The Project Gutenberg EBook of Cora, by George Sand

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net


Title: Cora

Author: George Sand

Release Date: July 7, 2004 [EBook #12837]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORA ***




Produced by Renald Levesque and the Online Distributed Proofreading
Team. This file was produced from images generously made available
by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr







[Illustration]

CORA.

de

Georges Sand



I.

A mon retour de l'le Bourbon (je me trouvais dans une situation
assez prcaire), je sollicitai et j'obtins un mince emploi dans
l'administration des postes. Je fus envoy au fond de la province,
dans une petite ville dont je tairai le nom pour des motifs que vous
concevrez facilement.

L'apparition d'une nouvelle figure est un vnement dans une petite
ville, et, quoique mon emploi ft des moins importants, pendant quelques
jours je fus, aprs un phoque vivant et deux boas constrictors, qui
venaient de s'installer sur la place du march, l'objet le plus excitant
de la curiosit publique et le sujet le plus exploit des conversations
particulires.

La niaise oisivet dont j'tais victime me squestra chez moi pendant
toute la premire semaine. J'tais fort jeune, et la ngligence
que j'avais jusqu'alors apporte par caractre aux importantes
considrations de la _mise_ et de la _tenue_ commenaient  se rvler 
moi sous la forme du remords.

Aprs un sjour de quelques annes aux colonies, ma toilette se
ressentait visiblement de l'tat de stagnation honteuse o l'avait
laiss le progrs du sicle. Mon chapeau  la Bolivar, mes favoris 
la Bergami et mon manteau  la Quiroga taient en arrire de plusieurs
lustres, et le reste de mon accoutrement avait une tournure exotique
dont je commenais  rougir.

Il est vrai que, dans la solitude des champs, ou dans l'incognito d'une
grande ville, ou dans le tourbillon de la vie errante, j'eusse pu
exister longtemps encore sans me douter du malheur de ma position. Mais
une seule promenade hasarde sur les remparts de la ville m'claira
tristement  cet gard. Je ne fis point dix pas hors de mon domicile
sans recevoir de salutaires avertissements sur l'inconvenance de mon
costume. D'abord une jolie grisette me lana un regard ironique, et dit
 sa compagne, en passant prs de moi:--_Ce monsieur_ a une cravate
bien mal plie. Puis un ouvrier, que je souponnai tre dans le
commerce des feutres, dit d'un ton goguenard, en posant ses poings sur
ses flancs revtus d'un tablier de cuir:--Si _ce monsieur_ voulait me
prter son chapeau, j'en ferais fabriquer un sur le mme modle, afin
de me dguiser en _roast-beef_ le jour du carnaval. Puis une _dame_
lgante murmura en se penchant sur sa croise:--C'est dommage qu'il
ait un gilet si fan et la barbe si mal faite. Enfin, un bel esprit du
lieu dit en pinant la lvre:--Apparemment que le pre de _ce monsieur_
est un homme _puissant_, on le voit  l'ampleur de son habit. Bref,
il me fallut bientt revenir sur mes pas, fort heureux d'chapper aux
vexations d'une douzaine de polissons en guenilles qui criaient aprs
moi du haut de leur tte: A bas _l'angliche_!  bas le milord!  bas
l'tranger!

Profondment humili de ma msaventure, je rsolus de m'enfermer chez
moi jusqu' ce que le tailleur du chef-lieu m'et fait parvenir un habit
complet dans le dernier got. L'honnte homme ne s'y pargna point, et
me confectionna des vtements si exigus et si coquets que je pensai
mourir de douleur en me voyant rduit  ma plus simple expression,
et semblable en tous points  ces caricatures de _fats parisiens_
et d'_incroyables_ qui nous faisaient encore pmer de rire, l'anne
prcdente,  l'le Maurice. Je ne pouvais pas me persuader que je ne
fusse pas cent fois plus ridicule sous cet habit que sous celui que je
venais de quitter, et je ne savais plus que devenir; car j'avais
promis solennellement  mon htesse (la femme du plus gros notaire de
l'arrondissement) de la conduire au bal, et de lui faire danser la
premire et probablement l'unique contredanse  laquelle ses charmes lui
donnaient le droit de prtendre. Incertain, honteux, tremblant, je me
dcidai  descendre et  demander  cette estimable femme un avis rigide
et sincre sur ma situation. Je pris un flambeau et je me hasardai
jusqu' la porte de son appartement; mais je m'arrtai palpitant et
dsespr, en entendant partir de ce sanctuaire un bruit confus de voix
fraches et perantes, de rires aigus et nafs, qui m'annonaient la
prsence de cinq ou six demoiselles de la ville. Je faillis retourner
sur mes pas; car, de m'exposer au jugement d'un si malin aropage dans
une parure plus que problmatique  mes yeux, c'tait un hrosme dont
peu de jeunes gens  ma place se fussent sentis capables.

Enfin, la force de ma volont l'emporta; je me demandai si j'avais lu
pour rien Locke et Condillac, et poussant la porte d'une main ferme,
j'entrai par l'effet d'une rsolution dsespre. J'ai vu de prs
d'affreux vnements, je puis le dire: j'ai travers les mers et les
orages, j'ai chapp aux griffes d'un tigre dans le royaume de Java,
et aux dents d'un crocodile dans la baie de Tunis; j'ai vu en face les
gueules bantes des sloops flibustiers; j'ai mang du biscuit de mer qui
m'a perc les gencives; j'ai embrass la fille du roi de Timor ... eh
bien! je vous jure que tout ceci n'tait rien au prix de mon entre dans
cet appartement, et que dans aucun jour de ma vie je ne recueillis un
aussi glorieux fruit de l'ducation philosophique.

Les demoiselles taient assises en cercle, et, en attendant que la femme
du notaire et achev de mler  ses cheveux noirs une lgre guirlande
de pivoines, ces gentes filles de la nature changeaient entre elles de
joyeux propos et de naves chansons. Mon apparition inattendue paralysa
l'lan de cette gaiet charmante. Le silence tendit ses ailes de hibou
sur leurs blondes ttes, et tous les yeux s'attachrent sur moi avec
l'expression du doute, de la mfiance et de la peur.

Puis tout  coup un cri de surprise s'chappa du sein de la plus jeune,
et mon nom vola de bouche en bouche comme la borde d'une frgate arme
en guerre. Mon sang se glaa dans mes veines, et je faillis prendre la
fuite comme un brick qui a cru attaquer un chasse-mare, et qui, 
la porte de la longue-vue, dcouvre un beau trois-mts, laissant
nonchalamment tomber ses sabords pour lui faire accueil.

Mais,  ma grande stupfaction, la femme de mon hte, laissant la moiti
de ses boucles crpes et menaantes, tandis que l'autre gisait
encore sous le papier gris de la papillote, accourut vers moi en
s'criant:--C'est notre jeune homme! c'est notre pauvre Georges! Ah! mon
Dieu! quelle mtamorphose! qu'il est bien mis! quelle jolie tournure!
quelle coupe d'habit lgante et moderne!... Ah! Mesdemoiselles,
regardez! regardez comme M. Georges est chang, comme il a l'air
distingu. Vous ferez danser ces demoiselles, monsieur Georges, aprs
moi, pourtant! Vous m'avez force de vous promettre la premire, vous
vous en souvenez?

Les demoiselles gardaient le silence, et je doutais encore de mon
triomphe. Je rassemblai le reste de mon courage pour leur demander
timidement leur got sur cet habit, et aussitt un choeur de louanges
pur et mlodieux  mes oreilles comme un chant cleste s'leva autour
de moi. Jamais on n'avait rien vu de mieux; on ne trouvait pas un pli
 blmer; le collet raide et volumineux tait d'un got exquis, les
basques courtes et cambres avaient une grce parfaite, le gilet parsem
de gigantesques rosaces tait d'un clat sans pareil; la cravate
inflexible, croise avec une rigueur systmatique, tait un
chef-d'oeuvre d'invention; la manchette et le jabot terrible
couronnaient l'oeuvre. De mmoire de jeunes filles, aucun employ de
l'administration des postes n'avait fait un tel dbut dans le monde.

J'avoue que ce n'est pas un des moins brillants souvenirs de ma jeunesse
que mon entre triomphante dans ce bal, serr dans mon habit neuf,
froiss par les baleines dorsales de mon gilet, vex par le rigorisme de
mes entournures, et, de plus, flanqu  droite de la femme du notaire,
 gauche de mademoiselle Phdora, sa nice, la plus vieille et la plus
laide fille du dpartement. N'importe, j'tais fier, j'tais heureux,
j'tais bien mis.

La salle tait un peu froide, un peu sombre, un peu malpropre; les
banquettes taient bien taches d'huile  et l, les quinquets jouaient
bien un peu, sur les ttes fleuries et emplumes du bal, le vieux rle
de l'pe de Damocls; le parquet n'tait pas fort brillant, les robes
des femmes n'taient pas toutes fraches, pas plus que la fracheur de
certains visages n'tait naturelle. Il y avait bien des pieds un peu
larges dans des souliers de satin un peu rustiques, des bras un peu
rouges sous des manches de dentelle, des cous un peu hls sous des
colliers de perles, et des corsages un peu robustes sous des ceintures
de moire. Il y avait bien aussi sur l'habit des hommes une lgre odeur
de tabac de la rgie, dans l'office un parfum de vin chaud un peu
brutal, dans l'air un nuage de poussire un peu agreste, et pourtant
c'tait une charmante fte, une aimable runion, sur ma parole! La
musique n'tait pas beaucoup plus mauvaise que celle de Port-Louis ou
de Saint-Paul. Les modes n'taient,  coup sr, ni aussi arrires, ni
aussi exagres que celles qu'on prtend suivre  Calcutta; en outre,
les femmes taient gnralement plus blanches, les hommes moins rudes et
moins bruyants.

A tout prendre, pour moi qui n'avais point vu les merveilles de la
civilisation pousses  la dernire limite, pour moi qui n'avais vu
l'opra qu'en Amrique et le bal qu'en Asie, le bal  peu prs public et
gnral de la petite ville pouvait bien sembler pompeux et enivrant,
si l'on considre d'ailleurs la profonde sensation qu'y produisait mon
habit et le succs incontestable que j'obtins d'emble  la fin de la
premire contredanse.

Mais ces joies naves de l'amour-propre firent bientt place  un
sentiment plus conforme  ma nature inflammable et contemplative. Une
femme entra dans le bal et j'oubliai toutes les autres; j'oubliai mme
mon triomphe et mon habit neuf. Je n'eus plus de regards et de penses
que pour elle.

Oh! c'est qu'elle tait vraiment bien belle, et qu'il n'tait pas besoin
d'avoir vingt-cinq ans et d'arriver de l'Inde pour en tre frapp. Un
peintre clbre qui passa, l'anne suivante, dans la ville, arrta sa
chaise de poste en l'apercevant  sa fentre, fit dteler les chevaux et
resta huit jours  l'auberge du Lion-d'Argent, cherchant par tous les
moyens possibles  pntrer jusqu' elle pour la peindre. Mais jamais il
ne put faire comprendre  sa famille qu'on pouvait par amour de l'art
faire le portrait d'une femme sans avoir l'intention de la sduire. Il
fut conduit, et la beaut de Cora n'est reste empreinte que dans le
cerveau peut-tre de ce grand artiste, et dans le coeur d'un pauvre
fonctionnaire destitu de l'administration des postes.

Elle tait d'une taille moyenne admirablement proportionne, souple
comme un oiseau, mais lente et fire comme une dame romaine. Elle tait
extraordinairement brune pour le climat tempr o elle tait ne; mais
sa peau tait fine et unie comme la cire la mieux moule. Le principal
caractre de sa tte rgulirement dessine, c'tait quelque chose
d'indfinissable, de surhumain, qu'il faut avoir vu pour le comprendre;
des lignes d'une nettet prestigieuse, de grands yeux d'un vert si ple
et si transparent qu'ils semblaient faits pour lire dans les mystres
du monde intellectuel plus que dans les choses de la vie positive; une
bouche aux lvres minces, fines et ples, au sourire imperceptible, aux
rares paroles; un profil svre et mlancolique, un regard froid, triste
et pensif, une expression vague de souffrance, d'ennui et de ddain;
et puis des mouvements doux et rservs, une main effile et blanche,
beaut si rare chez les femmes d'une condition mdiocre; une toilette
grave et simple, discernement si trange chez une provinciale; surtout
un air de dignit calme et inflexible qui aurait t sublime sous la
couronne de diamants d'une reine espagnole, et qui, chez cette pauvre
fille, semblait tre le sceau du malheur, l'indice d'une organisation
exceptionnelle.

[Illustration: Elle lisait.]

Car c'tait la fille... le dirai-je? il le faut bien: Cora tait la
fille d'un picier.

O sainte posie, pardonne-moi d'avoir trac ce mot! Mais Cora et relev
l'enseigne d'un cabaret. Elle se ft dtache comme l'ange de Rembrandt
au-dessus d'un groupe flamand. Elle et brill comme une belle fleur
au milieu des marcages. Du fond de la boutique de son pre, elle et
attir sur elle le regard du grand Scott. Ce fut sans doute une beaut
ignore comme elle qui inspira l'ide charmante de _la belle fille de
Perth_.

Et elle s'appelait Cora; elle avait la voix douce, la dmarche rserve,
l'attitude rveuse. Elle avait la plus belle chevelure brune que j'aie
vue de ma vie, et seule, entre toutes ses compagnes, elle n'y mlait
jamais aucun ornement. Mais il y avait plus d'orgueil dans le luxe de
ses boucles paisses que dans l'clat d'un diadme. Elle n'avait pas non
plus de collier ni de fleurs sur la poitrine. Son dos brun et velout
tranchait firement sur la dentelle blanche de son corsage. Sa robe
bleue la faisait paratre encore plus brune de ton et plus sombre
d'expression. Elle semblait tirer vanit du caractre original de sa
beaut.

[Illustration: Je revins  moi sur un grand fauteuil.]

Elle semblait avoir devin qu'elle tait belle autrement que toutes les
autres: car je n'ai pas besoin de vous le dire, Cora tant d'un type
rare et d'un coloris oriental, Cora ressemblant  la juive Rebecca, ou
 la Juliette de Shakespeare, Cora majestueuse, souffrante et un peu
farouche, Cora qui n'tait ni rose, ni replette, ni agaante, ni
gentille, n'tait ni aperue ni souponne dans la foule. Elle vivait l
comme une rose panouie dans le dsert, comme une perle choue sur le
sable, et la premire personne venue,  qui vous eussiez exprim votre
admiration  la vue de Cora, vous et rpondu: Oui, elle ne serait pas
mal si elle tait plus blanche et moins maigre.

J'tais si troubl auprs d'elle, si subitement pris, que vraiment
j'oubliais toute la confiance qu'eussent d m'inspirer mon habit neuf
et mon gilet  rosaces. Il est vrai qu'elle y accordait fort peu
d'attention, qu'elle coutait d'un air distrait des fadeurs qui me
faisaient suer sang et eau  dbiter, qu'elle laissait,  chaque
invitation de ma part, tomber de ses lvres un mot bien faible, et, dans
ma main tremblante, une main dont je sentais la froideur au travers de
son gant. Hlas! qu'elle tait indiffrente et hautaine, la fille de
l'picier! Qu'elle tait singulire et mystrieuse, la brune Cora! Je
ne pus jamais obtenir d'elle, dans toute la dure de la nuit, qu'une
demi-douzaine de monosyllabes.

Il m'arriva le lendemain de lire, pour le malheur de ma vie, les Contes
fantastiques. Pour mon malheur encore, aucune crature sous le ciel ne
semblait tre un type plus complet de la beaut fantastique et de la
posie allemande que Cora aux yeux verts et au corsage diaphane.

Les adorables posies d'Hoffman commenaient  circuler dans la ville.
Les matrones et les pres de famille trouvaient le genre dtestable et
le style de mauvais got. Les notaires et les femmes d'avous faisaient
surtout une guerre  mort  l'invraisemblance des caractres et au
romanesque des incidents. Le juge de paix du canton avait l'habitude de
se promener autour des tables dans le cabinet de lecture, et de dire aux
jeunes gens gars par cette posie trangre et subversive: _Rien n'est
beau que le vrai_, etc. Je me souviens qu'un vaurien de lycen, en
vacances, lui dit  cette occasion en le regardant fixement:

--Monsieur, cette grosse verrue que vous avez au milieu du nez est sans
doute postiche?

Malgr les remontrances paternelles, malgr les anathmes du _principal_
et des professeurs de sixime, le mal gagna rapidement, et une grande
partie de la jeunesse fut infecte du venin mortel. On vit de jeunes
dbitants de tabac se modeler sur le type de Kressler, et des
surnumraires  l'enregistrement s'vanouir au son lointain d'une
cornemuse ou d'une chanson de jeune fille.

Pour moi, je confesse et je dclare ici que je perdis compltement la
tte. Cora ralisait tous les rves enivrants que le pote m'inspirait,
et je me plaisais  la gratifier d'une nature immatrielle et ferique
qui rellement semblait avoir t imagine pour elle. J'tais heureux
ainsi. Je ne lui parlais pas, je n'avais aucun titre pour m'approcher
d'elle. Je ne recueillais aucun encouragement  ma passion; je n'en
cherchais mme pas. Seulement, je quittai la maison du notaire et
je louai une misrable chambre directement en face de la maison de
l'picier. Je garnis ma fentre d'un pais rideau, dans lequel je
pratiquai des fentes habilement mnages. Je passais l en extase toutes
les heures que je pouvais drober  mon travail.

La rue tait dserte et silencieuse. Cora tait assise  sa fentre au
rez-de-chausse. Elle lisait. Que lisait-elle? Il est certain qu'elle
lisait du matin au soir. Et puis elle posait son livre sur un vase de
girofle jaune qui brillait  la fentre. Et la tte pench sur sa main,
les boucles de ses beaux cheveux nonchalamment mles aux fleurs d'or
et de pourpre, l'oeil fixe et brillant, elle semblait percer le pav et
contempler,  travers la crote paisse de ce sol grossier, les mystres
de la tombe et de la reproduction des essences fcondantes, assister 
la naissance de la fe aux Roses, et encourager le germe d'un beau gnie
aux ailes d'or dans le pistil d'une tulipe.

Et moi je la regardais, j'tais heureux. Je me gardais bien de me
montrer, car, au moindre mouvement du rideau, au moindre bruit de ma
fentre, elle disparaissait comme un songe. Elle s'vanouissait comme
une vapeur argente dans le clair-obscur de l'arrire-boutique; je me
tenais donc l, immobile, retenant mon souffle, imposant silence aux
battements de mon coeur, quelquefois  genoux implorant ma fe dans le
silence, envoyant vers elle les brlantes aspirations d'une me que son
essence magique devait pntrer et entendre. Parfois je m'imaginais
voir mon esprit et le sien voltiger enlacs dans un de ces rayons de
poussire d'or que le soleil de midi infiltrait dans la profondeur
troite et anguleuse del rue. Je m'imaginais voir partir de son oeil
limpide comme l'eau qui court sur la mousse, un trait brlant qui
m'appelait tout entier dans son coeur.

Je restai l tout le jour, gar, absurde, ridicule; mais exalt, mais
amoureux, mais jeune! mais inond de posie et n'associant personne aux
mystres de ma pense et ne sentant jamais mes lans entravs par la
crainte de tomber dans le mauvais got, n'ayant que Dieu pour juge et
pour confident de mes rves et de mes extases.

Puis, quand le jour finissait, quand la ple Cora fermait sa fentre et
tirait son rideau, j'ouvrais mes livres favoris et je la retrouvais sur
les Alpes avec Manfred, chez le professeur Spallanzani avec Nathanal,
dans les cieux avec Oberon.

Mais, hlas! ce bonheur ne fut pas de bien longue dure. Jusque-l
personne n'avait dcouvert la beaut de Cora; j'en jouissais tout seul.
Elle n'tait comprise et adore que par moi. La contagion fantastique,
en se rpandant parmi les jeunes gens de la ville, jeta un trait de
lumire sur la romantique bourgeoise.

Un impertinent bachelier s'avisa un matin, en passant devant ses
fentres, de la comparer  Anne de Gierstern, la fille du brouillard.
Ce mot fit fortune: on le rpta au bal. Les _inspirs_ de l'endroit
remarqurent la danse molle et arienne de Cora. Un autre gnie de la
socit la compara  la reine Mab. Alors, chacun voulant faire montre de
son rudition, apporta son pithte et sa mtaphore, et la pauvre fille
en fut crase  son insu. Quand ils eurent assez profan mon idole avec
leurs comparaisons, ils l'entourrent, ils l'accablrent de soins et de
madrigaux, ils la firent danser jusqu' l'extinction des quinquets, ils
me la rendirent le lendemain fatigue de leur esprit, ennuye de leur
babil, fltrie de leur admiration; et ce qui acheva de me briser le
coeur, ce fut de voir apparatre  la fentre le profil arrondi et
jovial d'un gros tudiant en pharmacie  ct du profil grec et dli de
ma sylphide.

Pendant bien des matins et bien des soirs, je vins derrire le rideau
mystrieux essayer de combattre le charme que mon odieux rival avait
jet sur la famille de l'picier. Mais en vain j'invoquai l'amour, le
diable et tous les saints, je ne pus carter sa maligne influence. Il
revint, sans se lasser, tous les jours s'asseoir  ct de Cora, dans
l'embrasure de la fentre, et il lui parlait. De quoi osait-il lui
parler, le malheureux! La figure impntrable de Cora n'en trahissait
rien. Elle semblait couter ses discours sans les entendre, et 
l'imperceptible mouvement de ses lvres, je devinais quelquefois qu'elle
lui rpondait froidement et brivement comme elle avait l'habitude de le
faire, et puis la conversation semblait languir.

Le couple contraint et ennuy touffait de part et d'autre des
billements silencieux. Cora regardait tristement son livre ferm sur la
fentre et que la prsence de son adorateur l'empchait de continuer.
Puis elle appuyait son coude sur le pot de girofles et le menton sur
la paume de sa main, et le regardant d'un regard fixe et glacial, elle
semblait tudier les fibres grossires de son organisation morale au
travers de la loupe de matre Floh.

Aprs tout, elle supportait ses assiduits comme un mal ncessaire; car,
au bout de six semaines, l'apprenti pharmacien conduisit la belle Cora
au pied des autels, o ils reurent la bndiction nuptiale. Cora tait
admirablement chaste et svre sous son costume de marie. Elle avait
l'air calme, indiffrent, ennuy comme toujours. Elle traversa la foule
avide d'un pas aussi mesur qu' l'ordinaire, et promena sur les curieux
bahis son oeil sec et scrutateur. Quand il rencontra ma figure morne et
fltrie, il s'y arrta un instant et sembla dire: Voici un homme qui est
incommod d'un catarrhe ou d'un mal de dents.

Pour moi, j'tais si dsespr, que je sollicitai mon changement ...


II.

Mais je ne l'obtins pas, et je restai tmoin du bonheur d'un autre.
Alors je pris le parti de tomber malade, ce qui me sauva du dsespoir,
ainsi qu'il arrive toujours en pareil cas.

Si dgot qu'on soit de la vie, il est certain que, lorsque la fatalit
nous y retient malgr nous, la faiblesse humaine ne peut s'empcher de
remercier secrtement la fatalit. La mort est si laide qu'aucun de nous
ne la voit de prs sans effroi. Bien magnanimes sont ceux qui enfoncent
le rasoir jusqu' l'artre carotide, ou qui avalent le poison jusqu'au
fond de la coupe. (Je dis la _coupe_, parce qu'il n'est pas sant et
presque impossible de s'empoisonner dans un vase qui porte un autre nom
quelconque.)

Oui, le proverbe d'sope est la sagesse des nations. Nous aimons la vie
comme une matresse que nous convoitons encore avec les sens, aprs mme
que toute estime et toute affection pour elle sont teintes en nous.
Le soir o je vis un prtre et un mdecin convenablement graves  mon
chevet, je n'eus pas la force de m'enqurir vis--vis de moi-mme de
ce que j'en ressentais de joie ou de peine. Mais quand, un matin, je
m'veillai faible et languissant, et que je vis la garde-malade endormie
profondment sur sa chaise, le soleil brillant sur les toits et les
fioles pharmaceutiques vides sur le guridon, quand je me hasardai 
remuer et que je sentis ma tte sans douleur, mes membres lgers, et
mon corps dbile dgag de tous les liens de fer de la souffrance, je
ressentis un insurmontable sentiment de bien-tre et de reconnaissance
envers le ciel.

Et puis je me rappelai Cora et son mariage, et j'eus honte de la joie
que je venais d'prouver; car, aprs les ferventes prires que j'avais
adresses  Dieu et au mdecin pour tre dlivr de la vie, c'tait une
inconsquence sans pareille que d'en accepter le retour sans colre et
sans amertume. Je me mis donc  rpandre des larmes. La jeunesse est si
riche en motions de tout genre, qu'il lui est possible de se torturer
elle-mme en dpit de la force de l'espoir, de la posie, de tous les
bienfaits dont l'a doue la Providence. Je lui reprochai, moi, d'avoir
t plus sage que moi, et de n avoir pas permis qu'un amour bizarre
et presque imaginaire me conduist au tombeau. Puis je me rsignai et
j'acceptai la volont de Dieu, qui rivait ma chane et me condamnait
 jouir encore de la vue du ciel, de la beaut de la nature et de
l'affection de mes proches.

Quand je fus assez fort pour me lever, je m'approchai de la fentre avec
un inexprimable serrement de coeur. Cora tait l; elle lisait. Elle
tait toujours belle, toujours ple, toujours seule. J'eus un sentiment
de joie. Elle m'tait donc rendue, ma fe aux yeux verts; ma belle
rveuse solitaire! Je pourrais la contempler encore et nourrir en secret
cette passion extatique que le regard d'un rival m'avait forc de
refouler si longtemps! Tout  coup elle releva sa tte brune, et ses
yeux, errant au hasard sur la muraille, aperurent ma face ple qui se
penchait vers elle. Je tressaillis, je crus qu'elle allait fuir comme 
l'ordinaire. Mais,  transport! elle ne s'enfuit point. Au contraire,
elle m'adressa un salut plein de politesse et de douceur, puis elle
reporta son attention sur son livre, et resta sous mes yeux absolument
indiffrente  l'assiduit de mes regards; mais du moins elle resta.

Un homme plus expriment que moi et prfr l'ancienne sauvagerie
de Cora  l'insouciance avec laquelle dsormais elle bravait le
face--face. Mais pouvais-je rsister au charme qu'elle venait de jeter
sur moi avec son salut bienveillant et gracieux? Je m'imaginai tout ce
qu'il peut entrer de chaste intrt et de bienveillance rserve dans un
modeste salut de femme. C'tait la premire marque de connaissance
que me donnait Cora. Mais avec quelle ingnieuse dlicatesse elle
choisissait l'instant de me la donner! Combien il entrait de compassion
gnreuse dans ce faible tmoignage d'un intrt timide et discret! Elle
n'osait point me demander si j'tais mieux. D'ailleurs elle le voyait,
et son salut valait tout un long discours de flicitations.

Je passai toute la nuit  commenter ce charmant salut, et le lendemain,
 l'heure o Cora reparut, je me hasardai  risquer le premier
tmoignage de notre intelligence naissante. Oui, j'eus l'audace de la
saluer profondment; mais je fus si boulevers de ce que j'osais faire,
que je n'eus point le courage de fixer mes yeux sur elle. Je les tins
baisss avec crainte et respect, ce qui fit que je ne pus point savoir
si elle me rendait mon salut, ni de quel air elle me le rendait.

Troubl, palpitant, plein d'espoir et de terreur, je restais le front
cach dans mes mains, n'osant plus montrer mon visage, lorsqu'une voix
s'leva dans le silence de la rue, et, montant vers moi, m'adressa ces
douces paroles:

--Il parait, Monsieur, que votre sant est meilleure?

Je tressaillis, je retirai ma tte de mes mains; je regardai Cora, je ne
pouvais en croire mes oreilles, d'autant plus que la voix tait un peu
rude, un peu mle, et que je m'tais toujours imagin la voix de
Cora plus douce que celle de la brise d'avril caressant les fleurs
naissantes. Mais comme je la contemplais d'un air perdu, elle ritra
sa question dans des termes dont la douceur me fit oublier l'accent un
peu indigne et le timbre un peu vigoureux de sa voix.

--Je vois avec plaisir, dit-elle, que monsieur Georges se porte mieux.

Je voulus faire une rponse qui exprimt l'enthousiasme de ma
reconnaissance; mais cela me fut impossible: je plis, je rougis, je
balbutiai quelques paroles inintelligibles; je faillis m'vanouir.

A ce moment, l'picier, le pre de ma Cora, approchant son profil osseux
de la fentre, lui dit d'un ton rauque, mais pourtant bienveillant:

--A qui parles-tu donc, mignonne?

--A notre voisin, M. Georges, qui est enfin convalescent et que je vois
 sa fentre.

--Ah! j'en suis charm, dit l'picier, et, soulevant son bonnet de
loutre: Comment va la sant, mon cher voisin?

Je remerciai avec plus d'assurance le pre de ma bien-aime. J'tais le
plus heureux des mortels; j'obtenais enfin un peu d'intrt de cette
famille nagure si farouche et si mfiante envers moi. Mais hlas!
pensais-je presque aussitt, que me sert  prsent d'tre plaint et
consol? Cora n'est-elle pas pour jamais unie  un autre?

L'picier, appuyant ses deux coudes sur sa fentre, entama alors avec
moi une conversation affectueuse et bienveillante sur la beaut de la
journe, sur le plaisir de revenir  la vie par un si bon soleil, sur
l'excellence des gilets de flanelle en temps de convalescence, et les
bienfaisants effets de l'eau mielle et du sirop de gomme sur les
poitrines fatigues et les estomacs dbilits.

Jaloux de soutenir et de prolonger un entretien si prcieux, je lui
rpondis par des compliments flatteurs sur la beaut des girofles qui
fleurissaient  sa fentre, sur la grce mignonne et coquette de son
chat qui dormait au soleil devant la porte, et sur la bonne exposition
de sa boutique qui recevait en plein les rayons du soleil de midi.

--Oui, oui, rpondit l'picier, au commencement du printemps les rayons
du soleil ne sont point  ddaigner; plus tard ils deviennent un peu
trop bons....

A cet entretien cordial et ingnu, Cora mlait de temps en temps des
rflexions courtes et simples, mais pleines de bon sens et de justesse;
j'en conclus qu'elle avait un jugement droit et un esprit positif.

Puis, comme j'insistais sur l'avantage d'avoir la faade de son logis
expose au midi, Cora, inspire par le ciel et par la beaut de son me,
dit  son pre:

--Au fait, la chambre de M. Georges expose au nord doit encore tre
assez frache dans ce temps-ci. Peut-tre, si vous lui proposiez de
venir s'asseoir une heure ou deux chez nous, serait-il bien aise de voir
le soleil en face?

Puis elle se pencha vers son oreille, et lui dit tout bas quelques mots
qui semblrent frapper vivement l'picier.

--C'est bien, ma fille, s'cria-t-il d'un ton jovial Vous plairait-il,
monsieur Georges, d'accepter une chaise  ct de ma Cora?

--O mon Dieu! pensai-je, si c'est un rve, faites que je ne m'veille
point.

Une minute aprs, le gnreux picier tait dans ma chambre et m'offrait
son bras pour descendre. J'tais mu jusqu'aux larmes et je lui pressai
les mains avec une effusion qui le surprit, tant son action lui
paraissait naturelle.

Au seuil de ma maison, je trouvai Cora qui venait pour aider son pre
 me soutenir en traversant la rue. Jusque-l je me sentais la force
d'aller vers elle; mais ds qu'elle toucha mon bras, ds que sa main
longue et blanche effleura mon coude, je me sentis dfaillir, et je
perdis le sentiment de mon bonheur pour l'avoir senti trop vivement.

Je revins  moi sur un grand fauteuil de cuir  clous dors, qui, depuis
cinquante ans, servait de trne au patriarcal picier. Sa digne compagne
me frottait les tempes avec du vulnraire, et Cora, la belle Cora,
tenait sous mes narines son mouchoir imbib d'alcool. Je faillis
m'vanouir de nouveau; je voulus remercier, mais je n'avais pas
d'expressions pour peindre ma gratitude; pourtant, dans un moment o
l'picier, me voyant mieux, se retirait, et ou sa femme passait dans
l'arrire-boutique pour me chercher un verre d'eau de rglisse, je dis 
Cora en levant sur elle mon oeil languissant:

--Ah! Madame, pourquoi ne m'avoir pas laiss mourir? j'tais si heureux
tout  l'heure!

Elle me regarda d'un air tonn et me dit d'un ton
affectueux:--Remettez-vous, Monsieur, vous avez de la fivre, je le vois
bien.

Quand je fus tout  fait remis de mon trouble, l'picire retourna  la
boutique, et je restai seul avec Cora.

Comme le coeur me battit alors! Mais elle tait calme, et sa srnit
m'imposait tant de respect que je pris sur moi de paratre calme aussi.

Cependant ce tte--tte devint pour moi d'un cruel embarras. Cora
n'aimait point  parler. Elle rpondait brivement  toutes les choses
que je tirais de mon cerveau avec d'incroyables efforts, et, quoi que je
fisse, jamais ses rponses n'taient de nature  nouer l'entretien; sur
quelque matire que ce ft, elle tait de mon avis. Je ne pouvais pas
m'en plaindre, car je lui disais de ces choses senses qu'il n'est pas
possible de combattre  moins d'tre fou. Par exemple, je lui demandai
si elle aimait la lecture.--Beaucoup, me rpondit-elle.--C'est qu'en
effet, repris-je, c'est une si douce occupation!--En effet, reprit-elle,
c'est une trs-douce occupation.--Pourvu, ajoutai-je, que le livre qu'on
lit soit beau et intressant.--Oh! certainement, ajouta-t-elle.--Car,
poursuivis-je, il en est de bien insipides.--Mais aussi,
poursuivit-elle, il en est de bien jolis.--Cet entretien eut pu nous
mener loin si je me fusse senti la hardiesse de l'interroger sur le
genre de ses lectures. Mais je craignis que cela ne ft indiscret, et je
me bornai  jeter un regard furtif sur le livre entr'ouvert au pied de
la girofle. C'tait un roman d'Auguste Lafontaine. J'eus la sottise
d'en tre affect d'abord. Et puis, en y rflchissant, je trouvai dans
le choix de cette lecture une raison d'admirer la simplicit et la
richesse d'un coeur qui pouvait puiser l des motions attachantes. Je
parcourus de l'oeil une pile de volumes dlabrs qui gisaient sur un
rayon prs de moi. Je ne nommerai point les auteurs chris de ma Cora;
les lecteurs blass en riraient, et moi, dans ma vaine enflure de pote,
je faillis en tre froiss.... Mais je revins bientt  la raison en
comparant les ressources d'un esprit si neuf et d'une me si virginale 
la vieillesse prmature de nos imaginations puises. Il y avait dans
la vie intellectuelle des trsors auxquels Cora n'avait pas encore
touch, et l'homme qui serait assez heureux pour les lui rvler verrait
s'panouir sous son souffle la plus belle oeuvre de la cration, le
coeur d'une femme ingnue!...

Je rentrai chez moi enthousiasm de Cora, dont l'ignorance tait si
candide et si belle. J'attendis l'heure d'y retourner le jour suivant,
sans pourtant esprer cette nouvelle faveur. Elle reparut avec sa mre,
qui m'invita  descendre. Quand je fus install dans le grand fauteuil,
je vis une sorte d'agitation inquite dans la famille. Puis l'picier
s'assit vis-a-vis de moi avec un air hypocritement naf. J'tais agit
moi-mme, je craignais et je dsirais l'explication de cette contenance.

--Puisque vous vous trouvez bien ici, monsieur Georges, dit-il enfin
en posant ses deux mains sur ses rotules repltes, j'espre que vous y
viendrez sans faon vous reposer tant que vous ne serez pas assez fort
pour aller vous distraire ailleurs.

--Gnreux homme! m'criai-je.

--Non, dit-il en souriant, cela ne vaut point un remerciement: entre
voisins on se doit assistance, et, Dieu merci! nous n'avons jamais
refus la ntre aux honntes gens: car je prsume que vous tes un brave
jeune homme, monsieur Georges, vous en avez parfaitement l'air, et je me
sens de la confiance en vous.

--J'en suis honor, rpondis-je avec embarras.

--Ainsi, Monsieur, poursuivit le digne homme avec gaiet, en se levant,
restez avec notre Cora tant que vous voudrez. C'est une fille d'esprit,
voyez-vous! une personne qui a vcu dans les livres, et dont la mre n'a
jamais voulu contrarier le got. Aussi, elle en sait plus que nous 
prsent, et vous trouverez de l'agrment dans sa socit, j'en rponds.

--Il y a bien longtemps, rpondis-je en rougissant et en jetant sur Cora
un regard timide, que je me serais estim heureux de cette faveur....
Elle est venue bien tard, hlas! au gr de mon impatience....

--Ah! dame, dit l'picier en ricanant, c'est qu'il y a deux mois,
voyez-vous, la chose n'tait pas possible. Cora n'tait pas marie,
et... moins de se prsenter ici avec l'intention de l'pouser, avec de
bonnes et franches propositions de mariage, aucun garon n'obtenait de
sa mre l'entre de cette chambre. Vous savez, Monsieur, comme il faut
veiller sur une jeune fille pour empcher les mauvaises langues de lui
faire tort;  prsent que voici l'enfant tablie, comme nous sommes srs
de sa moralit, nous la laissons tout  fait libre, et puis...d'ailleurs
(ici l'picier baissa la voix), ple et faible comme vous voil,
personne ne pensera que vous songiez  supplanter un mari jeune et bien
portant.... L'picier termina sa phrase par un gros rire. Je devins ple
comme la mort, et je n'osai pas lever les yeux sur Cora.

--Tenez, tenez, ne vous fchez pas d'une plaisanterie, mon cher voisin,
reprit-il: vous ne serez pas toujours convalescent, et bientt peut-tre
les pres et les maris vous surveilleront de plus prs.... En attendant,
restez ici; Cora vous tiendra compagnie, et d'ailleurs je crois qu'elle
a quelque chose  vous dire.

--A moi? m'criai-je en regardant Cora.

--Oui, oui, reprit le pre, c'est une petite affaire
dlicate...voyez-vous, et qu'une jeune femme entendra mieux qu'un vieux
bonhomme. Allons, au revoir, monsieur Georges.

Il sortit. Je restai encore une fois seul avec Cora, et cette fois elle
avait une _affaire dlicate_  traiter avec moi: elle allait me confier
un secret peut-tre, une peine de son coeur, un malheur de sa destine:
ah! sans doute, il y avait un grand et profond mystre dans la vie de
cette fille si mlancolique et si belle! son existence ne pouvait pas
tre arrange comme celle des autres. Le ciel ne lui avait pas dparti
une si miraculeuse beaut sans la lui faire expier par des trsors de
douleur. Enfin, me disais-je, elle va les pancher dans mon sein, et je
pourrai peut-tre en prendre une partie pour la soulager!

Elle resta un peu confuse devant moi. Puis elle fouilla dans la poche de
son tablier de taffetas noir et en tira un papier pli.

--En vrit, Monsieur, dit-elle, c'est bien peu de chose: je ne sais
pourquoi mon pre me charge de vous le dire; il devrait savoir qu'un
homme d'esprit comme vous ne s'offense pas d'une demande toute
naturelle.... Sans tout ce qu'il vient de dire, je ne serais pas
embarrasse, mais....

--Achevez, au nom du ciel, m'criai-je avec ferveur;  Cora! si vous
connaissiez mon coeur, vous n'hsiteriez pas un instant  m'ouvrir le
vtre.

--Eh bien, Monsieur, dit Cora mue, voici ce dont il s'agit. Elle dplia
le papier et me le prsenta. J'y jetai les yeux, mais ma vue tait
trouble, ma main tremblante, il me fallut prendre haleine un instant
avant de comprendre. Enfin je lus: Doit M. Georges  M***, picier
droguiste, pour objets de consommation fournis durant sa maladie....

  12 l. cassonade pour sirops et tisanes, ci.
  Savon fourni  sa garde-malade, ci-contre.
  Chandelle. . . . . . . . . . . . . . . . .
  Centaure fbrifuge, etc., etc. . . . . . .
                                              --------------
                             Total. . . . . .   30 fr. 50 c.

                          Pour acquit, CORA **--

Je la regardai d'un air gar.--Vritablement, Monsieur, me dit-elle,
vous trouvez peut-tre cette demande indiscrte, et vous n'tes pas
encore assez bien portant pour qu'il soit agrable d'tre importun
d'affaires. Mais nous sommes fort gns, le commerce va si mal, le loyer
de notre boutique est fort cher...et Cora parla longtemps encore. Je ne
l'entendis point. Je balbutiai quelques mots et je courus, aussi vite
que mes forces me le permirent, chercher la somme que je devais 
l'picier. Puis je rentrai chez moi atterr, et je me mis au lit avec un
mouvement de fivre.

[Illustration: Accabl de douleur, bris jusqu' l'me...]

Mais le lendemain je revins  moi avec des ides plus raisonnables. Je
me demandai pourquoi ce mpris idiot et superbe pour les dtails de
la vie bourgeoise? pourquoi l'impertinente susceptibilit des mes
potiques qui croient se souiller au contact des ncessits prosaques?
pourquoi enfin cette haine absurde contre le positif de la vie?

Ingrat! pensai-je, tu te rvoltes parce qu'un mmoire de savon et de
chandelle a t rdig et prsent par Cora, tandis que tu devrais
baiser la belle main qui t'a fourni ces secours  ton insu durant ta
maladie. Que serais-tu devenu, misrable rveur, si un homme confiant et
probe n'et consenti  rpandre sur toi les bienfaits de son industrie,
sans autre gage de remboursement que ta mince garde-robe et ton
misrable grabat? Et si tu tais mort sans pouvoir lire son mmoire
et l'acquitter, o sont les hritiers qui auraient trouv dans ta
succession 30 fr. 50 c.  lui remettre?

Et puis je songeai que ces breuvages bienfaisants qui m'avaient sauv de
la souffrance et de la mort, c'tait Cora qui les avait prpars. Qui
sait, pensai-je, si elle n'a point compos un charme ou murmur une
prire qui leur ait donn la vertu de me gurir? N'y a-t-elle pas
aussi ml une larme compatissante le jour o je touchai aux portes du
tombeau? Larme divine! topique cleste!...

J'en tais l quand l'picier frappa  ma porte:--Tenez, monsieur
Georges, me dit-il, ma femme et moi nous craignons de vous avoir fch.
Cora nous a dit que vous aviez eu l'air surpris et que vous aviez
acquitt le mmoire sans dire un mot. Je ne voudrais pas que vous nous
crussiez capables de mfiance envers vous. Nous sommes gns, il est
vrai. Notre commerce ne va pas trs-bien; mais si vous aviez besoin
d'argent, nous trouverions encore moyen de vous rendre le vtre et mme
de vous en prter un peu.

Je me jetai dans ses bras avec effusion.--Digne vieillard, m'criai-je,
tout ce que je possde est  vous!... Comptez sur moi  la vie et 
la mort. Je parlai longtemps avec l'exaltation de la fivre. Il me
regardait avec son gros oeil gris, rond comme celui d'un chat. Quand
j'eus fini:--A la bonne heure, dit-il du ton d'un homme qui prend son
parti sur l'impossibilit de deviner une nigme. Je vous prie de venir
nous voir de temps en temps et de ne pas nous retirer votre pratique.


III.

Je m'tonnais de ne plus voir le mari de Cora  la boutique ni auprs
de sa femme. Je hasardai une craintive question. Elle me rpondit que
Gibonneau achevait son anne de service en second sous les auspices du
premier pharmacien de la ville. Il ne rentrait que le soir et sortait
ds le matin. Ainsi le rustre pouvait ainsi voir s'couler ses jours
loin de la plus belle crature qui ft sous le ciel. Il possdait la
plus riche perle du monde, et il se rsignait tranquillement  la
quitter pendant toute une moiti de sa vie, pour aller prparer des
liniments et formuler des pilules!

Mais aussi comme je remerciai le ciel qui l'avait condamn  cette
vulgaire existence et qui semblait lui dnier une faveur dont il n'tait
pas digne, celle de voir sa douce compagne  la clart du soleil! Il
ne lui tait permis de retourner vers elle qu' l'heure o les
chauve-souris et les hiboux prennent leur sombre vole et rasent d'une
aile velue et silencieuse les flots transparents de la brume. Il venait
dans l'ombre ainsi qu'un voleur de nuit, ainsi qu'un gnome malfaisant
qui chevauche, le vent du soir et le mtore trompeur des marcages. Il
venait, ombre morne et lugubre, encore revtu de son tablier, ainsi que
d'un linceul, exhalant cette odeur d'aromate que l'on brle autour des
catafalques. Je le voyais quelquefois errer dans les tnbres et glisser
comme un spectre le long des murailles livides. Plusieurs fois je le
rencontrai sur le seuil et je faillis l'craser dans le ruisseau
comme un ver de terre; mais je l'pargnai, car vritablement il avait
l'encolure d'un buffle, et j'tais tout effil et tout transparent des
suites de la fivre.

Cora, veuve chaque jour, depuis l'aube jusqu'au crpuscule du soir,
restait confiante prs de moi. Je passais presque toutes mes journes
assis sur le vieux fauteuil de la famille, ou, lorsque le soleil
d'avril tait dcidment chaud, je m'asseyais sur le banc de pierre qui
s'adossait  la fentre de Cora. L, spar d'elle seulement par les
rameaux d'or de la girofle, je respirais son haleine parmi les fleurs,
je saisissais son long regard transparent et calme comme le flot sans
rides qui dort sur les rives de la Grce. Nous gardions tous deux le
silence, mais mon coeur volait vers elle et convoitait le sien avec une
force attractive dont il devait lui tre impossible de ne pas sentir
la puissance. Je m'endormis dans ce doux rve. Pourquoi Cora ne
m'aurait-elle pas aim? Peut-tre fallait-il dire: comment ne m'et-elle
pas aim? Je l'aimais si perdument, moi! toutes mes facults
intellectuelles se concentraient pour produire une force de dsir et
d'attente qui planait imprieusement sur Cora. Son me, faite du plus
beau rayon de la Divinit, pouvait-elle rester inerte sous le vol
magntique de cette pense de feu? Je ne voulus point le croire, et
je sentis mon coeur si pur, mes dsirs si chastes, que je ne craignis
bientt plus d'offenser Cora en les lui rvlant. Alors je lui parlai
cette langue des cieux qu'il n'est donn qu'aux mes potiques
d'entendre. Je lui exprimai les tortures ineffables et les divines
souffrances de mon amour. Je lui racontai mes rves, mes illusions, les
milliers de pomes et de vers alexandrins que j'avais faits pour elle.
J'eus le bonheur de la voir, attentive et subjugue, quitter son livre
et se pencher vers moi d'un air pntr pour m'entendre, car mes paroles
avaient un sens nouveau pour elle, et je faisais entrer dans son esprit
un ordre de penses sublimes qu'il n'avait encore jamais os aborder.

--O ma Cora, lui disais-je, que pourrais-tu craindre d'une flamme aussi
pure? L'clair qui s'allume aux cieux n'est pas d'une nature plus
subtile que le feu dont je me consume avec dlice. Pourquoi ta sauvage
pudeur, pourquoi ta superbe fiert de femme s'alarmeraient-elles d'un
amour aussi intellectuel que le ntre? Qu'un mari, qu'un matre, possde
le trsor de la beaut matrielle qu'il a plu aux anges de te dpartir!
pour moi, je ne chercherai jamais  lui ravir ce que Dieu, les hommes et
ta parole,  Cora! lui ont assur comme son bien; le mien sera, si tu
m'exauces, moins saisissable, moins enivrant, mais plus glorieux et
plus noble. C'est la partie thre de ton me que je veux, c'est ton
aspiration brlante vers le ciel que je veux treindre et saisir, afin
d'tre ton ciel et ton me, comme tu es mon Dieu et ma vie.

Ces choses semblaient obscures  Cora, son me tait si candide et si
enfantine! Elle me regardait d'un oeil absorb dans la stupeur, et pour
lui faire mieux comprendre les divins mystres de l'amour platonique, je
prenais mon crayon et je traais des vers sur la muraille aux marges de
sa fentre; puis je lui racontais les brillantes posies de la nature
invisible, les amours des anges et des fes, les souffrances et les
soupirs des sylphes emprisonns dans le calice des fleurs, puis les
fougueuses passions des roses pour les brises, et rciproquement;
puis les choeurs ariens qu'on entend le soir dans la nue, la danse
sympathique des toiles, les rondes du sabbat, les malices des farfadets
et les dcouvertes ardues de l'alchimie.

Notre bonheur semblait ne pouvoir tre troubl par aucun vnement
extrieur. En prenant la posie corps  corps, j'avais su si bien
m'isoler, dans mon monde intellectuel, de toutes les entraves et de tous
les cueils de la vie relle, que je semblais n'avoir rien  craindre
de l'intervention de ces volonts grossires et inintelligentes qui
vgtaient  l'entour de nous. Mes sentiments taient d'une nature si
leve que je ne pouvais inspirer de rivalit d'aucun genre  l'homme
vulgaire qui se disait le matre et l'poux de Cora.

Pendant longtemps, en effet, il sembla comprendre le respect qu'il
devait  une liaison protge par le ciel. Mais au bout de six semaines,
je vis un changement trange s'oprer dans les manires de cette famille
 mon gard. Le pre me regardait d'un air ironique et mfiant chaque
fois qu'il entrait dans la chambre o nous tions. La mre affectait
d'y rester tout le temps qu'elle pouvait drober aux affaires de sa
boutique. Gibonneau, lorsque par hasard je venais  le rencontrer, me
lanait de sinistres et foudroyantes oeillades; Cora elle-mme devenait
plus rserve, descendait plus tard au rez-de-chausse, remontait plus
tt dans sa chambre, et quelquefois mme passait des jours entiers sans
paratre. Je m'en effrayai, et j'essayai de m'en plaindre. J'essayai de
lui faire comprendre, avec l'loquence que donne la passion, l'injustice
et la barbarie de sa conduite. Elle m'couta d'un air contraint, presque
craintif, et je la vis regarder vers la porte d'un air d'inquitude.

--O Cora! m'criai-je avec enthousiasme, serais-tu menace de quelque
danger? parle, parle! o sont tes ennemis, nomme-moi les infmes qui
font peser sur toi, frle et cleste crature, les chanes d'airain d'un
joug dtest. Dis-moi quel est le dmon qui comprime l'lan de ton coeur
et refoule au fond de ton sein des panchements nafs, comme des remords
amers? Va, je saurai bien les conjurer, je sais plus d'un charme pour
enchaner les dmons de l'envie et de la vengeance, plus d'une parole
magique pour appeler les anges sur nos ttes: les anges protecteurs qui
sont tes frres, et qui sont moins purs, moins beaux que toi...

J'levai la voix en parlant, et je m'approchai de Cora pour saisir sa
main qu'elle me retirait toujours. Alors je me levai, le front inond de
la sueur de l'enthousiasme, les cheveux en dsordre, l'oeil inspir...

Cora poussa un grand cri, et son pre, accourant comme si le feu et
pris  la maison, s'lana dans la chambre. Comme il s'avanait vers
moi d'un air menaant, Cora le saisit par le bras et lui dit avec
douceur:--Laissez-le, mon pre, il est dans un de ses accs, ne le
contrariez point, cela va se passer.

Je cherchai vainement le sens de ces paroles. Elle sortit, et l'picier
s'adressant  moi:--Allons, monsieur Georges, revenez  vous, personne
ici ne songe  vous contrarier; mais en vrit vous n'tes pas
raisonnable... Allons, allons... rentrez chez vous et calmez-vous.

tourdi de ce discours plein de bont, je cdai avec la douceur d'un
enfant, et l'picier me reconduisit chez moi. Une heure aprs, je vis
entrer le procureur du roi et le mdecin de la ville. Comme je les
connaissais l'un et l'autre assez particulirement, je ne m'tonnai pas
de leur visite, mais je commenai  m'offenser de l'affectation
avec laquelle le mdecin s'empara de mon pouls, examinant avec soin
l'expression de mon regard et la dilatation de ma pupille; puis il se
mit  compter les battements de mes artres aux tempes et au cou, et
 interroger la chaleur extrieure de mon cerveau avec le creux de sa
main.

--Qu'est-ce que tout cela signifie, Monsieur? lui dis-je; je ne vous ai
point appel pour une consultation. Je me sens assez bien pour me passer
dsormais de soins, et je ne suis point dispos  en recevoir malgr
moi.

Mais, au lieu de me rpondre, il s'approcha du magistrat, et ils
se retirrent dans l'embrasure de la fentre pour parler bas. Ils
semblaient se consulter sur mon compte, car,  chaque instant ils se
retournaient pour me regarder d'un air attentif et mfiant; enfin ils
s'approchrent de moi, et le procureur du roi m'adressa plusieurs
questions tranges, d'abord de quelle couleur je voyais son gilet, puis
si je savais bien son nom, puis encore si je pouvais dire quel tait mon
ge, mon pays et ma profession.

Je rpondais  ces tranges interrogatoires avec stupeur, lorsque le
mdecin me demanda  son tour si je ne voyais point d'autre personne
dans l'appartement que le procureur du roi, lui et moi; puis si je
pensais qu'il ft jour ou nuit, et enfin si je pouvais certifier que
j'eusse cinq doigts  chaque main.

Outr de l'impertinence de ces questions, je rsolus la dernire en lui
appliquant un vigoureux soufflet. J'eus tort, sans doute, surtout en la
prsence d'un magistrat tout prt  instruire contre le dlit. Mais le
sang me montait  la tte, et il ne m'tait pas plus longtemps possible
de me laisser traiter comme un idiot ou comme un fou sans en avoir le
motif.

Grand fut l'esclandre. Le magistrat voulut prendre fait et cause
pour son compre; je le saisis  la gorge et je l'eusse trangl, si
l'picier, son gendre et une demi-douzaine de voisins ne fussent venus 
son secours. Alors on s'empara de moi, on me lia les pieds et les mains
comme  un furieux, on m'entoura la bouche de serviettes et l'on me
conduisit  l'hospice de ville, o je fus enferm dans la chambre
destine aux sujets frapps d'alination mentale.

La chambre, je dois le dire, tait confortable, et j'y fus trait avec
beaucoup de douceur, d'autant plus que je ne donnais aucun signe de
folie. L'erreur du mdecin et du magistrat fut bientt constate. Mais
il me fut difficile de recouvrer ma libert, car le dernier, prvoyant
qu'il serait forc de me demander une rparation de l'injure que je lui
avais faite, s'obstina  me faire passer pour alin, afin de pouvoir se
donner les apparences du sang-froid et de la gnrosit  mon gard.

Je sortis enfin; mais le procureur du roi me fit mander immdiatement
dans son cabinet et m'adressa cette mercuriale:

--Jeune homme, me dit-il avec ce ton capable et paternel que tout
magistrat imberbe se croit le droit de prendre quand il a endoss la
ratine judiciaire, vous avez, sinon de grandes erreurs, du moins de
graves inconsquences  rparer. tranger, vous avez t accueilli
dans cette ville avec toutes les marques de la bienveillance et toute
l'amnit de moeurs qui distingue ses habitants. Malade, vous avez t
soign par vos voisins, avec zle et dvouement. Tous ces tmoignages
de confiance et d'intrt eussent d graver profondment en vous le
sentiment des convenances et celui de la gratitude...

--Mille noms d'un sabord! Monsieur, m'criai-je dans mon style de marin,
qui, dans la colre, reprenait malgr moi le dessus, o voulez-vous en
venir, et qu'ai-je fait pour mriter la prison et votre harangue?...

--Monsieur, dit-il en fronant le sourcil, voici ce que vous avez fait:
vous avez accept l'hospitalit que chaque jour un honnte citoyen, un
estimable picier, vous offrait au sein de sa famille, et vous l'avez
accepte avec des intentions qu'il ne m'appartient pas de qualifier,
et dont votre conscience seule peut tre juge. Moi je pense que votre
intention a t de sduire la fille de l'picier et de l'blouir par des
discours incohrents qui portaient tous les caractres de l'exaltation;
ou de vous faire un jeu de sa simplicit, en la mystifiant par
d'nigmatiques railleries.

--Juste ciel! qui a dit cela? m'criai-je avec angoisse.

--Madame Cora Gibonneau elle-mme. D'abord elle a considr vos tranges
discours comme des traits d'originalit naturelle. Peu  peu elle s'en
est effraye comme d'actes de dmence. Longtemps elle a hsit  en
prvenir ses parents, car dans le coeur de ces respectables bourgeois,
la bont et la compassion sont des vertus hrditaires. Mais enfin,
marie depuis peu  un digne homme qu'elle adore et pour qui, vous le
savez sans doute depuis longtemps, elle nourrissait en secret avant son
hymne une passion qui avait profondment altr sa sant et l'et
conduite au tombeau si ses parents l'eussent contrarie plus longtemps;
enfin, dis-je, marie  l'estimable pharmacien Gibonneau, affaiblie
par les commencements d'une grossesse assez pnible, et craignant avec
raison les consquences de la frayeur dans la position o elle se
trouve, madame Cora s'est dcide  instruire ses parents de l'garement
de votre cerveau et des preuves journalires que vous lui en donniez
depuis quelque temps. Ces honntes gens ont hsit  le croire et vous
ont surveill avec une extrme rserve de dlicatesse. Enfin, vous
voyant un jour dans un tat d'exaltation et de dlire qui pouvantait
srieusement leur fille, ils ont pris le parti d'implorer la protection
des lois et la sauvegarde de la magistrature... Et l'appui des lois ne
leur a pas manqu, et la magistrature s'est leve pour les rassurer, car
la magistrature sait que son plus beau privilge est de...

--Assez, assez, pour Dieu! Monsieur, m'criai-je, je pourrais vous dire
par coeur le reste de votre phrase, tant je l'ai entendu dclamer de
fois  tout propos...

--Non, jeune homme, s'cria le magistrat  son tour en levant la voix,
vous n'chapperez point  la sollicitude d'une magistrature qui doit ses
conseils et sa surveillance  la jeunesse,  une magistrature qui veut
le bonheur et le repos des citoyens. Profitez du reproche que vous avez
encouru. Voyez vos torts, ils sont graves! vous avez port le trouble
et la crainte dans la famille de l'picier; vous avez mconnu la sainte
hospitalit qui vous y tait offerte, en essayant de railler ou de
sduire l'pouse irrprochable d'un pharmacien clair... Oui, vous avez
tent l'un ou l'autre, Monsieur, car je ne sais point le sens que la
loi peut adjuger aux tranges fragments de versification dont vous
avez endommag les murs de cette maison hospitalire, et qui m'ont t
montrs par la fille de l'picier comme une preuve irrcusable de votre
dmence... Enfin, Monsieur, non content d'affliger de braves gens et
d'inquiter le voisinage, vous avez rsist  l'autorit reprsente par
moi, vous avez pris au collet et frapp le mdecin distingu qui vous
donnait des soins, vous avez fait une scne de violence qui a troubl le
repos de toute une population paisible, et qui a pens devenir funeste 
madame Gibonneau par la frayeur qu'elle lui a cause.

--Cora est malade! m'criai-je. Grand Dieu!... Et je voulais courir,
chapper  l'loquence tribunitienne de mon bourreau. Il me retint.

--Vous ne me quitterez pas, jeune homme, me dit-il, sans avoir cout
la voix de la raison, sans m'avoir donn votre parole d'honneur de
suspendre vos visites, chez madame Gibonneau, et de quitter mme le
logement que vous occupez vis-a-vis la maison de l'picire.

---Eh! Monsieur, m'criai-je, je jure que je vais dire adieu et demander
pardon  ces honntes gens, savoir des nouvelles de madame Cora, et
qu'une heure aprs j'aurai quitt cette ville fatale.

Je m'armai de courage et de sang-froid pour rentrer chez l'picier.
Comme j'avais pass pour fou dans toute la ville, ma sortie de prison
fit une profonde sensation; l'picier parut inquiet et soucieux, sa
femme se cacha presque derrire lui, Cora devint ple de terreur, et M.
Gibonneau, sans rien dire, me fit une mine de mauvais garon. Je leur
parlai avec calme, les priai d'excuser le scandale que je leur avais
caus, et de croire  mon ternelle reconnaissance pour les soins et
l'affection que j'avais trouvs chez eux.

--Pour vous, Madame, dis-je d'une voix mue  Cora, pardonnez surtout
aux extravagances dont je vous ai rendue tmoin; si je croyais que vous
m'eussiez souponn un seul instant de manquer au respect que je vous
dois, j'en mourrais de douleur. J'espre que vous oublierez l'absurdit
de ma conduite pour ne vous souvenir tous que des humbles excuses et
des affectueux remerciements que je vous adresse en vous quittant pour
jamais.

A ce mot je vis toutes les figures s'claircir,  l'exception de celle
de Cora, qui, je dois le dire, n'exprima qu'une douce compassion. Je
voulus essayer de lui demander l'tat de sa sant, dont j'avais caus
l'altration par mes folies. Mais en songeant  la cause premire de son
tat maladif,  l'amour qu'elle avait depuis si longtemps pour son mari
et  l'heureux gage de cet amour qu'elle portait dans son sein, ma
langue s'embarrassa et mes pleurs coulrent malgr moi. Alors la famille
m'entoura, pleurant aussi et m'accablant de marques de regret et
d'attachement; Cora me tendit mme sa belle main, que je n'avais jamais
eu le bonheur de toucher, et que je n'osai pas seulement porter  mes
lvres. Enfin je m'loignai combl de bndictions pour mon sjour parmi
eux et particulirement pour mon dpart; car, au milieu de toutes les
choses amicales qui me furent dites, il n'y eut pas une voix, pas un mot
pour m'engager  rester.

Accabl de douleur, bris jusqu' l'me, je sentais mes genoux flchir
sous moi en quittant cette maison o j'avais fait des rves si doux et
nourri des illusions si brillantes. Je m'appuyai contre le seuil tapiss
de vigne, et je jetai un dernier regard de tendresse et d'adieu sur la
belle girofle de la fentre.

Alors j'entendis une voix qui partait de l'intrieur et qui prononait
mon nom. C'tait la voix de Cora; j'coutai:--Pauvre jeune homme!
disait-elle d'un ton pntr, il est donc enfin parti!

--Je n'en suis pas fch, rpondit l'picier, quoique aprs tout ce soit
un brave garon et qu'il paie bien ses mmoires.

J'ai travers cette ville l'anne dernire pour aller en Limousin. J'ai
aperu Cora  sa fentre; il y avait trois beaux enfants autour d'elle,
et un superbe pot de girofle rouge. Cora avait le nez allong, les
lvres amincies, les yeux un peu rouges, les joues creuses et quelques
dents de moins.



GEORGE SAND.


FIN DE CORA.





End of the Project Gutenberg EBook of Cora, by George Sand

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORA ***

***** This file should be named 12837-8.txt or 12837-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.net/1/2/8/3/12837/

Produced by Renald Levesque and the Online Distributed Proofreading
Team. This file was produced from images generously made available
by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.net/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.net),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.net

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
