays Bas
pour se ressentir de l'injure que le duc d'Alve luy a faicte et pour
chasser les Espaignolz du Pays Bas, ou au moins pour tirer une
honnorable confirmation des anciens trettez;

Et qu'il ne se prsenteroit jamais occasion plus  propos  la dicte
Dame pour mener les deux Roys  quelque raison, ny pour pouvoir plus
honnorablement, et avec plus d'advantaige, capituler avec eulx que
meintennant, ny pour mieulx asseurer elle et son estat de leur cost;

Et pourvoirroit, par mesme moyen, aulx affres de sa religion,  tout
le moins elle feroit qu'encor que ceulx, qui soubstiennent la guerre
meintennant pour la deffance d'icelle, vinssent  succomber, qu'elle
se trouveroit hors du dangier et du mal, qui autrement pourroit tumber
sur elle et sur son royaulme;

Et qu'aussi bien avoit elle desj pass si avant en ces voyages de la
Rochelle, en ces prinses de mer et en retenant les deniers d'Espaigne,
qu'elle pouvoit estre toute asseure, si elle attandoit que les deux
Roys eussent accommod leurs affres, que sans doubte ilz
convertiroient leurs forces et leurs entreprinses contre elle:

Les aultres, au contrre, qu'elle se debvoit entretenir en la paix
qu'elle avoit avec les deux Roys, et laysser passer ces troubles et
orages qu'on voyoit succitez de toutes partz, sans y mesler ny elle ny
son estat, estant sans doubte, si elle s'y mesloit aulcunement,
qu'elle attireroit la guerre en son pays;

Qu'elle debvoit grandement prizer la paix et amyti qui luy estoit
offerte de ces deux grandz Roys, lesquelz se monstroient, de plus en
plus, si puissants qu'ilz s'en rendoient formidables au monde;

Qu'elle cognoissoit bien qu'elle et son royaulme n'estoient pour
fournir aulx fraiz d'une guerre ny pour fre d'asss grandes
entreprinses pour se prvaloir ou pouvoir rien aprofiter sur eulx;

Et ne debvoit craindre aulcunement la guerre de leur cost, si elle ne
les provoquoit, et, qu'en ce mesmes qu'ilz avoient est desj
provoquez, qu'ilz prendroient pour grande satisfaction les bonnes
raisons qu'on leur offriroit avec la paix et l'amyti de la dicte
Dame, estantz cogneuz magnanimes princes, qui se payeroient et ne se
contanteroient que trop des honestes devoirs et gracieulx offices
d'elle;

Qu'elle debvoit grandement considrer l'alliance et estroicte amyti,
qui est meintennant entre les deux Roys, qui seroient pour se unir
aysement et se liguer contre elle, si elle leur en donnoit occasion;
par ainsy, qu'elle debvoit viter d'avoir la guerre  l'ung ny 
l'aultre et encores plus de l'avoir aulx deux.

Sur quoy, aprs plusieurs dmenes, la dicte Dame tint l dessus ung
bien estroict conseil, lequel ne print entire dtermination, car,
ayant, elle, ouy les raysons dessus dictes, dict d'ung cost qu'elle
se tenoit trs asseure que jamais les deux Roys ne s'accorderoient 
son prjudice, estant l'Angleterre de trop grand jalouzie aux affres
de l'ung et de l'aultre;

Et, d'aultre part, elle adhra  l'opinion de ceulx qui luy
conseilloient la paix, redoublant, par deux foys, ceste parolle: _Je
ne veulx poinct la guerre: Je ne veulx poinct la guerre:_ ce qui
conforta grandement ceulx de la dicte opinion de tenir encores plus
ferme pour la dicte paix.

Mais luy remonstrans qu'elle debvoit donques commancer de mener
quelques secrectz et honestes moyens de rconciliation avec les deux
Roys, pendant qu'ilz estoient encores occupez, affin de s'asseurer
tant mieulx de la paix de leur cost;

Elle respondit qu'il importoit trop  l'honneur de sa couronne que
ceste pratique ft entame par elle ou qu'elle commancet de parler la
premire; car sembleroit qu'elle ft amande des choses passes, mesmes
que pour le regard de leurs Majests Trs Chrestiennes, elle leur
avoit desj faict une dclaration de paix et d'amiti, laquelle se
pourroit continuer par l'office des ambassadeurs et puis venir  plus
expresse dclaration; et, quant au Roy Catholique, elle s'asseuroit
qu'il envoyeroit quelcun de sa part devers elle, ainsy que le Sr.
d'Assoleville, avant partir d'icy, le luy avoit promiz.

Par ainsi, estantz les choses demeures en ce suspens et sans
conclusion, ceulx qui desiroient la guerre ont heu moyen de pratiquer
que les esglizes et concistoires de la novelle religion de ce royaulme
ayent requiz et conjur, au nom de Dieu, la dicte Dame de n'abandonner
la cause de sa religion, s'efforceans de monstrer que le prince de
Cond avoit justement prins les armes pour la deffance d'icelle, et
qu'il y avoit ligue des princes catholiques, lesquelz ne fauldroient
de torner leurs entreprinses sur elle et son royaulme, si, de bonne
heure, elle n'empeschoit qu'ilz ne demeurassent suprieurs.

Mais ilz n'ont peu obtenir qu'elle se dclart ouvertement pour le
dict prince de Cond, s'y opposans ceulx qui conseillent la paix et
aussi aulcuns des aultres qui sont bien affectionnez au Roy; et,
d'elle mesmes, n'y a volleu entendre, layssant seulement  ceulx de la
novelle religion de de de pouvoir rafreschir, d'aulcuns vivres et
choses ncessaires, ceulx de la Rochelle, selon aulcuns marchez qu'ilz
ont faict avec eulx, selon lesquelz ilz ont fort press le partement
de la flotte, de laquelle j'ay cy devant escript, affin d'aller qurir
le vin et le sel du payement de la somme qu'on leur a desj fornye en
deniers ou en rafreschissemens, pour laquelle le cardinal de Chatillon
est icy oblig; et ont faict aussi grande dilligence de trouver
nouvelles sommes pour leur envoyer, et pour envoyer aussi en
Allemaigne, sur le crdict de ceste Royne, ou sur celluy des
marchantz; mais cella leur a est empesch, comme aussi leur a est
empesche ceste leve de Flamans, qu'ilz pensoient fre secrtement
embarquer dans la dicte flotte, et la mettre en terre  la Rochelle;
et a est, d'abondant, command  leurs pirates de ne toucher
aulcunement aulx Franoys.

Mesmes, pour plus seurement establir l'amyti avec leurs Majestez Trs
Chrestiennes, elle avoit accord  ceulx de son conseil, de l'une et
de l'aultre opinion, qu'elle envoyeroit ung personnaige de bonne
qualit en France pour tretter de sa part avec leurs Majestez, qui
yroit, soubz prtexte de leur aller encores requrir la paix pour
ceulx de sa religion dans leur royaulme, mais, affin qu'elle ne ft
aussi mal ouye que la premire foys, qu'elle feroit solliciter par
Quillegrey, qui est en Allemaigne, les princes protestans d'y envoyer
aussi de leur part. Et  cest effect elle avoit desj command 
Piqgrin se tenir prest pour y aller et se trouver sur les lieux, quant
les autres arriveroient, affin de se prsenter, et fre, toutz  la
foys, une mesmes instance  leurs Majestez. Mais il luy a est mand
d'Allemaigne que les dictz princes protestans se prparoient  la
force, et non aulx prires, ny remonstrances; et l'ambassadeur Norrys
luy a aussi escript qu'il n'estoit encores temps de parler de cella.
Par ainsy ce voyage est demeur.

Et, pour le regard du Roy Catholique, ceulx qui sont pour la paix
avoient persuad la dicte Dame de trouver bon que le Sr. Ridolphy
allt, par prtexte de ses propres affres, en Flandres, et qu'il
atacht, comme de luy mesmes, une praticque de rconciliation avecques
le duc d'Alve; mais ceulx de l'aultre opinion, la cognoissant asss
offance contre le dict duc d'Alve, ont aysement interrompu cella,
luy donnans esprance que le Roy Catholique envoyera devers elle,
ainsy que le Sr d'Assoleville l'en a asseure; mesmes ont faict courir
le bruict que le duc de Feria, ou son frre, estoit desj embarqu
pour venir, et a l'on envoy vers le cap d'ouest comme pour le
recepvoir: mais cependant ont continu fre prinses et plusieurs
violences sur les subjectz du Roy Catholique, mesmes naguires quatre
des propres navyres de ceste Royne ont combattu, au Paz de Calais,
quatorze ourques qui venoient d'Espaigne, bien riches, dont en ont
admen huict dans ceste rivire; et, la veille de Pasques, en fut
prins deux aultres vers Plemmue, et des trze, qui avoient est
prinses auparavant, en fut, le mesme jour, envoy trois  la
Rochelle, qui valent beaulcoup. Ce que voyant ceulx qui conseillent la
paix, et qui sont bien affectionnez au Roy Catholique, qu'on
continuoit d'exasprer ainsy les matires, se sont retirez.

Cependant ceulx, qui conduysent le party contrre, ont tach de
descouvrir certaine entreprinse, qu'ilz prtendent qu'aulcuns Anglois
ont mene avec le dict duc d'Alve, de luy donner moyen de mettre en
terre de de ung nombre d'Espaignolz vers Norfolc, et luy pratiquer
douze ou quinze mile catholiques dans le pays, en quoy il debvoit
advancer 150,000 ducatz, dont plusieurs ont est constituez
prisonniers, et a est mand de relever toutz les fortz despuys
Arondel, qui est viz  viz du Hvre de Grce, jusques  Germue, qui
est au droict de Zlande, et mtre partout garnyson, artillerye et
monitions de guerre, pour la seuret du pays, et est l'on aprs 
sercher ung nomm Prestal, conducteur de l'entreprinse. Cependant l'on
a miz  la Tour ung nomm Ferre, qui a est secrtre de sir Thomas
Chalangier, lorsqu'il estoit ambassadeur en Espaigne[63], et sire
Jehan Sognoy, et les a l'on dilligentment examinez.

  [63] En 1561.

Et estant la dicte Dame aigrie davantaige de cecy et de plusieurs
rapportz, qu'on luy a faictz de l'ambassadeur d'Espaigne, qui est
toutjour resserr en son logiz, et de ce, aussi, qu'elle a entendu la
proclamation, novellement publie en Flandres, pour exclurre tout
commerce des pays du Roy Catholique avec l'Angleterre, et armer
navyres pour courre sus et prendre ce qu'on pourra sur les Anglois,
l'on luy a aysement persuad que, de son cost, elle debvoit aussi, 
bon escient, armer.

Dont, sur l'occasion d'une riche flotte de draps, d'envyron cinq ou
six centz mille escuz, qui doibt partir bien tost de ceste ville de
Londres pour aller  Hembourg, la dicte Dame, pour la conduyre plus
seurement, a command armer dilligentment sept de ses meilleurs
navyres de guerre, et bien quiper tout le reste de la dicte flotte,
qui sera, en tout, de XXII grandz vaysseaulx, oultre les petitz, qui
yront en compaignie, et a faict venir deux mille cinq centz des
meilleurs mariniers d'Angleterre pour mettre dessus, o plusieurs
gentishommes dellibrent s'enbarquer; et, avec cest quipaige, veult
qu'on la passe  la veue de Holande et Zlande, bien que, par la
relation de Rouvray et Valfenire, qui sont naguires venuz
d'Allemaigne et passs par Flandres, elle a entendu que le dict duc a
quarante cinq navyres prestz et bien armez pour les empescher; dont
elle faict dilligenter davantaige le partement des siens affin de
prvenir l'appareil que le dict duc pourroit fre plus grand, et
esprent que ceulx de Hembourg, et le Roy de Dannemarc, dresseront
aussi arme pour les venir recuillir.

J'entendz que, n'ayant ceulx de la novelle religion peu recouvrer
deniers en ceste ville, sollicitent que Me. Grassan, facteur de la
dicte Dame, passe avec la dicte flotte en Hembourg pour en fre
trouver de dell; et le Sr. de Voysin, de Normandie, qui avoit est
dpesch par ceulx de la Rochelle, auparavant la bataille, pour venir
devers ceste Royne et puis passer en Allemaigne, print hyer son
passeport pour continuer son voyage, luy et douze gentishommes et
huict serviteurs, et croy que l'homme du duc de Deux Pontz, lequel se
licentia au soir de ceste Royne, yra avecques eulx, mais semble qu'ilz
partiront premier que la dicte flotte d'Hembourg, et qu'ilz yront
prendre terre  Hemdem.

Le Sr. Du Doict et les susdicts Rouvray et Valfenire s'embarqurent,
il y a deux jours,  Douvres pour aller  la Rochelle, et j'estime
qu'encor que la flotte, qu'on a de long tems prpare pour aller au
dict lieu, soit retarde, qu'elle accomplira en fin le voyage, mais je
ne say qu'il y aille ny pouldres, ny artillerye, ny armes, ny gens de
guerre, au moins en tel nombre ou quantit qu'on en doibve fre cas,
et ainsy me l'a promiz fort expressment ceste Royne, et ceulx de son
conseil; bien que, pour la mutation que je crains toutjour aulx
dellibrations d'elle, veu ceulx qui luy sont auprs, je ne puys
m'arrester trop  cella, et desire que leurs Majestez me mandent si
j'offriray de fre fornir  la dicte Dame la provision des choses, que
les Anglois vont qurir au dict lieu de la Rochelle, en aultre
endroict de son royaulme, affin de leur fre dorsenavant laysser ceste
routte.

Il semble que les choses d'Irlande ne sont pour estre si tost
composes qu'on pensoit, ayant les saulvaiges encores forces ensemble
pour tenir la campaigne, lesquelz s'opiniastrent d'avoir, comment que
ce soit, la messe; et le mesme desir se cognoist en plusieurs
quartiers de ce royaulme, vers le Nort et Galles, et mesmes en ceste
ville, o j'entendz qu' ces Pasques, en douze ou quinze endroictz,
certaines bonnes compaignies ont ouy secrectement la messe et communi
 la forme de la religion catholique.

A quoy les a renduz plus ardiz la novelle de la victoire de
Monseigneur, frre du Roy, de laquelle les protestans ont eu quelque
craincte que les catholiques n'en esmeussent une soublvation, dont,
pour cest effect, ont envoy veoir ce qui se faisoit par les maisons
de la ville, soubz ombre de visiter si l'on y avoit la provision
d'armes qui est requise par l'ordonnance du pays.

Du cost d'Escoce, ne se sait encores  quoy s'est termin la
confrance de l'Islebourg, du Xe d'avril: seulement a est escript, de
Warwic, que les seigneurs s'y estoient trouvez et que envyron trois
centz chevaulx escouoys avoient couru jusques bien prez du dict
Warwic, d'o l'on estoit entr en soubspeon de quelqu'entreprinse sur
la place, ou bien qu'ilz venoient enlever la Royne d'Escoce; mais n'y
a aparance ny de l'ung ny de l'autre: plus tost fault croire que les
dictz Escouoys sont encores en armes et qu'ilz courent ainsy le pays,
ou que l'on estoit venu l contre les bandolliers.

Mesmes qu'il semble que les comtes d'Arguil et d'Athole n'ont consenty
 l'accord dernirement faict entre le duc de Chatellerault et le
comte de Mora, entendans que le dict duc avoit est intimid par la
Royne d'Angleterre, quant il partit naguires de ce pays, qui luy
avoit dict qu'elle aprouvoit les actions du susdict comte de Mora et
de ses associez, et que si luy, estant en Escoce, ne recognoissoit 
Roy le petit prince, qu'il n'esprt jamais avoir support d'elle, ains
qu'elle luy nuyroit en tout ce qu'elle pourroit. Dont craignant la
ruyne de luy, et de ses enfans, et, estant aussi pratiqu par vaines
promesses, avoit condescendu  ce qu'il ne vouloit ny debvoit contre
sa Mestresse, dont les aultres ne s'y estoient voulluz soubscripre.


REMONSTRERA A PART A LEURS MAJESTEZ QUE:

Les affres d'Angleterre sont en tel estat que, hors ce qui appartient
 l'authorit royalle, tout le reste du manyement est sur le poinct ou
d'estre retenu par ceulx de la novelle religion, qui, despuis le
commancement de ce rgne, l'ont occup, ou bien d'estre prochainement
prins et emport d'authorit par les catholiques.

Chacun des partiz, sentant la prtention de l'aultre, s'est desj muny
de forces, et y a secrette description d'hommes des deux costs.

Les protestans procdent plus  descouvert parce qu'ilz uzent de
l'authorit de la Royne et ordonnent, au nom d'elle, des aprestz de
guerre et armement du pays pour s'en servir  leur besoing, et font
cependant grand dilligence de surprendre les catholiques et d'enqurir
contre eulx pour les fre dclarer dsobyssans et mettre la mein sur
quelcun des principaulx, s'il est possible.

Eulx, au contraire, estantz des plus nobles et des plus puissantz du
royaume, se maintiennent en grand rputation envers ceste Royne et en
si bonne opinion du peuple qu'on ne leur oze toucher, ny rien
demander.

Et de tant que plusieurs choses sont meintennant bien venues pour le
desseing des dictz catholiques, savoir, la victoire que Monsieur,
frre du Roy, a gaigne; l'ordonnance que le duc d'Alve a faicte
d'exclusion de commerce d'entre les pays du Roy Catholique et
l'Angleterre, et la licence qu'il a donn d'armer en Olande et Zlande
contre les Anglois, aussi la ncessit o les dictz Anglois commencent
se trouver pour la chert et augmentacion de prix des marchandises
estrangires et grand diminution et faulte de vante des leurs, de
quoy ils s'en prennent  ceulx qui gouvernent;

Iceulx seigneurs catholiques ont estim qu'il estoit heure de
proposer, en ce conseil, les moyens qui leur semblent bons et
honnestes pour pourvoir aulx dsordres que la malle conduicte de ceulx
de la novelle religion a produictz; ce qu'ilz ont faict vertueusement
et ont miz en avant la rconciliation des princes voysins.

En quoy n'ayantz est ouys, ilz n'ont layss pourtant de fre, pour
leur acquit, plusieurs remonstrances,  part,  la dicte Dame, et puis
se sont retirs, sans comparoistre plus en court ny au conseil, avec
grand aprobation du peuple et estonnement des autres.

Et sentent bien, pour les inconvenians o ceste Royne va tumber, et
desquelz ilz donront bon ordre que sans eulx elle ne s'en puisse
relever, que bien tost ilz seront rapellez avec tant d'authorit
qu'ilz s'asseurent de s'emparer, sans difficult, du gouvernement et
manyement des affres et y admettre ou exclurre ceulx qu'il leur
plairra.

Et de tant qu'ilz monstrent mener leur entreprinse avec fondement
d'honneur et de droicture pour le bien de ceste couronne, et qu'ilz
ont l'intelligence du pape,  qui ilz donnent esprance de la
rduction de ce royaulme  la religion catholique, et ont celle du duc
d'Alve, auquel ilz promettent la restitution des prinses et deniers
arrestez, et la continuation de la paix, je leur ay promiz de fre
entendre  Leurs Majestez Trs Chrestiennes le desir qu'ilz ont
d'avoir aussi la leur, et l'asseurance qu'ilz me donnent de fre
accorder  Leurs dictes Majestez toutes les honnestes demandes
qu'avecques raison ilz feront  ceste Royne, sans que leurs dictes
Majestez s'en mettent en fraiz d'ung escu pour cella.

Requirent seulement qu'il leur playse fre quatre choses, qui ne leur
costeront rien; la premire, qu'ilz remonstrent vifvement 
l'ambassadeur de ceste Royne ce qui a mal pass contre eulx et leurs
subjectz, du cost d'Angleterre, despuis le commancement de ces
troubles: la seconde, que, comme le duc d'Alve propose de demander
milions pour centaines de tout ce qui a est prins, et mesmes
l'Irlande pour rparation des injures, qu'ilz facent aussi plusieurs
grandes demandes tant pour leur rparation que pour le faict de la
Royne d'Escoce: la troisiesme, qu'ilz facent publier une semblable
ordonnance qu'a faict le dict duc d'exclusion de tout traffic d'entre
la France et l'Angleterre: et la quatriesme, qu'ilz facent aprocher
sur la coste de Normandie et Picardie les gens du pape et Italiens,
qui sont venuz en France, affin de donner cueur aulx catholiques de
de et intimider d'aultant les protestans.

Sur lesquelles choses, de tant que ces seigneurs catholiques, despuis
que suis icy, ont toutjours monstr estre bien affectionns aulx
affres du Roy, et m'ont asss ayd  rabattre les dlibracions des
protestans sur la guerre de France, et ont fort port le faict de la
Royne d'Escoce, je n'ay peu fre que je ne leur aye donn quelque
esprance de la bonne intention de Leurs Majestez; bien les ay priez
de considrer les grandz et importantz affres qu'ilz ont meintennant
sur les bras, qui, possible, les gardera de ne pouvoir accomplir tout
ce qu'ilz demandent, mais que j'espre qu'ilz leur satisferont en si
bonne sorte qu'ilz en seroient contantz.

Ce que j'ay faict, affin que, quant ceulx cy se seront empars de
l'authorit, comme il y a grand apparence qu'ilz la recouvrent
bientost, ilz soient de tant mieulx disposs envers Leurs Majestez
Trs Chrestiennes et leurs affres, et envers la Royne d'Escoce; dont
ne fault doubter qu'on ne s'en prvaille en beaulcoup de choses;

Sans que j'aye, pour cella, cess de retenir toutjour les autres en la
mesme disposition, o je les ay miz, de ne laysser venir ceste Royne 
nulle dclaration ny commencement de guerre contre le Roy, et o elle
sera contreincte de prendre les armes, pour les occasions qu'ilz m'ont
souvant allgues, lesquelles j'ay desj mandes, ce ne soit
aulcunement contre luy, pourvoyant, par ce moyen, que quel des deux
partiz qui viegne  prvaloir, les affres du Roy n'en aillent plus
mal.

Et parce q'ung gentilhomme prudent et bien advis, qui ayde, au nom du
pape, de conduyre icy ceste entreprinse, en me discourant du succez
d'icelle, m'a remonstr que si Leurs Majestez Trs Chrestienne et
Catholique estoient pour venir  tant soit peu de soubspeon ou
deffiance, qui peust engendrer le moindre diffrant du monde entre
eulx sur les choses d'Angleterre, il vauldroit mieulx que tout cecy
cesst, et qu'on laysst l'Angleterre comme elle est, car le mal
surpasseroit le bien, il estoit d'adviz que Leurs Majestez eussent l
dessus l'intelligence du duc d'Alve, et que je l'eusse aussi avec
l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, et qu'il ft concert jusques 
quelz termes pourroit aller l'entreprinse du Roy en cecy, et pareille
celle du Roy Catholique, sans qu'il ft loysible  nul des deux
princes de l'oultrepasser.

Sur quoy, parce que je ne puis bien descouvrir de quelle intention
procde le dict duc, ny si c'est de luy que vient ceste mene, qui,
pour estre en suspens avecques les Anglois et quasi contreinct, pour
sa rputation et pour le recouvrement des prinses et rparation des
injures, leur commancer la guerre, y vouldroit, possible, mesler Leurs
Majestez, pour d'aultant se soulager, et, possible pour se descharger
du tout, sentant ceulx cy asss enclins  la paix et commerce des Pays
Bas, et laysser en fin tumber tout l'orage sur la France,

Je supplie trs humblement Leurs Majestez considrer de prs la
matire, et me commander comme il leur playt que je m'y conduyse et ce
que j'auray  respondre, de leur part,  iceulx seigneurs catholiques
et au gentilhomme, qui est icy pour le pape, lequel leur en fera aussi
fre instance par monseigneur le nonce de dell.

Et encor que je craigne beaulcoup de dire l dessus mon opinion, de
peur qu'on m'en estime prsomptueux, Leurs dictes Majestez nantmoins
prendront, s'il leur playt, de bonne part, comme de leur trs fidelle
subject, que je les supplie trs humblement de s'y conduire avec telle
modration que, conservantz l'amyti et bienveuillance du Pape et du
Roy Catholique, ilz ne se despartent de la paix qu'ilz ont avecques
ceste Royne et son royaulme, ains en monstrant ne vouloir nuyre
aulcunement  la dicte Dame, mais plus tost fre pour elle, ilz se
monstrent aussi aydans  l'entreprinse, aproprians par ce moyen, tant
qu'ilz pourront, l'occasion au bien de leur service avec quit et
droicture et avec rputation de leur grandeur, sans entrer en aulcune
despence:

C'est qu'ilz remonstrent de bonne sorte  l'ambassadeur de ceste Dame
comme ilz sont requis d'aulcunes choses qui concernent sa Mestresse,
desquelles ilz n'ont aulcun aparant argument de s'en pouvoir excuser,
premirement, que le pape, entendant l'opression des vesques
catholiques d'Angleterre et comme c'est ung pas o les plus
adversaires de l'esglize romaine font leur retrette, et o ilz
dressent leurs principalles entreprinses, et luy, ayant aussi prins
compassion de la Royne d'Escoce, les a priez de trouver bon que les
forces qu'il envoye en France soyent conduictes s frontires, qui
regardent l'Angleterre, pour fre ruscir ce qu'il espre en cella de
l'effect de ses intentions:

Secondement que le Roy Catholique leur ayant faict entendre la
dtention de ses deniers en Angleterre, et la prinse des biens de ses
subjectz par les Anglois, _et comme il dlibre s'en rescentir_, les a
pareillement priez que, pour l'troicte alliance et fraternit qu'il a
avecques eulx, ilz ne luy veuillent estre que favorables en sa juste
querelle:

Tiercement que les gouverneurs de Normandie, Picardie et Bretaigne, et
les habitans des dictes provinces le long de la coste, leur ont trs
instantment requis de pourvoir aulx dsordres, qui se commtent en
mer, et aulx tortz et violences que les Anglois leur font, et de fre,
en leur faveur et pour leur protection, quelque dmonstration de
rescentiment contre ceulx qui ne cessent de les tormenter toutz les
jours:

Adjouxtant que, de tant que la Royne d'Angleterre mesmes et luy son
ambassadeur cognoissent asss qu'ilz ne peuvent, avec leur honneur,
dnyer au pape ce qu'il leur requiert pour les catholiques, mesmement
pour la Royne d'Escoce, ny au Roy d'Espaigne sa modeste demande sur le
recouvrement de ses deniers, et encores moins  leurs subjectz ce
qu'ilz requirent pour leur protection, qu'ilz prient la dicte Dame
d'y pourvoir si bien d'elle mesmes que les choses n'en aillent plus
avant.

Et pourront, au mesme propos, toucher au dict ambassadeur, ou fre
toucher par moy  la dicte Dame, qu'ilz n'entendent se despartir par
l aulcunement de son amyti, et que, mesmes, ne pouvans, en nulle de
ces choses, estre honnestement pour elle, au moins ont ilz monstr et
monstreront qu'ilz ne veulent qu'on passe si avant qu'on viegne fre
descente ny conqueste en Angleterre, et qu'elle se doibt contanter
d'eulx s'ilz font en cella aultant qu'ilz peuvent pour elle.

Aprs, si bon leur semble, ilz feront acheminer les dictz Italiens en
la dicte frontire, et pourront, sans exclurre le traffic par
proclamation, le fre cesser, quelques mois, par prtexte des
coursaires et volleurs, lesquelz aussi rendent la navigation trs
dangereuse pour les marchantz, et cependant procurer icy doulcement
tout ce qu'on pourra pour la Royne d'Escoce.

N'obmettant, pour leur grandeur et rputation, de fre demander au duc
d'Alve qu'est ce qu'il prtend fre contre ceste Royne et son pays, et
la faon comme ilz entendent que l'entreprinse soit limite; en quoy
pourront remonstrer que les feuz Roys n'ont jamais vollu permettre
qu'on fist conqueste dans ce royaulme, cognoissans que cella importoit
 la seuret du leur, et que, comme le feu Empereur fut bien en accord
avec le feu Roy, Franoys premier[64], qu'il peult fre la guerre au
Roy Henry huictiesme d'Angleterre pour le recouvrement de Bouloigne,
sans toucher nantmoins ny descendre aulcunement en son royaulme, que,
de mesmes, ilz trouvent bon que le duc d'Alve face tout ce qu'il
pourra pour le recouvrement de ses deniers et des prinses, sans qu'il
face aussi descente ny entreprinse dans le dict royaulme.

  [64] Cet accord se rfre  l'une des clauses du trait de Crpy,
  conclu, le 18 septembre 1544, entre Charles Quint et Franois
  Ier, quatre jours aprs que Henri VIII se ft rendu matre de
  Boulogne.




XXXIIe DPESCHE

--du XXIIIe d'avril 1569.--

(_Envoye par Jehan Pigon jusques  Calais._)

  Dpart de la flotte pour la Rochelle, en simple quipage
    marchand.--Les affaires d'cosse demeurent en suspens jusqu'
    la conclusion de la confrence de l'Islebourg.--Dtails sur la
    flotte de Hambourg.--Craintes que doit inspirer cette
    expdition.--Nouvelles dmarches faites auprs de l'ambassadeur
    d'Espagne.--Justification de l'ambassadeur de France contre les
    reproches du marchal de Coss, qui se plaint de l'incertitude
    de ses avis touchant la paix ou la guerre.--_Proclamation du
    comte de Murray_, dans laquelle il annonce qu'lisabeth a
    approuv toute sa conduite, et que Marie Stuart a t dclare,
    par le conseil d'Angleterre, complice du meurtre de son
    poux.--_Lettres d'lisabeth et de Marie Stuart_, au sujet de
    cette proclamation.


     AU ROY.

Sire, n'y ayant que trois jours que je vous en ay faict une dpesche
par le Sr. de La Croix, qui est party d'icy le XXe de ce mois, la
prsente sera pour donner adviz  Votre Majest comme la flotte, qui
va  la Rochelle, sort aujourduy de ceste rivire en nombre de
quarante cinq vaisseaulx et quatre des petitz navyres de guerre de
ceste Royne pour les conduyre, oultre ceulx qui se joindront  eulx
en mer, affin qu'il vous playse en fre promptement donner adviz 
Monsieur, frre de Votre Majest, et qu'il ne preigne aulcune alarme
de l'arive de toutz ces navyres anglois au dict lieu, ny n'interrompe
pour cella l'excucion de ses entreprinses; car ayant faict
dilligemment observer la dicte flotte, despuis qu'elle a eu mandement
de partir, je puis asseurer qu'on n'y a embarqu hommes de guerre, ny
armes, ny monitions, en nombre ny en quantit qui soit pour en fre
cas; et y a seulement, en chacun des quatre navyres de guerre, ung
homme de qualit de la maison de ceste Royne pour y commander et les
monitions qu'on y a miz, oultre l'apareil ordinaire, ne sont que
d'envyron cinq cens escuz de pouldre, q'ung marchant, nomm Jehan
Barde, lequel j'estime estre de Bourdeaux, a achaptez de ses deniers,
et envyron deux cens paires de pistolls, estant tout le reste en
quipage de marchans  demy armez, sellon la coustume des Anglois.

Et ayant encores envoy  Douvres,  la Rie et Porsemue et jusques au
cap de Cornoaille, veoir s'il y avoit autres gens de guerre, ou
monitions, qu'on prpart d'y embarquer secrtement, l'on me vient,
tout  ceste heure, de raporter des lieux plus prochains, et dans
trois jours je l'entendray des plus loingtains, qu'il n'y a est veu
que les Srs. Du Doict, Rouvray, Valfenire et envyron dix autres
gentilhommes franois, desj prestz  fre voille dans ung lgier
vaysseau pour aller devant; et croy que c'est pour fre sonner la
prochaine arrive de ceste arme, affin de relever d'aultant par l
leurs affres, s'ilz peuvent. Ayant miz peyne, Sire, aultant qu'il m'a
est possible, d'interrompre du tout le dict voyage, mais ne l'ayant
peu pour le besoing qu'on a icy de sel, et pour la grande instance
qu'ont faict ceulx de la novelle religion et les marchantz, qui ont
contract avec eulx touchant les deniers et rafreschissemens desj
advancez  ceulx du dict lieu, de dpescher la dicte flotte avant que
plus grand inconveniant leur advnt, j'ay procur au moins qu'il n'y
allast rien qui vous peult offancer,  tout le moins guires nuyre, et
m'oposeray vifvement que ceste routte ne se continue plus, puis qu'il
vous plait me commander d'offrir  la Royne d'Angleterre
l'accommodement des choses ncessaires, que les siens y vont qurir,
en aultre endroict de votre royaulme; et, dez demain, je luy en
tiendray le propos, ensemble des autres particularitez contenues en
voz deux dernires dpesches, du IIIe et XIe du prsent, lesquelles
j'ay toutes deux receues seulement ce matin, ayant est le vent si
contraire qu'il n'y a eu, dix jours durant, passaige pour venir de
France.

Il ne se sayt encores si, en Escoce, le pourparler de l'Islebourg a
prins rsolution ou non, dont ceste Royne temporise de respondre  la
Royne d'Escoce, et retient icy son escuyer d'escuyerie Bortic jusques
 ce qu'il en vigne des novelles; et affin d'informer cependant Votre
Majest de ce qui se passe icy sur les affres de la Royne d'Escoce,
je vous envoye ce qu'elle m'a naguires escript, avec la coppie de sa
dernire lettre  ceste Royne et la coppie de celle que naguires elle
avoit receu de la dicte Dame, faisantz ceulx cy dmonstracion de
vouloir dorsenavant procder de bonne faon  son restablissement, et
entretiennent son homme de grandes promesses; mais il est trs certain
que sa fortune dpend entirement de l'heur de celle de Votre Majest.

Du cost des Pays Bas, Me. Oynter a desj commission de mettre en
mer, du premier jour, la flotte pour Hembourg, laquelle ilz arment et
mtent en bon quipage, avec sept des grandz navyres de guerre de
ceste Royne, et deux mille cinq cens bons maryniers, et quelque nombre
de noblesse qui semble aller allgrement  ce voyage. L'ambassadeur
d'Espaigne est toutjour resserr en son logiz, avec lequel ceulx de ce
conseil ont, despuys deux jours, essay d'atacher quelque praticque de
rconciliation par Me. Oynter et Me. Anthon, clerc de leur compaignie,
qu'ilz ont envoy devers luy pour respondre gracieusement  certaine
remonstrance, que naguires il leur a envoye, en latin, de laquelle
j'ay miz la coppie dans ce paquet, s'essayans d'excuser les choses mal
passes; mais il m'a faict entendre qu'il leur avoit si brafvement
respondu qu'ilz estoient demeurez confuz. Je mtray peyne, de jour en
jour, vous donner notice de toutes ces nouveaultez, ainsy qu'elles
surviendront: et prieray Dieu, etc.

     De Londres ce XXIIIe d'avril 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, il m'a sembl devoir promptement fre ceste dpesche  Voz
Majestez pour les occasions, que verrez en la lettre que j'escriptz au
Roy, affin que faciez incontinent advertir monseigneur votre fils de
ce qui part d'icy pour la Rochelle, sans qu'il s'esmeuve du bruict que
ceulx du dict lieu pourront fre courir que les choses sont plus
grandes que,  la vrit, elles ne sont; car, possible, ilz en
vouldront remettre en rputation leurs affres, mais il n'y va autre
chose que ce que je mande en la dicte lettre du Roy, si ce n'est,
possible, qu'il y eust quelque secret aprest vers le cap de
Cornoaille, que je n'ay encores descouvert, mais j'ay, pour cest
effect, envoy sur le lieu, et, par mes premires, je vous donray
adviz de tout ce qu'on y aura veu. Cependant, Madame, je crains que
Mr. le mareschal de Coss ayt trouv mauvais que je ne luy aye annonc
si clairement la paix ou la guerre, de ce cost, qu'il se peult
rsouldre  l'ung ou  l'autre, m'ayant mand qu'il croyoit que je ne
pouvois bonnement savoir les desseings d'icy, qui sont telz qu'il les
pensoit, et que la faon dont je luy escripvois vouloit aultant 
dire: ne faictes point de despence, car je le vous ay mand; et l o
il en fauldroit fre, je vous ay bien adverty que vous teniez sur voz
gardes; et que ce seroit quelque chose, pourveu que lettres que je
vous escripvois feussent semblables.

Sur quoy, Madame, je vous supplie trs humblement considrer combien
je ferois mal, et contre ma conscience, et contre votre service, de
vous mander, ny  mon dict seigneur le mareschal, une dclaration de
guerre, du cost de ceste Royne et des siens, l o elle, et eulx,
vous dclairent entirement la paix; et je serois, d'ailleurs, bien
tmraire et trop prsomptueulx en voz affres, si je vous persuadois
de vous fier que bien  poinct  leurs parolles, pendant qu'ilz sont
en armes et qu'ilz ont deux cens vaysseaulx en mer, et pendant que Mr.
le cardinal de Chatillon, le conseiller Cavaignes, le Sr. Du Doict et
le Sr. de Voysin, sont icy pour ceulx de la Rochelle, et qu'il y a
trois autres personnaiges pour le comte Palatin, pour le duc de Deux
Pontz et pour le prince d'Orange, lesquelz, encor que j'obtienne de
bonnes dclarations de paix, et que je leur interrompe souvant, et le
plus que je puis, leurs entreprinses, ne quictent pourtant la partie;
ains persvrent, par continuelles sollicitations envers ceste Royne,
avec le support des principaulx qui la manyent, affin de la fre
dclarer, joinct les inconstantes dlibracions de ceulx de ce
conseil, et leur naturelle inclination, et leur desir de recouvrer
Calais, qui est cause que,  la vrit, j'ay escript souvant  mon
dict Sr. le mareschal de se pourvoir, non comme attendant une guerre
dclaire de ce cost, mais pour se garder d'une surprinse, et en
cella semble qu'il sera bon, Madame, de ne tirer tant les forces qu'il
a pour les mtre ailleurs, que ne luy en layssiez toutjour asss pour
contenir le pays de s'eslever et ceulx cy d'y ozer rien entreprendre.
Et quant  fre venir plus au clair, par quelque dmonstration de
notre cost contre eulx, le mal qu'ilz nous font  couvert, je luy ay
aussi escript qu'il me sembloit n'estre bien  propoz de le fre, ny
d'attempter rien hostillement contre ceste Royne, sentant que ceulx,
qui l'incitoient  la guerre, voyans que nous la disposions de ne s'y
mesler aulcunement, procurent de nous provoquer  la luy commancer, ce
que voz prsens affres ne monstrent requrir. Et, quant  la
restitucion des prinses, j'ay pry mon dict Sr. le mareschal de
commancer  la fre aulx Anglois,  la mesme mesure que ceulx cy y
procdoient  la fre aulx Franoys, sans se haster  la pleyne
dlivrance, jusques  ce qu'on la feroit en mesme temps par de. Et
de tout ce dessus je luy ay encores, par le Sr. de La Croix, donn bon
compte, dont vous plairra, Madame, me commander s'il vous playt que
j'en uze autrement, et je y obyray sans contradiction, aprs
toutesfois vous l'avoir remonstr; et prieray toutjour Dieu, etc.

     De Londres ce XXIIIe d'avril 1569.


PROCLAMATION DU COMTE DE MURRAY.

  CERTAINES PAROLES contenues en une proclamation faicte en Escoce
    par le commandement du Comte de Mora, Rgent, au nom du petit
    Roy.

Sathan et ses ministres ne voulans obyr  la volont de Dieu ne  ses
ordonnances, mais tachans toutjour  se rbeller contre icelle ont
trouv nouveau moyen de donner conseil et persuader la Royne, notre
Mre, de passer au royaulme d'Angleterre, et l, se plaindre,  la
Majest de la Royne d'Angleterre, de notre Rgent et autres de notre
noblesse, les accusant de crime de trayson, sur ce qu'ilz ont faict
pour l'establissement de notre couronne royalle, et sur la dtention
de la personne de la Royne, notre Mre, dedans Lothlvin;

Et prtendans esmouvoir le cueur de la dicte Royne d'Angleterre, et
autres princes estrangiers,  trouver mauvais notre couronnement et le
bon et saint gouvernement de notre dict Rgent, et,  ceste cause,
introduire des estrangiers dedans notre royaulme pour le mettre en
grand trouble, notre dict Rgent, avecques la noblesse, a est
contrainct, pour la garde de notre dict royaulme et repoz d'icelluy,
passer en Angleterre, et l, par devant la Majest de la dicte Royne
d'Angleterre, se purger et justiffier du crime qui leur avoit est
faulcement imput;

Et ainsy que la nature de la vrit est de se fre toutjour
cognoistre, d'aultant que Dieu mect en fin toutes choses en vidance,
aprs longues et dilligentes preuves qu'ilz ont faictes devant la
dicte Royne d'Angleterre, et ses commissaires, et devant la plus part
de sa noblesse, il a est trouv, prononc et dclair que notre
susdict Rgent, et noblesse, ont trs justement et honnorablement
procd en notre susdict couronnement, et en tout ce qu'ilz ont faict
pour la revenche et punissement de notre oncle et du murtre de notre
trs cher pre, et de tout ce qui en deppend, et qu'ilz n'ont faict
rien qui ne soit honneste et juste  ung vray subject, y estantz
obligez pour apaiser l'yre de Dieu et pour le bien public de leur pays
natif;

Et partant je les absoulx de l'acusation, et tel est nostre playsir,
sans rvoquer l'authorit de notre Rgent, affin que les yeulx des
perplex ne soient poinct rempliz de mensonges et que la vrit soit
dclaire par nous et les seigneurs de notre conseil priv, aussi bien
devant Dieu que devant le monde:

C'est assavoir qu'il est vritable que le Rgent et la susdicte
noblesse, pour leur deffance, pour notre couronnement, en ce qui toche
leurs honneurs et vies, ont est contrainctz, avec solemnelle
protestation, de manifester et dclairer la vrit que la Royne, notre
Mre, a est participante du murtre et qu'elle a advanc et faict
dons, incontinent aprs,  notre oncle le comte Baudouel, connu le
vray autheur du faict commiz, luy donnant terres et offices, joignant
sa personne en mariage avec le susdict traistre tirant, comme il a
est suffizamment vriffi par devant la Royne d'Angleterre et sa
noblesse, par les lettres escriptes de la propre main de la dicte
Royne et notoirement prouves.


LETTRE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE A LA ROYNE D'ESCOCE.

--du dernier de mars 1569.--

Madame, ayant sceu voz dollances, et entendant le grand ennuy qui
vous tient pour quelques motz contenuz s proclamations, faictes de la
part de voz subjectz, qui signiffient que je deusse donner sentence
contre vous, je m'esbay fort comment vous en eussiez quelque
fascherie, en les pensant vritables; car, si ainsy est qu'ils
l'escrivent (comme je ne say), peult il entrer en votre pance que
j'eusse eu si peu d'estime de mon honneur, ou tant oblieroys je ma
naturelle affection vers vous, que je vous condempnasse premier que
d'ouyr la responce, et garderoy je si peu d'ordre que je deusse
conclurre premier que de commancer? Il vous souvient qu'aprs que je
vous fiz dclaration en quelle mode voz subjectz vous accusoient, je
vous escripviz que j'attandoy voz dclarations et l'ordre qu'en cest
endroict prendriez, et, despuis ce temps, j'en ay quict la cause et
ne m'en suis jamais mesle despuis, sinon que je fiz que milor de
Murray et les autres s'obligrent, devant moy et mon conseil, de ne
laysser fascher votre party jusques  ce que j'ouysse quel ordre vous
y prendriez pour conduyre ceste cause  quelque bonne fin.

Et  ceste heure, Madame, en entendant la rsolution que vous avez,
qui trop, ce croy je, diffre, ung accidant fort estrange est advenu,
et si n'en estiez cognoissante, je le tiendroys  trop grand
merveille; c'est que hier Jehan Wod me fit une longue dclaration
comment le duc et autres seigneurs se sont soubzmiz  votre filz,
comme  leur Roy, et par une harangue faicte par milord Herriz devant
tout ce conseil, aprouvoient ce qui a pass de votre enprisonnement
avoir est sagement considr: et lesquelles pour estre trop longues,
et pensant que ces motz vous ennuyeroient trop, je les laysseray  la
plume. Mais en conclusion ilz se sont accordez  quelques articles,
que je vous envoye, commant ilz me sont mands, comme celle,  qui
s'il eust pleu de se confier de faict  la moicti de ce qu'en motz
m'aviez promiz, peust estre que,  la fin, eust est aussi bon que
ceste cy, et  ce que ne vous laysseray ignorante, ny de mes actions
en votre endroict, ny du traictement que les autres vous font, j'ay
pens le mieulx de vous mander ce que j'en cognois et de par qui j'en
suis advertye. Cest  vous d'en juger, comme  qui il touche le plus
prs, et combien que je croy de pouvoir prvalloir avec eulx,
nonobstant je leur fay savoir que ne m'en mesleray comme de chose de
qui rien n'entend, et, ayant receu l'intelligence d'une partie, je
n'en jugeray, mais me tiens en suspens jusques  ce que plus oultre
entendray de vous. Et ayant descharg l'office de bonne parante, et me
cognoissant avoir toutjour march de bon pied du commancement jusques
 ceste heure, je mercye Dieu de ne m'avoir laiss choper, tant
seulement beaulcoup moins tumber en quelque inconvniant contre vous,
et, de claire conscience, je l'appelle  tesmoing, qui m'en sera juge,
d'y estre achemine ouvertement et sans feintise; et pourtant je vous
supplie croire que quelque chose, que ouyrs au rebours, que crature
vivante ne les prouvera onques.

Quant aulx autres choses contenues en voz lettres, votre serviteur les
vous pourra respondre, et par milord Cherusbery vous l'entendrez plus
amplement,  qui il vous plairra donner crance, comme  celluy que
j'espre fre comme l'ay command, et, avec ceste opinion, je ne vous
retiendray plus longuement, mais ne cesseray  prier le Crateur de
vous tenir toutjour en sa saincte garde, avec mes trs cordialles
recommendacions, etc.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du vendredi Saint [15 avril 1569.]--

Madame, d'aultant que les faulces algations de mes rebelles en votre
court, mentionnes en leurs proclamations, m'ont donn de
mescontantement, bien que je n'y adjouxtasse aulcune foy, comme 
ceulx que j'ay trop esprouvez, d'aultant plus m'a aport de playsir
votre amyable dclaration au contraire, par votre honneste et
favorable lettre,  laquelle je n'ay vollu diffrer respondre plus
longuement, tant je desire vous fre paroistre ma naturelle
inclination de sercher votre bonne grce sur toutes choses, aussi
souhaytant d'entendre votre favorable rsolution en toutes mes
affres, desquelz il vous a pleu me donner adviz; de quoy
affectionnment je vous remercye, et, pour vous informer  la vrit
de mon jugement l dessus, je ne sauroys; car je vous promectz ma
foy, que je n'ay ouy ung seul mot d'Escoce despuis mon arrive icy,
que ce que je vous envoyay de la proclamation de mylor Herriz, lequel
je ne croy s'estre tant obly qu'il appert par les articles que le
comte de Cherusbery m'a monstrez par votre commandement. Toutesfoys
leur ayant est mand, je desire bien savoir la vrit et en fre
telle diligence que la chose mrite, si le messagier n'est empesch,
ce que je crains, encores que Mr. de Cherusbery m'a asseur de son
passaige; la premire certitude que j'en auray, je vous promectz aussi
tost vous en donner adviz par l'vesque de Rosse ou aultre mien
fidelle. Cependant je vous puis dire que, si les choses sont ainsy
passes, le dsespoir qu'ilz ont de me voir retenue et toutz moyens
ostez d'entendre de moy en aura est cause; ce que je vous suplie
considrer, bien que vous ne l'ayez command, si est ce que voz
ministres sur les frontires l'ont excut  dommaige; en
considration de quoy et de la bonne volont que j'ay de me ddyer, en
tant que mon estat et mon honneur le permtront,  votre dvotion, je
vous prie vouloir prendre une bonne rsolution sur ce que, par ce
pourteur, dernirement je vous escrivy touchant ma longue et instante
requeste, quoy que se face en Escoce, de me remectre en mon estat par
votre support et faveur, qu'aprs Dieu seulement, je soye oblige 
vous par sang naturel, amyti et bnfice, et m'atandant que serez
inclin  cella, moy, ou qui il vous plairra des miens, serons prestz
de vous aller satisfre. Autrement, sellon ma dernire lettre, qu'il
vous playse n'inputer  faulte de bon naturel si, ne pouvant estre
secourue de ma plus proche, je accepte ung plus loingtain et moins
agrable secours; et de cecy je vous suplie me fre responce par ce
porteur, ce que le temps et occasion requirent que j'en soys rsolue,
et ayant desj par votre amyable lettre confirm une certaine
esprance d'obtenir ceste mienne affectionne premire requeste, je ne
vous en feray plus longue instance, sinon de vous remercyer de voz
favorables responces en toutes autres choses. Et aprs vous avoir
prie de donner crdict au porteur de ce qu'il vous requerra de ma
part, je vous prsenteray mes bien affectionnes recommendacions 
votre bonne grace, priant Dieu qu'il vous doinct, etc.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FNLON.

Chiffre.--[Monsieur de La Mothe, despuis la nouvelle de ceste victoire
la Royne d'Angleterre a chang de stille de m'escripre, comme vous
verrez par le double de sa lettre, et pour me fre croyre que ceste
mutation ne vient de l, l'on me veult persuader qu'elle et son
conseil tiennent ceste nouvelle pour faulce et controuve, et, au
contraire, que le Roy a du pire, et que c'est la cause qu'il faict
tenir les passaiges fermez, ne voulant que l'on saiche la deffaicte et
perte qu'il a receue, avec d'autres mauvaises apparances,  quoy
j'adjouxte aultant de foy que je doibz fre aulx belles parolles que
l'on me donne, aprs que j'ay sceu que la Royne d'Angleterre dict au
duc de Chatellerault,  son partement d'auprs d'elle, qu'elle
aprouvoit toutes les actions du comte de Mora et ses associez, et que
le dict duc, estant en Escoce, s'il ne recognoissoit le Roy, il ne
s'atendt jamais d'avoir ayd, support ou faveur par son moyen, ains
qu'elle luy nuyroit en tout ce qu'il luy seroit possible; de quoy le
bon homme estoit  demy hors de sens. Et si, d'avanture, il s'est,
despuis, condescendu contre son devoir, ayant est pratiqu et gaign,
ou par quelque vayne esprance, comme cy devant il a est, ou par
craincte de veoir luy et ses enfans ruynez, je vous laysse juger d'o
en procde la cause; car, avec l'authorit que je luy ay baille, il a
plus des trois quartz de mon royaulme et les plus grandz avec luy, et
est suffizant pour en chasser le comte de Mora et toutz ses adhrans
et complices. Ce que, monsieur de La Mothe, je n'ay vollu vous celler,
affin que vous cognoissiez comment je suis est traicte par
l'intelligence de mes traistres avec la Royne d'Angleterre, et le
besoing que j'ay de l'ayde et faveur de mes amys.]


PROTESTATION DE L'AMBASSADEUR D'ESPAGNE

  PRO PARTE CATHOLICI REGIS ORATORIS ad Dominos Consiliarios
    secretioris Serenissim Angli Regin consilii responsio.

  Inter foederatos reges, ac populos, vicinosque quoscunque honesto
  commercio utentes ad controversiarum discutionem, cm gravamina
  aut rapin fact pretenduntur, solent permitti retentiones
  bonorum, ut ex illis pacificatio querelarum, re cognit,
  subsequatur. Eo tamen ordine, ut nullus extr proprios fines
  aliena capere attentet (quod bellicum est) neque retenta diripiat,
  diripive permittat, neque distrahi, minorique pretio, quam quod
  quum est, vendi consentiat, personarum habito utrinque honesto
  respectu.

  Sicque, cm retentiones bonorum jussu regum aut presidum
  conceduntur, qu ant illorum publicata edicta, aut preter eorum
  tenorem detinentur, aut aliund rapiuntur, raptave inferuntur,
  inprimis, null tergiversatione admiss, restituenda censentur. Et
  quia adsurdum prorss est locorum ac hominum exactam designationem
  petere, neque sinere miserabilibus nautis domum legati patere,
  generalem solummodo eorum hic mentionem faciemus.

  In hiis sunt Hispanic naves, in Hispaniam tendere volentes, qu
  mult ant edicta jm vela explicantes, in portu Hiermuthensi 
  viceadmirallio Arcturo Sambertuono absqu caus sunt detent,
  navesque omnes quibus, XV decembris, gubernacula adempta per
  ministros regios fuerunt: sunt autem ill, qu pecuniam ad militum
  stipendium in Belgicam Illustrissimo Alb Duci deferebant.

  Prima retentio pecuni regi Sudantone, die XVIIII decembris;
  facta fuit, sequens ver in occiduis partibus, decimo deind die,
  qu ultima executio per prefatum Arturum, Killigreum, Jacobum
  Murum et alios ministros regios, ade insolenter est perpetrata,
  ut omnia qu unusquisque voluit, asportarit, effractis arcis
  omnibus, direptis pecuniis atque fortunis nautarum, quos etiam in
  pelagus precipitarunt, indign de Majestate Catholici Regis
  blaterantes, atque ut sanarent Hispanorum animos, quatriduum illos
  inedi afflixerunt, querentesque ac lamentantes ipse idem
  viceadmirallius in carcerem conjici jussit, extractosque tandem
  nudos, absqu viatico, procl abegit; qu quidem omnia,  regio
  consilio silentio prtereuntur.

  Omnes prefat retentiones pecuniarum regiarum, inconsulto tanti
  Regis oratore, qui frequens apud Serenissimam Reginam aderat, sunt
  commiss: im etiam, eodem pen die, quo illi securitas litterque
  regi dat sunt ad prefectos portuum, ali his contrari secret
  sunt emiss, sic ut un manu securitas, alter raptus
  designaretur.

  Itaqu qui querelam de Illustrissimi Alb Ducis edictis
  detentioneque in Inferiori Germani fact pretendunt, su ipsius
  caus id fingere videntur ut nobilitati ac populo, vel levem
  saltem, excusationem obtrudant, cm Dux omnin nullum aliud quod
  sequeretur iter haberet. Istorumque forsn ingenio factum videri
  posset, qud inauditus Assonville, indign habitus, indign sit
  etim dimissus.

  De furios ver prefati oratoris detentione, qu forsn neque 
  Turcis, neque  Scythis foret commissa, famulorumque ejus
  ablegatione et tortur intentat, litteris regiis interceptis,
  sublato sacrosancto legationis jure, cm ad prefatum potentissimum
  principem res spectet, nihil nunc orator exponit, sed illa suo
  loco relinquit: hoc tantm admonens, ne de mandatis ac officiis ab
  eo prestandis, aliqua cura aliquis ex prefatis dominis tangatur,
  neque in alieno negocio sit curiosus.

  Qu post prefati legati detentionem sint subsecuta, non esset
  facile recensere, qualiter, navibus atque holcadibus captivatis,
  bona earum  ministris Serenissim Regin, predicto Arturo,
  Guilielmo Ackins, Killigreo, Gaspare Said et innumeris aliis, sint
  asportata et ab illis et  Gallis, in portubus, cum omnium
  gratulatione, direpta et vendita, it ut tertia pars mercium ant
  comissariorum adventum sit intercepta ut valorem septingentorum
  millium ducatorum exquare possit. Fuit etiam inter predones
  predictus Bordele qui, si legationem suam, Serenissimam Reginam
  alloquendo, non implevit, alteram tamen partem, ut pred onustus
  ad Condensem principem rediret, non omisit.

  Holcades autem ditissim XIII, qu ex Hispani veniebant, cm
  circ Plimuthensem portum subsisterent, navis nova barqua dicta,
  qu Serenissim Regin cert fuit, si alicui illam condixerit non
  multum in hac parte refert, cum Majestatis enim ejus regio vexillo
  expanso ac prefati viceadmiralii filio atque domestico Butselo
  ducibus, obviam illis progressa, blandis verbis nomine Su
  Majestatis illis securitatem promittens, eas in portum duxit,
  jactisque ancoris, et illas et nautas captivavit, pretiosiori omni
  merce dirept.

  Neque hic destitit, nam ex ammonitione Jacobi Muri qui ex aul
  regi citato cursu illc pervenit, statim prefatus viceadmiralii
  locum tenens quinque ex ditioribus holcadibus selegit, rectque
  Rochellam perrexit, ut ex alienis bonis Condei, tm viventis, et
  Galli admiralii exercitum aleret. Estimantur autem prefat
  quinque holcades ad valorem centum quinquaginta millia ducatorum,
  reliqu autem omnes qu Plimuthi, Hiermuthi ac in tot occidu
  regione tenentur, ad valorem duorum millionum, qu estimatione,
  referri possunt, citr illam quam Guilielmus Winter, natu major,
  in suo  Rochella reditu intercepit; preterque undecim navigia,
  vino onusta, navesque Neoportunenses, et alias, de quorum
  captivitate legatus Catholici Regis nondm plen est edoctus.

  Qu ver junior Guilielmus Winter, captis octo holcadibus 
  Lusitani redeuntibus, sale, aromatibus signatoque argento
  oneratis, commisit, apert declaratio bellica est. Quantm ver ad
  demissionem veli districtumque maris, ridicula omnin narratio
  est. Classis cert regia codem modo piraticam exercet, quo Cortene
  et Kerkem et Galli, ipsius et illorum socii.

  Videturque regium consilium ista parvi pendere, cm neque ad
  probatorias informationes sinat spoliatos, ad demonstranda damna,
  ad prefatum oratorem accedere, omnesque aut illi obnoxios, aut 
  quibus ista comprehendi possint, carceri includat, aliquo
  peregrino pretextu, Baptistamque Sanvictorem  commissione
  subtrahat ne depredationes factas penits ediscat, atque inter
  illos qui in curi istiusmodi rebus moderandis sunt destinati,
  illustrem admirallium nominaverit, cujus familiaribus et locum
  tenentibus similis ruina proficiscitur.

  Non absimilis injuria,  Johanne Ackins Catholici Regis amiciti
  est inflicta, qui regi classe aliquorumque (ut dicitur)
  consiliariorum ope atque hortatu, quartm jm ad Regis
  potentissimi occidentales ditiones (qu Indiarum nomine
  appellantur) expeditionem suscepit contr foedera ac regias leges,
  naves obvias diripiens, oppida expilans et incendens, homines, tm
  indigenes qum Hispanos (in quibus est nobilis Johannes Mendossa
  nunc in Hiberni asservatus) captivans; quem quidem Ackins oportet
  tandem punire, aurumque omne atque argentum, cum unionibus atque
  hominibus restituere, deque aliis etim depredationibus,  piratis
  Anglis et Gallis ex Angli portubus exeuntibus factis, integr
  omnin satisfacere et mare liberum reddere; protestante in his
  omnibus prefato oratore, prout ei licet et decet, in superioribus
  etim protestationibus persistente.

  Nam non dubitat quin, si Serenissima Regina Dominique Consiliarii
  pacem pretenderent, ab his injuriis abstinentes, agressionibus
  istis bellicis direpta, navesque e form, cum mercibus
  ac hominibus captas, restitui integr facerent, invasores acerrim
  puniendo, omnia pretere ant et preter ordinem regi
  proclamationis retenta, statim, prout quum est, redderent. Qu
  quidem non consentit predictus orator, ut detentionis vel quovis
  alio quesito colore detineantur, diversa enim omnin causa subest.

     Oblata nobili Georgio Speake VI aprilis 1569.




XXXIIIe DPESCHE

--du dernier jour d'avril 1569.--

_(Envoye par le seigneur Ngrier, clerc de Mr. de l'Aubespine._)

  Relche de la flotte de la Rochelle  Douvres et  Rye.--Vains
    efforts de l'ambassadeur pour empcher la continuation du
    voyage.--Dpart de la flotte pour Hambourg.--_Mmoire_ prsent
     lisabeth par l'ambassadeur.--Nouveaux griefs de la France
    contre l'Angleterre.--Plaintes contre les pirates, le dfaut de
    restitution des prises et le voyage de la Rochelle.--Menace est
    faite de fermer les ports de France aux Anglais, s'il n'est
    immdiatement pourvu  la rpression de la piraterie.--_Avis
    donn par l'ambassadeur d'Angleterre_ sur la bataille de Jarnac
    et sur les vnements militaires qui ont suivi.--_Proclamation
    d'lisabeth_ contre les pirates.


     AU ROY.

Sire, parmy les adviz de ma dernire dpesche, du XXIIIe du prsent,
je vous ay mand le partement de la flotte de la Rochelle, de laquelle
sachant le relaschement  Douvres et la Rie par contraire vent, j'ay
essay, encores une foys, si j'en pourrois interrompre du tout le
voyage, l'ayant faict proposer de telle sorte  ceste Royne, par
aulcuns des siens, comme de eulx mesmes, sur fort bons et recepvables
fondemens, qu'elle en a, une autre fois, remis la matire en conseil,
et j'estois sur le poinct d'avoir l dessus quelque bonne responce,
quant ung marchant de ceste ville, nomm Colverel, est arriv de la
Rochelle, qui a remonstr plusieurs grandz proffictz, si l'on
accomplissoit le march qu'il avoit faict avec ceulx du dict lieu, et
ung grand dangier de perdre les deniers, que les marchantz avoient
avanc, si l'on n'aloit promptement qurir le vin et le sel, qui
estoit l tout prest; dont a est mand  la dicte flotte de fre
voille, au premier bon vent; et, nonobstant cella, je n'ay layss
d'aller, despuis trois jours, trouver la dicte Dame,  laquelle j'ay,
en premier lieu, faict entendre la bonne correspondance de Votre
Majest sur sa dclaration, qu'elle a faicte, de constantement
persvrer en la paix. De quoy, Sire, elle a monstr recepvoir  grand
plsir et contantement tout ce que, jouxte les propres termes de votre
lettre du dernier de mars, je luy ay dict l dessus, et m'a sembl que
je l'avois, par l, si bien dispose ez autres choses de votre
service, que j'ay bien oz,  la suyte du mesmes propos, luy
remonstrer bien vifvement, et nantmoins avec l'accoustum respect de
ne l'offancer, que, par la persuasion d'aulcuns, qui tendoient plus 
leur intrest qu' l'honneur ny grandeur de sa couronne, elle se
layssoit conduyre  certaines contreventions des trettez qui seroient
en fin pour luy fre perdre le plus grand et le plus proffitable amy
qu'elle pourroit jamais recouvrer en toute la terre, luy
particularisant, l dessus, les mauvais et intollrables dportemens
de ses subjectz contre vous et les vtres, la priant instantement les
fre cesser et surtout de leur fre quicter ceste routte de la
Rochelle.

A quoy m'ayant faict une responce bnigne et de beaulcoup de
contantement, et que ce que je luy avois dict de votre correspondance
envers elle estoit conforme  ce que son ambassadeur luy en avoit
escript, me pria, pour le surplus, de confrer mes aultres demandes
avec les seigneurs de son conseil, pour y fre une bonne rsolution.
Lesquelz seigneurs m'ayant, mardy dernier, convy  diner chez Mr. le
comte de Lestre, ilz ont clairement, et de fort bonne sorte, trett
avecques moy de toutes les susdictes particularitez, me priant leur
bailler, par escript, ung sommaire des propoz que j'avois tenuz  la
dicte Dame et des choses que je luy avois requises, avec grandz
promesses de m'y satisfre si bien que j'en demeurerois contant. Ce
que j'ay faict en la forme que Votre Majest verra, et, dans deux
jours, j'espre en avoir leur responce; vous ayant cependant, Sire,
vollu fre la prsente, pour vous tenir toutjour adverty de ce qui se
passe icy, et comme j'ay parolle et promesse, avecques serment, de
ceste princesse et de ceulx de son conseil, qu'en toute ceste flotte
de la Rochelle il ne va hommes de guerre, armes, artillerie, pouldres
ny monitions, d'o Votre Majest puisse estre en rien offance, ny
ceulx du dict lieu secouruz, et que leur ayant, pour le dict sel et
vin, desj est avanc l'argent, lequel est desj despandu, c'est
aultant de leurs vivres quon leur va meintennant enlever.

La flotte pour Hembourg, qui est d'envyron XXVIII vaysseaulx, toutz
bien quipez et chargez de draps et de laynes,  la valleur, comme on
dict, de sept cens mille escuz, est desj avale contre bas ceste
rivire avec sept des grandz navyres de guerre de ceste Royne, les
mieulx pourveuz et armez qu'il est possible, et Me Oynter pour les
conduyre. Il semble qu'il se mne quelque pratique pour fre, au dict
Hembourg, mettre ez mains de Quillegrey une somme de deniers par le
mandement des marchantz de ceste ville qui en seront rembourcez par
de, et que mesmes l'on y apporte ung nombre d'angellotz en espces:
je mettray peyne de savoir mieulx ce qui en est. J'entendz que le
vydame de Chartres et une dame, qu'on dict estre sa femme, se sont
embarquez  la Rochelle pour venir par de, mesmes est bruict qu'il a
desj prins port vers le cap de Cornoaille: je prendray garde  ce
qu'il trettera en ceste court.

Il ne se sayt encores quelle yssue a prins ceste assemble des
seigneurs d'Escoce, et se prsume que soubz cest accord, qu'ont faict
les seigneurs avec le comte de Mora, il y a quelque chose de cach,
estant malays que Lord Herriz, lequel a toutjour opiniastrment tenu
le party de la Royne d'Escoce, se soit meintennant condescendu de
capituler ainsy au dsavantaige d'elle, sinon pour servir au temps, et
que bien tost il se descouvrira quelque noveault en ce faict.

Et ayant, despuis deux jours, receu celles de Votre Majest, du XVIIe
du prsent, avec le mmoire et lettre, dont en icelles faictes
mention, qui me feront asss icy jour et lumyre ez choses de votre
service, j'ay advis vous renvoyer incontinent celluy mesmes, qui me
l'a apport, qui a veu  la voille la dicte flotte de la Rochelle,
affin que mandiez promptement  Monsieur, frre de Votre Majest, de
n'en prendre aulcune allarme, et de ne laysser, pour la venue de toutz
ces navyres anglois, si d'avanture ilz arrivent de dell, la poursuyte
de ses entreprinses; et, je prieray Dieu, etc.


     De Londres ce XXXe d'avril 1569.


Les seigneurs de ce conseil m'ont envoy prier d'escripre  Votre
Majest, qu'il vous playse mander  Mr. de Monluc de mettre en libert
ung Thomas Pen, ung Jehan Day et aultres merchantz anglois, qu'on a
arrestez prisonniers  Bourdeaulx.


     A LA ROYNE.

Madame, de tant que j'ay estim votre gurison estre ung des plus
grandz biens, qui pouvoit advenir au Roy et  son royaulme, et  nous
toutz, voz trs humbles serviteurs, je n'ay vollu faillir d'en fre
une conjoyssance de la part de Voz Majestez  la Royne d'Angleterre,
avec voz recommendacions et aultres propoz convenables  la
communication, que vous luy fezis d'une nouvelle, que vous croys
qu'elle auroit playsir d'entendre. A quoy la dicte Dame, monstrant
n'avoir encores veu de moy aulcun plus agrable office que cestuy cy,
m'a dict qu'elle desiroit, comme pour soy mesmes, votre bonne sant et
longue vie, et qu'elle n'avoit entendu que vous eussiez est mallade
que bien peu, car n'eust failly d'envoyer expressment ung des siens
pour vous visiter, mais qu'elle remercyoit Dieu de votre bon
portement, et prenoit la communication, que vous luy fezis, de chose
apartenant ainsy  la personne de Votre Majest, pour ung expcial
signe de votre amyti envers elle, dont vous en remercyoit de tout son
cueur. Et ayant discouru d'aultres matires, jouxte aulcuns adviz
qu'elle avoit de son ambassadeur (desquelz j'ay miz peyne d'en
recouvrer ung extraict en anglois, que j'ay faict traduyre en franoys
et l'ay adjouxt  la prsente), notre propos se conclud en toutz bons
termes de paix et continuation d'amyti avec Voz Majestez, voz pays et
subjectz, comme j'espre vous en fre veoir, en brief, de plus
expresses dclarations, si elle et ceulx de son conseil ne me faillent
de promesse, remettant  la suffizance de ce pourteur de vous donner
compte des autres choses, qu'il a veues et aprinses de de. Et je
prieray Dieu, etc.


     De Londres, ce XXXe d'avril 1569.


PROPOS TENU PAR L'AMBASSADEUR DE FRANCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--le XXVe d'apvril 1569.--

Madame, ayant le Roy, Mon Seigneur, veu par votre dclaration en
escript, du IIIe mars dernier, laquelle je l'ay asseur m'avoir est
bien expressment confirme de votre parolle, comme vous vouls
constammant persvrer en la bonne paix, qui est entre Voz deux
Majestez, voz pays et subjectz, me commande vous donner aussi pareille
asseurance de trouver parfaicte correspondance en luy, en tout ce qui
sera  jamais de l'entretnemant et vraye observance de voz communs
trettez;

Et qu'il s'est persuad que tout ce qui est mal venu, ceste anne, du
cost d'Angleterre, contre luy et ses subjectz, n'est aulcunement
procd de Votre Majest, ains d'aulcuns qui ne vouloient qu'il eust
bonne yssue de ses prsens affres;

Que, pourtant, il ne s'est vollu mouvoir  aulcun rescentiment que,
premier, il n'ayt requis la dclaration de votre volont, estimant ne
vous pouvoir donner meilleur indice de la franchise, de laquelle il
procde envers vous, sans aulcune rservation de vengeance dans le
cueur, que de vous dclarer ouvertement les contreventions de la paix
 la mesure que voz subjectz et ministres les font naitre;

Et, puisque vous luy dclairez n'avoir eu aulcune part au voyage,
faveur et suport, que votre visadmyral a faict et port  ceulx de la
Rochelle, ny nulle intelligence avec ceulx qui vouloient surprendre
le Hvre de Grce et Dipe[65], ce qu'il veult, sans aulcune
difficult, croire qu'il est ainsy, et qu'il a veu votre ordonnance,
du XIe mars, contre les pirates, et la promesse, que vous y faictes,
que, nonobstant la mutuelle surcance d'entre voz pays et ceulx du Roy
Catholique, vous tiendrez la main que les Franoys ne seront molestez
ny leurs traficz interrompuz, qui sont choses, qu'il a prinses pour
vray tesmoignage de votre droicte intention envers luy;

Sa dicte Majest Trs Chrestienne, pour vous rendre ung pareil et
prompt tesmoignage de la droicture de la sienne envers vous, a mand
incontinent publier, tout le long de la coste de dell, ung sien
mandement pour asseurer la mer et la libert du traffic  toutz voz
subjectz, et leur rendre et restituer ce qui leur a est prins et
arrest, et m'a envoy une coppie du dict mandement, pour le vous
monstrer et le monstrer aulx seigneurs de votre conseil;

Et pensoit Sa Majest que votre susdicte ordonnance, tant contre les
pirates que sur la libert du commerce, indempnit et restitution des
biens des Franoys, ft publie, excute et obye; et que, vous ayant
faict entendre son regrect touchant le premier commerce de voz
subjectz avec ceulx de la Rochelle, au prjudice de luy, qui est aly
et confdr par srement et trettez avecque vous, vous ne permtriez
qu'ilz y retournassent plus:

Dont ne say, Madame, quelle satisfaction donner meintennant  Sa
dicte Majest Trs Chrestienne de ce que les pirates continuent
d'excuter, pis que jamais, leurs violences sur ses subjectz;

De ce que ses dictz subjectz, nonobstant voz bons et sainctz jugemens,
lesquelz je vous ay ouy moy mesmes trs dignement prononcer, sur le
recouvrement de leurs biens, ne sont aulcunement satisfaictz;

De ce qu'on a, naguires, par ordonnance mesmes, comme on dict, de
votre conseil, envoy  ceulx de la Rochelle deux riches ourques, des
trze qui estoient arrestes  Plemmue;

De ce qu'on va, encores, fre ung noveau voyage avec une grand flotte,
conduicte par voz propres navyres de guerre, au dict lieu de la
Rochelle;

De ce qu'ayant, jouxte votre parolle, miz peyne de disposer le Roy,
Mon Seigneur,  fre et uzer tout ainsy, envers vous et voz subjectz,
comme il faisoit en temps de ferme et asseure paix, ses lieutenantz
et gouverneurs des frontires me calompnient de n'estre bien advis en
ma charge, de luy annoncer la paix, du cost d'o ilz n'ont
ordinairement que la guerre.

  [65] Entreprises pour lesquelles Cateville et Ligneboeuf, ainsi
  que plusieurs autres, furent, peu aprs, condamns  mort et
  excuts.

Dont vous supplie bien humblement, Madame, que pour fre cesser toutz
ces dsordres et mauvais dportemens, lesquelz vous voyez qu'en fin
pourront mouvoir et provoquer le Roy, Mon Seigneur,  ung juste
rescentiment, d'o se pourra allumer ung feu que ceulx, qui en sont
cause, ne pourront bonnement estaindre, ny vous acqurir, en tout le
reste du monde, ung si grand et proffitable amy, comme ilz s'esforcent
de vous fre perdre;

Qu'il vous playse, en premier lieu, fre publier ung mandement, le
long de la coste d'Angleterre, qui soyt conforme  celluy que le Roy a
mand publier en celle de son royaulme, dont j'ay miz la coppie ez
mains de votre secrtre Cecille, rvoquant par ce moyen ceulx de voz
subjectz qui, en aultre quipage, que ne porte le dict mandement, et,
sans les submissions accoustumes, se sont miz en mer, avec dsadveu
de ceulx qui n'y vouldront obyr, et qui continueront de corrompre et
troubler le commerce d'entre ces deux royaulmes, affin de les chastier
comme pillardz et larrons, ainsy que monsieur le mareschal de Coss a
ordonnance du Roy de se tenir prest pour en purger la mer, aussi tost
que je luy auray faict entendre votre responce, vous voulant bien
advertir que Sa Majest Trs Chrestienne ne permtra qu'aulcun navyre
marchant sorte plus de ses portz, hvres ny rivires, que cella ne
soit faict:

Secondement, que, pour la restitution des prinses vous soys contante
de depputer ung ou deux personnaiges, de bonne qualit, anglois, pour
aller en France, et il en sera depput aultant de franoys pour venir
en Angleterre, affin d'estre prsens et adjoinctz sur les lieux aulx
commissaires de la dicte restitution, pour tenir la main qu'elle soit
droictement faicte:

Tiercement, que, pour oster le souspeon et jalouzie que le Roy prend,
et qu'il ne peult fre qu'il ne prgne, de la contratation de voz
subjectz avec ceulx qui luy mnent la guerre en son royaulme, il vous
playse, ores et pour l'advenir, leur fre quicter ceste routte de la
Rochelle et de Broage, ayant charge, de la part de Sa Majest Trs
Chrestienne, expressment vous offrir l'accommodement de toutes choses
ncessaires, qu'ilz y vont qurir, et leur fre donner toute seurt,
faveur et bon traictement, en les endroictz, qu'ilz vouldront choysir
de son royaulme, qui prsentement luy obyssent.


  ADVIZ DONN PAR MR. NORRYS, ambassadeur pour la Royne
    d'Angleterre, prins de ses lettres, envoyes de Metz le XVIIIe
    d'avril.

Il n'est mort, au rencontre o le prince de Cond fut thu, le XIIIe
de mars, que quatre cens personnes, tant ungs que autres; et, la plus
part d'iceulx estoient de l'arme du duc d'Anjou; et n'y eust, pour
l'heure, poinct de combat entre les gens de pied.

Le XIIIIe jour, au matin, l'Admyral fit mettre son arme en bataille,
demandant  combattre, ce qui luy fut reffuz, mais aprs, en
escarmouchant, il print le bagaige de ses ennemys.

Le XVe, le Prince de Navarre fut miz en la place et charge du Prince
de Cond, au grand contantement de toute l'arme.

Le XVIe Martigues et Brissac estantz advertys que Montgommery estoit
party pour s'aller joindre aulx quatre viscontes[66], le suyvirent
toute une nuict, et l'assaillirent en ung village o l'escarmouche fut
bien chaulde, mais peu y furent thus, seulement le comte de Morte,
qui estoit venu avec Brissac, y demeura.

  [66] Les vicomtes de Monclar, de Bourniquel, de Paulin et de
  Gourdon.

Le duc de Lorrayne a escript au duc de Deux Pontz, son cousin, qu'il
le prioit de n'entrer poinct aulx pays du Roy de France, et qu'on luy
donroit cent mille escuz et ses fraiz payez, pour fre retirer son
arme, lequel a respondu qu'il estoit venu, avec le consentement de
l'empire, pour le secours de ceulx qui estoient affligs en France
pour la religion, et qu'il y vouloit enployer son pouvoir, son
honneur et sa vie. On luy fit savoir que le prince de Cond avoit
est thu,  quoy il respondit qu'il en estoit bien fort marry, mais
que sa venue n'estoit poinct pour le prince, mais pour la cause. Il a
douze mille chevaulx et est sur le passaige de la rivire de Sne prez
Disjon en Bourgoigne.

L'avantgarde du dict duc de Deux Pontz a baill une extraicte[67] au
duc d'Aumalle, et luy a prins son artillerye et beaulcoup de
prisonniers.

  [67] Escarmouche, engagement partiel.

Le cardinal de Lorrayne a promiz au Roy qu'il fera en sorte que le duc
de Deux Pontz viendra  composition pour donner quelque fin  la cause
et se retirer.

L'Empereur estant requis par le Sr. de La Forest, envoy devers luy de
la part du Roy de France, de commander et empescher que les Alemans ne
s'eslevassent contre luy, a respondu qu'il ne pouvoit le fre, et que
les princes de l'empire luy avoient donn entendre que, despuis peu de
jours, le duc d'Aumalle avoit gast le pays sur les frontires de
l'empire, qui les avoit occasionnez d'en vouloir avoir leur revanche,
et souhaitoit qu'on y pourveust par le moyen de quelque bon accord
entre le Roy et ses subjectz.

La diette des princes d'Allemaigne commence le XXVe d'avril 
Francfort.

Le duc de Saxe a faict publier que toutz ses subjectz se retirassent
du service des Roys de France et d'Espaigne, sur peyne de confiscation
de biens,  cause de quoy plusieurs s'en retournent journellement.


  PUBLICATION FAICTE DE PAR LA ROYNE D'ANGLETERRE, pour rprimer
    toutz piratages et dprdation sur la mer; traduicte d'anglois.

     PAR LA ROYNE.

  D'aultant Que la Majest de la Royne Est Informe, Par certaines
  plainctes, tant par ses propres subjectz que aultres, qu'il y a
  plusieurs personnes, sur la mer estroicte, de diverses nations, et
  aulcuns, natifz ez dominions de Sa Majest, ayans navyres arms en
  forme de guerre, lesquelz, en partie, se sont miz manifestement 
  la mer comme marchandz, et aprs, par moyens sinistres, ilz ont
  chang leur train, et se sont armez  la guerre; aulcuns aultres
  se sont secrectement transportez hors des lieux obscurs,
  prtendans, en ces temps tumultueulx, que l'on voyt tant, en
  l'orient, entre le roi de Dennemarc et Sude et leurs adhrans,
  comme, en l'occidant, ez dominions de France (dplorables 
  considrer), de servir sur la mer, ou de l'une ou de l'aultre
  part, et, en effect,  la fin se sont dclinez de tout licite
  service de guerre  vivre comme pirates, desrobant et pillant
  toutz honnestes marchandz, de quelconque nation, lesquelz ilz
  peuvent subduyre, sans diffrance.

  Pour ce remdier, nonobstant que Sa Majest naguires ayt donn
  certains ordres exprs, par toutz ses portz, que nulle manire de
  personnes (aultres que merchandz cogneuz) seroient permiz de
  vendre, ou distribuer, aulcunes sortes de denres, ou
  marchandises, en aulcuns portz de Sa Majest, ne que aulcun, en
  son royaulme, servyroit de vivres ou secourroit aultrement aulcune
  manire de personnes, aulcunement suspect de pirataige; et, pour
  le prsent, sur ces nouvelles plainctes, Sa Majest trouvant que
  sur ce n'est ensuyvy tel ample remde qu'on esproit;

  Pour ce, Sa Majest a trouv expdiant de ordonner et publier, par
  son edict, aulcun ultrieur effectuel remde; et, pour ce, elle
  charge et commande expressment  toutz ses subjectz de dsister
  d'ayder ou recepvoir aulcun pirate ou aulcune personne, n'ayant
  suffizante authorit de Sa Majest, ou n'estant merchand cogneu
  par trafficque, achapt, vante, ou change, ou par forniture de
  vivres  eulx ou  aulcuns de leur compaignye, moyennant quoy
  iceulx ou aulcuns d'eulx seront plus suffizans pour retourner 
  la mer,  commettre aulcun pirataige ou dsordre, sur peyne, en ce
  faisant, d'estre puniz incontinent, comme debvroient estre les
  principaulx offanceurs et pirates.

  En oultre, quiconque armera ou prparera, doresenavant, aulcun
  navyre  la mer, (rserv telz qui, par l'auctorit de Sa Majest,
  sont spciallement ordonnez  garder la mer, comme Sa Majest a,
  pour le prsent, occasion de ce fre, pour aulcuns aultres
  respectz, ou telz qui auront expresse licence et permission de Sa
  Majest), iceulx advertiront l'officier des portz de toute leur
  quipage, lequel le visitera et serchera deuhement, affin qu'il
  arreste telles personnes, qui seront ainsy manifestement forniz 
  la guerre et non pour merchandise ou pescherye, et, s'il y a
  aultre manire de souspicion que icelluy, nonobstant qu'il
  prtendra de trafficquer pour merchandise ou pescherye, peult
  avoir aulcune intention (par ses provisions et quipages), aultre
  que de user le train de merchandise ou pescherye que, en tel cas
  de suspicion, les officiers des ports l'arresteront, et ne le
  laysseront passer en aulcune manire sur la mer, sans suffizantes
  obligations et soubz prallable suffizante caution de ne user
  aulcune chose que licite train de merchandise et pescherye, et, si
  les officiers permettent aulcune personne de sortir  la mer,
  aultrement que dessus est declair, ilz en respondront, [non] tant
  seulement pour quelconques piratages que aulcune telle personne
  viendroit  fre, aprs,  la mer; mais demeureront en pryson
  jusques  ce que les offanceurs puissent estre prins, en cas
  qu'ils soyent vivantz.

  Et gnrallement Sa Majest dclaire et dnonce que toutz les
  pirates et pilleurs, sur la mer, sont hors de sa protection, et
  licite d'estre prins, puniz et opprimez par aulcune personne, par
  rigueur.

  DONN au Pallays de Sa Majest  Westmester, le XXVIIe jour
  d'avril, en l'unzime anne du trs noble rgne de Sa Majest.

     Et plus bas:

       DIEU GARDE LA ROYNE.




XXXIVe DPESCHE

--du VIe de may 1569.--

(_Envoye par le Sr. Francesco Thiathe._)

  Instructions du conseil d'Angleterre pour la flotte de la
    Rochelle.--Entre du duc de Deux-Ponts en France.--Arrive en
    Angleterre des envoys de la reine de Navarre.--Nouvelles de la
    flotte de Hambourg.--Mission de l'vque de Ross auprs
    d'lisabeth, pour lui demander, au nom de Marie-Stuart, un
    secours de troupes, ou,  dfaut, l'autorisation de passer en
    France.--Rsultat de l'assemble de
    l'Islebourg.--Emprisonnement du duc de Chatellerault et de
    milord Herries en cosse.


     AU ROY.

Sire, despuis mes prcdantes, qui sont du dernier du pass, j'ay sceu
que les seigneurs de ce conseil ont escript une lettre  sir Jehan
Basin, conducteur de la flotte de la Rochelle, contenant trois chefz:
le premyer, qu'il ayt  laysser aller et mettre incontinent en libert
deux navyres bretons, qu'il a arrestez, et, qu'en cella il n'a rien
faict sellon sa charge, luy enjoignant de n'uzer, en tout son voyage,
d'aulcune dmonstration que de paix et amyti  toutz les subjectz de
Votre Majest, qu'il trouvera en mer: le second, que, nonobstant le
retour de Colverel par de, pour l'occasion duquel il mandoit vouloir
relascher  Porsemue jusques  ce qu'il eust de leurs nouvelles, il ne
laysse de poursuyvre sa routte,  la plus grand dilligence qu'il
pourra, et qu'il trouvera le commis du dict Colverel sur le lieu, qui
luy fera dlivrer le sel et vin qu'il y va qurir; et le troiziesme,
qu'il n'est besoing qu'il attande les deux navyres de guerre, qu'on
avoit mand luy estre baillez par le visadmyral du Ouest, oultre les
deux qu'il meyne de ceulx de ceste Royne, parce qu'il pourra, sans
iceulx, continuer seurement son voyage, veu la bonne paix d'entre la
France et l'Angleterre; qui sont choses qui conviennent asss  ce que
les dictz seigneurs m'avoient promiz, mais, nonobstant cella, je sentz
bien que les nouvelles qu'ilz ont du passaige du duc de Deux Pontz,
par de la rivire de Sne, esmeut diversement leur affection et
volont sur les affres de votre royaulme, les agitant davantaige
ceulx qui sont freschement arrivez de la Rochelle, lesquelz,  ce que
j'entendz, sont principallement venuz pour se condouloir avecques
ceste Royne, de la part de la Royne de Navarre et de monsieur le
Prince, son filz, et de ceulx de ce party, sur la mort de monsieur le
prince de Cond, et luy racompter la faon et yssue du combat, auquel
il a est thu, et comme le dict sieur Prince de Navarre, estant
subrog en la place de son oncle, offre continuer les trettez et
conventions qu'il avoit commancez avecques la dicte Dame; et
l'asseurent, au reste, que leur arme est plus forte qu'elle n'estoit
auparavant la bataille, et que le cappitaine Piles, avec quatre mil
homes, tant de pied que de cheval, s'y est joinct et monsieur
Dandellot prest de recuillir les viscontes, lesquelz admnent une
autre grosse trouppe.

Par lesquelz propos, et autres, que je n'ay encores sceuz, ilz
s'esforcent d'encorager ceste princesse  prendre leur party et  bien
esprer de l'yssue de leur entreprinse; dont pourra estre qu'ilz
imptreront quelque chose d'elle, mais je mtray peyne de les
empescher, pour le service de Votre Majest, aultant qu'il me sera
possible, et de vous tenir dilligemment adverty de tout ce que je
pourray descouvrir de leurs actions. Je croy que quel semblant que
leur face la dicte Dame, elle n'a opinion que leurs affres soient en
bon estat; car je say que le susdict Colverel luy a rapport qu'ilz
n'avoient plus d'arme en campaigne, et qu'ilz n'estoient pour y en
mettre, ayant seulement XII mille hommes, tant de pied que de cheval,
du reste de la bataille; et a rapport aussi  la dicte Dame, ainsy
qu'elle mesmes me l'a dict, que la Royne de Navarre avoit vollu vendre
tout le sel et vin, qui luy avoit est consign pour les Anglois,
affin d'envoyer l'argent en Allemaigne; mais qu'il avoit remonstr que
cella luy estoit desj vandu et ses deniers advancez; dont Mr.
l'Admyral avoit pri la dicte Dame de ne point contrevenir au march
et promesse qui avoient est faictz en cella.

La flotte, que ceulx cy ont dpesch pour Hembourg, relasche encores,
par vent contraire,  l'emboucheure de ceste rivire, mais elle fera
voille au premier bon temps, et semble que le party, dont, cy devant,
j'ay faict mention, de cent dix mille escuz de la vante des draps et
laynes de ceste flotte, qui doibvent estre miz ez mains du Sr. de
Quillegrey,  Hembourg, est conclud; dont l'on me donne entendre que
c'est pour fre fondz  lever gens pour ceste Royne, en ce qu'elle en
pourra avoir besoing contre le duc d'Alve, mais je crains qu'il aille
 soubstenir et fre durer la guerre en votre royaulme. Tant y a que
ce n'est argent contant, car le drap est encores icy, et il fault
trouver ung achapteur de dell. Vray est qu'on m'a dict qu'il y va ung
nombre d'angellotz, en espces, pour estre consignez au dict
Quillegrey. Je croy que le duc d'Alve pourra aysement traverser ces
marchez s'il s'y veult bien employer.

L'vesque de Rosse estant naguires arriv, de la part de la Royne
d'Escoce, a est bien receu de ceste Royne et des seigneurs de son
conseil, et a propos  la dicte Dame que, veu l'estat des affres de
sa Mestresse, elle luy veuille promptement bailler son, tant de foys
promis et tant espr, secours pour estre remise en son estat, ou bien
luy permettre d'en aller procurer ailleurs. Sur quoy elle ne luy a
encores respondu, seulement luy a dict, en passant, que luy mesmes
n'estimeroit raysonnable qu'elle la laysst passer en France pour
aller trouver ceulx qui l'avoient,  ce qu'elle dict, autreffoys
conseille de luy quereller sa couronne, et il a rpliqu qu'il
failloit donques qu'elle s'y employt si bien qu'il ne ft besoing de
recourir  nul autre prince. L'on est aprs  y dellibrer.

L'assemble de l'Islebourg,  ce que j'entendz, a eu telle yssue:
qu'ayant la Royne d'Escoce, jouxte l'adviz que je luy donnay
d'escripre incontinent  ceulx de son party qui s'y debvoient trouver,
envoy bien  propos ses lettres, elles y arrivrent, le propre jour
de l'assignation, et eurent tant d'efficasse qu'estant la tenue remise
au lendemain pour la rvrence du jour de Pasques, le duc de
Chatellerault fut meu de si grand repentance qu'il ne cessa, toute la
nuict, de pleurer, et mylord Herriz tumba mallade, et, tant ces deux
que les autres principaulx du party de la dicte Dame ne vollurent, le
lendemain, rien accorder ny mesmes entrer en l'assemble; dont le
comte de Mora, frustr de son esprance, recourut aulx menasses et en
fin les fist constituer prisonniers et mettre dans le chteau; mais il
n'a peu encores tirer autre chose du dict duc, sinon qu'il conduyra sa
teste jusques au poteau plus tost qu'il recognoisse autre pour son
souverain que la Royne, sa Mestresse. Et j'entendz que les comtes
d'Arguil, de Hunthely et d'Atil sont si fortz, vers le Nort, qu'ilz y
font entirement obyr la dicte Royne; ilz craignent toutesfoys bien
fort que le chateau de Donbertan soit contrainct de se rendre, par
faulte de vivres, qui est leur principalle esprance, dont dsirent
qu'il y puisse aller quelque rafreschissement, de France, dans la fin
de ce moys; et croy que c'est,  ceste heure, le plus important et le
plus hast ez affres de la dicte Dame. Sur ce, etc.

     De Londres ce VIe de may 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, je n'ay rien,  prsent, qui soit pour estre commiz  une
ordinaire dpesche, que ce que Votre Majest verra en la lettre du
Roy; oultre laquelle je ne vous diray, Madame, sinon que la Royne
d'Angleterre est,  prsent, bien fort agite pour les divers succez
des choses de France,  cause du passaige du duc de Deux Pontz par
de la Sne et pour la venue de ces nouveaulx messagiers de la
Rochelle, lesquelz, tout ainsy que pour mon regard je la sollicite de
se porter droictement en la cause que vous pourchassez pour le
recouvrement de l'obyssance de voz subjectz, qui est bien fort
convenable  sa qualit de Royne, eulx, et les depputez des princes
d'Allemaigne, la sollicitent de ne laysser deffinir la cause de sa
religion par les armes, sans y opposer les siennes, et s'esforcent,
par plusieurs aparans argumens, l'attirer  leur intention, avec
l'assistance de ceulx d'auprs d'elle qui les favorisent; et je la
retiens, d'autre part, par le moyen du respect qu'elle porte  Voz
Majestez, avec le support d'aulcuns autres des siens, qui m'aydent 
luy fre bien recepvoir mes remonstrances. Tant y a qu'il se cognoist
asss qu'en fin le Roy et Vous, Madame, n'avs  esprer de ce cost,
ny, comme je croy, de celluy de voz aultres plus estroictz aliez,
qu'aultant que la bonne conduicte et prosprit de voz propres affres
les retiendra en votre amyti et intelligence; car, certes, ilz
tendent toutz  advantaiger leurs propres affres, mesmes il semble
qu'ilz serchent d'en fre l'establissement sur les vnementz de votre
royaulme, comme sur ung estat qui ne peult, tant que ces malheureux
troubles et divisions dureront, estre que tout ouvert et expos 
l'injure de tout le monde.

La dicte Dame, par aulcuns siens propos, lesquelz seroient longs 
mettre icy, monstre avoir adviz, de plusieurs endroictz, que, si ce
mal ne s'achve bien tost ou ne se divertit ailheurs, qu'il est pour
vous attirer toutes les aultres guerres de la chrestient en votre
royaulme, et semble bien qu'elle vous en vouldroit veoir deschargez.
Je mtray le plus de peyne que je pourray de garder qu'il ne vous
vigne guires de mal de ce cost, ou poinct du tout, s'il est
possible, et au moins de vous tenir toutjour bien advertye des
desseings et pratiques, que je descouvriray qu'on mnera pour vous en
fre, et sur ce je suplieray le Crateur, etc.

     De Londres ce VIe de may 1569.




XXXVe DPESCHE

--du XIIe de may 1569.--

(_Envoye par La Vergne._)

  La reine d'cosse sollicite avec instance la protection de
    Charles IX.--Dlibrations du conseil d'Angleterre sur les
    remontrances des ambassadeurs de France et d'Espagne, sur les
    demandes de l'vque de Ross et les sollicitations des envoys
    de la Rochelle.--Relche de la flotte de Hambourg 
    Harwich.--Des images de saints et des ornements d'glise
    appartenant  un Espagnol, sont brls en place
    publique.--_Lettre de Marie Stuart  l'ambassadeur._--Elle
    rclame un prompt secours pour le chteau de Dumbarton, et
    envoie un avis qui lui est donn par le comte de
    Hunteley.--_Lettres de Marie Stuart  lisabeth_, au sujet de
    la mission qu'elle a confie  l'vque de Ross.--_Mmoire_
    dans lequel l'ambassadeur signale la division toujours
    croissante entre les membres du conseil d'Angleterre, les
    dmarches faites auprs de l'ambassadeur d'Espagne pour
    prvenir la guerre et la ncessit de secourir la citadelle de
    Dumbarton.


     AU ROY.

Sire, ayant prsentement receu des lettres de la Royne d'Escoce, avec
aulcuns adviz de ses affres, qu'elle me prie vous fre incontinent
savoir, j'ay bien vollu tout aussi tost dpescher ce mien secrtaire
pour vous apporter la coppie de ses mesmes lettres et mmoires, et ne
les retenir, attendu la prompte provision qu'elle y requiert,
qu'aultant que j'ay miz  fre ceste petite dpesche, laquelle vous
venant si soubdain aprs l'aultre mienne, du VIe du prsent, sans que
j'aye encores receu la responce que j'atandz des seigneurs de ce
conseil sur la plus part des choses que,  prsent j'ay  dmesler
avec eulx pour votre service, je vous diray seulement, Sire, que la
division et comptance, qui se manifeste meintennant, et laquelle
commance  produire, entre ces seigneurs, les effectz que, par
plusieurs de mes prcdantes, je vous ay mand, est cause dont ilz me
uzent de longueur; et je les attandz paciemment, cognoissant qu'encor
que cella ne soit pour torner du tout  bien, il semble au moins qu'il
destornera quelque mal; et j'entretiens cependant les deux partiz en
l'affection de la paix envers Votre Majest, lesquelz la confirmeront
par aprs, comme j'espre, plus clairement, quant les choses auront
prins leur ply.

Ilz furent, hier, en grand contention touchant la responce qu'ilz
avoient  fre  ma remonstrance, conforme au propos que j'ay
dernirement tenu  ceste Royne, et  une autre de l'ambassadeur
d'Espaigne, et aussi  celle de l'vesque de Rosse pour la Royne
d'Escoce, et croy que celle du Sr. du Puench de Pardaillan pour ceulx
de la Rochelle fut pareillement mise en dellibration, sur lesquelles,
tant les ungs que les aultres, au sortir du conseil, monstrrent
qu'ilz n'en estoient demeurez ny bien contantz, ny bien d'accord.
Aussi tost que j'auray notice de ce qui fut dbattu entre eulx, j'en
donray adviz  Votre Majest.

Ceste Royne changea, hier, de logis et s'en alla  Grenuich pour
quelque souspeon de malladie qu'il y a en ceste ville, qui n'est
cause, comme je croy, que par la siccit du temps, y ayant plus de
six sepmaines qu'il n'y a pleu; elle y sjournera jusques  la St
Jehan.

La flotte pour Hembourg, nonobstant le vent contraire, s'est
conduicte, par mares, jusques  Haruich, et se tient l pare pour se
mettre  la voille, au premier bon temps. Elle est en si bon quipage
de toutes choses ncessaires, mesmes de gens de combat, en nombre de
plus de deux mile cinq cens, que, nonobstant les adviz qu'ilz ont des
aprestz du duc d'Alve pour les empescher, ilz dellibrent poursuyvre
leur routte; et je croy,  la vrit, qu'on les laira passer.

Aulcuns vaysseaulx franoys, partiz d'icy avec la flotte de la
Rochelle, s quelz se sont enbarquez le Sr. Du Doict, Rouvray et
Valfenire, et envyron soixante Franoys avec leurs morrions et
haquebutes, doibvent encores prendre  Plemmue vingt hommes, entenduz
en mines et contre-mines, et quelques charpentiers, massons,
bolangiers, cordonniers, mareschaulx et autres artizans, mais non en
grand nombre, que le conseiller Cavaignes a eu secrecte commission de
fre lever, au pays d'Ouest, pour fre passer  la Rochelle, ce qui
monstre, Sire, qu'on y crainct le sige. Et ceulx cy cependant
tiennent en suspens leurs entreprinses pour attandre le succez que
prendront celles de Votre Majest. Ilz ont mand fre une description
d'hommes, par tout le royaulme, de l'eage de sze jusques  soixante
ans, et se pourvoir d'armes; et, pour une souspeon qu'ilz ont eu de
quelque entreprinse sur les isles de Gerg et Grnez, ilz ont mand
retirer, dans les chasteaulx des dictes isles, la grosse artillerye
qui estoit despartye ez portz et hvres d'icelles, et iceulx garnir de
pices de fer.

Hier, ung nombre d'images et ornemens d'esglize d'ung certain merchant
espaignol, nomm Anthoine de Goaras, familier et domestique de
l'ambassadeur d'Espaigne, furent bruslez, la moicti devant sa maison,
et l'aultre moicti en la grand rue de Chipsy, criant le peuple que
c'estoient les dieux d'Espaigne qu'on brusloit; et ung principal
serviteur du dict ambassadeur fut miz en prison, l'accusant ung
Anglois qu'il avoit dict, voyant brusler les dictes images, qu'il
verroit bien tost brusler de mesmes ceste ville, mais cella ne s'est
peu vriffier; dont il a est, despuis, relax. Sur ce, etc.

     De Londres ce XIIe de may 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, pour satisfre  la Royne d'Escoce sur les lettres, qu'elle
m'a escriptes du XXVIIIe du pass, s quelles elle monstre avoir grand
besoing d'une non trop grande, ny trop mal ayse, mais bien prompte
assistance et faveur de Voz Majestez, pour obvyer  la totalle ruyne
de ses affres, j'ay bien vollu vous en fre, tout incontinent, ceste
dpesche et la vous envoyer par ce mien secrtaire,  qui j'ay aussi
donn charge, Madame, de se prsenter devant Votre Majest sur ce que,
cy devant, l'on vous a raport de luy, affin que luy commandiez ce
qu'il vous plairra, et de vous fre entendre aulcunes choses de
l'estat des affres de de, comme l'on y commance de jouer le jeu,
dont, cy devant, vous ay donn adviz, qui ne fault doubter que ne
produyse d'heure en heure plusieurs nouveaultez, lesquelles je ne
fauldray vous mander ainsy qu'elles adviendront, vous suppliant
cependant, Madame, vouloir commander deux choses: l'une, de donner
nouvel adviz  Monseigneur votre filz, comme il n'est rien al d'icy 
la Rochelle que ce que, par mes prcdantes, et meintennant par celles
du Roy, je vous ay mand, qui est si peu, que ceulx du dict lieu n'en
pourront guires advancer leurs entreprinses, ny guires retarder
celles de mon dict seigneur; et l'aultre, qu'il vous playse me fre
donner quelqu'adviz de l'estat de voz affres, et comme il vous playt
que je les reprsente; car, certes, cella est de grand moment et
importance en ce lieu, pour y rabattre les faulx bruictz, qu'on y sme
ordinairement au dsavantaige du bon succez de voz entreprinses; et je
prieray Dieu, etc.

     De Londres ce XIIe de may 1569.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FNLON.

--de Wynkfeild, le XVIIIe d'avril 1569.--

Monsieur de La Mothe, par lettres, que j'ay receu d'Escoce despuis le
partement de l'vesque de Rosse, j'ay entendu comme les choses y sont
passes, c'est que le duc de Chatellerault, et les aultres qui
estoient encores en mon obyssance, se trouvans destituez de tout
secours et pressez par mes rebelles, qui avoient eu loysir de se
prparer devant qu'il luy ft permiz partir de ce pays, davantaige qui
estoient fortiffiez d'argent de ce cost pour lever et entretenir
soldatz, et, en oultre, assistez ouvertement de gens de pied et de
cheval angloix par milor Husdon gouverneur de Warvich, ilz ont est
contrainctz se renger  ce que la Royne d'Angleterre dict au duc de
Chatellerault  son partement, que, s'il ne recognoissoit l'authorit
de mon filz, ainsy que je vous ay escript ces jour passez, il ne
s'atendt d'avoir support ou faveur d'elle, mais au contraire qu'elle
luy nuyroit o elle pourroit. Soubz ceste condition, le dict duc et
lord Herys ont fy leurs personnes au comte de Mora, lequel les ayant
en sa puyssance, les a faictz mettre prisonniers au chateau
d'Edembourg, o ilz sont meintennant, pour les forcer, ainsy qu'ilz
disent, de consentir  quelques articles qu'il leur propose, oultre
leur dicte soubzmission. Ilz se plaignent, me suppliant employer mes
amys, avec protestation que ce qu'ilz ont faict estoit pour se
rserver  me pouvoir encores fre service, et pour n'estre du tout
ruynez, voyant la Royne d'Angleterre bande avec mes rebelles; et que,
si pour saulver leurs vies et sortir de prison, ilz se condescendent,
d'avanture,  autre chose, ilz me supplient estimer (quelque seuret
que preignent mes dictz rebelles) que ceste ne durra plus long tems
qu'ilz pourront avoir secours; ce que je vous prie fre entendre au
Roy, monsieur mon beau frre, et  la Royne, madame ma bonne mre,
ensemble la ngociation que vous entendrez de l'vesque de Rosse. Je
leur escriptz prsentement et me remectz sur vous, m'asseurant que
ferez, en cecy comme en aultres choses, office de bon amy.

J'espre que Dieu permettra qu'en brief le dict seigneur aura reng
toutz ses rebelles, et qu'estans ses affres rduictes, il aura pity
des miennes, et y mettra la main; mais cependant le chateau de
Donbertan, qui estoit ce qui m'estoit obyssant de mon royaulme, et
l'esprance du recouvrement d'icelluy, est en telle ncessit de
munitions de grosse artillerye et de vivres, que, s'il n'est secouru,
entre cy et le commancement de juing, milor Flamy, qui l'a en garde,
sera contrainct le rendre et s'en aler avec les aultres, ainsy qu'il
m'a mand pour dernier adviz, n'ayant moyen tenir plus longuement. Je
vous prie, monsieur de La Mothe, le remonstrer affin qu'il y soit
pourveu, s'il est possible. L'vesque de Rosse vous informera plus
particullirement de toutes choses, qui sera cause que je ne feray
ceste plus longue que pour prier Dieu vous donner, monsieur de La
Mothe, ce que plus desirs, etc.


ADVIZ DE LA ROYNE D'ESCOCE.

Je viens, tout prsentement, de recepvoir l'adviz, cy cloz, du comte
de Huntely, lequel j'ay faict translater, de mot  mot, affin que vous
le voyez. Je croy qu'il fera ce qu'il dict; car, oultre l'obligation
envers moy de sa vye et de ses biens, que je luy ay donnez, il a
capitalle hayne avec le comte de Mora, qui a faict morir son pre et
son frre, et a vollu en fre aultant de luy, et exterminer sa maison.
Le comte de Huntely tient encores, en mon nom, tout le pays du Nort en
obyssance, et a dompt toutz ceulx qui tenoient pour mes rebelles. Il
est bien loing du secours que la Royne d'Angleterre pourra fre  mes
dictz rebelles, et, avec peu de ayde, aura moyen de les venir trouver,
ou, pour le moins, de leur oster beaulcoup de pays et se saysir de
plusieurs lieux d'importance; et, si du cost de Dunbertan, il y a
concurrance, tout le pays du Ouest ne fauldra s'eslever en ma faveur,
quelque, appointement ou promesse qu'il y ayt du duc de Chatellerault
avec le comte de Mora et ses conplices; car, nul des deux ne peult
longuement consister, si l'aultre n'est du tout ruyn et destruict. Je
vous prie, monsieur de La Mothe, donner adviz de cecy au Roy, et le
supplier de rechef vouloir donner quelque secours  mon pouvre
royaulme afflig, et, si ses affres ne me remettent encores l'entier
support, qu'il luy playse ne laysser perdre Donbertan  faulte de
munitions et quelque peu d'argent. Et sur ce etc.

     Escript, le dernier d'avril,  Winkfilde.


LETTRE DU COMTE DE HUNTELEY A LA ROYNE D'ESCOSSE.

J'ay, cy devant, escript  Votre Majest, par la voye de milor Heriz,
le tour que le duc de Chatellerault et ceulx du cost de dell m'ont
faict, accordant avec le comte de Mora, dont je n'avois rien sceu
jusques  ce qu'ilz m'ont appoinct ung jour  dinbourg, lequel j'ay
reffuz; et, pour ce, je supplie Votre Majest se haster de me fre
enpuis tendre son intention; car estant si loing des aultres je ne
m'asseurer, sinon de mylord Cranfurd et mylord Ogilby, qui n'ont rien
avec eulx. Par quoy, si je puis vitter ma totalle ruyne, je ne feray
rien jusques  ce que j'aye adviz de Votre Majest, autrement je la
supplie ne prendre en mauvaise part quelque chose que je face, et
estre asseure que, tant que je vivray, elle me trouvera fidelle  son
service, et qu'il vauldra mieulx que je sois asseur que de prir avec
les traistres, si ce n'est le playsir de Votre Majest. Ilz vous ont
malheureusement trompe, et avant que le dommaige en tumbe sur moy, 
quoy je n'auray poinct d'esgard pourveu que je puysse servir  Votre
Majest, laquelle je supplie trs humblement haster secours de
estrangiers, ou le retour de Votre Majest, s'il est possible. En
quelque sorte que ce soit, s'il vient arme de France, faictes qu'elle
descende au Nort; car cecy est le plus seur et je hazarderay tout pour
votre service. Quelque chose que cependant se soit passe, le duc de
Chatellerault n'a pas faict honnestement  l'endroict de Votre
Majest, ny de moy, et, pour ce, je la supplie trs humblement vouloir
haster l'ayde de France et Espaigne, et je prendray la chose sur moy:
deux mille ou quinze cens hommes suffiront, avec quelques munitions.
Et, quoy que je face, je supplie Votre Majest estre asseure que
toute l'Europe cognoistra que ma vie, et tout ce que j'ay, sont 
votre commandement. Le pourteur est seur, avec lequel je supplie Votre
Majest me mander ce qu'il luy playrra que je face.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--de Winkfild, le XXIIIIe d'avril 1569.--

Madame ma bonne seur, voyant que le terme est pass, de huict ou dix
jours, que j'atandois le retour de Sandy Bog, l'ung de mes serviteurs,
qu'incontinent aprs la rception de voz favorables lettres, apportes
par Borthuic, je dpeschay, je n'ay vollu diffrer vous envoyer notre
conseiller, l'vesque de Rosse, prsent pourteur, pour vous supplier
que je ne soys plus remise sur ce que mes rebelles feront, ny pour
aultre occasion dilaye; car je crains que desj ma longue demeure, et
rudesse de voz frontires, et estroicte garde o je suis, ayent par
tropt esbranl la constance d'aulcuns mes obyssans subjectz, pour se
veoir privez de ma prsence et intelligence de mon intention et
volont, combien que je ne me puisse persuader qu'ilz facent ung si
faulx et si lasche tour que celluy, qu'il vous a pleu m'advertir avoir
entendu de mes rebelles. Comme que ce soyt, je n'ay affre qu' vous,
j'implore de tant plus tt votre support et ayde que ma demeure, et
paciente attante de votre bon playsir, m'a caus ce dommaige. Je
m'asseure qu'au besoing vous me fers paroistre votre naturelle
amyti, de quoy je vous suplie, considrant le commung proverbe que:
_bis dat, qui tempestiv dat._

Je vous ay serch, avant toutz autres princes; je desire,
pareillement, qu'avant toute autre, m'obligiez  vous, comme plus au
long j'ay donn charge au dict vesque vous fre sur ce instante
requeste et dclaracion de la sincre et naifve affection que j'ay de
vous devenir oblige par favorable et briefve expdition, comme de
sang et naturel je la suys, vous supliant le croire de tout ce qu'il
vous dira, de ma part, comme feriez moy mesmes, et luy donner prompte
rsolution, pour ce que l'estat de mes affres, comme bien le pouvez
considrer, et le long temps que je suis icy retenue  regrect, et la
sayson propre  fre voyage le requirent, affin que du tout je
m'attande  votre support, ou me rsolve, avecques votre bonne grce,
d'en aller sercher aillieurs. Sur quoy, pour ne fre tort  la
suffizance de Mr. de Rosse, je prieray Dieu, aprs vous avoir prsent
mes trs humbles recommendacions qu'il vous doinct, etc.


AULTRE LETTRE DE LA DICTE ROYNE D'ESCOCE.

--du XXVe d'avril,  Winkfild.--

Madame ma bonne seur, aussi tost que j'ay receu voz lettres par
Borthuic, je dpeschay ung mien serviteur, nomm Alexandre Bok, en
Escoce, lequel j'ay attandu jusques au XXe jour, au bout duquel terme;
n'en ayant aulcune nouvelle, et estant informe que mylor Husdon a
assist et fortiffi mes rebelles, en personne, accompaign des bandes
de Baruich,  l'excution de l'usurpe administration de Mora et ses
complices, et que ung serviteur du duc de Chatellerault, qui j avoit
eu sa commission, fut renvoy arrester, aprs l'advertissement de
Mora, et ses lettres prinses, qui, je croy, estoient pour moy,
toutesfoys je n'en puys rien savoir, qui me faict croyre que je suys
en dangier n'avoir nulles nouvelles d'Escoce, s'il ne vous playt y
mettre autre ordre. Par quoy je n'ay vollu plus longuement diffrer la
dpesche de mon conseiller l'vesque de Rosse, prsent pourteur, pour
vous supplier que, sans plus vous attandre aulx bons ou mauvais
dportemens de mes subjectz, vous me donniez rsolue responce, [et
que] suyvant ma longue et instante requeste, vous me remettiez en mon
estat ou bien me permettiez aller sercher ailleurs secours des autres
princes, mes amys et alliez; car il y a prs d'ung an que j'attandz
votre rsolution, durant lequel temps mes rebelles se sont fortiffiez
de beaulcoup. Par quoy plus longuement, ne puys je, de mon gr,
recepvoir aulcun dlay, sans me rsouldre  quelque party, comme plus
au long l'vesque de Rosse vous fera entendre de ma part; auquel vous
suppliant de donner crdict comme  moy mesmes, je vous prsenteray
mes affectionnes recommendacions  votre bonne grace; priant Dieu
qu'il vous doinct, etc.


AULTRE LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE.

--du XXVIIIe d'avril,  Winkfild.--

Madame ma bonne seur, ayant, despuys le partement de Sandy Bok, receu
lettres de quelques ungs de mes obyssans subjectz par ung mien
gentilhomme, et entre aultres du duc de Chatellerault, se plaignans
d'estre retenuz prisonniers et menassez, s'ilz ne s'accordent  tout
ce qu'il plairra  Mora et ses complices, il m'a sembl vous en
debvoir advertir pour ce que leurs ennemys disoient qu'ilz avoient j
tout librement consenty  leurs usurpations, et aussi me souvenant
qu'en votre dernire lettre me mandiez qu'aviez miz ordre que Mora ne
procderoit point par armes; encores j'ay bien vollu vous asseurer
qu'il n'en a rien gard, et puys qu'il tient ainsy mes subjectz, et
des principaulx, les voulans forcer d'advouher et aprouver leurs
perverses actions contre moy, il n'est plus temps de diffrer. Par
quoy, je vous supplye, sans m'amuser davantaige, me donner briefve
responce, par l'vesque de Rosse, ou que me voulez remettre
prsentement, sellon ma requeste, en mon pays, ou que du tout me
reffuziez; car de moyen, entre ces deux, ou dlay, ne se peut il plus
longuement recepvoir.

[L'estat] de mes affres me contrainct  vous parler ainsy librement
et de vous presser, de rechef, de m'en donner briefve rsolution; car
quelque aultre responce, ou dlay, que je reoipve de vous, except
l'accord de ma tant inportune requeste, je ne la saurois prendre qu'
reffuz, qui seroit cause qu' mon regrect j'accepterois aulcun autre
ayde, qu'il plairroit  Dieu m'envoyer. Je n'ay vollu faillir vous
fre cest advertissement pleynement, affin que ne peussiez m'en
savoir mauvais gr, ou prendre  offence ce qui pourra s'en ensuyvre,
vous asseurant que je ne feray jamais chose pour vous offancer ou
desplaire, si aultrement je puys sauver mon estat et dlivrer mes
opressez subjectz de l'opression des rebelles. Je vous supplie,
Madame, lyez moy  vous par amyti et bons offices, et non plus par
estroicte garde de celle qui ne desire que, obtenant le fruict de mon
labeur, icy, vous rendre toute l'amyti et debvoir, que seur peult
fre  son ayme et chre seur, comme j'ay instruict mon conseiller,
l'vesque de Rosse, pour vous fre entendre, plus au long, de ma
part, sur lequel me remettant, je finiray, priant Dieu vous donner,
etc.


MMOIRE AU DICT LA VERGNE POUR DIRE A LEURS MAJESTEZ:

Que ce que je leur ay mand, de la secrte division et parcialit de
ce royaulme, commance se mettre en vidence entre ceulx du conseil,
s'estans les principaulx ouvertement opposez  l'authorit et
manyement du secrtaire Cecill, de sorte que le tout va estre remiz 
eulx, sans qu'il oze rien plus expdier de luy mesmes, encor que ne
soit de grand importance;

Que l'on commance fre chemyn  l'ambassadeur d'Espaigne pour
accommoder les diffrans des prinses, et le dict Cecill, mesmes, luy a
mand qu'il s'y employera plus dilligemment que nul aultre;

Que ce que la Royne d'Escoce requiert, touchant son chteau de
Donbertan, pour fre venir quelque rafreschissement de France, affin
que, par faulte de vivres, il ne soit contrainct de se rendre, a
besoing de prompte provision, et semble qu'il est expdiant et
ncessaire de la fre; mais, quant au reste, semble qu'il sera bon de
temporiser, jusques  ce que la Royne d'Angleterre aura accord ou
reffuz le secours.




XXXVIe DPESCHE

--du XVIe de may 1569.--

(Envoye par homme exprs, nomm Lamberty, jusques  Calais.)

  Sollicitations pressantes faites au nom de la reine de Navarre et
    du prince, son fils, auprs d'lisabeth.--Opinion du duc de
    Norfolc sur les projets de la reine.--Promesse d'un secours
    d'argent pour l'arme du duc de Deux-Ponts.--Nouvelles avances
    faites  l'ambassadeur d'Espagne.--L'vque de Ross est entendu
    devant le conseil.--Maladie grave de Marie Stuart.--Mesures
    rigoureuses prises en Angleterre contre les pirates.--Bruit
    gnral rpandu  Londres d'un chec essuy en France par les
    troupes du roi.--Le comte d'Ormond et milady Chic, dame
    d'honneur d'lisabeth, sont forcs de s'loigner de la
    cour.--_Lettre de Marie Stuart_ 
    l'ambassadeur.--_Remontrances_ de l'ambassadeur  lisabeth,
    pour demander la rpression de la piraterie, la restitution des
    prises et la communication du contrat fait par les marchands
    anglais avec les habitans de la Rochelle.--_Rponse de la
    reine_ aux remontrances.


     AU ROY.

Sire, vous ayant, par ung des miens, le XIe du prsent, escript asss
au long ce qui s'offroit, lors,  ma cognoissance, inportant icy
vostre service, je continueray de dire meintennant  Vostre Majest
comme, entendant les dilligentes et continuelles pratiques que le Sr.
du Puench de Pardaillan a, toutz ces jours, secrtement menes avec
les principaulx de ceste court, estant souvant en des longz et bien
estroictz conseilz avec eulx, j'ay envoy prier ceulx, que je say
estre bien affectionnez  la prosprit de voz affres, de ne luy
laysser rien inptrer de ceste Royne qui soit  vostre prjudice; 
quoy m'ayans promiz s'opposer fermement, j'ay despuys sceu, par le duc
de Norfolc, que le dict Sr. du Puench a faict beaulcoup d'honnestes
messages, de la part de la Royne de Navarre et de monsieur le prince
son filz,  la Royne d'Angleterre, confirmant de leur part ce que feu
monsieur le prince de Cond a, de son vivant, trett avecques elle;
avec quelque condolance de sa mort, racomptant la faon et yssue du
combat, o il a est thu, bien fort  son advantaige, et que,
nonobstant la perte de luy, ilz demeurent encores aussi fortz et aussi
bien conduictz qu'auparavant; de tant qu'il leur reste les mesmes
capitaynes et conducteurs, et que le capitayne Piles, avec quatre
mille hommes, s'est, despuis, joinct  leur arme, et les vycomtes
prestz de s'y joindre, avec d'aultres bonnes forces; mais que pour
toutes ses persuasions il n'a rien inpetr de nouveau de la dicte
Royne d'Angleterre ny de ceulx de son conseil, et si, d'avanture, il a
obtenu quelque chose, c'est si secrtement qu'il n'en a rien sceu, qui
pourtant ne peult estre aulcun secours en masse, dont l'on doibve fre
cas, ny que j'en doibve estre aulcunement en peyne; et m'a adjouxt le
dict sieur duc qu'il semble que le jeu dure trop en France, et que la
Royne, sa Mestresse, et tout ce royaulme dsirent infinyement d'y
veoir une bonne paix et ung accord en la religion, et qu'il n'est pas
possible de garder ceulx, qui sont icy, de la mesmes religion de ceulx
de la Rochelle, de leur donner toutjour quelque assistance.

Despuys, icelluy Sr. du Puench a prins son cong et je suys aprs 
fre guetter quel chemyn il prendra; car quelcun m'a dict qu'il semble
vouloir passer en Allemaigne pour aller fre le mesmes office devers
les princes protestans, ce que je ne puys croyre, de tant que le Sr.
de Voysin y est naguires all. Mr. le vydame de Chartres ne s'est
encores prsent en ceste cour, ny n'est encores arriv en ceste
ville, et semble qu'il ne sera guires bien venu de ceste Royne pour
la recordation, qu'elle a, du premier voyage qu'il fyt icy, aulx
premiers troubles, et, aussi, qu'elle a opinion qu'il faict ce second,
meintennant, pour habandonner la cause de ceulx avec qui il a toutjour
est, et qu'elle a entendu qu'il s'est mary contre l'opinion de la
Royne de Navarre et au regrect des principaulx de leur trouppe.

L'on faict icy cependant grand dilligence, parmy ceulx de la novelle
religion, de dresser ung party pour fre fornyr deux cens mille talars
en Allemaigne pour l'arme du duc de Deux Pontz; et semble que desj
il y ayt certaine asseurance d'en pouvoir fre avancer la moicti par
les mains du Sr. de Quillegrey, qui est en Hembourg (qui ne se peult
fre que le crdict de ceste Royne, ou du corps en gnral de ce
royaulme, n'y soit enploy), et que l'aultre moicti se fornyra,  ce
prochain mois de juing, aussi tost que la flotte des draps de Londres
sera arrive par dell. En quoy, Sire, ceulx cy ont de quoy collorer
et excuser si bien leur faict, qu'il est mal ays que je les en puisse
convaincre, encores semble il qu'il fault accepter le dsadveu et
excuse qu'ilz en font, pour quelque bien, en ce qu'ilz n'ozent
manifestement vous offancer. Je feray encores dilligence de descouvrir
mieulx ce qui en est; tant y a qu'il fault fre estat que les quarante
mille livres esterlin, revenans  cent trente trois mille escuz, qui
doibvent estre mises ez mains du dict Sr. de Quillegray, de la vante
des draps de ceste flotte, est aultant d'argent contant pour ceulx de
la nouvelle religion en Allemaigne. La dicte flotte, qui va en
Hembourg, n'a eu encores que demy jour de bon vent; par ainsy, elle
n'est hors des costes d'Angleterre.

Ceulx de ce conseil ont mand  l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy,
que s'il veult depputer commissaires, de sa part, sur le faict des
prinses, qu'ilz en depputeront aussi, de la leur, pour y procder en
si bonne faon que le Roy, son Maistre, en demeurera contant, qui est
signe qu'ilz veulent bien fort entrer en pratique avecques luy. A quoy
il leur a faict des responces qui ne les ont contantez, dont les
choses demeurent toutjours en suspens. Et sur certaine remonstrance,
que je leur ay baille par escript, conforme aulx derniers propoz que
j'ay tenuz  ceste Royne, ilz m'ont respondu assez conformment  la
bonne paix d'entre Voz Majestez, voz pays et subjectz, mais non tant
sellon les lgitimes entretennemens d'icelle, ny sellon la rparation
de vos dictz subjectz, comme je demandoys, ainsy que Votre Majest le
verra; mais les principaulx m'ont promiz de fre rformer la dicte
responce.

Les affres de la Royne d'Escoce ont t proposes au dict conseil, et
Mr. l'vesque de Roz a est deux foys ouy, dont, sur aulcunes
difficultez, l'on a envoy devers la dicte Dame. J'espre, par le
premier, vous donner bon compte de tout ce qui y a est dict.
J'entendz qu'elle est tumbe ung peu mallade, nantmoins elle m'a
naguires escript, et affin que soys mieulx asseur de ses nouvelles,
je vous envoye la coppie de sa lettre, et prie Dieu, etc.

     De Londres ce XVIe de may 1569.


L'on me vient d'advertir qu'encores ce matin les seigneurs de ce
conseil ont dpesch nouvelles commissions contre les pirates, et
dellibrent, en toutes sortes, d'en purger la mer, et d'en fre pendre
aultant qu'il s'en pourra attrapper.


     A LA ROYNE.

Madame, oultre le contenu en la lettre du Roy, j'ay bien peu que vous
mander en ceste cy, si n'est de certaines nouvelles qu'on va semant en
ceste court, et par Londres, qu'il y a eu quelque rencontre en
Xainctonge, o aulcunes troupes du camp de Monseigneur, filz de Vostre
Majest, ont est deffaictes, et Messieurs de Thavanes, de Martigues,
de Brissac, d'Estrocy, de La Chastre et aultres plusieurs, demeurez
prins et blessez; et que le duc de Deux Pontz a deffaict, aussi,
quelque trouppe, que menoit le baron des Adrectz, et contrainct Mr.
d'Aumalle se retirer, deux grandz journes, dans le pays, et mettre
une rivire devant luy: de quoy je suys en peyne, bien que pour venir
la dicte nouvelle de cost suspect, ceste Royne ny les seigneurs de ce
conseil n'y adjouxtent grand foy. Et j'espre en Nostre Seigneur que
l'vnement n'aura est tel; mais quoy qu'ayt succd, je vous supplie
trs humblement, Madame, qu'il vous playse m'en fre donner adviz,
affin de le reprsenter icy  la vrit, et en la faon qu'il fault,
pour garder la rputation de voz affres, affin de n'en laysser
aprofiter ceulx du contraire party.

Il se dict que, vers le cap d'Ouest, a freschement dsembarqu une
troupe de gentishommes et damoyselles, vennantz de la Rochelle, et
que, parmy, y a ung des principaulx chefs de leur arme. Je mtray
peyne de savoir que c'est, pour vous en donner plus grand notice par
mes premires; priant Dieu, etc.

     De Londres ce XVIe de may 1569.


Je viens d'estre adverty que le comte d'Ormont a est, ce matin, banny
de court, et que Mylaris Chic s'en est banye elle mesmes, pour avoir,
eux deux, est surprins ensemble en lieu secret et trop suspect. La
dicte Mylaris Chic est une des dames d'honneur de ceste Royne.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FNLON.

--Wymkfild, le VIIe de mai 1569.--

Monsieur de La Mothe, j'ay est bien ayse de veoir, par les lettres du
Roy, Monsieur mon bon frre, les bonnes nouvelles de la victoire,
qu'il a pleu  Dieu luy donner; mais je suys en peyne de n'en avoir
point eu de la Royne, Madame ma bonne mre, et que l'on faict encores
courre le bruict que les ennemys sont les plus fortz; et, pour ce, je
vous prie, Monsieur de La Mothe, m'escripre amplement et librement la
vrit de toutes choses. Si je puys obtenir cong pour ung des miens,
je ne fauldray l'envoyer par dell pour me resjouir avec le dict
seigneur de l'heureux succez de ses affres; sinon je vous adresseray
mes lettres  la premire commodit; et sur ce, je prie Dieu vous
donner, Monsieur de La Mothe, ce que plus vous desirez, etc.


Chiffre--[Je vous prye ne laysser cependant passer l'occasion de
remonstrer au Roy la ncessit du prompt secours pour Donbertan, et
l'importance de la place, et vous asseurer que, quelque chose, que je
trette pour sortir d'o je suys, je ne diminueray jamais de la volont
et affection envers ceulx que je doibz; et me semble, Monsieur de La
Mothe, que c'est la sayson que, si vous parlez un peu brusquement  la
Royne d'Angleterre, j'en auray meilleur march.]


REMONSTRANCE FAICTE PAR LE Sr. DE LA MOTHE FNLON A LA ROYNE
D'ANGLETERRE.

1.--Que, pour remdier aulx dsordres, qui se commettent en mer au
prjudice de la bonne paix d'entre voz deux Majestez, voz pays et
subjectz, il soit vostre bon playsir fre proclamer en vostre
royaulme, ainsy que le Roy, Mon Seigneur, a mand proclamer au sien,
que nul de voz dictz subjectz ayt  armer vaysseaulx pour les mettre
en mer, si Vostre Majest, pour occasion de guerre ou pour la garde de
ses places, expressment ne le permet et commande.

2.--Et, si aulcuns y veulent mettre navyres pour aller  leur traffic
avec plus grand quipage de guerre, qu'il n'est accoustum  commun
train de merchandise ou de pescherie, il soit mand de ne les laysser
sortir, sans bailler suffizante caution devant voz officiers qu'ilz
n'attempteront rien au prjudice de la paix, n'y n'empescheront ou
retarderont aulcunement le libre commerce qu'en temps d'icelle est
accoustum.

3.--Et que ceulx, qui sont desj en mer, soyent rvoquez par cry
public, et dclairez dsadvouhez et hors vostre protection, si, du
dernier jour de may prochain en l, ilz continuent d'y estre en
aultre faon que cy dessus n'est dict, pour estre puniz et chastiez
comme brigans et volleurs.

4.--Et, affin de mieulx observer ceste vostre ordonnance, mander  voz
officiers des lieux que, quant quelques vaysseaulx partiront, ils
facent inventoire de tout ce que dans iceulx sera trouv, avec
obligation qu' leur retour ils reprendront port au lieu mesmes d'o
ilz seront dpartiz, et reprsenteront leur dict inventoire, avec
certiffication du lieu o ilz auront charg et aschapt leurs
merchandises, et aultres choses, qui se trouveront de plus en leurs
dictz vaysseaulx.

Et,  deffault de ne monstrer telle certiffication, soit mand saysir
le tout, soubz la main de Vostre Majest, pour estre, ce qui ne se
trouvera de bonne prise, baill en garde  quelques bons personnaiges
ressans et solvables, affin de le restituer  qui il apartiendra.

5.--Et de tant qu'aulcuns de voz subjectz, et aultres, estrangiers,
qui se sont retirez en voz portz, ont, despuys cinq ou six moys,
ouvertement et sans punition aulcune, us de toute licence en mer 
prendre et arrester les biens, personnes et navyres des Franoys,
dont, et des voyages de la Rochelle et aultres semblables dportemens,
aulcuns ont estim qu'il y avoit guerre entre ces deux royaulmes,

Affin d'en oster l'opinion, et obvyer au mal qui s'en pourroit
ensuyvre, il vous playse, suivant les communs trettez et la mutuelle
dclaration, que Voz Majestez ont naguires faicte, l'une  l'aultre,
sur l'entretennement de la paix, et veu l'ordonnance que le Roy, Mon
Seigneur, de son cost a mand publier pour asseurer la mer et le
commerce aulx Angloix en son royaulme,

Mander aussi qu'il soit us de pareille correspondance aux Franoys,
pour leur rendre la mer et le commerce libres et asseurez de de, et
que ce qui leur a est prins et transport, ou aultrement arrest en
ce royaulme, Vostre Majest veuille dclairer, qu'aprs sommaire
vriffication faicte comme il leur appartient, l'adjudication et
dellivrance leur en sera faicte, et que ceulx, qui s'en trouveront
saysiz ou coupables, seront contrainctz par la voye de justice [de les
rendre] ou d'en payer la juste valleur.

6.--Et, de tant qu'aulcuns de ceulx, qui se sont retirez en voz portz,
au sortir d'iceulx, courent ordinairement la mer jusques dans ceulx du
Roy; dont naguires ilz ont miz en alarme la coste de Normandie, et se
sont esforcez d'allumer la guerre entre ces deux royaulmes, il vous
playse leur deffandre toute retrette en vos dictz portz, et ordonner,
attandu les violances qu'ilz ont commises, et qu'ilz ne cessent de
commettre toutz les jours sur les bons subjectz du Roy, qu'ilz seront
prins et aprhendez, quelle part o ilz seront trouvez en ce royaulme,
pour estre puniz comme infracteurs de paix, perturbateurs du repoz
public, et volleurs manifestes.

7.--Que, pour la restitution des prinses, Vostre Majest, jouxte sa
promesse et celle des seigneurs de son conseil, soit contante de
depputer deux personnaiges, de bonne qualit, Angloix, l'ung de
lettres, et l'aultre merchand, pour aller en France, et il en sera
depput aultant, de Franoys, pour venir, en mesme temps, en
Angleterre, affin d'estre prsens et adjoinctz sur les lieux aulx
commissaires de la dicte restitution, pour tenir la main que, d'ung
cost et d'aultre, elle soit droictement faicte.

8.--Et, pour oster le souspeon et jalouzie que le Roy prend, et qu'il
ne peult fre qu'il ne preigne, de la contractation de voz subjectz
avec ceulx de la Rochelle, encores que je ne say comme il prendra ce
voyage qu'on y va fre  prsent, il vous playse,  tout le moins,
fre en sorte que ceste roulte et ce traffic ayent dorsenavant 
cesser;

Et me dclairer s'il vous playt accepter l'offre, que le Roy m'a
command expressment de vous fre, c'est qu'il accomodera vostre
royaulme, et voz subjectz, de toutes ces choses ncessaires qu'ilz
vont qurir  la Rochelle, en telz aultres endroictz de son royaulme,
qui prsentement luy obyssent, qu'il vous plairra choysir, et de leur
y fre donner toute faveur, seurett et bon trettement.

9.--Et, affin qu'il voye sur quel fondement ces premier et second
voyages au dict lieu ont est entreprins, au prjudice de ce qu'il
vous avoit faict requrir et remonstrer au contraire, il vous playse
luy fre communication du contract et march, que Vostre Majest
allgue avoir est faict l dessus, affin qu'il en puysse demeurer
aucunement satisfaict.


RESPONCE FAICTE PAR LA ROYNE D'ANGLETERRE  la susdite remonstrance,
suivant les articles cothez.

_Au premier._--Il y est pourveu par la proclamation du XXVIIe d'avril
dernier.

2.--Il y est aussi pourveu en la mesmes proclamation.

3.--Il y est aussi pourveu par certains ordres, envoys du conseil, 
toute portz, en mars dernier, de quoy l'ambassadeur a eu coppie.

4.--Cella ne peult estre par ordre excut, comme l'article requiert,
car les navyres, qui sortent d'ung port, ne retournent pas toutjours
en icelluy, mais en aultres.

5.--Il n'y a poinct de besoing, l, de dclaration par parolles, car,
par manifestes oeuvres, il est dclair que toutz Franoys sont
souffertz hanter en Angleterre, combien que les Anglois sont
journellement arrestez en France;  quoy il n'est remdi par
oeuvres.--Asseurment, il ne peult estre longuement observ, de la
part d'Angleterre, comme il est meintennant.

6.--Dessus complaincte justice est et sera faicte.

7.--Cestuy cy sera faict, si aulcun peult estre persuad de pouvoir
librement passer en France.

8.--Il est libre, par les trettez, aulx merchands d'Angleterre de
ressortir en quelques portz que ce soit de France, et fault
naturellement que les merchandz trafficquent o ilz trouvent meilleur
traictement;  ceste cause, s'ilz peuvent estre mieulx trettez en
aultres places qu' la Rochelle, asseurment ilz y veulent, d'eulx
mesmes, ressortir combien qu'ilz fussent commandez aller  la
Rochelle.

9.--Le march est entre certains marchandz de Londres avec aulcuns de
la Rochelle, pour leur dlivrer quelque quantit de sel et telles
semblables choses, ncessaires pour l'usaige d'Angleterre,  certains
priz, lequel ilz ne veulent estre manifest, de peur que leurs marchez
ne puyssent, par d'aultres marchandz, estre damnisez, car communment
ung marchand cherche  prjudicier  l'aultre pour son gain
particullier, et, pour ce, ont ilz accoustum de garder leurs marchez
secrtement, tant pour leurs prix que pour la quantit.




XXXVIIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de may 1569.--

(_Envoye jusques  la Court par le Sr. de Vassal._)

  L'ambassadeur se plaint de ne recevoir aucunes nouvelles de
    France.--Succs de ses ngociations auprs d'lisabeth pour
    empcher l'envoi d'un secours srieux  la Rochelle.--Crainte
    conue en Angleterre d'une entreprise de la part des Espagnols
    vers Norfolc, et de la part de la France en
    cosse.--Continuation des dmarches faites auprs de
    l'ambassadeur d'Espagne.--Dtails de l'accident subit arriv 
    Marie Stuart, que l'on a crue morte.--_Mmoire gnral_ sur la
    situation des affaires de France, d'Espagne et
    d'cosse.--Protection accorde aux protestants de France par
    lisabeth, qui n'est retenue que par la crainte de la
    guerre.--Le conseil est toujours dans la mme indcision au
    sujet de la paix ou de la guerre avec l'Espagne.--Vives
    instances faites auprs de l'ambassadeur pour connatre quelle
    serait la conduite de la France dans le cas o cette guerre
    serait dclare.--Conduite habile de sir William Ccil pour
    dtourner l'orage qui gronde autour de lui.--Le duc de Norfolc
    accuse devant le conseil Marie Stuart d'avoir fait cession au
    duc d'Anjou de ses droits  la couronne d'Angleterre.--Le
    conseil dcide qu'il ne s'occupera point des demandes de la
    reine d'cosse tant qu'elle ne se sera pas justifie de cette
    accusation.--_Mmoire du cardinal de Chatillon_  la reine
    d'Angleterre sur la situation des protestants en France.


     AU ROY.

Sire, il est pass ung mois tout entier, despuys le XVIIe d'estuy cy,
que je n'ay aulcune lettre ny nouvelles de Voz Majestez, et de tant
qu'il semble que cella commance fre quelque faulte icy  vostre
service, pour beaucoup de nouvelles qu'on y publye au dsadvantaige de
voz affres, ausquelles je n'ay de quoy respondre, je dpesche exprs
ce gentilhomme pour en aller savoir sur le lieu; et vous diray
cependant, Sire, que j'ay tant de foys expressment remonstr  la
Royne d'Angleterre le proffict et seurt, qui luy venoit de la paix et
amyti qu'elle a avecques Vostre Majest, voz pays et subjectz, et le
mal o elle alloit tumber, si elle permettoit plus d'abuzer ainsy,
soubz main, de son authorit et des moyens de son royaulme contre
vous, qui estiez de trop bon lieu pour ne sentir le mal qu'on vous
feroit, qu'enfin elle a, en vostre faveur, escluz toutz pirates de se
pouvoir dorsenavant aulcunement prvaloir de nul support, retrette ny
descharge, ez portz de son royaulme, ayant rvoqu ceulx de ses
subjectz qui s'estoient miz  suyvre ce train, et chass du tout les
aultres, leurs familles et enfans, de sorte qu'il n'en comparoit
guires plus en ceste mer estroicte, ainsy que les gouverneurs mesmes
des principalles villes de vostre frontire m'en ont asseur; et n'est
sans que ceulx, qui sont icy pour ceulx de la Rochelle, ne s'y soyent
merveilleusement opposez, pour les bons butins qu'ilz en raportoient 
l'entretennement de leur guerre, et pour l'empeschement qu'ilz
donnoient aulx catholiques de vostre royaulme, et des aultres pays
voysins. Et a faict encores la dicte Dame, avec l'assistance d'aulcuns
principaulx personnaiges que je y ay employez, que le Sr. du Puench de
Pardaillan, qui luy a, parmy les honnestes messages de la Royne de
Navarre, demand secours d'hommes et d'argent, a est renvoy avec
grand acceptation des messages, mais entier reffuz des forces et
d'argent; de sorte que, si les choses ne changent bien fort, ilz ne
peuvent fre estat d'icy que de ce que aulcuns particulliers de leur
religion les pourront, de leurs propres moyens et substance, secourir.
A quoy il est trs difficile de remdier, et ceulx l sont,  la
vrit, de tel crdit qu'ilz les peuvent, et icy, et en Allemaigne,
asss accommoder de deniers, avec ce, que je croy sans aulcun doubte,
quoy qu'on me veuille asseurer du contraire, que la dicte Dame mesmes
leur permettra user de son crdit, pourveu qu'il n'y aille rien du
sien, ou qu'elle soit bien asseure du rembourcement, et que ce ne
soit directement contre les trettez.

Elle est tumbe en grand souspeon de deux entreprinses, qu'on l'a
asseure se dresser et se debvoir bien prochainement excuter contre
elle et contre son estat, l'une, du cost de France, et l'aultre, du
cost de Flandres; dont m'ayant faict sonder si, avec aulcuns
principaulx de ce royaulme, j'estois de la mene de l'une ny de
l'aultre, j'ay donn telle rayson de moy,  celluy qui m'en a parl,
que je m'asseure qu'elle en demeure satisfaicte; mais cella a est
cause dont j'ay faict plus grand dilligence de pntrer en ces deux
faictz, et n'ay encores si grand notice de celluy de Flandres que je
vous oze asseurer de ce qui en est; bien m'a l'on dict que certain
personnaige, fort principal des Pays Bas, en a freschement donn
l'adviz par ung petit escript, non plus grand que la main, o il
asseure que la pratique est bien fort advance, et que, ayant est
desj offert par le duc d'Alve aulx seigneurs angloix, qui la mnent;
mille Hespaignolz naturelz de certain tercero, et deux mille Vualons,
avec cent cinquante mille escuz contantz, ilz demandent pour mieulx
engaiger le dict duc  l'entreprinse deux mille Hespaignolz du tercero
qu'ilz nomment, et ung capitaine dsign, et quatre mille Vuallons,
avec cent mille escuz de plus; et de se prparer, du premier jour, 
les mettre en terre de de vers Norfolc. Ce qui se rapporte
aulcunement  certain adviz que, six sepmaines a, je vous ay donn.

Et pour le regard de celluy de France, j'ay sceu de certain qu'on
donne entendre  ceste Royne qu'en France l'on en veult bien fort 
elle, mais que, durant ceste guerre, l'on ne peult ny le veult on
dclairer; mais, la guerre finye, s'il succde mal aulx protestans, ou
qu'ilz soyent contrainctz  quelque paix mal advantaigeuze pour eulx,
qu'il est desj tout rsolu de visiter l'Angleterre, avec la plus
mortelle guerre et les plus dtermines entreprinses que jamais Roy de
France y ayt faictes; et que, cependant, ung certain capitaine, qu'ilz
nomment Saint Martin, lequel ilz disent estre  Monsieur le cardinal
de Lorraine, est desj arriv a Paris, ensemble ung aultre gentilhomme
avecques luy, ayantz toutz deux cartelz de mon dict sieur le cardinal,
en motz couvertz, pour lever des deniers et aller incontinent en
Bretaigne armer navyres et lever gens pour descendre en Angleterre, en
faveur de la Royne d'Escoce, en ung port o ilz sont attanduz, et o
ung Anglois et ung Escouoys, qui ne sont nommez, les doibvent
conduyre, qui est une invention, laquelle se descouvre d'elle mesmes
estre trop affecte, pour fre embarquer ceste princesse  l'aultre
party. A quoy je say desj que respondre, si la dicte Dame m'en
vient, tant soit peu,  toucher, et seray bien ayse que Vostre Majest
me donne encores, par ces premires, de quoy pouvoir plus clairement
convaincre ceste persuasion.

Au reste ceulx cy disent que mon dict sieur le cardinal a naguires
retir ung des gens de leur ambassadeur, luy ayant auparavant donn
trois cens escuz pour quelque communication, qu'il luy fit, de
certains messages et paquetz des princes d'Allemaigne, qu'il portoit
 la Royne d'Angleterre, de quoy la dicte Dame est bien offence.

Les choses de de monstrent nantmoins continuer toutjour  la paix
avec Vostre Majest, ne voyant qu'il se face aulcun nouvel aprest pour
me fre doubter du contraire, que celluy qui est desj en mer. Il est
vray qu'on mande souvant  dresser l'ordre des forces de ce royaulme;
mais il se cognoist asss que c'est plus pour se deffendre, et pour
obvier aulx esmotions qu'on y crainct, que pour fre quelque
entreprinse hors du pays.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a est, despuys trois jours, de
rechef recerch de depputer commissaires sur le faict de ses prinses
et saysyes, essayans ceulx de ce conseil d'atacher par ce moyen
quelque pratique d'accord avecques luy; mais il a respondu qu'il n'y
avoit lieu de nommer commissaires avant que ce qui a est prins, comme
en guerre, par les propres navyres de la Royne d'Angleterre, ft
rendu; mais, cella faict, affin que toute forme d'hostillit soit hors
de cause, qu'il se pourra aprs depputer commissaires sur le reste des
prinses et des arrestz faictz par auctorit de justice, et qu'il sayt
bien que, de tout ce qui a est saysy en Flandres, s'il en deffault
une seule pice de drap, le duc d'Alve la satisfera, et qu'ainsy
convient il rendre, par de, tout ce qui a est prins et arrest sur
les subjectz du Roy, son Maistre. Il ne m'est permiz de veoir encores
le dict sieur ambassadeur, mais nous pratiquons ensemble par messages,
et je sentz bien qu'il incline fort  ung accord et est fort ayse d'y
veoir peu  peu achemyner ceulx cy, et sans ce, qu'aulcuns des grandz
l'asseurent que, tant qu'il tiendra plus ferme de son cost, tant
plus ceulx cy plyeront de venir  son poinct, il ft desj bien avant
en trett avecques eulx.

J'ay si bien instruict ce dict porteur des nouvelles de la Royne
d'Escoce et de tout le reste de l'estat, que je cognoys  prsent des
affres de de, que, donnant foy, comme je vous suplie de fre,  ce
qu'il vous dira, je n'ay, pour le surplus, qu' prier dvottement le
Crateur, etc.

     De Londres ce XXIIIe de may 1569.


     A LA ROYNE.

Madame, l'on faict courir icy beaulcoup de nouvelles en deffaveur des
affres de Voz Majestez, et s'esforce l'on, par l, de remettre en
termes les secrettes entreprinses contraires  la paix, que j'ay miz
beaulcoup de peyne d'interrompre; dont ceulx, qui m'y ont tenu la
main, m'envoyent souvant enqurir de ce qui en est, et, pour ne leur
en savoir donner compte, ilz pensent que je les veulx taire ou
dissimuler, parce que je ne les say bonnes; ce qui les faict estre
plus froidz et timides sur mes remonstrances, et donne lieu aulx
aultres de m'y procurer une longueur, ou bien ung changement, en ce
qu'ilz peuvent, qui est cause que je suplie trs humblement Vostre
Majest de me fre avoir plus souvant de voz nouvelles, affin que le
retardement d'icelles ne face dommaige  vostre service, auquel
dommaige j'espre bien d'y pouvoir aulcunement remdyer; mais
beaulcoup mieulx, si je y suys ayd par lettres et adviz de Voz
Majestez, avecques lesquelles, quant bien il vous debvra venir quelque
mal de ce cost, si ne peult estre destorn du tout, elles m'ayderont
au moins d'en rabattre une partie, et de vous pouvoir advertyr du
reste si  propos qu'il y pourra estre tout  temps remdy.

J'ay, oultre les lettres de Voz Majestez, baill ung mmoire au Sr. de
Vassal, prsent pourteur, pour le vous monstrer, lequel j'ay faict
tout exprs bien fort ample, affin qu'aprs l'avoir veu, comme je
suplie Vostre Majest d'en prendre la peyne, parce qu'il contient tout
ce que je say estre icy  prsent en termes, il vous playse l'envoyer
 monseigneur vostre filz, qui desire estre inform, par le menu, de
toutes ces choses, auquel, parce que je ne luy ay rien escript, cinq
sepmaines a, il vous plairra commander luy en fre une prompte
dpesche; et n'adjouxteray, pour le surplus,  la prsente, sinon que
Mr. le cardinal de Chatillon a faict venir quatre centz pices de vin,
blanc et clairet, de la Rochelle, desquelles il a, ces jours passs,
distribus  la Royne d'Angleterre et  toutz ceulx de ce conseil les
douze vingtz, et a rserv les huict vingtz pour sa provision, ce qui
faict juger  plusieurs qu'il ne sent les choses en France en termes
pour y pouvoir retorner de long temps; et a emprumpt envyron deux
mille escuz d'ung marchant de ceste ville,  qui trois principaulx
seigneurs de ceste court en ont respondu.

Il se parle que madame la princesse de Cond passera bien tost de
de, ce qui se saura mieulx au retour de la flotte de la Rochelle.
Ceux du dict lieu de la Rochelle, qui sont descenduz au cap de
Cornoaille, ainsy que je l'ay mand par mes prcdantes, ne sont,  ce
qu'on m'a dict, guyres gens de qualit. Tout ce qui surviendra
d'heure  heure, je mettray peyne d'en advertir Vostre Majest, 
laquelle baysant, en cest endroict, trs humblement les mains, je
prieray Dieu qu'il vous doinct, etc.

     De Londres ce XXIIIe de may 1569.


Despuys ce dessus, la Royne d'Escoce, escripvant  ceste Royne sur la
particularit que verrez en mon mmoire, consernant monseigneur vostre
filz, a donn charge au porteur de me venir dire comme, le Xe de ce
moys, ayant sur les huict heures du matin prins des pillules, soubdain
luy estoit venu ung tremblement et vomyssement, et estoit tumbe
plusieurs foys en convulsion, et luy avoit dur jusques  une heure
aprs midy, mais qu'elle estoit, grces  Dieu, asss bien revenue, et
esproit qu'elle se porterait mieulx. Ceste Royne luy a envoy des
mdecins, et semble qu'elle se laysse conduyre  la vouloir remettre
en son estat. J'espre pouvoir, au nom de Voz Majestez, asss ayder 
l'accommodement des affres de la dicte Dame, sans incommoder les
vostres. Elle a grand faulte d'argent pour ses menues ncessitez.


  MMOIRE AU SR. DE VASSAL DE CE QU'IL DIRA, OULTRE LE CONTENU DE
    LA DPESCHE, de ma part,  Leurs Majestez:

Que, suyvant le discours de Mr. le cardinal de Chatillon, qui a est
trouv sur monsieur le prince de Cond, le jour de sa deffaicte, ceste
Royne a, du commencement, donn plusieurs bonnes esprances de secours
et de faveur  ceulx de la Rochelle, et mesmes de se dclairer pour
leur party, quant il en seroit temps;

Non en aulcune dtermine entreprinse, que je sache, contre le Roy,
mais en la gnralle cause de la deffance de la nouvelle religion,
pour laquelle ceulx du dict lieu, par leurs continuelz messages, et
aussi les princes d'Allemaigne, par leurs depputez, l'ont trs
instantemant sollicite qu'elle en vollt avec eulx entreprendre la
deffance;

Et luy en ont reprsant l'excution bien facille, soit en France, ou
en Flandres, mesmement en France, de tant qu'on en est desj aulx
mains, et que pour en venir  bout disent ne rester que la dclaration
de sa volont et aulcuns siens moyens, qui ne luy seront aulcunement
mal ayss.

Et se sont esforcez luy persuader qu'elle le debvoit et le pouvoit
lgitimement fre, sans aulcune infraction des trettez de paix,
qu'elle a avec les princes catholiques, de tant que ce sont eulx
premiers,  ce qu'ilz disent, qui ont conjur et entreprins
d'exterminer ceulx de la religion dont elle est, et que la deffance
est trs lgitime  ung chacun;

Et que, quant bien il luy fauldra ouvertement venir  quelque
dclaration contre le Roy et contre le Roy d'Espaigne, ce ne luy sera
qu'advantaige,  tout le moings, d'avoir la guerre  l'ung d'eulx,
pour des raysons qu'ilz luy allguent, pleynes  la vrit de passion,
neantmoins telles que ceste princesse, bien que de soy incline  la
paix, s'est laysse conduyre, ds l'entre de ces troubles,  leur
octroyer tout le secours et assistance que, soubz main et sans se
dclairer, elle a peu, avec une secrette permission et tollrance, en
son royaulme, de toutes choses qui s'y feroient en faveur et proffict
de ceulx de sa religion, ainsy que despuys l'on en a veu l'excution
en plusieurs sortes sur les subjectz de Leurs deux Trs Chrestienne et
Catholique Majestez.

Mais affin qu'elle ne passt oultre  se dclairer ouvertement contre
le Roy, il y a est pourveu de bonne heure par des moyens qui ont eu
asss bon effect, lesquelz, estantz aussi essayez pour le Roy
d'Espaigne, ne luy ont encores ruscy si clairement qu'il desiroit.

Dont, puys peu de jours, ceulx, qui portent icy son faict et qui
conseillent la paix, lesquelz sont de tant d'authorit que, sans eulx,
rien de bien important ne se peult rsouldre en ce royaulme, en ont,
de rechef, faict mettre la matire en dellibration par prtexte de
tretter d'une remonstrance que j'avoys faicte  ceste Royne, pour fre
cesser les dsordres qui se commettent en mer; et j'entendz, qu'aprs
ung peu de contencion entre ceulx des deux partiz, il a est, de
rechef, pour le regard de la France, unanimement rsolu, par les ungs
et par les aultres, avec aprobation de ceste Royne, que la paix et
commerce se continueront, demeurant encores les choses de Flandres en
quelque suspens.

Et m'ayant le comte de Lestre naguyres pri  diner avec le duc de
Norfolc, le marquis de Norempton, le comte de Betfort, milor
Chamberlan, l'Amyral d'Angleterre et le secrtaire Cecille, qui sont
les principaulx de ce conseil, des deux opinions, ainsy que, entre
aultres choses, trs instantment je les requrois de repurger leur mer
et leurs portz de pirates, ilz m'ont remonstr, qu'estans en suspens
avec le Roy d'Espaigne, ilz avoient besoing d'entretenir et supporter
leurs capitaines de mer, et de ne fre, qu'en remdiant aulx dsordres
pour contanter le Roy, ilz vinsent  diminuer pourtant leurs forces,
me sondans, ceulx de l'ung party, l dessus, si je voulois donner
parolle que le Roy ne prendroit la cause du Roy d'Espaigne ny ne se
dclaireroit contre la Royne, leur Mestresse, et que tant mieulx elle
donroit ordre  ce que je desiroys.

Sur quoy, voyant l'aguet de l'aultre party sur ce que je dirois l
dessus, j'ay respondu n'y avoir lieu de me demander,  prsent, une
telle dclaration; car je n'avois aussi aulcune charge de la leur
fre: ains seulement d'asseurer la Royne, leur Mestresse, et eulx, qui
sont de son conseil, qu'ilz trouveront une trs ferme et constante
correspondance de paix en l'endroict du Roy, Mon Seigneur, s'ilz ne le
provoquent de la rompre; et quant  l'amyti et l'alliance, d'entre
Leurs Majestez Trs Chrestienne et Catholique, qu'elle est notoire 
tout le monde, mais ce n'est au prjudice de l'Angleterre, ny n'est
matire qui concerne ce que nous avions prsentement  tretter.

Dont m'ayantz toutz, d'une voix, promiz ung si bon remde que j'en
demeureroys contant, ilz ont, despuys, faict publier certaine
ordonnance, dez la fin d'avril, sur le reiglement de la mer, en
laquelle ilz n'ont oz nantmoins fre expcialle mencion de la
France, pour ne monstrer d'exclurre, du tout, les pays et subjectz du
Roy Catholique, comme n'estans encores en manifeste ropture avecques
luy; et me semblant que ceste grande gnrallit, en faveur de toutz
navigans, ne satisferoit asss aulx choses particullires que je
requroys pour le Roy et ses dictz subjectz, je leur ay baill une
remonstrance par chefz et articles.

A laquelle ilz m'ont faict les responces qu'on a veu au marge de
chacun chef, lesquelles sont asss sellon la paix, mais non, du tout,
convenables aulx lgitimes entretennemens d'icelle, ny sellon la
rparation des tortz et violences qu'il est besoing de fre aulx
subjectz du Roy, de quoy sont cause les accordz prcdans et les
promises tollrances, et aussi, que les prinses ont est aulcunement
despartyes entre ceulx qui ont authorit; mais j'essayeray d'avoir
mieulx, s'il est possible, et d'obtenir, par le menu, ce que, par
dclaration gnralle, l'on a faict difficult de me bailler.

Or, nonobstant la susdicte rsolution de paix avecques le Roy, ceste
princesse ne laysse d'entretenir toutjour en bonne esprance monsieur
le cardinal de Chatillon et ceulx de ce party, qui est cause que,
souvant, il vient nouveaulx messagiers, de la Rochelle, ainsy que
naguyres le Sr. du Puench de Pardaillan et Saint Symon ont pass
dess, en la compaignye de Mr. le vydame de Chartres, et ont confirm,
de la part de monsieur le prince de Navarre, les mesmes intelligences,
commences avec feu monsieur le prince de Cond, pour la commune
deffance de leur religion; et, par telz accez, avec l'assistance des
depputez des dictz princes d'Allemaigne, ilz s'esforcent d'encourager
la dicte Dame  leur entreprinse.

En quoy, encor qu'ilz voyent, quant se vient au poinct de se dclairer
ou fornyr deniers, qu'elle leur use de tant de deffaictes et remises,
qu'ilz n'ont occasion, si les choses ne changent bien fort, d'esprer
d'elle ce grand secours qu'ilz se promettent, ilz ne quictent pourtant
la partie;

Et obtiennent toutjour ce qu'ilz peuvent par le moyen de ceulx qui
sont les plus affectionnez  la matire, ainsy que, naguyres, ilz ont
tant faict que ce second voyage de la Rochelle a est accomply,
nonobstant les empeschemens que je me suys efforc d'y mettre; et
mesmes, voyantz qu'il m'avoit est donn parolle, avecques srement,
par la dicte Dame et les principaulx de son royaulme, qu'il n'yroit en
la flotte gens de guerre, ny armes, artillerye, ny monition aulcune,
d'o le Roy peult estre offanc, ilz ont nantmoings, en quelques
vaysseaulx franoys, qui sont alls de compaignye, faict embarquer le
Sr. Du Doict, Rouvray et Valfenyres et environ soixante Franoys
avecques leurs morrions et haquebutes, ensemble XX hommes, entenduz en
mynes et contremynes, et quelques charpentiers, massons, boulangiers,
cordonniers, mareschaulx et aultres artizans, mais non en grand
nombre, que le conseiller Cavaignes a eu secrette commission de fre
lever au pays d'Ouest.

Et y a dangier qu'ilz se prvallent aussi du nom de la dicte Dame 
trouver des deniers en Allemaigne, mesmement s'ilz peuvent fre qu'il
n'y coure rien du sien, sinon son seul crdit, car, estant la flotte
pour Hembourg desj en mer, toute pare pour le premier bon vent qu'il
fera, en nombre de XXVIII vaysseaulx, bien quipez, oultre sept des
grandz navyres de guerre de ceste Royne, les mieulx pourveuz et armez
qu'il est possible, avec deux mille cinq cens hommes de combat, et Me.
Oynter pour les conduyre, l'on y porte,  ce premier coup, si bon
nombre de draps et laynes, qu'on les estime  sept cens mille escuz,
qui sera un commancement de grand crdit pour la dicte Dame et pour le
corps de son royaulme par dell.

Et le Sr. de Quillegrey a escript du dict Hembourg que le lieu y est
beau, bien cappable et asss commode pour recepvoir et dbitter les
dictes marchandises, encor que la navigation soit longue, et, en
quelque sayson de l'an, incommode  cause des glaces, et que les
merchans ne pourront avoir si souvant nouvelles de leur traffic, comme
ilz faisoient d'Envers; mois qu'au reste il a trouv le pays bien
dispos envers ceste Royne, et qu'elle y pourra lever beaulcoup de
gens de guerre, de pied et de cheval, pour son service, quant il luy
plairra, vray est qu'ilz veulent estre bien payez.

Enfin, les merchans de ceste ville, qui avoient toutjours persist de
vouloir employer les deniers de leurs draps et de leurs laynes au dict
Hembourg, en aultres merchandises, pour les transporter par de, ont
accord de recepvoir, icy, quarante mille livres esterlin, qui sont
cent trente trois mille escuz, et mettre de dell, ez mains du dict
Quillegrey, pareille somme, oultre qu'on dict qu'on y a port un
nombre d'angellotz en espces, ainsy que je l'ay ci devant mand.

En quoy, encor qu'on me donne entendre que c'est pour fre fondz au
dict lieu, affin de s'en servyr, au besoing, ez affres que la dicte
Dame pourra avoir contre le duc d'Alve, si crains je que ces deniers,
ou partie d'iceulx, aillent  fre quelque nouvelle leve ou payement
d'Allemans pour fre durer la guerre de France; car ceulx de la
nouvelle religion ont, de long temps, miz en avant qu'on pourroit, sur
le crdit de la dicte Dame et sans aulcunement la nommer, fre tenir,
par la voye mesmes d'Envers ou de Franquefort, de l'argent au duc de
Deux Pontz, comme estant proprement sien, ou  luy envoy, et se
rembourcer, puys aprs, icy, de ces prinses de mer, et, en tout
vnement, il faut fre estat que ce sera aultant d'argent contant en
Allemaigne pour ceulx de la nouvelle religion.

Ceulx de ce conseil, qui tendent  la paix, ont, puys peu de jours,
faict office si exprs envers la dicte Dame pour la retirer de toutes
ses pratiques, qui se mnent au prjudice des trettez qu'elle a avec
les princes ses voysins, que si les propres conseillers du Roy, du
Roy Catholique et de la Royne d'Escoce eussent est prsens, l'on m'a
asseur qu'ilz n'y eussent peu rien fre de mieulx en ce, mesmement,
qui peult concerner, pour leur regard, l'honneur de la couronne de
ceste princesse, la foy de ses promesses, son srement, la mauvaise
estime qu'elle s'acquiert de favoriser une cause tant contraire 
l'authorit des princes, et si adversaire  sa propre qualit, et qui
luy attirera la guerre sur les braz; sans rien obmettre de la
ncessit de ses finances, ny de celle de ses subjectz, qui, par
faulte de commerce, commancent de murmurer, et se prparer  quelque
rebellion, l'estreignant si fort, par ces propoz, qu'on m'a dict que,
hors de mettre, par forme de parler, la main sur elle, ilz n'eussent
peu se monstrer plus fermes ny entiers en ce qu'ilz luy ont remonstr.

Ce qu'ilz ont faict de tant plus hardyment que toutz les grandz et
plus nobles du royaulme y ont concouru, incoulpans certain
particullier, d'auprs d'elle, de toutz les dsordres passez, et ont
limit contre luy si bien toutz les faictz dont ilz le veulent
charger, pour ne toucher  nul des aultres du conseil, qu'ilz
entreprennent toutz d'ung accord de le dboutter.

Mais luy, qui, seul, jusques  ceste heure, a conduict les affres au
gr de sa Mestresse, et avec grand soing de la contanter, met peyne de
se meintenir, et, encor qu'il se soit desj retir de n'expdier plus
toutes choses, comme il fezoit, de luy mesmes, sans ordonnance du
conseil, il ne laysse aller toutesfoys la principalle dtermination
des affres  nul des aultres.

Et c'est luy mesmes qui a faict, pour le regard du Roy, que, pour ne
contrevenir par sa Mestresse aulx premires promesses faictes  ceulx
de la Rochelle et aulx princes protestans d'Allemaigne, l'on m'ayt us
de quelque ambiguyt aulx responces, dont dessus est faicte mencion.

Et, pour le regard du Roy Catholique, que estans les remonstrances de
son ambassadeur prsantes  ce conseil, s quelles il est le plus
charg, il a trouv moyen de fre atacher aulcuns du dict conseil 
icelluy sieur ambassadeur sur une forme de parler, dont il a us en
son escript, qu'il leur a monstr n'estre asss honnorable pour leur
qualit, sur laquelle luy ayant faict fre certaine responce avec
d'aultres bien lgires sur le principal de la matire; le dict sieur
ambassadeur, l'ayant veue, y a pour toute rplique adjouxt ces motz
de sa main: _Esta no es respuesta para l'ambaxador del Rey d'Espaia_,
laquelle ayant sembl  ceste Royne et  eulx tenir ung peu
d'arrogance, sont demeurez sans entrer plus avant avecques luy.

Et pour le regard de la Royne d'Escoce, de tant que ceste Royne
commance d'avoir suspecte sa demeure en son royaulme, et crainct la
faveur et support, qu'en plusieurs sortes, elle s'acquiert des
principaulx de la noblesse et du peuple du pays, icelluy particullier
semble la persuader meintennant qu'elle la doibt renvoyer et remettre
en son pays.

Nantmoins, pour donner colleur aulx choses qu'il a menes jusques icy
de son affre, il a faict contencieusement dbattre, dans le dict
conseil, ce que la dicte Royne d'Escoce y a naguires propos,
tendant-- requrir le secours promiz pour estre remise en son estat,
ou bien luy estre permiz qu'elle en puisse aller pourchasser ailleurs,
et que, de tant que la Royne d'Angleterre l'a toutjours asseure
qu'elle le luy bailleroit, toutes les foys qu'avec son honneur et sa
seuret elle le pourroit fre, qu'elle a envoy l'vesque de Ross, son
conseiller, avec ample pouvoir pour tretter de toutes choses
apartenans  l'honneur et  la seuret de la dicte Dame et  la
couronne d'Angleterre en cest endroict, au proffict, toutesfoys,
d'elle et de ses enfans lgitimes procrs de son corps.

Sur laquelle remonstrance estant le dict sieur vesque appell au dict
conseil, aprs qu'icelluy particullier a eu, devant l'assistance,
dbattu avecques luy aulcunes difficultez, il a trouv moyen de fre
porter la parolle par le duc de Norfolc, qui est le premier du dict
conseil, en ceste sorte: --c'est qu'ayant demand  l'assemble cong
de parler, il a dict au dict vesque que, pour estre la matire de
telle importance qu'elle touche le droict et le tiltre de ce royaulme,
toutz estoient obligez, sur le pril de leurs vies et de leur honneur,
de n'y procder, ny lgirement, ny tmrrement, ny en termes
couverts et dguysez; par ainsy, qu'ilz le vouloient bien clairement
advertir comme il ne leur sembloit que la Royne d'Escoce, sa
Mestresse, ft en estat pour debvoir estre secourue de la Royne, leur
Mestresse, ny pour pouvoir contracter de rien avecques elle, de tant
qu'il estoit notoire qu'elle avoit cd le droict et tiltre qu'elle
pouvoit avoir  la couronne d'Angleterre  monsieur d'Anjou, dont le
pape en avoit faict la confirmation; et que, mesmes, aulcuns du
conseil de France avoient miz en avant le mariage de luy avec la dicte
Royne, leur Mestresse, pour mieulx establir le royaulme  leurs
descendans; et que, sans avoir plus grand certitude de ce que la dicte
Royne d'Escoce pourroit avoir faict en cella au proffit de monsieur
d'Anjou, ou de monsieur de Guyse, ou de quelque aultre, qu'ilz ne
voyent qu'on doibve entrer en aulcun trett avecques elle[68].

  [68] Voir l'addition faite  la XXXVIIIe Dpesche,  la fin de ce
  volume, o sont runies toutes les pices relatives  ce point
  historique.

A quoy le dict sieur vesque de Ross a respondu que, sur ce mesmes
propos, la Royne, sa Mestresse, luy avoit, par lettre et de parolle,
respondu qu'elle n'avoit jamais pens  rien de semblable, et que
c'estoit une invention forge, d'ung trs mauvais instrument, pour
rendre la Royne d'Angleterre offance contre elle, et que la vrit
estoit toute au contraire, dont desiroit, de bon cueur, qu'on l'ouyst
encores parler l dessus; mais pendant qu'on envoyeroit devers elle
pour avoir ceste dclaration le dict vesque les prioyt trouver bon
que la Royne, leur Mestresse, escripvt en Escoce une bonne lettre,
pour fre cesser toutz attemptatz et entreprinses de guerre jusques 
ce qu'on aura pourveu  cella.

Et ainsy, la dtermination de toutz ces affres a est mise en
suspens, et pour la prolonger davantaige j'entendz qu'icelluy
particullier s'esforce d'imprimer  sa dicte Mestresse que toutz les
principaulx princes d'Allemaigne ont jur la conqueste des Pays Bas et
d'en chasser les Espaignolz, chose qui n'est peu desire d'elle, ny
mal agrable  ses subjectz, et dict qu'il n'est sans apparance que le
Roy, mesmes, soit de l'intelligence; par ainsy, qu'elle ne doibt en
rien haster ses affres mais seulement se pourvoir.

Et cependant, il ne laysse d'essayer beaucoup de moyens pour se
rconcilier avec les ungs et avec les aultres, et mesmes avec
l'ambassadeur d'Espaigne, luy mandant qu'il s'employera, plus
dilligemment que nul aultre,  l'acomodement de ces saysyes, et en
toutz les affres qui concernent, icy, le service du Roy, son Mestre,
et cerche de trouver des prinses sur ceulx qu'il sent luy estre
irrconciliables.

Or, dellibrent ces seigneurs, encores une foys,  ce qu'on m'a dict,
sur ces mesmes matires d'importance fre une aultre recharge  la
dicte Dame pour l'induyre  prendre aultres adviz que ceulx du dict
particullier, mesmement, pour les affres de Flandres. A quoy, si elle
ne veult entendre, ou qu'elle se monstre aussi opinyastre  suyvre ses
conseilz, comme elle a faict jusques icy, toutz, d'ung accord, sont
rsoluz de s'en aller hors de la court et laysser la dicte Dame seule
avec luy, et semer, en l'opinyon du peuple, qu'ilz s'absentent ainsy,
pour ne consentir aulx dsordres et mauvais gouvernement de ce
royaulme, s'asseurans que bien tost la dicte Dame se trouvera
habandonne de ses subjectz, ou bien qu'il surviendra telle chose en
son estat, qu'elle sera contraincte de recourir  eulx, et que bien
tost ilz viendront  bout de ce qu'ilz prtendent.


  MMOIRE DE MR. LE CARDINAL DE CHATILLON, envoy de Chin, o il
    est  prsent,  la Royne d'Angleterre et aux seigneurs de sa
    court,  Grenuich, le XXVIe de may 1569.

Despuys le XXVe avril il y a eu ung grand rencontre en Xainctonge.

Le comte de Brissac, le Sr. Estrossy, le comte d'Alez, le vycomte de
Pompadour et le Sr. de La Chtre l'ayn y ont est thuez, et Mr. de
Tavanes et plusieurs aultres grandz seigneurs prins et blessez.

Le duc de Deux Pontz est  Vezellay l'Abbaye et Mr. le cardinal de
Lorraine, etc.

Monsieur d'Aumalle ne l'a encores combattu, bien que le Roy et la
Royne le luy ayent command, disant qu'il attand le marquiz de Baden.

Cependant l'on faict tout ce que l'on peult pour praticquer le dict
duc, tant par promesses que aultrement, et est l'on,  prsent, 
trouver deniers pour fre fre monstre  ses gens, cuydant par ce
moyen l'atirer.

Le baron des Adretz, qui avoit est envoy pour luy empescher le
passaige, a est deffaict.

Les Provenaulx et Daulphinoys se sont saysys de Eysselles pour
empescher le passaige aux Italliens.

Le Roy est en chemin pour venir  St Maur des Fossez, o monsieur le
mareschal de Montmorency et monsieur le Chancellier sont mandez, et
dict on que c'est touchant quelque division survenue  la court, o
Mr. le cardinal de Lorraine, etc.

Monsieur le Chancellier tient le lict et s'excuse d'y aller, l'on ne
say encores que fera le dict sieur Mareschal.

Ung gentilhomme de Mr. Dandellot, vennant d'Allemaigne, a est prins
et thu, de sans froid, son paquet luy ayant est premirement ost.

Les lettres qu'il portoit estoient, la plus part, en chiffres, signs
par le prince d'Orange et par le Sr. de Mouy, et aultres, contennans,
en somme, que la cause de leur longueur et retardement est faulte
d'argent.

       *       *       *       *       *

(Celluy qui portoit le dict mmoire  heu charge de parler sur les
deux articles qui font mencion de monsieur le cardinal de Lorraine,
mais je n'ay encores peu savoir que c'est; car il n'en a rien dict
qu' la Royne d'Angleterre et  bien peu des aultres.)




XXXVIIIe DPESCHE

--du XXVIIIe de may 1569.--

(_Envoye jusques  Calais par Olivyer Camberno._)

  Dpart de l'envoy du duc de Deux-Ponts, qui est prsum se
    rendre en France.--Son signalement est donn pour faciliter son
    arrestation.--Prparatifs de dfense faits en Angleterre contre
    les entreprises qui pourraient tre tentes, soit par les
    Pays-Bas, soit par la France.--Emprunt fait par
    lisabeth.--Arrestation d'un courrier envoy de France 
    l'ambassadeur, et enlvement des dpches dont il tait
    porteur.--_Lettres de Marie Stuart_  lisabeth et  l'vque
    de Ross.--Dclaration de la reine d'cosse au sujet de la
    cession qu'elle est accuse d'avoir faite au duc d'Anjou.


     AU ROY.

Sire, ce qui me faict haster ceste dpesche, n'y ayant que cinq jours
que je vous ay amplement escript les choses de de par le Sr. de
Vassal, est que, ce matin, ung, qu'on dict estre ambassadeur du duc de
Deux Pontz, a prins cong de la Royne d'Angleterre pour aller trouver
son maitre; et j'entendz qu'il va par France; mais ne say par quel
endroict. Tant y a que sa dpesche et celle du secrtaire de Mr.
Norriz, naguires envoy par de, se font en mesmes temps, comme
s'ilz debvoient aller de compaignye; et, hyer, on me vint demander ung
passeport pour ung Jehan Bonhomme, soy disant serviteur du dict Sr.
de Norriz, lequel j'accorday fort volontiers, parce que ung des grandz
de ceste court me l'envoya requrir, conforme  ung aultre passeport
qu'il me fit monstrer de Monseigneur le Duc, donn  Paris le
troiziesme de ce moys, et soubz sign du gouverneur de Dipe, du IXe
ensuyvant, o le dict Bonhomme et le dict secrtaire sont ensemblement
nommez: et, aujourdhuy, le dict secrtaire est venu,  l'accoustum,
prendre le sien  part pour s'en retourner, ce qui m'a faict
souspeonner que le dict ambassadeur du duc de Deux Pontz se pourroit
bien advanturer de passer  Paris avec mon passeport, soubz le tiltre
de Bonhomme. A quoy Vostre Majest pourra fre prendre garde, mais,
pour enseigne de luy, affin qu'on ne preigne ung pour aultre,--il est
homme de moyenne taille, assez replet, la barbe espaisse, non de tout
noyre, le teint bon et vermeille, habill  l'alemande, ung manteau
noir  bizette d'argent et ung groz chappeau de soye vellu.--Peult
estre qu'il s'embarquera pour la Rochelle, sellon qu'il l'a donn
entendre en quelque sien propos; nantmoins, j'ay donn le semblable
adviz aulx gouverneurs de Callays et de Dipe, pour fre prendre garde
aulx passaiges.

L'on continue de redresser et relever les fortz, et de fortiffier les
places de toute la coste de de, despuys Germue jusques au cap de
Cornoaille, qui est tout l'endroict de ce royaulme qui faict front 
la coste de France et de Flandres; et dilligente l'on, mesmement, la
rparation de Porsemue. J'estime que c'est pour le souspeon des deux
entreprinses que je vous ay dernirement mandes. Au surplus, Sire, ce
qui me faict, icy, meintennant plus de peyne est de veoir l'extrme
dilligence qu'on mect de trouver toutjour deniers ayant aulcuns
persuad  ceste Royne de lever promptement, par lettres de son priv
scel adressantes aulx particulliers bien ayss de son royaulme, ung
emprunct de cent mille livres esterlin, qui est trois cens trente
trois mille escuz, et d'enjoindre bien estroictement aulx merchans de
ceste ville de ne faillyr  l'accomplissement du party de XL mille
livres esterlin, qu'ilz ont promiz mettre ez mains du Sr. de
Quillegrey en Hembourg, pour en estre rembourcez de de; ce que je
crains, comme je vous ay desj mand, Sire, estre faict au proffict et
intention de ceulx de la nouvelle religion, nonobstant qu'on me
veuille asseurer du contraire: mais je suys aprs  procurer, s'il est
possible, que l'ordre du susdict emprunct de cent mille livres, soit
interrompu, et icelluy, des XL mille {lt} d'Hembourg, rvoqu, non
sans esprance d'y pouvoir, en l'un et l'aultre, fre venir de
l'empeschement, ou au moins du retardement.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, est souvant recerch d'entrer
en composition sur le faict de ces prinses et saysies, mais il a pour
si suspect le secrtaire Cecille, qui est celluy qui luy en faict
principallement parler, que, pour attandre que l'ouverture en vigne
d'aultre main, la matire s'en prolonge toutjour davantaige; mais j'ay
quelque adviz que, par le moyen d'un Itallien, nomm Berty, secrtaire
d'Estat en Flandres, et du Sr. Guydo Cavalcanty, qui est icy, il se
dresse une secrecte et mutuelle pratique, des deux costez, pour
accorder ces diffrandz: ce que je ne voys, toutesfoys, qu'il puysse
russyr encores de long temps, si le Roy d'Espaigne n'y veult laysser
courir asss de sa rputation, et beaulcoup des biens de ses subjectz.

Il a faict si bon vent, despuys six jours, pour la flotte d'Hembourg,
que j'estime qu'elle est desj arrive de dell, sans qu'il soit
nouvelles qu'elle ayt rencontr l'empeschement que ceulx cy
craignoient du duc d'Alve, passant prs de Zlande, et le mesmes vent
aura servy aussi pour le retour de celle de la Rochelle, dont j'estime
que, dans deux ou trois jours, nous en saurons des nouvelles.

La Royne d'Escoce a est extrmement mallade, et me fut mand, hyer, 
vespres, qu'elle estoit trespasse, mais, sur les unze heures de
nuict, j'ay eu contraire adviz qu'elle se porte mieulx, et qu'elle est
en bonne voye de guryson; ce qui m'a est encores confirm, ce matin,
de lieu bien asseur. J'espre recouvrer la coppie d'une lettre
qu'elle a escripte, durant son grand mal,  ceste Royne, touchant la
cession du droict et tiltre de ce royaulme, qu'on luy objecte qu'elle
a faicte  Monsieur, frre de Vostre Majest, dont, par ma premire
dpesche, je la vous envoyeray; et prieray atant le Crateur, etc.

     De Londres ce XXVIIIe de may 1569.


Despuys la prsente escripte, je suys adverty que le secrtaire de Mr.
Norriz est desj party par la poste, et que le dict ambassadeur du duc
de Deux Pontz s'en va, avec chevaulx de louage, prendre cong de Mr.
le cardinal de Chatillon, qui est  Chin, et qu'il reviendra encores
en ceste ville, d'o ne partira qu'aprs demain; par ainsy, ilz
n'yront de compaignye. Au reste, le postillon de Callays vient
d'arriver,  qui l'on a ost,  Canturbery, vostre paquet qu'il me
portoit, et ne sera sans que j'en demande rayson, et que je me pleigne
bien fort, si l'on ne me la faict. J'ay despuis recouvert la copie de
la lettre de la Royne d'Escoce, que je vous envoye.


     A LA ROYNE.

Madame, j'ay receu, despuys quarante jours, une seule lettre du Roy,
du VIIe du pass, et icelle asss briefve, parce qu'on me la cuydoit
envoyer par homme exprs, instruict de toutes choses, ainsy que je
l'ay comprins de la lettre mesmes; ce qui est cause, Madame, estant
ainsy long temps sans savoir de voz nouvelles, que je suys contrainct
de ngocier souvant  tastons avecques ceulx cy, qui n'ont les yeulx
cloz ny ne les tiennent, en rien, plus ouvertz que sur voz prsens
affres, affin de rgler les leurs et toutes leurs entreprinses par
les vnemens d'iceulx; et aulcuns principaulx personnaiges, qui vous
sont icy bien affectionnez, ne peuvent, ny ozent, en l'incertitude de
tant de nouvelles qui courent, mettre en effect les bons offices
qu'ilz desireroient uzer en faveur de vostre service, parce qu'ilz
veulent avoir fondement de vrit ez choses qu'ilz feront et diront en
cella. Dont vous plairra, Madame, trouver bon que j'aye plus souvent
de voz nouvelles, tant pour leur en despartir, que pour pouvoir mieulx
servir  voz intentions par de, lesquelles Vostre Majest sayt
combien j'ay en trs grande affection de les bien excuter et
accomplir.

Je ne vous feray redictes du contenu en la lettre que j'escriptz au
Roy, seulement suplieray Vostre Majest de me fre respondre aulx
principaulx chefs des choses que, par le Sr. de La Croix et par mon
secrtaire, et despuys par le Sr. de Vassal, je vous ay mandes, et
croyre que ceulx cy sont si agitez de divers desirs et desseings, sur
la prsente entreprinse du duc de Deux Pontz, qu'il y a assez de peyne
 les contenir et  rompre les parties qui se mectent toutz les jours
en avant parmy eulx; et croy que le semblable se faict ez aultres
estatz et pays voysins: mais Dieu, par sa bont, conservera Voz
Majestez et vostre royaulme, et je le suplie, aprs avoir trs
humblement bays les mains de Vostre Majest qu'il vous doinct, etc.

     De Londres ce XXVIIIe de may 1569.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A M. L'VESQUE DE ROSSE.

--de Wynkfeild, le Xe de may 1569.--

Monsieur de Rosse, ayant la commodit de vous envoyer la prsente,
j'ay bien vollu vous donner adviz de ma disposition, craignant qu'en
soyez en peyne, aprs avoir peult estre entendu l'estat o j'estois ce
matin, quasi semblable  celluy o m'avez veue  Jedowart[69]. J'avois
sur les huict heures prins des pillules, et, soubdain, m'est venu un
tremblement et vomissement, et suys tumbe plusieurs foys en
convulsion, ce qui m'a dur jusques  une heure aprs midy; mais,
grces  Dieu, je me sens asss bien revenue en moy, et espre que je
me porteray mieulx. Si aulcuns de mes amys en ont, d'avanture, ouy
quelque chose, vous pouvez les en mettre hors de peyne: et atant je
prie Dieu vous avoir, monsieur de Rosse, en sa saincte garde.

  [69] Jedburg, petite ville d'cosse dans le comt de Roxburg, sur
  la Jed. En 1566, Marie Stuart se trouvant dans cette ville, fut
  saisie subitement d'une maladie tellement violente que l'on avait
  dsespr de la sauver.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du XVe de may 1569.--

Madame, ayant entendu, par l'vesque de Rosse, mon conseiller, que
quelques objections estoient faictes pour empescher la prompte
dmonstration de vostre bonne volont vers moy, allgant que j'avois
faictz quelques contractz avecques monsieur d'Anjou, le frre du Roy,
monsieur mon frre, qui vous pouvoit prjudicier, je me suys bien
vollue esforcer, n'ayant encores recouvert ma sant, par ces mal
escriptes lettres vous asseurer sur ma conscience, honneur et crdict,
que jamais n'ay faict nul contract avecques luy, ny aultre, d'aulcune
chose, ny n'entray jamais en ceste opinion de fre chose  vostre
prjudice, despuys que suys en aage de discrtion, ny tant mal
advantaigeuse pour ce royaulme et  moy, que de fre aulcun contract,
ny transmission; de quoy je vous donray telle preuve, asseurance ou
seuret, qu'il vous plairra deviser, comme l'vesque de Rosse vous
dira plus au long, vous supliant le croyre et m'excuser, car je suys
en asss foible disposition pour vous escripre comme j'en ay subject
et volunt, seulement me suys je esforce vous rendre ce tesmoignage
de ma main, auquel j'appelle Dieu en tesmoing: et prie Dieu qu'il vous
ayt en sa saincte garde.

     Ce dimenche matin XVe de may 1569.




ADDITION A LA XXXVIIIe DPCHE.

PICES RELATIVES A LA CESSION FAITE PAR MARIE STUART

_de ses droits  la couronne d'Angleterre._


Parmi les accusations portes par la reine d'Angleterre contre la
reine d'cosse, la plus grave, sous le rapport politique, tait le
reproche qu'on lui adressait d'avoir cd  un prince tranger ses
droits  la couronne d'Angleterre. Marie Stuart, hritire prsomptive
du trne, comme plus proche parente d'lisabeth, prtendait mme que
la couronne lui appartenait  l'exclusion de sa cousine. Dj elle
avait constat ses prtentions, en prenant les armoiries d'Angleterre,
aprs la mort de la reine Marie; il tait donc  craindre qu'elle ne
transfrt ses droits  un prince assez puissant pour les faire valoir
par la force des armes. Tous les historiens parlent de la cession qui
aurait t faite au duc d'Anjou: le prsident de Thou rappelle le
bruit rpandu qu'elle avait eu lieu en faveur de Philippe II (t. II,
lib. XLIV, p. 675. Lond. 1733, in-f), et la suite de cette
correspondance montre que l'Espagne, en promettant son secours  Marie
Stuart, la demandait pour don Juan (_voyez_ 2e vol., p. 423). Tout ce
qui est relatif  ce point important d'histoire est encore fort
obscur; les pices que nous runissons ici, et qui sont toutes, sauf
une seule, entirement indites, peuvent servir  jeter quelque jour
sur un fait si intressant. Il en rsulte que la cession existait
rellement et qu'elle avait t faite, non pas au profit du duc
d'Anjou, mais de Henri II et de ses successeurs. Les motifs politiques
qui ont pu engager Charles IX, le duc d'Anjou, Catherine de Mdicis et
Marie Stuart elle-mme  en nier l'existence, s'expliquent
naturellement par la position dans laquelle se trouvait la reine
d'cosse prisonnire de la reine d'Angleterre.

Ces pices, qui sont toutes extraites des Archives du Royaume, se
composent des titres suivants:

  1. Un acte de donation faite par Marie Stuart au profit de Henri
    II, le 4 avril 1558, vingt jours avant son mariage avec le
    Dauphin, du royaume d'cosse et _de tous ses droits au trne
    d'Angleterre_, si elle venait  mourir sans enfants;

  2. Un autre acte du mme jour, galement au profit de Henri II,
    mais contenant seulement engagement du royaume d'cosse et
    abandon de tous les revenus de ce royaume jusqu' l'entier
    remboursement des sommes dues  la France, qui taient values
    par approximation  un million d'or;

  3. Un dernier acte souscrit le mme jour par Marie Stuart et
    contenant une renonciation formelle  toute dclaration qu'elle
    pourrait tre force de faire, sur la demande des tats
    d'cosse, au prjudice des dispositions consenties par elle en
    faveur de la France;

  4. La dclaration faite par Charles IX, sur la demande
    d'lisabeth, le 10 juillet 1569, constatant que Marie Stuart
    n'avait point fait au duc d'Anjou cession de ses droits au trne
    d'Angleterre;

  5. Mme dclaration souscrite par le duc d'Anjou, le 17 juillet
    1569.--Semblable dclaration a t faite par Catherine de
    Mdicis, par le Cardinal de Lorraine et l'vque de Glascow,
    mais ces derniers actes ne se sont pas retrouvs dans les
    papiers de l'ambassadeur.


Les divers historiens qui ont fait allusion  ces pices ne les ont
pas eues sous les yeux. Keith est le seul qui annonce avoir vu dans la
bibliothque des avocats d'dimbourg les trois premiers de ces actes,
mais il ne mentionne mme pas la clause la plus importante, relative 
la cession des droits au trne d'Angleterre, ce qui autoriserait 
croire que cette clause avait t supprime dans la copie dont il
parle. Tous les autres historiens ont parl de ces trois actes d'aprs
Keith. Carte est le seul qui paraisse avoir eu une connaissance plus
prcise de ce fait; mais il ne cite aucune autorit, et se borne  une
simple nonciation dont il ne tire mme aucune consquence. Camden,
Rapin Thoiras, Robertson, mademoiselle de Kralio, se contentent de
rappeler le reproche adress  Marie Stuart d'avoir cd ses droits au
duc d'Anjou, mais aucun d'eux ne parle de la cession faite  Henri
II[70].

  [70] _Voyez_ KEITH, p. 73. Edimb. 1734, f;--CAMDEN, p. 159. Lond.
  1615, in-4;--JEBB, t. II, p. 260. Lond. 1725, in-f;--RAPIN
  THOIRAS, t. VI, p. 272. Lahaye 1733, in-4;--CARTE, t. III, p.
  349. Lond. 1752, f;--WILLIAM MAITLAND, t. II, p. 901. Lond. 1757,
  f;--ROBERTSON, t. I, p. 157. Lond. 1781, 8;--GILBERT STUART, t.
  I, p. 453. Lond. 1784, 8;--Mademoiselle de KRALIO, t. III, p.
  415. Par. 1787, in-8;--SISMONDI, t. XVIII, p. 71. Par. 1834,
  in-8.


I.

DONATION FAITE PAR MARIE STUART AU ROI HENRI II.

--du IVe d'avril 1557-[1558].--

(_Archives du royaume, Trsor des Chartes_, J. 679, no. 59.)

TRS HAULTE ET TRS EXCELLENTE PRINCESSE, MARIE, ROYNE D'ESCOSSE,
prsente en personne,

Considrant la singullire et parfaicte affection que les Roys de
France ont tousjours eu en la protection et manutention du royaume
d'Escosse contre les Angloys, anciens et invtrez ennemys d'elle et
de ses prdcesseurs; et encores plus le bon traictement qu'elle a eu
et receu de la bont de trs hault, trs puissant et trs excellent
prince Henry, par la grce de Dieu, Roy de France,  prsent rgnant,
qui, durant sa pupillarit et bas aage, a maintenu, comme encores
faict, son estat  ses fraiz et impenses.

Pour ces causes et aultres  ce la mouvans, et par ce que tel est son
plaisir et volunt;

A dict et dclair que, advenant le cas qu'elle dcedde sans hoirs
procrez de son corps (que Dieu ne veuille), elle a donn et donne par
ces prsentes, par pure et libre donation, faicte pour cause de mort,
au Roy de France qui est ou sera, le royaulme d'Escosse selon qui se
consiste et comporte, oultre tous et telz droictz qui lui _peuvent ou
pourront, ores et pour l'advenir, compecter et appartenir au royaulme
d'Angleterre_, et aultres terres et seigneuryes, qui par ce titre lui
sont escheuz ou pourront escheoir et advenir; ensemble tous et chacuns
les droictz, tant en pensions que aultrement, qui,  cause de ce,
peuvent et pourront, ores et pour l'advenir, compecter  icelle Dame
envers et contre toutes personnes, mesmes envers et  l'endroict du
Roy de France et ses successeurs Roys, sur les terres de son royaulme,
en quelque sorte que ce soit, dont les Roys ou Roynes d'Angleterre
leur pourroient faire demande, dbat ou querelle, desquelz icelle
Dame, ou cas susdict, a fait  iceulx Roys de France don, quictance,
cession et transport par ces prsentes.

Ce que a est stipul et accept pour le Roy, et ses successeurs Roys,
par Monseigneur le Cardinal de Sens, garde des sceaulx de France  ce
prsent, et par nous notaires et secrtaires de la Couronne de France
soubssignez, stipul et accept au prouffict d'icelle Couronne de
France par ces prsentes receues et expdies par nous  la requeste
d'icelle Dame; laquelle, pour plus grande approbation d'icelles, les a
vollu signer de sa propre main, ce jourdhuy IIIIe jour d'avril l'an
mil cinq cens cinquente sept, avant Pasques,  Fontainebleau.

     MARIE.

     CLAUSSE. BOURDIN.


II.

AUTRE DONATION FAITE PAR MARIE STUART AU ROI HENRI II.

--du IVe d'avril 1557-[1558].--

(_Archives du royaume, Trsor des Chartes_, J. 679, no. 60.)

TRS HAULTE ET TRS EXCELLENTE PRINCESSE, MARIE, ROYNE D'ESCOSSE,
prsente en personne, a dict et recogneu estre deuement informe des
grans fraiz et impenses cy davant employes, tant par le feu Roy
Franoys (que Dieu absolve) que par le Roy,  prsent rgnant, et du
grant nombre de finances que chascun jour, ores et  l'advenir, le Roy
a est et est en volunt d'employer  la protection, tuition et
deffence du royaume d'Escosse, et pour maintenir l'estat d'icelluy
contre les Angloys, anciens ennemyz d'elle et [de] ses progniteurs,
de faon que, sans les dictz fraiz et impenses j faictes et  faire,
icelluy royaume d'Escosse eust est et seroit en vident pril de
totalle ruyne, tellement que la conservation en est entirement deue
aux Roys de France, dont estoit impossible  icelle Dame faire
rcompense comme elle disoit.

Pour ces causes et aultres, ayant prins le conseil de ses meilleurs et
plus singulliers amys, mesmement de Monseigneur le rvrendissime et
illustrissime Cardinal de Lorraine et de Monseigneur le duc de Guyse
ses oncles, et aussi parce que ainsi lui a pleu et plaist;

Icelle Dame a dict et dclair qu'elle veult et ordonne que, advenant
son trespas sans hoirs de son corps, le Roy de France, qui est ou
sera, ayt et joysse du royaulme d'Escosse, fruictz, revenus et
molumens d'icelluy, et en retienne la plaine possession jusques au
payement et parfaict remboursement d'ung million d'or, ou de telle
aultre somme qui se trouvera deue pour entire satisfaction et
rcompence d'iceulx fraiz et impenses, loyallement et par effect
employes  la manutention, deffence et protection de l'estat
d'icelluy royaulme, et ce, sans prcompte ou dduction des fruictz sur
les sommes susdictes ou aultres, qui ainsi se trouveront estre deues.

Et pour cet effect, advenant la condition que dessus, ds  prsent
comme ds lors, et ds lors comme ds  prsent, icelle Dame a cedd
et dellaiss, cedde et dellaisse par ces prsentes au Roy et ses
successeurs, Roys de France, la possession vuyde et vacue du royaulme
d'Escosse, pour en joyr par eulx comme dessus, sans ce que aulcun
empeschement leur puisse en ce estre faict ou donn par personne
quelconque; ce qui a est accept, [pour] le Roy et ses successeurs
Roys de France, par Monseigneur le Cardinal de Sens, garde des sceaulx
de France,  ce prsent, et par nous soubzsignez, notaires et
secrtaires de la Couronne de France, stipul et accept pour icelle
Couronne par ces prsentes receues et expdies par nous  la requeste
d'icelle Dame, laquelle, pour plus grande approbation du contenu en
icelles, les a voulu signer de sa propre main.

Ce jourdhuy IIIIe jour d'avril l'an mil cinq cens cinquente sept,
avant Pasques,  Fontainebleau.

     MARIE.

     CLAUSSE. BOURDIN.


III.

PROTESTATION DE MARIE STUART

_Contre toute renonciation aux actes qui prcdent._

--du 4 avril 1557-[1558].--

(Lonard, _Recueil des traits de Paix, etc._, t. II, p. 510. Paris
1693.)

  ACTE SECRET[71], par lequel Marie, reine d'cosse, annexe et unit
    son royaume  la couronne de France, au cas qu'elle vienne 
    dcder sans enfants.--Fait  Fontainebleau, le quatrime avril
    1557 avant Pques. Communiqu en original par messieurs
    Godefroy.

  [71] Cet acte, dont l'original a t depuis longues annes
  soustrait du Trsor des Chartes, se trouvait joint aux deux
  prcdents du mme jour, dont il est insparable. Communiqu 
  Lonard par MM. Godefroy, il a t insr  sa date dans le
  Recueil des traits, et reproduit dans la collection de Du Mont
  (_Corps diplomatique_, t. V, part. I, p. 21). Il en est fait
  mention en ces termes dans l'Inventaire du Trsor des Chartes de
  Dupuis (t. VIII, f 401 Vo, no. 58):--Protestation par Marie,
  reine d'cosse et son mary le Dauphin, qu'elle entend que la
  disposition par elle faite [au profit du roi de France] ayt lieu
  et sortisse effect, par laquelle elle avoit ordonn, si elle
  dcdoit [sans hoirs] de son corps, que le royaume d'Escosse ft
  uny  la couronne de France, quelque consentement qu'elle ayt
  donn aux articles envoys par les estats du dict royaume
  d'Escosse et  ce que le dict royaume ft affect, en deffaut des
  dicts hoirs  aulcuns seigneurs du pays.--A Fontainebleau, l'an
  1557, le 4 avril.

MARIE, REINE D'ESCOSSE, considrant l'ancienne ligue, alliance,
parfaite et perptuelle union, d'entre les Rois et Roiaumes de France
et d'Escosse, et qui inviolablement a t garde, entretenue; et
observe jusques  prsent; aussi le gracieux et honorable traitement,
dont elle a t favorise, par la grandeur et excellence du Trs
Chrtien Roi de France, pour de plus en plus confirmer, tablir, et du
tout asserer l'affectionne dvotion de ces deux roiaumes, sur toutes
choses auroit et a desir de lier, joindre, annexer et unir le
roiaume d'cosse  la Couronne de France; et pour cet effet, en cas
qu'elle dcderoit sans hoirs de son corps, auroit fait certaines
dispositions au profit des Rois de France, lesquelles elle veut sortir
leur plein et entier effet.

Toutefois est de nouvel avertie par la communication qu'elle a eue des
articles et instructions des dputez du pas d'cosse, que, sous la
faveur et secrte pratique de certaines personnes, l'on veut affecter
son roiaume, en dfaut d'hoirs de son corps,  aucuns seigneurs du
pas, tant par ce moien  elle, vraie Reine, toute facult et libert
d'en pouvoir aulcunement disposer,  son trs grand regrt et
prjudice.

A quoi, pour le prsent, elle n'a moien de contredire apertement, pour
plusieurs grandes et justes occasions de crainte, dont elle est
retenue; mme reconnaissant qu'elle est hors de son roiaume, loigne
de la vue de ses sujets, non asseure des places fortes de son pas:
et que si telles choses toient ouvertement par elle dbatues, se
pouroient mouvoir grands troubles et combustions tournans  la ruine
de son roiaume; v mmement le tems prsent de l'ouverture de la
guerre, qui est au roiaume d'Angleterre, pas ennemi du roiaume de
France, et du sien.

Pour ces causes, a protest et proteste, que, quelque accord ou
consentement qu'elle ait fait ou fasse aux articles et instructions
envoiez par les tats de son roiaume, signamment en ce qui concerne la
succession de son roiaume, au cas qu'elle dcde sans hoirs de son
corps; elle veut et entend, que les dispositions par elle faites en
icelui cas, pour et au profit des Rois de France, demeurent entires,
et sortent leur plein et entier effet, nonobstant les accords et
consentemens qu'elle fait ou fera ci aprs, si aucuns elle en fait sur
iceux articles et instructions, ou aultrement, comme chose qui sera
faite directement contre son gr, vouloir, et intention, dont elle a
demand acte  Monsieur le Garde des sceaux, qui lui a t octroi,
prsens les soussignez notaires et secrtaires de la Couronne de
France.

Et ont t pareilles dclarations et protestations faites par Monsieur
le Daufin, et par lui pareillement requis acte d'icelles, ce qui lui a
t octroi par Monsieur le Garde des sceaux, prsens les soussignez
notaires et secrtaires de la Couronne de France.

Pour plus grande aprobation de quoi, Mon dict Sieur le Daufin, et
icelle Dame Reine, ont voulu signer ces prsentes de leur propre main,
ce jourdui 4 jour d'avril, l'an 1557 avant Pques, a Fontainebleau,

     MARIE. FRANOIS.

     CLAUSSE. BOURDIN.


IV.

  DCLARATION DU ROY DE FRANCE sur la donation du tiltre de la
    couronne d'Angleterre allgu estre faicte par la Royne
    d'Escosse  monsieur le duc d'Anjou.

--du Xe de juillet 1569.--

(_Archives du royaume, Cartons des Rois, K. 96._)

CHARLES, par la grce de Dieu, Roy de France,  tous ceux qui ces
prsentes lettres verront salut:

La Royne d'Escosse, nostre trs chre et trs ame belle seur et
cousine, nous a faict entendre que voullant traicter avec la Royne
d'Angleterre, aussi nostre trs chre et trs ame bonne seur et
cousine, des diffrendz qui sont de long temps entre elles, pour le
tiltre de la Couronne d'Angleterre, il luy a est allgu par icelle,
nostre dicte bonne seur la Royne d'Angleterre, et les gens de son
conseil, avoir entendu par divers advis que nostre dicte belle seur la
Royne d'Escosse avoit cedd, assign et donn tout le droict et tiltre
qu'elle a ou peult prtendre  la couronne d'Angleterre  nostre trs
cher et trs am frre le duc d'Anjou et de Bourbonnoys, nostre
lieutenant gnral, reprsentant nostre personne par tous noz royaume
et pays de nostre obyssance, et que telle cession et donation a est
aprouve et confirme de l'autorit de Nostre Sainct Pre le Pape; et
que davantage nostre dict frre, comme cessionnaire de la dicte Royne
d'Escosse, voulant poursuivre par armes le droict qui pour telle
raison luy pourroit appartenir, avoit dlibr de faire incursion en
Angleterre soubz ce prtexte et couleur. A l'occasion desquelz
advertissemens, nostre dicte bonne seur avoit diffr de convenir et
accorder les susdictz diffrendz avecque icelle nostre dicte belle
seur la Royne d'Escosse, comme prtendant [que] par tel moyen il n'est
plus en son pouvoir d'en contracter avec asseurance, si premirement
il n'appert de nostre dclaration de la vrit de ce faict, et
semblablement de celle de la Royne, nostre trs honore dame et mre,
et de nostre dict trs cher et trs am frre.

Pour ce est il que Nous estans de ce bien et deuement informez,
dclarons et affirmons, par foy et parolle de Roy, que la dicte
cession et donation de droict et tiltre, que peult prtendre nostre
dicte belle seur la Royne d'Escosse  la couronne d'Angleterre, n'a
jamais est faicte par elle, ny aultre ayant pouvoir ou commission
d'elle, en faveur de nostre dict frre, et qu'elle n'a non plus est
approuve par Nostre Sainct Pre le Pape, ny eu jamais nostre dict
frre aucune volont et intention d'entreprendre invasion  l'encontre
de nostre dicte bonne seur la Royne d'Angleterre ou son royaume, 
l'occasion de telle cession ou donation, ains sont choses qui ne
furent jamais proposes, et tous telz rapportz faulx, calomnieux et
malicieusement controuvez par personnes, qui sont jaloux et envyeux de
la conservation de la mutuelle amyti et bonne intelligence qui est
entre nostre dicte bonne seur la Royne d'Angleterre et Nous;

Et tout ce que dessus certiffions et asseurons estre vritable sur noz
honneur et conscience.

En tesmoing de ce nous avons sign les prsentes de nostre main et 
icelles faict mectre nostre sel.

A Orlans le dixime de juillet mil Ve soixante neuf et de nostre
rgne le neufiesme.

     Ainsi sign CHARLES.

     Et sell de cire jaulne.

Et sur le dos,

     Par le Roy, BRULLART.


V.

  DCLARATION DE MONSIEUR LE DUC D'ANJOU sur la donation du tiltre
    de la couronne d'Angleterre allgu luy estre faicte par la
    Royne d'Escosse.

--du XVIIe de juillet 1569.--

(_Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K 96.)

HENRY, fils et frre du Roy, duc d'Anjou et de Bourbonnoys, Comte de
Forestz et premier Pair de France, Lieutenant Gnral du Roy,
reprsentant sa personne par tous ses pays, terres et seigneuries de
son obyssance;  tous ceux qui ces prsentes lettres verront salut:

La Royne d'Escoce, nostre trs chre et trs ame seur, nous a faict
entendre que voullant traicter avecque la Royne d'Angleterre, nostre
cousine, des diffrendz qui sont de long temps entre elles pour le
tiltre de la couronne d'Angleterre, il luy a est mis en avant et
allgu, par la dicte Royne d'Angleterre et les gens de son Conseil,
avoir entendu par plusieurs et divers adviz que nostre dicte belle
seur la Royne d'Escosse nous avoit donn tout le droict et tiltre
qu'elle a et peult prtendre  la couronne d'Angleterre, et que telle
cession et donation a est approuve et confirme par l'authorit de
Nostre Sainct Pre le Pape, et que davantage Nous, comme cessionnaire
de la dicte Royne d'Escosse, voulant poursuivre par armes le droict
qui pour telle raison nous pourroit appartenir, aurions dlibr faire
incursion en Angleterre soubz ce prtexte et couleur. A l'occasion
desquelz advertissements la dicte Royne d'Angleterre auroit diffr de
convenir et accorder les susdictz diffrendz avec icelle nostre dicte
belle seur la Royne d'Escosse, prtendant par telle moyen n'estre plus
en son pouvoir contracter avecq asseurance, si premirement il
n'appert de nostre dclaration contenant la vrit du faict, et
semblablement de celle du Roy, nostre trs honor Seigneur et Frre,
et de la Royne nostre trs honore Dame et Mre.

Pour ce, est il que Nous estant de ce bien et deuement informez,
dclarons et affirmons, en foy et parolle de Prince, que la dicte
cession et donation de droict et tiltre, que peult prtendre nostre
dicte belle seur la Royne d'Escosse  la couronne d'Angleterre, ne
nous a jamais est faicte par elle, ny aultre ayant pouvoir ou
commission d'elle, non seullement pense, ne qu'elle n'a non plus est
approuve par Nostre dict Sainct Pre le Pape, et que jamais n'avons
eu aulcune volont ny intention d'entreprendre aucune guerre ny
invasion  l'encontre de la dicte Royne d'Angleterre, ou son royaume,
 l'occasion de telle cession et donation; et telz adviz qui luy ont
est donnez et rapportz faictz ne peuvent estre que faulx et
malicieusement controuvez de personnes, qui sont jaloux et envyeux de
la conservation de la mutuelle amiti et bonne intelligence qui est
entre le Roy, Nostre dict Seigneur et Frre, et la dicte Royne
d'Angleterre.

Nous,  ces causes, certiffions et asseurons  tous qu'il appartiendra
tout ce que dessus estre vritable sur notre honneur et conscience.

En tesmoing de quoy, nous avons sign les prsentes de nostre main et
 icelles faict mettre le sel de noz armes.

Donn au camp de Ambazac, le dix septiesme jour de juillet l'an mil
cinq cens soixante neuf.

     Ainsi sign HENRY.

     Et sell de cire rouge.

Et sur le dos,

     Par Monseigneur duc, filz et frre du Roy,

     SARRES.


     FIN DU PREMIER VOLUME.




     TABLE

     DES MATIRES DU PREMIER VOLUME.


     ANNE 1568.

                                                                 Pages


     NOTICE biographique.              j

     COMPTE RENDU AU ROI par La Mothe Fnlon
        son retour d'Angleterre.                                XXIII

     OBSERVATIONS sur le manuscrit.                             XXXVII


     _1re Dpche._--16 novembre.--

     AU ROI.                                                         1

     Audience de rception.                                        _Ib._

     A LA REINE.                                                     6

     Mort de la reine d'Espagne.                                     7


     _2e Dpche._--22 novembre.--

     AU ROI.                                                        10

     Dpart de M. De La Fort.                                     _Ib._

     Armement pour la Rochelle.                                    _Ib._

     Convocation  Hamptoncourt.                                    11

     A LA REINE.                                                    14

     Affaires d'cosse, nouvelles d'Allemagne.                     _Ib._


     _3e Dpche._--29 novembre.--

     AU ROI.                                                        16

     Prparatifs de guerre.                                         17

     Projets du duc de Norfolk.                                    _Ib._

     La Confrence d'York transfre  Londres.                     18

     lisabeth prtend juridiction sur Marie Stuart.                19

     Lettres que l'on veut produire.                               _Ib._

     Suspectes de faux.                                            _Ib._

     A LA REINE.                                                    20

     Desseins des Protestants anglais contre la France.            _Ib._

     Danger de la reine d'cosse.                                   22

     Ncessit de lui envoyer de Paris un bon avocat.               23


     _4e Dpche._--5 dcembre.--

     AU ROI.                                                        24

     Secours pour la Rochelle.                                     _Ib._

     Dsaccord sur les affaires de la reine d'cosse.               25

     Combat de Jaseneuil.                                          _Ib._

     Lettres de marque contre les Bretons.                          26

     A LA REINE.                                                    27

     Audience de l'ambassadeur.                                    _Ib._

     Dtails sur les troubles de France.                           _Ib._

     Affaires d'cosse.                                             33


     _5e Dpche._--10 dcembre.--

     AU ROI.                                                        35

     Succs remports en France.                                   _Ib._

     Audience.                                                     _Ib._

     Ngociations des dputs de la Rochelle.                       37

     Remontrance de Marie Stuart.                                   38

     A LA REINE.                                                    41

     Effet produit par les succs de France.                       _Ib._

     Arrive  Plymouth du trsor d'Espagne.                        43


     _6e Dpche._--15 dcembre.--

     AU ROI.                                                        44

     Dpart de la flotte de Me. Winter.                            _Ib._

     Projet d'lisabeth sur l'cosse.                               45

     Apparence de troubles en Irlande.                             _Ib._

     Proposition de guerre contre la France.                        46

     Elle est discute dans le conseil d'Angleterre.               _Ib._

     Opinion de sir William Cecil.                                 _Ib._

     La guerre ne sera pas dclare ouvertement.                    47

     A LA REINE.                                                    49

     Bonne disposition d'lisabeth pour la France.                 _Ib._

     Entreprise contre la reine d'cosse.                           50

     _Consultation_ sur ses remontrances.                           51


     _7e Dpche._--21 dcembre.--

     AU ROI.                                                        54

     Expdition maritime.                                          _Ib._

     Dclaration d'lisabeth touchant la France.                    55

     A LA REINE.                                                    57

     Affaires d'cosse.                                            _Ib._


     _8e Dpche._--28 dcembre.--

     AU ROi.                                                        59

     Saisie du trsor d'Espagne.                                   _Ib._

     Audience.                                                      60

     Assurance de paix.                                            _Ib._

     A LA REINE.                                                    64

     Nouveaux dtails d'audience.                                   65

     _Lettre secrte_  la reine.                                   66

     Projets de mariage.                                            67

     Coalition contre Cecil.                                        69

     Proposition d'un blocus continental.                           70

     _Mmoire gnral._                                             73

     _Dclaration_ de Marie Stuart pour tre entendue.              80

     _Rponse_ d'lisabeth.                                         82


ANNE 1569.--PREMIRE PARTIE.


     _9e Dpche._--2 janvier.--

     AU ROI                                                         84

     Succs de France.                                             _Ib._

     Nouvelles d'Allemagne.                                         86

     Menaces contre les Bretons.                                    87

     A LA REINE.                                                    88

     Cartels relatifs aux affaires d'cosse.                        89


     _10e Dpche._--6 janvier.--

     AU ROI.                                                       _Ib._

     Ngociation pour le trsor d'Espagne.                         _Ib._

     Pirates en mer.                                                90

     Crainte pour Calais.                                           91

     Accusation contre les dnonciateurs de Marie Stuart.           92

     A LA REINE.                                                    93

     Retour de la flotte venant de Bordeaux.                       _Ib._


     _11e Dpche._--10 janvier.--

     AU ROI.                                                        94

     Saisie gnrale sur les Anglais dans les Pays-Bas.            _Ib._

     A LA REINE.                                                    95

     Reprsailles des Anglais.                                     _Ib._

     _Mmoire gnral._                                             96

     Dtails sur cette saisie.                                     _Ib._

     Armements en Angleterre.                                       98

     Ligue propose par le comte de Murray.                        101

     Cartel de lord Lindsay  lord
     Herries.                                                      102

     Marie Stuart remise au comte de Shrewsbury.                   103

     _Mmoire secret_ pour la reine.                               104

     _Proclamat. d'lisabeth_ (6 janvier).--Interdiction
     de commerce avec l'Espagne.--Saisie gnrale sur les
     Espagnols en Angleterre.                                      107


     _12e Dpche._--17 janvier.--

     AU ROI.                                                       113

     Arrestation de l'ambassadeur d'Espagne.                       114

     Ngociations.                                                 116

     Retour de Me. Winter.                                         117

     A LA REINE.                                                  _Ib._

     Crainte de guerre.--Affaires d'cosse.                        118

     _Rponse_ de l'ambassadeur d'Espagne  la proclamation du
     6 janvier.                                                    119


     _13e Dpche._--20 janvier.--

     AU ROI.                                                       123

     Audience.                                                     124

     A LA REINE.                                                   135

     Crainte de guerre malgr les assurances de paix donnes
     par lisabeth.                                               _Ib._

     _Discours_ envoy de la Rochelle.                             137

     Oprations militaires des protestants.                       _Ib._

     _Lettre_ venant de la Rochelle.                               147


     _14e Dpche._--24 janvier.--

     AU ROI.                                                       150

     Le sieur d'Assoleville envoy par le duc d'Albe.             _Ib._

     Saisie faite  Rouen sur les Anglais.                        _Ib._

     Secours fournis  la Rochelle.                                153

     Discussions dans le conseil.                                  154

     Dpart du comte de Murray.                                    155

     A LA REINE.                                                   156

     Demande d'explications sur la saisie de Rouen.               _Ib._


     _15e Dpche._--30 janvier.--

     AU ROI.                                                       158

     Le sieur d'Assoleville arrt.                               _Ib._

     Prparatifs de guerre.                                        160

     Secours fournis au comte de Murray.                           161

     A LA REINE.                                                   163

     Ngociation sur la saisie de Rouen.                          _Ib._

     _Mmoire._--Explications donnes par Me. Winter sur son
     voyage  la Rochelle.                                         164

     _Mmoire secret._                                             169

     _Fin du discours_ envoy de la Rochelle.                      172

     _Rclamation_ des marchands anglais contre la saisie de
     Rouen.                                                        174

     _Ordonnance d'lisabeth_ (29 janvier).--Dfense de vendre
     les prises faites sur les Franais.                           175


     _16e Dpche._--6 fvrier.--

     AU ROI.                                                       176

     Ngociations avec l'Espagne.                                 _Ib._

     Secours secrets pour la Rochelle.                             178

     A LA REINE.                                                   180

     Retraite du prince d'Orange.                                 _Ib._

     _Dsastre_ prouv par sir John Hawkins  la Vera-Cruz.       182

     Sa flotte dtruite par les Espagnols.                         183


     _17e Dpche._--10 fvrier.--

     AU ROI.                                                       184

     Audience.                                                    _Ib._

     A LA REINE.                                                   189

     Crainte d'une entreprise sur la Normandie                     190


     _18e Dpche._--15 fvrier.--

     AU ROI.                                                       191

     Assurances de paix.                                          _Ib._

     Ngociations sur les prises.                                  192

     Affaires des Pays-Bas.                                        194

     Marie Stuart conduite  Tutbury.                              195

     Troubles en Irlande.                                         _Ib._

     A LA REINE.                                                   196

     Favorable disposition d'lisabeth.                           _Ib._

     _Proclamation d'lisabeth_ (3 fvrier),--ordonnant des
     apprts de guerre.                                            199


     _19e Dpche._--20 fvrier.--

     AU ROI.                                                       200

     Grands prparatifs de guerre.                                _Ib._

     A LA REINE.                                                   203

     Condamnation d'un livre sur la religion.                      204

     Divisions en Angleterre.                                     _Ib._

     _Lettre de Marie Stuart_  lisabeth (10 fvrier).            206


     _20e Dpche._--25 fvrier.--

     AU ROI.                                                       209

     Charles IX refuse sa mdiation pour les affaires des
     Pays-Bas.                                                     210

     Ngociations de l'Espagne.                                    211

     Prises faites par les Anglais.                                212

     A LA REINE.                                                  _Ib._

     Affaires d'Espagne.                                           213

     _Liste des capitaines_ de rputation qui se mettent en mer.   214


     _21e Dpche._--1er mars.--

     A LA REINE.                                                   215

     Dpart du secrtaire La Vergne pour se justifier en France.  _Ib._


     _22e Dpche._--8 mars.--

     AU ROI.                                                       217

     Sommation faite  lisabeth de dclarer si elle veut la
     paix ou la guerre.                                           _Ib._

     Audience.                                                    _Ib._

     A LA REINE.                                                   223

     Hsitation du conseil.                                       _Ib._

     _Mmoire gnral._                                            225

     _Mmoire secret._                                             233

     Coalition contre sir William Cecil.                          _Ib._

     _Remontrances de l'ambassadeur._                              237

     _Plainte_ des ngociants franais.                            241

     _Dclaration du conseil_ (3 mars), que la paix sera
     maintenue.                                                    243


     _23e Dpche._--13 mars.--

     AU ROI.                                                       252

     Plaintes contre le sieur Norrys, ambassadeur en France.      _Ib._

     Audience.                                                     253

     Prises sur les Espagnols.                                     255

     Dpart du sieur d'Assoleville.                                256

     Il n'a pu remplir sa mission.                                _Ib._

     A LA REINE.                                                  _Ib._

     Saisie sur les Anglais  Calais, Rouen et Dieppe.             257

     Proposition de trait pour les prises.                       _Ib._

     _Mmoire secret._                                             258

     Conspiration pour le renversement de Cecil et le
      rtablissement de la religion catholique en Angleterre.     _Ib._


     _24e Dpche._--16 mars.--

     AU ROI.                                                       263

     Mesures prises contre les pirates.                           _Ib._

     A LA REINE.                                                   265

     Qu'il soit us de mme en France.                            _Ib._

     _Ordonnance d'lisabeth_ contre les pirates (10 mars).        266


     _25e Dpche._--21 mars.--

     AU ROI.                                                       268

     Ngociations des protestants de France.                      _Ib._

     Apprts de guerre.                                            269

     Dpart d'une flotte pour la Rochelle.                         270

     Plaintes du sieur Norrys.                                     272

     A LA REINE.                                                   274

     Prire qu'il soit donn satisfaction au sieur Norrys.        _Ib._


     _26e Dpche._--25 mars.--

     AU ROI.                                                       277

     Audience.                                                    _Ib._

     A LA REINE.                                                   281

     Assurances d'amiti donnes par lisabeth.                   _Ib._

     _Lettre de Marie Stuart_  lisabeth (14 mars).               283

     _Lettre de Marie Stuart_  l'ambassadeur (15 mars).           286


     _27e Dpche._--29 mars.--

     AU ROI.                                                       287

     Victoire de Jarnac (13 mars).                                 288

     A LA REINE.                                                   291

     Condolance sur sa maladie.                                  _Ib._


     _28e Dpche._--6 avril.--

     AU ROI.                                                       292

     Conversation avec le comte de Leicester.                      293

     Combat naval entre les Anglais et les Espagnols.              296

     A LA REINE.                                                   298

     Saisie gnrale faite dans toute l'Espagne sur les Anglais.   299

     _Convent. de Glascow_ (13 mars).--Accord entre le duc de
     Chatellerault et le comte de Murray.                          300


     _29e Dpche._--12 avril.--

     AU ROI.                                                       302

     Audience du sieur de Montafie, envoy de France aprs la
     bataille de Jarnac.                                          _Ib._

     A LA REINE.                                                   306

     Nouvelles assurances de paix donnes par lisabeth.          _Ib._


     _30e Dpche._--17 avril.--

     AU ROI.                                                       308

     Faux bruits sems  Londres.                                 _Ib._

     Audience.                                                     309

     A LA REINE.                                                   314

     Nouveaux dtails d'audience.                                 _Ib._


     _31e Dpche._--20 avril.--

     AU ROI.                                                       317

     Dsir d'lisabeth de voir une pacification en France.         318

     A LA REINE.                                                   319

     Recommandation pour le sieur Norrys.                         _Ib._

     _Mmoire gnral._                                            320

     _Mmoire secret._                                             329

     Trait propos par les seigneurs catholiques d'Angleterre.    330

     Avis de l'ambassadeur.                                        333


     _32e Dpche._--23 avril.--

     AU ROI.                                                       336

     Sortie de la flotte pour la Rochelle.                        _Ib._

     Affaires d'cosse et des Pays-Bas.                            338

     A la Reine.                                                   339

     Assurance que la flotte ne porte pas de secours aux
     protestants.                                                 _Ib._

     Justification contre les reproches faits par M. de Coss.     340

     _Proclamation du comte de Murray._--Approbation
     d'lisabeth.--Marie Stuart dclare complice du meurtre
     de Darnley.                                                   342

     _Lettre d'lisabeth_  Marie Stuart (31 mars).                344

     _Lettre de Marie Stuart_  lisabeth (15 avril).              346

     _Lettre de Marie Stuart_  l'ambassadeur.                     348

     _Protestation_ de l'ambassadeur d'Espagne contre la conduite
     tenue  son gard.                                            349


     _33e Dpche._--20 avril.--

     AU ROI.                                                       353

     Relche de la flotte de la Rochelle.                         _Ib._

     Continuation du voyage malgr l'opposition de
     l'ambassadeur.                                               _Ib._

     Audience.                                                     354

     Confrence avec les seigneurs du conseil.                     355

     Dport de la flotte pour Hambourg.                           _Ib._

     A LA REINE.                                                   357

     Condolance d'lisabeth sur la maladie de la
     reine.--Dtails d'audience.                                  _Ib._

     _Remontrances de l'ambassadeur_  lisabeth (25 avril).       358

     _Avis_ donn par M. Norrys sur les guerres de France.         362

     _Proclamation d'lisabeth_ contre les pirates (27 avril).     364


     _34e Dpche._--6 mai.--

     AU ROI.                                                       366

     Instructions pour la flotte de la Rochelle.                  _Ib._

     Entre du duc de Deux-Ponts en France.                        367

     Arrive des dputs de la Rochelle.                          _Ib._

     Nouvelles de la flotte de Hambourg.                           368

     Mission de l'vque de Ross.                                  369

     Rsultat de l'assemble de l'Islebourg.                      _Ib._

     Le duc de Chatellerault et lord Herries emprisonns.         _Ib._

     A LA REINE.                                                   370

     Incertitude sur la continuation de la paix.                  _Ib._


     _35e Dpche._--12 mai.--

     AU ROI.                                                       372

     Vives sollicitations de Marie Stuart.                        _Ib._

     Dlibrations du conseil.                                     373

     Objets du culte catholique brls publiquement.               374

     A LA REINE.                                                   375

     Recommandation pour Marie Stuart.                            _Ib._

     Attente d'vnements importants.                             _Ib._

     _Lettre de Marie Stuart_  l'ambassadeur (18 avril).          376

     _Autre_ (30 avril).                                           378

     _Lettre du comte de Hunteley_ 
     Marie Stuart.                                                 379

     _Lettre de Marie Stuart_  lisabeth (24 avril).              380

     _Autre_ (25 avril).                                           381

     _Autre_ (28 avril).                                           382

     _Mmoire._                                                    384

     Division entre les seigneurs d'Angleterre.--Ngociations
     pour les affaires d'Espagne.--Ncessit de secourir le
     chteau de Dumbarton.                                        _Ib._


     _36e Dpche._--16 mai.--

     AU ROI.                                                       385

     Ngociations des dputs de la Rochelle.                     _Ib._

     Secours pour le duc de Deux-Ponts.                            387

     Ngociations avec les Pays-Bas.                               388

     A LA REINE.                                                   389

     Bruits sems  Londres.                                      _Ib._

     _Lettre de Marie Stuart_  l'ambassadeur (7 mai).             390

     _Remontrances_ de l'ambassadeur sur le commerce.              391

     _Rponse_ aux remontrances.                                   394


     _37e Dpche._--23 mai.--

     AU ROI.                                                       396

     Rpression de la piraterie.                                   397

     Crainte  Londres d'entreprises de la part des Franais et
     des Espagnols.                                                398

     Ngociations pour les Pays-Bas.                               400

     A LA REINE.                                                   401

     Dfaut de nouvelles de France.                               _Ib._

     Maladie de Marie Stuart.                                      403

     _Mmoire gnral_ sur les affaires de France, d'Espagne
     et d'cosse.                                                 _Ib._

     Marie Stuart accuse d'avoir fait cession  un prince
     franais de ses droits sur l'Angleterre.                      412

     _Mmoire du cardinal de Chatillon_  lisabeth
     (26 mai).--tat des protestants en France.                    414


     _38e Dpche._--28 mai.--

     AU ROI.                                                       416

     Dpart de l'envoy du duc de Deux-Ponts.                     _Ib._

     Prparatifs de dfense.                                       417

     Emprunt fait par lisabeth.                                   418

     Ngociations pour les Pays-Bas.                              _Ib._

     A LA REINE.                                                   420

     Nouvelles plaintes contre le dfaut de nouvelles de
     France.                                                      _Ib._

     _Lettre de Marie Stuart_  l'vque de Ross (10 mai),
     sur la maladie violente dont elle a t attaque.             421

     _Lettre de Marie Stuart_  lisabeth
     (15 mai).--Protestation qu'elle n'a fait aucune cession
     de ses droits.                                                422


     _Addition  la 38e Dpche._

     PICES relatives  la cession faite par Marie Stuart
     de ses droits  la couronne d'Angleterre.                     423

     _Donation_ faite par Marie Stuart au profit de Henri II
     et ses successeurs, du royaume d'cosse et de ses droits
     au trne d'Angleterre (4 avril 1558.)                         425

     _Autre donation_ des revenus du royaume d'cosse,
     seulement jusqu' parfait remboursement des sommes dues
      la France (4 avril 1558.)                                   427

     _Renonciation_  tous actes qui pourraient emporter
     rvocations des dispositions qui prcdent (4 avril 1558.)    429

     _Dclaration_ du roi Charles IX (10 juillet 1569),
     qu'aucune cession n'a eu lieu.                                431

     _Dclaration_ du duc d'Anjou (17 juillet 1569),
     attestant le mme fait.                                       433


FIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLUME.





End of the Project Gutenberg EBook of Correspondance diplomatique de
Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Premier, by Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE ***

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number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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